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CONFIRMATION DE LA PROMESSE

S. Jean nous dit que le Fils de Dieu fit publiquement cette promesse de nous donner son corps à manger et son sang à boire, dans la synagogue de Capharuaûm, en présence de tout le peuple accouru pour le voir, après le miracle de la multiplication des pains. Il nous dit encore que ce ne furent pas seulement les Juifs qui se scandalisèrent de ses paroles, mais que plusieurs même de ses disciples disaient : Ces paroles sont bien dures, et qui peut les écouter? l\ leur fait comprendre qu'il connaissait ce qui se passait au dedans d'eux, en leur disant : Ceci vous scandalise-t-il ? Que serait-ce donc si vous voyiez monter le Fils de l'homme oïi il était auparavant ? C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien : or les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient point. C'est pour ce sujet que je voies ai dit que personne ne peut venir à moi, s'il ne lui a été donné par mon Père. Don purement gratuit qui ne peut être mérité par ceux à qui il est fait ; mais qui, présenté à tous, met dans leur tort ceux qui n'en sont privés que parce qu'ils n'ont pas voulu Taccepter. Car en vain est-il offert s'il n'est pas reçu. C'est le cas où se trouvaient la plupart de ceux à qui Jésus adressait la parole, et ce qui fit que dès lors plusieurs de ses disciples se retirèrent et qu'ils ne le suivaient plus.

Jésus ne fut pas surpris de cette désertion qu'il avait prévue ; il voulut même profiter de cette occasion pour apprendre au monde qu'il n'avait besoin de personne, et qu'il ne souffiirait à sa suite que des disciples volontaires./^ dit donc aux douze: Et vous, ne voulez-vous point aussi vous en aller ? Seigneur, lui répondit Simon-Pierre, à qui irions-nous? Vous avez les paroles de la vie éternelle. Nous avons cru et nous l'avons toujours reconnu, que vous êtes le Christ, le Fils de Dieu.

Ainsi donc le divin Maître voyait que plusieurs de ses disciples, de ceux mêmes auxquels il découvrait en particulier les secrets et

les mystères du royaume de Dieu, rnbandonnaient. Cependant, il ne leur donne pas une explication semblable à celle que donnent les hérétiques des derniers siècles; il ne leur dit pas qu'il fallait se garder de prendre ses paroles dans le sens littéral, que la manducation de son propre corps dont il leur avait parlé n'était qu'une manducalion spirituelle et par la foi. Une telle explication aurait aussitôt levé le scandale, arrêté les délections et (ait taire les murmures. Mais il ne la donne pas; il laisse tous ceux qui l'écoulent dans la pensée où ils étaient, et bien loin de s'efforcer de retenir ceux qui l'abandonnaient, il demanda encore aux douze s'ils ne voulaient point aussi s'en aller comme les autres.

Une telle conduite démontre évidemment que Jésus-Christ voulait que ses paroles fussent entendues dans leur sens naturel; s'il en était autrement on ne pourrait l'excuser. II avait dit que celui qui scandalise des petits qui croient en lui commet un si grand crime qu'il vaudrait mieux qu'on lui attachât une meule au cou et qu'on le jetai dans la mer. Cependant, à moins qu'on ne reconnaisse qu'il promet la réalité et qu'il nous Ta donnée dans l'Eucharistie, il faudrait l'accuser d'être lui-même tombé dans cette faute, qu'il condamne avec tant de force, puisqu'il aurait scandalisé non un petit, mais plusieurs de ses disciples. C'est ce qu'on ne peut dire sans impiété et sans blasphème. Ainsi il faut reconnaître qu'il enseigne ici manifestement la présence réelle de son corps dans l'Eucharistie '.

