PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JESUS-CHRIST DANS LEUCHARISTIE
de faire et qu'il ne fit pas. Mais l'aveu de l'impossibilité où ils étaient de nourrir tant de bouciies servait d'avance à la preuve du miracle que le Sauveur allait opérer. Pour le rendre encore plus indubitable, il dit aux apôtres : Combien avez-vous de pains? Allez voir. Et eux ayant vu ce qu'ils avaient, Andréa l'un de ses disciples, frère de Simon-Pierre, lui dit : Il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce que cela pour tant de monde, à moins que nous n'allions acheter à manger pour tout ce peuple? Or il y avait environ cinq mille hommes, sans y comprendre les femmes et les petits enfants. Alors il leur ordonna de les faire tous asseoir par bandes, chacune de cinquante, sur l'herbe verte ; car il y avait là beaucoup) d'herbe. Ils obéirent et les firent tous asseoir en diverses bandes, les unes de cent, les autres de cinquante.
Jésus prit les cinq pains avec les deux poissons, et jetant un regard vers le ciel, il les bénit. Il rompit ensuite les pains et les donna à ses disciples, afin qu'ils les missent devant ceuor qui étaient assis. Il leur partagea aussi à tous les deux poissons, et leur en donna autant qu'ils en voulurent. Tous mangèrent et furent rassasiés. Quand ils le furent, Jésus dit à ses disciples : Bamassezles morceaux qui restent, afin qu'ils ne soient pas perdus. Ils les ramassèrent donc, et des morceaux que laissèrent ceux qui avaient mangé des cinq pains d'orge, ils remplirent douze corbeilles. On emporta aussi ce qui était resté des poissons. Ces gens, ayant vu le miracle qu'avait fait Jésus, disaient : C'est là sans doute le prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus, sachant qu'ils allaient venir pour l'enlevé)' et le faire roi , obligea aussitôt ses disciples d'entrer dans la barque, afin qu'ils passassent avant lui de l'autre côté du lac, vers Bethsaïde, tandis qu'il congédierait le monde; et après qu'il l'eut congédié, il s'enfuit une seconde fois sur la montagne, tout seul.
Tel est le récit de ce miracle de la multiplication des pains, avec tous les détails que nous donnent les quatre Évangélistes. Cette multiplication des pains a été regardée par les SS. Pères '
1. Hune panem dédit apostolis ut dividerent populo credentium ; hodie <ial nobis fum quotidie, quem ipse quotidie sacerdos consecrat verbis suis. (S. Ambros., De benedict. patriarch., c. ix, n. 38.)
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comme une figure et une image de celle que le Sauveur devait faire dans l'Eucharistie qu'il allait promettre. On peut donc voir dans les circonstances qui la précèdent, l'accompagnent et la suivent, l'image de celles qui doivent se retrouver dans les communions des fidèles pour qu'elles soient fructueuses.
Les peuples accourent de toutes parts vers le Seigneur dans le désert : il faut, pour communier utilement, nous retirer du tumulte du monde, et chercher Jésus-Christ dans la retraite et dans le silence, pleins de la ponsée de ses merveilles et des miracles qu'il fait pour la guérison des infirmes; nous mettre au nombre de ces faibles et de ces malades qui ont besoin d'être fortifiés et guéris par sa grâce; écouter, dans ces dispositions, ce qu'il dit à notre cœur, pour nous porter à chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Et lorsque ses divines paroles auront converti nos âmes, il les guérira de toutes leurs langueurs, et les mettra en état de manger le pain des forts. Car il faut, avant de nous approcher de celte table sainte, que la main de ce grand médecin nous ait guéris. On ne doit point y venir avec la maladie du péché '.
Jésus-Christ veut que ses propres disciples lui représentent les besoins des peuples; c'est par leur entremise qu'il leur distribuera ensuite cette nourriture miraculeuse. Il faut que les pasteurs conduisent les peuples à Jésus-Christ, qu'ils les disposent à recevoir ses bienfaits et que les peuples les reçoivent par leur ministère. Les fidèles ne doivent point s'approcher d'eux-mêmes des sacrés mystères ; ils doivent se laisser conduire et les recevoir de la main de ceux qui sont chargés de leur salut.
C'est par l'ordre de Jésus-Christ que les apôtres font asseoir ceux qui le suivent, pour leur distribuer la nourriture; c'est du ciel que les pasteurs doivent tenir les instructions qu'ils donnent aux fidèles, pour les préparer à recevoir la Sainte Eucharistie; c'est là qu'ils doivent puiser les leçons d'humilité, de
\. Primo quidem observa hune sanasse œgros, cuin panes benedictionis dis- <-ipulis daturus esset, quos turbis apponorenl, ut, sanitali rcstituti, panum benedictionis fièrent participes. Nec eniin qui etiamnum infirmi sunt panes Ijenedictionis Jesu e;q)ere possunt. Scd si quis, cuin hsec audire deberet : Prohet nntem xfiijsum fiomo, et sic de pnnr illo edat, bis non ol)lemperat quidem, sed teniere panem Domini ejusque calicem sumit, iinbecillis vel infirmus fit, vel donniens ex ea, ut ita dicam, capitis gravedine quam a vi panis contrahit. (Origen., Comment, in Malth.)
PREUVES DE LA PRESENCE DE JÉSUS-CURIST DANS l'eUCIIAKISTIE. 2oI
pureté du cœur, de soumission et d'obéissance nécessaires à ceux qui distribuent et qui reçoivent ce céleste aliment. Ils ne le distribuent qu'après l'avoir reçu de Jésus-Christ, le souverain Pasteur, qui le met entre leurs mains et qui l'y multiplie, afin de nourrir son peuple.
Jésus-Christ élève ses yeux vers le ciel, pour rendre grâces à son Père, en même temps qu'il donne ce pain, pour nous apprendre à remercier Dieu du don qu'il nous fait de son Fils dans la divine Eucharistie.
Tout le monde est rassasié, parce que le pain eucharistique, dont celui-ci était la figure, doit amortir nos passions, contenter nos désirs et faire jaillir en nous une source d'eau vive qui éteigne les ardeurs de la convoitise, et nous donne sans cesse un nouveau goût pour les choses du ciel.
Le Sauveur ordonne à ses disciples de recueillir avec soin les restes, pour nous avertir de ne rien laisser perdre d'un si précieux trésor, d'en conserver toujours la mémoire, d'en avoir des sentiments d'une véritable reconnaissance, qui nous fasse paraître cet aliment bien plus grand, après nous en être nourris, qu'avant de l'avoir reçu. Ce n'étaient que cinq pains d'abord, ce sont ensuite douze corbeilles pleines de pain.
Il ne faut point qu'une telle grâce demeure stérile et sans fruit en nous, mais les sentiments de reconnaissance qu'elle y produira nous porteront à rechercher Jésus-Christ pour le proclamer notre roi, le reconnaître pour notre véritable Sauveur, et le faire régner et dominer absolument sur toutes les puissances de notre âme et les affections de notre cœur, sans souffrir que jamais ensuite le péché s'en empare. Voilà quelques-unes des pensées morales que la comparaison de cette multiplication des pains avec la Sainte Eucharistie nous fournit.
Mais en faisant plus d'attention à ce miracle, nous verrons que Jésus-Christ voulait en même temps faciliter la croyance au miracle de sa présence réelle dans l'Eucharistie. Ces pains qu'il multiplie et qui rassasient une foule immense, ne montrent-ils pas que rien ne lui est impossible, qu'il peut multiplier réellement, quoique d'une manière mystique, son propre corps, sans qu'il ces^^e d'être un comme les pains ne sont jamais que cinq? Les douze corbeilles de restes ne nous apprennent-elles pas que la multitude des fidèles peut se rassasier du pain eucharistique sans le consom-
âoi LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE 1. — CHAPITRE VIII.
mer jamais entièrement? Ne montrent-elles pas aussi que l'on peut et que l'on doit, après la communion des fidèles, réserver quelque chose de la Sainte Eucharistie pour la communion des malades, pour les besoins du culte et la satisfaction de la piété?
Ce miracle de la multiplication des pains, dans lequel éclatent avec tant de magnificence la bonté, la sagesse et la puissance du Seigneur, préparait donc admirablement ses disciples à recevoir la promesse qu'il allait leur faire, de leur donner sa chair à manger et son sang à boire sous les espèces eucharistiques.
PROMESSE FORMELLE DE l'eUCHARISTIE 1
Ceux qui avaient été témoins du miracle de la multiplication des pains, étant allés trouver Jésus à Capharnaum, il leur repro-
i. Nous donnons ici en note la thèse de Contenson, qui présente en abrégé et sous une forme plus didactique la doctrine développée dans ce paragraphe et dans le suivant.
Chrislux DdDiimts yiobis corpus suum in cibum et sanguinem suum in polum realiler (laltinini promisit. Promissionem vero illam in inslilnlione Eucharistix implevit. Err/o Chrislum realiler in Eucharixtia possidemus.
Brevi arguinento loluni probalionum e scripturis depromendaruin momenlum spécula tio ista complectitur quam eflîcacissime. Cum eniin Ghrislus, qui ipsa Veritas est, nec falli nec fallere, vel frangere tidem suam possit, si corpus et sanguinem suum realiter daturum promiserit, nec promissionem illam alii)i quam in Eucharistiae institulione impleverit, procul dubio Christum realiter in Eucharistia praesenlem habemus.
Dua; igitur sjjeculationis partes diligenter comprobandae sunl, ut ex illis Veritas catliolica cerlissime, et juxta limpidissime derivetur.
In primis ((uod Christus nobis verum corpus suum in cibum, et sanguinem suum in potum promiserit, clarissime patet, ex verbis illis, Joann., vi : Panis f/uem pf/o (labo, caro mea est pro innndi vita. Caro mea vere est cibus, et snnrjuis meus vere est potus. Nec clarissima illa Verilatis verba ullis beereticorum ncbulis oi)scurari possunL, sive dicant Salvalorem de spirilali tantum manduc-itione fuisse loculum, sive de carne, non realiter et subslantialiter, sed per fi;.Miram duntaxat panis danda, verba illa interpretentur. Non, inquam, possunt liis subterfugiorum vitilitigalionilius tam aperta verba eiudi.Tum quia cum prîefata Hedemj)toris verl)a .ludieis litigio fuerint et scandalo : Litigabant enim ad inviri-m dieenles, quomodn potesl hic nobis carneni suam dare ad mandurtindum? 'Soc. .Judœis tantum, sed etiam (|uil)usdam discipulis, nulla in Clirislum simultate aclis, fucrunt verba illa ofiensioni, unde et dixerunt : Durus est hic seruio, rjuis potest illum audire? Ergo tam .Judaii Caj)barnait;E, quam discipuli iili corilurbali verba Servatoris de reali et substanliali carnis ejus in cibum dandtc promissione interpretali sunt : neque enim liligii, scandali, vel oirensioiiis causam ullam vel leimissimam babuissent, si Christum de .spiritali manducalione vel de signo corporis sui instituendo locutum existimas-