1. Si (llirislus Dominus solamimnginem, si,ii,'num aut figurom corporis sui promisissel, duni vidit conimolam plobcin concifritosque sapienlium auditoruni ctiam aniinos, eo quod crcdercnl, illiim carncm (et saiiguinem suum) realilor })liysicequc disiribuendam in cihum, minisirandamque fidelibus suis deslinassp; do])uis.sol confoslim illos ab ojusrnodi errore extrahorc, suamque mentom cl proiiiissionem ita exponcre, ut conquori juste nuiiquam possent, se fuisse deeeptos; quod nulle negolio assequerelur, dicens, se liullo pacte loculuiii de inandueatione materiali sui corporis, sed de manducatione per so- \am fidoni; iifc de praisenlia rcali corporis et sanguinis sui sub accidentibus, sed de j)ure figunita : ad quod teneretur de jure, cum viderel populum plane decepfum, et inculpale; quia verlja loties inculcala id per quam diserte significabant, vel sallein ex cbaritale infinila erga nos ad boc lenerelur. Quemadinoduin illico ac vidil plebem et reliques auditores crrare quoad modum illius mandueationis i)otalionisque, existiinantes illam futurain sub specie externa carnis in frusla dividend;n, et su)) specie propria sanguinis bauriendi : erroneam banc exisliuialionein eliniinaturus dixit : Sjniitus est qui vivificot, caro non jmxlesl iiuiilfiunni. Ver/m rjux ego toculus stim vohis spiritus et vila sunt. Carnem mcani quidem uianducandam exbibendus sum, verum noi eo carnali, quo putatis modo, quia ad instar spiritus adero praîsens invisibiliter sub spe-

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'euCUARISTIE. 265

Les paroles qu'il dit ensuite en sont une preuve évidente. Quoi, leur dil-il, cela vous scandnlise, parce que je vous dis que je vous donnerai ma chair à manger et mon sang à boire? Que sera-ce donc lorsque vous verrez le Fils de l'homme monter dans le ciel

ciebus panis el viiii ml nutriendam aniniam, non corpus : proindequo adero pressens realiler modo cxcutiente pcnitus horrorem, sed alliciente potius, et excitante aninicE appetifuni; quoniani cihus est animarum corpus meum ita sumptum, et non cibus materialis corporum, quo respexit Tertullianus, dum in libre de carnis rpsiirrcctione, cap. viii, dixit : Caro corpore et sanf/uine Chrisli vescitiir, ut anima de Den xaginetiir. Quapropter impostores hal:)endi sunt, qui ex eisdem verbis conantur eliccre Cbrisfum Dominum per illa sensum tropicuni insinuasse, duritiamque suae doctrinse, ut prave ab auditoribus usurpatcB, emollisse : cum manifestum sit, illa co tantum respexisse, ut modum quo manducatio illa fieri deberet exponeret, alienumque a carnali devoratione, vivae aut emortuge carnis, in propria specie apparentis, insinuaret; cum examussim et aperte ostendere mysterium adeo sublime, ob exiguam, vel etiam pravam auditorum dispositioncm, minime posset. Imbecillis namque tune eorum capacitas sustinere nequibat tanti miraculi et mysterii pondus, ut in simili dixit Cbristus Dominus discipulis suis, et Paulus in re nostra ad Hebraeos. In quod vel ex eo convincitur quod postquam eos litigantes de re bac audiret, semper nihilominus institit, et sane tune effîcacius, in sua realiter carne et sanguine promiltendis : Amen, amen dico %mbis, nisi manducaveritis carnem Filii hominfs, et /jî/toi'tis ejus sanguincm, non habebilis vitam in vobis.

Ultima ergo illa verba non substantiam promissionis respiciebant, sed modum. Insuper totus fuit ibi Cbristus Dominus in asservatione vitfe œternie, ut obtinendœ medio esu carnis suae, ut sic docerct sensim eos carnem et sanguinem, quae in pignus amoris Ecclesise relicturum aiebat, non ad vitam carnalem, ad instar carnis pecudis alendam institui sed ad vitam spiritualem subindeque aliter sumenda. Omitto plurimas circa objectionem banc theologorum responsiones producendo solum Doctorem subtilem in IV, dist. 10, quœst. 1, ubi machination! buic satisfaciens, inquit : « Dico quod Magister respondet in « littera buic authoritati, etbene, quod nec Cbristus, nec Augustinus exponens « vult negare veritatem corporis Christi, sed quod non est in Sacramento sic « carnaliter, sicut ipsi (Capbarnaitge) intellexerunt, qui abierunt rétro, scilicet « visibiliter in forma propria, sed per oppositum ad istum modum intelligendi, « est ibi spiritualiter et intellectualiter. Et hoc est quod dicit Augustinus et « Magister adducit, et est de conaecrat., dist. '3, Ipsum quidem et non ipsum « corpus, quod videbatur, manducatur: ipsum invisibiliter, non visibiliter. Isto « enim modo de Eucharistia diffuse pertractatur a Paulo, I. adCorinth.. caj). xi. » Qui bis non acquiescit, acquiescere non vult sed moveri omni vento doctrincE.