PREDVES DE LA PRESENCE DE JÉSUS-CIIRIST DANS l'eUCIIARISTIE. 2o'-Î
cha de ne le rechercher qu'à cause du pain matériel et périssable dont il les avait nourris, et les avertit de chercher une autre nourriture qui demeure éternellement et qu'il voulait leur donner. Il leur adressa donc ces paroles : En vérité, en vérité, je vous
.sent. Et tamen existimationem eorum nec removit Christus , nec illorum scrupulos aestusque, facillimo illo spiritalis, vel figurative manducationis interpretamento, quo omnes difficultates sponte evanuissent, Christus scdavit, sed eam magis, magisque firmavil : Amen, amen dico vobis, inquit, nisi mandncaveritis carnem Filii hommis. et biberitis ejiis sanguinem, non hnbebitis rilam in vobis. Quin discipulis quibus obscura a se populis proposita exponere consueverat, ob eam existimationem abirepermisit ; aiiosque, num vellentabire interrogavit, ne quidpiam de veritatis rigore remitteret. Quis autem credatChristum Domiuum, totum ad clementiam, pietatem, et misericordiam comparatum qui verbulounoCapharnaitas ab errore, discipulosa quseritandi inil)ecillitate libérasse!, ambosque cito persanasset, illorum tameii intelligentiam, quamlibet rationiduram, et reipsa, si vera estCalvinistarum sententia, falsum confirmare voluisse, aut potuisse, subindeque errorum tenebrasnon depulisse, sed auxisse et addensasse, atque exemplo futurse sui ascensionisstabilivisse?//of ro,s scandalizat ?m(\vài. Si ergovideritis Filium hominis ascendentem ubi eval prius. Accedit, quod verbis illis tam serioexpressis, tam crebro in eodem contextu inculcatis, aliquid spéciale et eximiumfidelibus suis Christus promisit, quod Judseis nondum fuerat datum, cum clarissime attestetur : Non siciit mnnducaveninl patres vestri manna et mortui sunt ; id est, donum vobis manna longe prsestanlius poUiceor. Patet vero spiritalem Christi per fîdem manducationem jam pridem fuisse a Patribus fide grandibus usurpatam, et manna perfectiorem fuisse Christi figuram, quam sit simplex panis. Ergo nihil singulare, nihil eximium Christus Ecclesige suae tribuisset, si panem duntaxat usualem in figuram corporis sui et praeterea nihil se daturum spopondisset.
Ergo corpus suum in cibum et sanguinem suum in potum se vere et non figura tenus daturum Christus pollicitus est, cum dixerit : Caro mea vere est cibus, et sangnis meus vere est jjottis. Unde verba illa de vera Christi carne in cibum danda, et oro sumenda intellexit Concilium Ephesinum, in approbatione epistolse Cyrilli ad Nestorium, ubi sanctus doctor, ex eo Joannis loco carnem Christi esse realiter et substantialiter unitam Verbo divino confirmât, quia ab PO haurit, ut in sacramento accedentes vivificet. « Confitemur, inquit, incruentum in Ecclesia sacrificium nos celebrare, atque ad mysticas benedictiones accedere, eaque ratione sanctificari utpote sanctae carnis et sanguinis Christi omnium nostrum Salvatoris participes effecti. Neque enim illam ut carnem communem susci])imus, absit hoc ; aut rursus tanquam viri cujuspiam sanctificati, aut dignitatis fantum œqualifate Verbo consociati, aut divinam in habifationem sortiti ; sed tanquam vere vivificati, ipsiusque ^'erl)i propriam. Nam <'um vita sit, ul Deus secundum naturam, simul atque unum quoddam cum ipsa carne elïectus est mox vivificandi virlutem illi contulit. Quamvis ergo ad nos dicat, Amen, amen dira vobis, nisi man-lneaveritis carnem Filii hominis ; neutiquam tamen illam communem, hoc est hominis cujuspiam nostriv. conditionis carnem, existimare esse debemus. Quomodo enim hominis caro secundum suam ipsius naturam vivifica esse queat? Sed vere illius propriam, qui nosfri causa Eilius hominis est faclus, et appellatus est. »
Eodem modo locum illum de reali carnis (Christi ])ra^senfia inlelligit Concilium NicaMuun il, acl. (> : « Nullus, ini|uit, incruenlum sacrificium nostrum dixit
25t I.A SAINTE KUCIIARISTIE. — LIVUE I. — CHAPITRE VIII.
le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des miracles, inais parce que vous avez mangé des pains et avez été rassasiés. Travaillez, non pas en vue de la nourriture qui péril, mais de celle qui demeure pour la vie étemelle, et que le
inui^intMO corporisojus; seil nudiunt evanfi,'elice, dicente eo : iXisi manducaveritis rovwm filii lidiuinis. » Sed de hoc longe pneclarissimo testimonio fusius infra.
In enmdeni sensnm loruni illiim SS. Paires inlerpretati sunt. Cyrillus enim Alexandrinus in Joann. ad ha?e verlja : Qui manducat meam cnrnem, etc. « Quemadinotluin, inquit, si quis ceram cerse conjunxerit, utiqiie alleram in altéra esse videhit : eodem quoqne (opinor) modo, qui Salvatoris nostri carnem suscepit, et i)il)it pretiosum ejus sanguinem, ut ipse ait, unum quidam cum eo reperitiir, commixtus quodam modo, et immixtus ei, per illam participationem, ila ut in Chrislo quidem ille reperiatur, et vicissim Christus in ipso. »
Idipsuni clarissime docel Hilarius, lib. VIII de Trinitate, ubi ex verbis illis probat, Patrem et Kilium unum esse, non solum effectu et consensu, sed etiam nalura, quia Christus nobiscum in Eucharistia, non solum charitale et tide, sed vere etiam et realiter unitur. « Eos nunc, inquit, qui intor Patrem et Filium voluntatis ingerunt unitatem, interrogo, ulruinne per nalurae unilaiem hodie Christus in nobis sil, an per concordiam voluntatis? Si enim vere N'erbum earo faclum est, et nos vere Verbum carnem cibo Dominicosumimus, (juoinodo non naturaliter manere in nobis existimandus est, (jui et naluram carnis nosirte tam inseparabilem sibi natus homo assumpsit? » Et post plura in banc rem peropporluna, sic habet : « Quîb scripta sunt legamus, et qua^ legimus inlelligamus, et tune perfectœ fidei officio fungemur. De naturali enim in nobis Christi vcritate quœ discimus, nisi ab eo discimus, stulte alque impie discimus. Ipse enim ait : Coro inea vere est cibun : de veritate carnis et sanguinis, non relictus est ambigendi locus. »
Eodem modo locum istum interpretati sunt Irenaeus, lib. IV, cap. xxxiv ; Origenes, hom. XVI in Num. ; Cyprianus, lib. de Orat. Domin.; Basilius in reyulis moralilms, reg. 21 ; Ambros., lib. IV de Sacrament., cap. v, et Vu). V, cap. i; .Vugustinus locis postea referendis ; Léo Magnus, serm. VI de Jejunio 7 utensis; Bernardus, serm. III in Ps. Qui hahilot. VA certe incredibile est Joaiuiein discipuluin amoris, de priecipuo Christi dilectionis pignore Eucharistia, incnlionem nullam in Evangelio fecisse : et laïucMi id dici necesse est, si verba caijjlis sexti de Eucharistia non intclligantur. Hinc Augusiinus, lib. III, de (-(rnscusu Ertiugelinlarum, cap. i : « Joannes, inquit, de corpore et sanguine Domini hoc loco iiihil dixit, sed plane alibi mullo uborius, » scilicot cap. vi, in luec verba : Panis (puMn ego dabo, etc. Ut autcm, in(|uit, non solum per dilectioncin,sed reij)sa in illam carnem converlamur, per cibum id efficilur, quem nobis largitus est. Cum enim suum in nos amorem indicare vellet, per corpus suuiii se nobis commiscuii, et in unum nobiscum redegit, ut corpus cum capite nniretur. Hoc enim anianlium maxime est. (Contens., p. II, diss. i, cap. \.)
Cnnienson répond ensuite longuement à l'objection tirée des paroles de Nolrc-Seigneur : Sjnrilus est qui vivifirat, caro non prodest quidquam. Verba f/ux er/u loquor rti/tis spiritus et vita sunt, et démontre, comme nous l'avons fait au chapitre précédent, que la chair qui ne sert de rien est la chair privée de vie, l'aliment ordinaire des hommes, et non pas la chair de Jésus-Christ vivifiée par son esjtrit et par sa divinité qui lui est inséparablement unie. La chair de Jésus-Christ elle-même ne servirait pas à notre sanctification, si elle n'était pas ainsi unie à son csjjrit et à sa divinité.
PREUVES DE LA PRESENCE DE JÉSDS-CHRIST DANS l'eUCHARISTIE. 253
Fils de Vhomme vous donnera '. Une telle promesse ne pouvait que les flatter. II ne s'agissait plus que de savoir par quel travail ils pourraient mériter cette nourriture. Ils lui demandèrent : Que ferons-nous pour faire les œuvres de Dieu? Jésus leur répondit : L'œuvre de Dieu, c'est que vous croijiez en celui quil a envoyé.
Ce n'en était que le commencement, et l'efl'ort n'était pas bien pénible; cependant ils s'arrêtent dès ce premier pas et ils repartirent : Quel miracle faites-vous donc pour que nous voyions et que nous croyions en vous ? Nos pères ont mangé la manne dans le désert, comme il est écrit : il leur a donné du pain du ciel à manger. Jésus leur dit donc : En vérité, en vérité, je vous le dis. Moïse ne vous a point donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le vrai pain du ciel. Car le pain de Dieu est celui qui descend du ciel, et donne la vie au monde. Ils dirent donc : Seigneur, donnez-nous toujours de ce pain-là.
C'est la réponse de la Samaritaine, à qui ils ressemblaient encore, en ce qu'ils n'entendaient pas dans un sens plus spirituel le pain qui donne la vie au monde, que cette femme n'avait entendu d'abord l'eau qui jaillit jusque dans la vie éternelle. Mais Jésus, qui commençait à entrer dans les profondeurs du mystère qu'il avait à leur proposer, leur répondit ainsi : C'est moi qui suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura point faim, et celui qui croira en moi n'aura jamais soif.
Il parle d'abord de la parole de Dieu qui est la véritable nourriture de l'àme, comme il le dit ailleurs : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu : Non in solo pane vivit liomo, sed in omni verbo Dei. {Luc, IV, 4.) Il oppose ce pain qui donne à l'âme une vie éternelle, à celui du corps que ces peuples recherchaient avec tant d'empressement, et comme c'est par la foi que l'âme se nourrit du pain spirituel de la parole, il leur dit que ce n'est pas par le travail de leurs mains, ni par les œuvres de la loi qu'ils doivent l'acquérir, mais par la soumission de leur entendement et par la foi : C'est la volonté de mon Père qui m'a envoyé que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour.
\. A cause de lo multiplicité des passages cités, nous no reproduisons pas ici le Icxlo I;itin do l'Évangile selon S. Jean, cliap. vi.
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S. Augustin dit à ce propos que les .Juifs préparaient leurs dents et leurs estomacs pour recevoir la nourriture dont il leur parlait, ne voyant pas que c'est par la foi que l'on mange ce pain de la parole de Dieu ^ parole que répètent souvent les hérétiques des derniers siècles, comme opposées à la réalité de la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, et comme signifiant qu'on ne mange point le corps de Jésus-Christ avec la bouche. S. Augustin, qui lésa dites, ne pensait pas à cet adorable sacrement en les prononçant, parce que Jésus-Christ ne parle pas encore de l'Eucharistie dans le passage qu'il expliquait. Il appelle la parole de Dieu le pain de vie descendu du ciel, et donné par le Père. C'est ce qu'il est en qualité de Verbe et de Parole éternelle.