Veritatem banc firmat insignitcr opinio, qua-. primis Ecclesi;e sa'-culis, invaluit inter gen tiles de feritate Christianorum, des^çviente in illos persecutione lanquam in carnivoros, eo quod convenirent autelucanis temporiînis ad esum humanse carnis, sive infantis trucidati, et veluli ad epulas Thyestëeas, cum Dcum suum comedercnt.... Quin et ejusmodi calumniam ex perfidia Jud;eorum natam fuisse, testatur Origenes, lib. VI contra Celsum, dicens : « Judaei <' chrisfianaî doctrina; exordio, .sparserunt rumores, quod ejus secla^ homines « mactati pueri carnibus vescerentur. «Adeo certum est JudJEos vernm carnem intcllexisse per eam promissionem, quam dicebanl jnieri, quia ad exiguum in Sacramento redacti. ((^ienitecos, Vita abscondila, etc., disimt. i, sect. 2.)

OÙ il «'lait auparavant? C'est comme s'il leur disait : Vous avez de la peine à concevoir comment vous pourrez manger ma chair et boire mon sang, maintenant que je suis au milieu de vous et que vous la pouvez toucher de vos mains ; que sera-ce donc lorsque je serai monté au ciel? Comment alors pourrez-vous croire que je vous la donnerai à manger, lorsqu'elle sera si éloignée de vous? Car il est bien plus facile de concevoir qu'on peut manger une chose que l'on a entre les mains et que Ton touche, que de croire que l'on peut manger une chose qui se trouve à une distance incommensurable.

Le sens des paroles du Sauveur est aisé à comprendre, étant admise la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans l'adorable sacrement de l'Eucharistie; mais il paraîtrait absurde et ridicule si l'on ne voulait voir qu'une figure dans ce sacrement, comme font les hérétiques. Ne serait-ce pas, en effet, comme s'il disait à ceux qui l'entourent : Vous avez de la peine à croire que je puisse vous donner mon corps à manger en figure et par la foi, maintenant que vous me voyez de vos yeux et que je suis au milieu de vous : que sera-ce donc quand vous me verrez monter dans le ciel ? Comment alors pourroz-vous croire qu'il vous est possible de le manger par la foi et en figure? Bien loin, en effet, qu'il soit plus difficile alors de croire qu'(jn le peut manger par la foi, il paraîtrait au contraire plus facile de le faire, puisque l'ascension du Sauveur aurait augmenté et facilité la foi. Ainsi, il ne se pourrait rien de moins raisonnable que ce discours de Notre-Seigneur, dans le sens que lui donne l'hérésie, au lieu qu'il est tout à fait clair et intelligible dans celui de la réalité qu'y donne l'Église catholique.

Jésus-Christ ajoute : Cest Vesprit qui vivifie ; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie. La chair de Jésus-Christ n'est pas vivifiante par elle-même; elle ne l'est que par l'esprit, c'est-à-dire par la divinité qui lui est unie, et qui se communique par elle à ceux qui la mangent. Manger cette chair, c'est le moyen le plus simple et le plus assuré de se nourrir de Dieu lui-même qui lui est inséparablement uni. Ce n'est point la chair par elle-même, mais l'esprit, mais Dieu uni à la chair qui donne la vie.

Mais ces paroles du Sauveur ont encore ici un autre sens. Il voulait avertir les Juifs de se servir de leur esprit et non pas de

PREUVES DE LA PRESENCE DE JESUS-CHRIST DANS l'eUCHARISTIE. 267

leurs yeux de chair pour l'intelligence de ce mystère. Les sens et la cliair y sont inutiles, ils ne servent guère qu'à induire en erreur lorsqu'on se fie à eux pour les choses de la foi.

Si les .Juifs avaient voulu faire usage de leur esprit, n'auraientils pas bien compris que celui qui avait changé les eaux en vin, qui venait de multiplier les pains, de marcher sur les eaux et d'opérer beaucoup d'autres prodiges, pouvait également faire ce qu'il leur promettait? Sans s'arrêter à ce qui choquait leurs sens dans ce discours, ne devaient-ils pas écouter simplement ce que la réflexion d'un esprit éclairé par la foi devait leur suggérer? Mais les sens et la chair ne faisaient que nuire à l'intelligence de ce grand mystère.