Il passe de cette nourriture à celle de l'Eucharistie, mais il s'exprime d'une autre manière '. Du pain de la parole, il dit que c'est un don que fait son Père, et il en parie au temps présent, parce qu'il était lui-même ce Verbe, cette Parole qui s'était incarnée et qui leur étaitactuellement donnée: Mon Père vous donne le vrai pain céleste : Pater meus dat vobis panem de cœlo verum. {Joann., vi, 32.) Mais lorsqu'il s'agit du don qu'il doit faire de sa chair dans l'Eucharistie, il en parle comme d'une chose à venir, car il n'avait pas encore institué son sacrement, dans lequel il la devait donner aux hommes pour nourriture. Il parle du don du Père au temps présent, parce que la foi par laquelle on doit se nourrir de la parole est de tous les temps, et que les Pères de l'Ancien Testament l'ont aussi mangée de cette manière, tandis
1. Ut quid paras dentés et venlrein? Crede et manducasti. (S. August., Iract. XXV in Joann.)
"2. Dominus loquitur de futuro, cum ait : Partis quem ego dabo, caro mea est. At si panis eo loco sigiiificaret Christuiii ut fide percipitur, sine ulla relatione ad species sacramentales, non diceret in futuro. Manducatio eniin illa per fidem est omnium temporum ; nam etiam Patres veteris Tcstamenti ita Christum manducaverant. Et confirmatur ex toxtu Grseco quem hseretici Latino anteponere soient; sic enim habetur : Panis f/unn ego dabo, caro mea est, (/Kain ef/o dabo pro mundi vita. Ubi illud secundum dabo, non potest exponi, nisi pro re vere et proprie futiira ; er.n^o et primum dabo, ita exponi débet. l'romisit igitur Dominus carnem suam, non absolute, sed in sacramento sumendam, quod promissum implevit iii ultima cœna. Confirmatur soc-undo ex distinctione, quam facit D )minus intor donum Patris, et donum suum. Nam de Pâtre dicit in pr;esenli : Pater meus dat vobis panem de rœlo verum; de se autem in futuro : Panis quem eg') dabo, quia nimiriim donum Patris jam aderat, id est, l-ilius ejus incarnatus : donum Filii, id est, caro in sacramento, fulurum erat. 'Hkli.aum. (^lard., Cnitrov. de-Sacram. Euch., lib. I, cap. v.)
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JESUS-CHRIST DANS l'eUCIIARISTIE. 237
qu'il parle au futur de la Sainte Eucharistie qui n'existe pas encore.
Après avoir parlé incidemment de l'élection divine et de la nécessité de la grâce intérieure, mystères qu'il ne fait qu'effleurer, si on ose s'exprimer ainsi, et dont il semble réserver le développement à l'apôtre des Gentils, Jésus-Christ revient à l'objet principal de son discours. Il a dit à ses auditeurs qu'il est le vrai pain de vie, et que celui qui sera nourri de ce pain vivra éterneliemint; il va leur apprendre que ce pain est aussi sa propre chair qui doit être mangée et reçue au dedans de nous, par la même voie que les aliments ordinaires. C'est ainsi qu'en paraissant rentrer dans leur sens matériel, il révolte tous les sens et achève de déconcerter leur raison K
i. Pour comprendre tout le dessein du Fils de Dieu dans l'Eucharistie, il faut encore écouter ce qu'il dit en S. Jean, vi. Nous trouverons qu'il y fait trois choses : il y explique premièrement ce qu'il nous donne; secondement le fruit que l'on doit en tirer ; troisièmement, le moyen de tirer ce fruit.
Ce qu'il nous donne, c'est lui-même, et c'est sa chair et son sang : et dès qu'il en parle, les hommes s'écrient : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger? » [Jonnn., vi, 53.) L'homme raisonne toujours contre lui-même et contre les bontés de Dieu. Quand Jésus-Christ, pour nous préparer au mystère qu'il devait laisser à son Église le jour de la cène, dit qu'il nous donnerait sa chair à manger et son sang à boire, les Juifs tombèrent dans trois erreurs. Ils crurent qu'il leur parlait de la chair d'un homme pur, du fils de Joseph, voilà leur première erreur ; d'une chair semblable à celle dont les hommes nourrissent leur corps, voilà la seconde; d'une chair enfin qu'ils consumeraient en la mangeant, c'était la troisième.
Contre la première : « Je suis, » dit-il, « le pain vivant descendu du ciel » [Joann., vi, 53). La chair que nous mangeons n'est donc pas la chair du fils de Joseph ; c'est la chair du Fils de Dieu, une chair conçue du Saint-Esprit, et formée du sang d'une Vierge. Le Saint-Esprit surviendra en vous, et la vertu du Très-IIaut vous rouvrira de son ombre; et la chose sainte qui naîtra de vous aura le nom de Fils de Dieu [Luc., i, 3u). Quod nascelur ex le sanctum. Sanctum, au substantif, pour ceux qui savent un peu la grammaire, et qui ente ident la force de ce neutre ; c'est-à-dire une chose substantiellement sainte : manière de parler qui fait voir que la sainteté est substantielle en Jésus-Christ. Pourquoi? Parce que sa personne est sainte par elle-même, par la sainteté essentielle et substantielle du Fils de Dieu. El c'' est pourquoi, continue l'ange, il sera appelé le Fils de Dieu. Qu'est-ce à dire, « il sera appelé? » Estce qu'il ne le sera pas essentiellement, et (ju'on lui en donnera le nom par quelque figure? \ Dieu ne plaise ! Au contraire, il le sera appelé par excellence. Le Père qui l'engendre dans l'éternité, l'engendrera dans le sein de Marie : « La vertu du Très-Haut la couvrira de son ombre, » s'inshiuera dans son sein, et la chair que prendra le Fils de Dieu dans le sein de cette vierge .sera formée par le Saint-Esprit. Ce sera donc une chair sainte, de la sainteté du Fils de Dieu, qui se l'unit: elle .sera pleine de vie, source de vie, vivante et vivifiante par elle-même. Ainsi la première erreur est détruite.
Pour réfuter la seconde, qui consistait à s'imaginer que la vie que Jésus-
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Il reprend donc et continue en ces termes : E71 vérité, en vérité je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. C'est ici le pain descendu du ciel, afin que si quelqu'un en mange, il ne meure point. Je suis le pain vivant qui suis descendu du ciel. Si quelquun mange de ce paiti, il vivra éternellement : et le pain que je donnerai, c'est ma chair que je dois donner pour la vie du monde.
Les Juifs qui étaient en grand nombre, car il parlait en présence de toute cette multitudequi l'était venue cherchera Capharnaiim, entendirent ces paroles dans leur sons naturel, et en murmurèrent. Ils se disaient entre eux : « Comment cet homme-ci « peut-il nous donner sa chair à manger? » Soit qu'ils parlassent ainsi par dérision, soit qu'après avoir vu le miracle de la multiplication des pains, ils cherchassent par quel nouveau prodige il pourrait eiïectuer une si étrange promesse. Car on peut douter s'ils ont cru que Jésus-Christ leur parlait de manger sa chair coupée par morceaux. Tout incrédules qu'ils étaient, ils devaient avoir peine à imaginer qu'une telle pensée fût venue à l'idée d'un homme aussi sage et aussi saint que Jésus devait naturellement leur paraître. Cependant quelle autre chose pouvait-on naturelle-
(.Ihrist prometloil par sa cliair serait cette vie commune et morlollc, il répète, il inculque dans tout son discours, que c'est la vie éternelle, lant de l'âme que du corps, qu'il nous veut donner : « La volonté de mon Père est que je ne " perde aucun de ceux qu'il m'a donnés, et que je les ressuscite au dernier 0 jour.... Qui mange de ce pain, » de cette viande céleste, « de ma chair que « je donnerai pour la vie du monde vivra éternellement. » [Joann., vi, 39, ;ji2, U9.) Pour détruire la troisième erreur des Juifs, qui s'imaginaient une chair qu'on consumerait en la mangeant, il leur dit : « Cela vous scandalise?» Vous serez donc bien plus étonnés « quand vous verrez le Fils de l'homme monter au lieu d'où il est venu. » {Joann., vi, Oi, (i3). Comme s'il disait : On mangera ma chair, je l'ai dit ; mais je n'en demeurerai pas moins vivant et moins entier. D'où il conclut : Ne vous imaginez donc pas que je vous parle d'une chair humaine à l'ordinaire, ou de la chair du fils de Joseph ; ni que je vous parle d'inie chair qui doive vous être donnée pour entretenir cette vie mortelle, ni par conséquent d'une chair qui doive être mise en pièces et consumée en la mangeant : « La chair, » en ce sens, « ne sert de rien : c'est l'es- '< prit qui vivifie ; les paroles que je vous dis sont esprit et vie. » {Jonnn., vi, 04.) Quoiquil n'ait \y,\r\(i, pour ainsi dire, f|ue de sa chair, que de son sang, que de manger cellf-ci, que de hoire l'autre, tout ce qu'il a dit est esprit; c'est-à-dire manifestement que dans sa chair, dans son sang, tout est esprit, tout est vie, tout est uni à la vie et à l'esjjfit parce que sa chair et son sang sont la chair 'i le sanL' du Fils de Dieu. (BossuET, Médit, sur les Évang. xxvHi'^ jour.)
PREUVES DE I.A PRESENCE DE JESUS-CHRIST DANS i/eUCHARISTIE. 2o9
ment imaginer, supposé qu'il parlât de la manducation réelle de la propre substance de sa chair, et quel autre sens pouvait-on donner à ses paroles? V^oilà ce qui causait leur embarras, et sur quoi il semble qu'il était raisonnable que Jésus-Christ les éclairât, si, €om.me on l'a prétendu dans ces derniers siècles, il n'avait parlé que de la seule manducation par la foi. Celle-ci n'a rien qui révolte ni les sens, ni la raison, ni l'humanité, et en donnant cette explication, Jésus-Christ ôtait la pierre du scandale. Mais il ne le pouvait pas, parce qu'il avait parlé, en effet, de la manducation réelle; il ne pouvait pas, dis-je, détruire le sens que lui-même avait voulu établir. Ainsi, suivant le droit qu'il avait d'être cru sur sa parole, sans s'expliquer sur sa toute-puissance, au lieu de travailler à les désabuser, il redouble ces fortes expressions qui avaient porté dans leur esprit l'idée de la manducation réelle de sa chair; et pour les y confirmer, il leur dit de nouveau avec serment : En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangezla chair du Fils de riiomme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle, et je le ressusciterai au dernier jour, car ma chair est véritablement une nourriture et mon sang est véritablement nn breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père qui est vivant nia envoyé et que je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. C'est ici le pain qui est venu du ciel. Il n'en est pas comme de vos pères qui ont mangé ta manne et qui sont morts; celui qui mange ce pain-ci vivra éternellement.