C'est de cette manière qu'il avait dit autrefois à S. Pierre que la chair et le sang ne lui avaient point révélé ce qu'il avait dit de sa divinité, mais qu'il l'avait appris de son Père : Tu es heureux, Simon, fils de Jean, car ni la chair ni le sang ne font révélé ceci, mais mon Père qui est dans les cieux '.

Cette explication est aisée et naturelle; au lieu qu'il ne se peut rien de plus contraire à ce que Jésus-Christ avait dit auparavant que ce que les hérétiques lui font dire. Il avait assuré d'abord avec serment que sa chair était un pain de vie, qu'elle donnait la vie éternelle à ceux qui la mangeaient, et ils voudraient lui faire dire ensuite que celte même chair ne sert de rien. N'est-ce pas la plus évidente contradiction ?

Comment serait-il vrai, Seigneur, s'écrie S. Augustin, que votre chair ne sert de rien, puisque vous avez déclaré vous-même que si nous ne la mangeons, nous n'aurons pas la vie en nous? Est-ce que la vie ne sert de rien? Et pourquoi sommes-nous ce que nous sommes, sinon pour avoir la vie éternelle, que vous nous promettez en nous donnant votre chair? Ainsi, que doit-on entendre par ces paroles : La chair ne sert de rien? Elle ne sert de i-ien en la manière que les disciples l'entendaient, et en la regardant comme une chair commune, et séparée de l'esprit, une chair telle que celle dont se nourrissent ordinairement les hommes '.

1. Beatus es Simon Bar Jona : quia caro et sanguis non revelavit libi, sed Pater meus qui est in cœlis. [MaUh., xvi, M.)

1. Numquid autom caro vivificat? Ipsc Dominus dixit, cum de ipsa commcndalionc ojusdcm terrae (scilicel carnis suœ) loqueretur : SjjiriluH est qm

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C'est encore une autre explication que nous donne ici S. Augustin, qui est fort naturelle. Car ne reganlant Jésus-Christ que comme un homme, et s'imaginant qu'il leur allait donner sa chair privée de vie, ils avaient raison de croire que cette chair ne devait point donner la vie éternelle. Mais la chair que promettait .Jésus-Christ était une chair vivante par la Vie du Verbe, et unie à Dieu qui est la source de la vie. Ainsi cette chair toute seule, comme ils la concevaient, ne sert de rien, mais c'est l'esprit de Dieu, c'est le Verbe uni à cette chair, qui est une source de vie éternelle et qui vivifie ceux qui la mangent. Car si la chair ne servait de rien, dit encore S. Augustin, le Verbe ne se serait pas fait chair pour demeurer parmi nous K

viri/irnt, raro antcm nih'd prodest. [Jonnn., vi, Oi.) Idco et ad terrain quamlibot cum te inclinas atque prosternis non quasi terram intuaris, scd illum sanctum cujus podum scahellum estquod adoras; propler ipsum cnim adoras : ideo et hic subjicil : Adornle scahellum pedum ojitit qiumiam sanclus est,. Quis sanclus est? In cujus honore adoras scahellum pedum ejus. Et cum adoras illum, ne cojïitatione remaneas in carne, et a spiritu non vivificeris : Spùitus fsl cniin. in(|uit, (jni vivifient ; earo mitem niliil jirudest. Tune aulcin quando hoc Doininus connncndavit de carne sua loculus erat, et dixerat : Nisi quis iiKinditcaveril eavnem meam, non habebit in se vilam œlernam. [Joann., vi, lii.) Scandalizati sunl discipuli ejus quidam, sepluaginta ferme, et dixerunt : iJunis est hic senno, quis polest enm inU'Viyere? lU rccosscrunt ab eo cl amplius cum Cl) non amhuluvevunt. Durum illis visum est quod ait : Nisi quis mnnducnvcrit carncm meam, non habebit vitam xternrnn. Acceperunt illnd stulte, carnaliler illud cojrilavcrunt, et pulaverunl quod prœcisurus erat Dominus parliculas quasdain de corpore suo et datnrus illls, et dixerunt : Dunts est hic sermo. ipsi duri, non sermo. Etenim si duri non cssent, dicerent sibi : Non sine causa dixit hoc, nisi quia est ihi aliquod sacramentum latens. Manerent cum illo lenes non duri; et disccrent al) illo quod illis discedentibus, qui remanserunt didicerunl. Nam cum rcmansissent cum illo discipuli duodecim, illis reccdentibus, suggesserunt illi, tanquam dolentes illorum morlem, quod scandalizati sunt in verbo ejus et recesserunt. Ille autem instruxit eos et ait illis : Spivilus est qui vivifient, caro autem nihil prodest : verba. qitœ locutus sum vobis spiritns et viln suut. Sj)iritualiter intelligite quod locutus sum. Non lioc cnrjjus quod videtis manchuîaluri estis, et bibituri sanguinem, (|uem fusuri sunl qui inc crucifigenl. Sacramentum aliquod vobis commendavi, spirifualiler inlellcclum vivificabit vos. Etsi necesse est illud visibiliter celebrari, oporlel tamcn invisibiliter intelligi. Exaltate Dominum Deum nostrum, et adorate scahellum pedum ejus, quoniam sanclum est. (S. August., Ennrr. in