Ainsi donc Jésus-Christ confirme par un double serment ce qu'il a avancé, en déclarant que si l'on ne mange la chair du Fils de l'homme, et si l'on ne boit son sang, l'on n'aura point la vie en «oi; et le répétant encore, il déclare que celui qui mange sa chair et qui boit son sang a la vie éternelle, et qu'il le ressuscitera au dernier jour; que sa chair est vraiment et non en figure, un aliment, et que son sang est vraiment un breuvage, que celui qui mange sa chair et qui boit son sang demeure en lui et qu'il demeure aussi en celui-là. Il ne pouvait pas exclure plus formellement le sens de simple figure, de manducation par la seule foi, qu'en répétant, comme il le fait si souvent, cette distinction de manger et de boire, qui ne se trouve point dans la manducation
260 LA SAINTE EUCllAUISTlE. LIVRE I. — CHAPITRE VIII.
qui ne se fait que par la loi; cette distinction n'a d'objet que dans la manducation qui se fait par la bouche '.
Il n'est pas permis de recourir au serment pour assurer une chose par des termes équivoques et qui donnent une idée toute contraire à ceux à qui Ton parle. Une personne qui assurerait avec serment donner une bourse pleine d'or à une autre, et qui, s'expliquant ensuite, dirait qu'elle n'entendait parler que d'une bourse pleine d'or en ligure, serait traitée comme ayant commis un véri-
1. Rogo a Sarramcntariis ingénue, si Christus Dominus reipsa voliiissel. seipsum, sive corpus et sanguinem suum reddore prsesentia realiter, substantialitcr, et non figuratc sub speciebus panis et vini, et quod Ecclesia sancta quani fundabat, id prorsus crcdoret, et inter fidei mysteria numeraret, quibus aliis hiculentioribus verbis id docoro potuisset et inculcare? Ubi clarius, et uberius in sacris scripluris repcritur distinctio realis Personarum in unitate Deitatis, quani revercniini ; cum aliunde eam Sabellius pr;efiguratam pariter locutionem ex])onobal, (lucm vos jure nierito no])iscum deleslamini '? Audite, precor, S. CyriUum Alexnndrinum, lib. IV in Jo((nn., cap. x, argumentuni hoc aperte versanloni, et clai-ilate verl)orum Christi Domini solilam figuratœ loculionis cvasiononi vcslram prasvenientem : « Stepe Salvalor eunideni sermonem « JudaMs inculcans varie proponit, modo quidem œnigmate, etol)Scuritate multa « involutum, modo rejccta tunica, nudum et apertum, ut nisi crediderint con- « demnationem non elîugiant, sed mali maie pereant in suam perniciem gla- << dium slringentes. Nihil igitur occultans demum Christus ait : Ego sumpanis « rivus, qui de .cœlo dencendi. Illud manna typus erat, inquit, et umbra, et « imago. Audite palam nunc et aperte : Ego swn panis vivus. Si quis manduca- « verit ex hoe pane vivel in xlernum. Qui ex illo mrmdiicaveriint morlui sunt, <( non erat enim vivificus ; q^ii auteni manducaverit hune panem, id est me sive <( carnem meam, rivet in wlernum. » Quid igitur? Vultis hominem Deum illusorem faccre, ulpote qui dissorlis exi)rossissimisque verbis, Joann., vi, pollicitus fuerit, vere se daturum nobis suam voram carnem manducandam et sanguinem pi'oprium potandum sub speciebus panis et vini; mox loco veraî carnis, aut sanguinis, uml)ram corporis dumtaxat largitus sit? Essetne hoc stare promissis ? An potius fucala et figurala simul promissionc ludcre verbis, et illudcre nobis? Sinilejam me vos, mulla incassum respondentes, brevi illa Ciceroni.s in (latilinam veluti iri'uptione inleri)ellai-e : Qunndiu von furor vester ilbidcl?
Rursus vel id non fecit quia non potuil, vel quia noluit. Primum sane non, quoniam diabolusipse parem aliam transsubstanlialionemsup])Osuitpossibilem Christo Domino, ut vidimus, dum MaUh., iv, suggessit iili, ut faceret ex lapidibus panes ; quœ Iranssubstanfiatio {«que dura ac lapides ipsi apparuisset (2apliarnailis. Cur ergo repugnabit similis mutatio panis in carnem Salvatoris? Non secundum, quoniam ipsum voluisse cx])rimcre apcrtius non potuit et inculcatius. Suj)])onamus atlamen sensum hune non esse plane expressum ; ubi lamen clarius aporuit vesirum sensum figuratum, cum verba per se illi potius répugnent, illum(|ue cf)lligere studealis aliunflc et ex absurdis, qu8B comminiscimini, et nihilominus illum sensum am])Ieclimini, ut fidc teiiendum ; et totius Ecclesia- sensum, quia vobis voluntarie diibium, arcetis et antefercndo spiritum privalum : quod nostis bene a Spirilu sancto vetilum.
Secundo arguo : non aliter melius dignosci potest sensus, in quo Christus
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table parjure. Cependant c'est ce que l'hérésie voudrait attribuer au Sauveur. Il déclare qu'il veut donner sa chair à manger pour la vie du monde; ceux à qui il parle en sont surpris; il les confirme dans cette pensée avec un double serment. N'est-ce donc pas l'accuser d'avoir fait un faux serment que de dire qu'il voulait néanmoins parler de son corps uniquement en figure, et d'une manducalion faite par la foi seule, quoiqu'il assurât expressément que sa chair est un véritable aliment et son sang un véritable breuvage? 11 n'est pas douteux, dit le P. de Ligny S que la raison qui en-
Dominus locutus fucril, dum promisit Eucharistiam, Joann., vi, quam ex informatione illorum qui aderant tune, audiebantque verba illa aeternse vitae. Porro nuUus est qui nesciat quantum prsestet viva vox scripto, ad mentem au- Ihoris percipiendam, ad scnsum, signifîcationemque eorum, de quibus dissent luculentius, et vividius penetrandum altiusque animis auditorum figendam....
Cum itaque illi qui Cliristum Dominum prœdicanlcm audierant se daturum vere carnem et sanguinem suum in cibum et potum fidelibus, clarissime et inhaesitanter intellexerint, eum non figuram carnis et sanguinis, sed veram, realem, substantialem carnem propriam promittere in cilium, et sanguinem propinandum, eoque titulo exborruerint : suljindeque neutiquam a tide descivere, quia minime credidissent Christum Dominum veram carnem et sanguinem olïerre, sed tiguralam sohim ; quoniam defuisse constat evidenter, eo quod liorrore perculsi, sequi in posterum noluerint eum, qui carnem propriam ad vescendum liominibus destinaret ; quasi esse non posset Dei Filius, qui carnem suam nobis devorandam distribuere vellet. Cum, inquam, illi propriis auribus verba Christi Domini baurientes, ita evidenter acceperint illa, quis nisi impudentissima et voluntaria protervia aliter accipiat? Cum ingens multitude de visu et auditu proprio id deponant, tametsi a Cbristo Domino alieni prorsus, quis in oppositum contendit nisi stultissime? Ecquos babes aut producis testes de auditu proprio, qui figuratum dumtaxat sensum intelligerent? Num impossibile moraliter non est, tantam multitudinem in sensu reali proprio ea verba intellexisse, et omnes simul in significatione adeo perspicua aberrasse? Testimonio multiludinis hominum audientium Cbristi Domini sermonem, in re omnino planum sensum babente, intra quos aderant plures legis doctores sapientesque, non credis ; et cavillationibus quorumdam, qui post mille et sexcentos aimos vixerunt, fidem prœstas.
Perperam autem reponeretur illos audisse procul dubio in eo sermone plura alia a Cbristo Domino, qu<P ab Evangelista scripta non fuere, quorum vi sensum illum penetrarent qui ex verbis tantum relatis a Jeanne nequaquam colligitur ; contra enim : quia clariora relatis nulla excogitari possunt. Secundo, quia ipsc narrât eos scandalizatos fuisse eo quod asseruisset, daturum suam carnem ad manducandum : Quomodo potesl hic nobis suam carnem darc ad manducandnm?
Hœc autem verba ad litteram relata sunt a Jeanne : ergo eisdem, quœ constant ex Evangelio, noverunt evidenter Christum Dominum promisisse carnem sujtm, et sanguinem realiter ministrandum, etc. (Aluaho Cieniteoos, Xila ahscondita, elc, disput. i, sect. '2.)
1. P. de Ligny, Ilisloirc de la vie de N.-S. J.-C, I. I, p. :2W. Nous avons souvent reproduit le texte même de cet ouvrage dans le cours de ce chapitre.
gagea le Seigneur à prononcer ce discours n'ait été le dessein qu'il avait de préparer le monde à la foi à la divine et incompréhensible Eucharistie. Apparemment qu'il y réussit à l'égard des Apôtres, car pourquoi, lorsqu'il leur dit ensuite : Prenez et mangez, ceci est mon corps, pourquoi, dis-je, ne témoignèrent-ils aucune surprise, sinon parce que ce qui se taisait alors n'était que l'accomplissement de ce qui leur avait été annoncé et promis? Mais il est certain que ce discours fit un effet tout contraire sur la multitude qui l'entendit, et que bien loin de faire naître en eux la foi, il ne servit qu'à éteindre le peu de foi que plusieurs commençaient à avoir au Sauveur. Mais Jésus-Christ avait résolu d'instituer le sacrement de l'Eucharistie, mystère où brille une si admirable bonté, qu'il ne peut venir à l'esprit que celui qui a été capable d'en former le projet ait jamais été capable de manquer de bonté. Avant de l'instituer, il voulait l'annoncer aux hommes et les y préparer; il en avait des raisons dont nous pouvons bien nous reposer sur sa sagesse. On doit reconnaître, en tout cas, que la conduite que tint le Sauveur en cette conjoncture est pleine de ménagements et de bonté. Il annonce, il est vrai, le plus incroyable des mystères; mais qu'on remarque par quels préliminaires il conduit ses auditeurs, jusqu'au point do la révélation qu'il en fait. Il a commencé par guérir tous leurs malades ; ensuite, compatissant au besoin de ce peuple, il le rassasie avec cinq pains et deux poissons, par un prodige si surprenant et en même temps si sensible, que toute cette multitude s'écrie, dans un soudain transport, qu'il est le prophète par excellence qui doit venir dans le monde. Leur persuasion va jusqu'à le vouloir déclarer roi. Sa fuite le leur ayant dérobé, ils traversent le lac, et le vont chercher jusqu'à Capharnaiim, où ils le trouvent enfin. Pouvaient-ils être mieux préparés à entendre ses divins oracles ? Et si on avait pu choisir dans toute leur vie le moment où Ton devait présumer de leur part la plus grande facilité à l'écouter et à le croire, n'aurait-on pas pris celui-ci par préférence? Il est vrai qu'ils ne comprenaient rien à ses paroles; mais après l'avoir reconnu pour prophète, n'étaient-ils pas toujours obligés d'en admettre la vérité, en attendant qu'il leur en donnât l'intelligence? Dieu a fait ce qu'il a voulu ; qui osera lui dire : Pourquoi avez-vous fait ainsi ? Cette réponse générale a toujours suffi à la fui humble et soumise, mais on voit qu'elle n'est pas la seule qu'on puisse faire, puisqu'il est constant que Jésus-Christ s'est admira-
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blement proportionné à la faiblesse de ceux à qui il parlait et qu'il n'a mis à l'épreuve la foi de ce peuple indocile qu'après avoir employé les moyens qui, en lui rendant la foi facile, ont rendu son incrédulité inexcusable.