Ps. XCVIII.)

1. Quid est ergo quod adjungit : Spiritus est qui vivifient, caro non prodest qjiidqiiai»? Dicarnus ei, palitur cnim nos contra(licentes, sed nosse cupientes : O Domine, magister bone, quomodo cai'o non jirodest quidquam, cum lu dixeris : J\'isi quis manduravcrit carncm meam et biberit sanyuinem meum, non habebit in se vilamf An vilam haberc non prodest quidquam? Et propler quid sumus quod sumus, nisi ut haheamus vitam seternam, quam tu carne promittis?

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Enfin, on peut donner une troisième explication à ces paroles, en distingua Lt trois manières de recevoir le corps de Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie. La première, seulement par la foi et en esprit; la seconde, seulement par la bouche du corps, sans la foi; et la troisième, et de corps et d'esprit. Ceux qui font la communion spirituelle en s'unissant à Jésus-Christ, uniquement par le désir et par la foi, trouvent dans cette union un grand avantage. Ceux qui, non seulement le reçoivent par le désir, mais qui s'en approchent et le reçoivent de bouche aussi bien que de cœur et par la foi, en retirent beaucoup plus d'avantage encore. Mais ceux qui ne le reçoivent que de bouche, sans foi, sans amour de Dieu dans leur cœur, commettent un grand péché, et la chair même du Fils de Dieu qu'ils reçoivent ne leur sert de rien, sinon à leur condamnation.

C'est en ce sens que S. Augustin disait que celui qui ne demeure point en Jésus-Christ, et en qui Jésus-Christ ne demeure point, ne mange point spirituellement sa chair ni ne boit point spirituellement son sang, quoiqu'il mange visiblement et qu'il presse avec les dents le sacrement de son corps et de son sang. Mais il le mange pour son jugement et sa condamnation, pour avoir osé s'approcher, étant impur, des sacrements de Jésus-Christ, qu'on ne reçoit dignement que lorsqu'on est pur '.

quid est ergo : No7i prodest quidquam caro? Non prodesl quidquam, scd quomodo illi intellexerunt; carnem quippe sic inlellexeruiit, quoinodo in cadavcr dilaniatur aut in macello venditur, non quomodo spiritu vcgetatur. Proinde sir dictum est : Caro non prodest quidquam, quomodo dictum est : Scienlia inflat. Jam ergo debemus odisse scientiam? Absit. Et quid est : Scienlia influt? Sola, sine charitate. Ideo adjunxit : Charitas vero xdificat. {/ Cor., viii, 1.) Adde ergo scientife charitatem, et utilis erit scientia : non per se, sed per charitatein. Sic etiam nunc, Caro non prodest quidquam, sed sola caro : accédât spiritus ad carnem, quomodo acccdit charitas ad scientiam, et prodest plurimum. Nam si caro nihil prodesset, Verl)um caro non fîeret, ut inhal)itarct in nobis. Si per carnem n()l)is multum profuil Christus, quomodo caro nihil prodest? Sed per carnem Spiritus aliquid pro sainte nostra egit. Caro vas fuit : quod habel)at attende, non (juod erat. Apostoli missi sunt, numquid caro ipsorum nihil nobis profuit? Si caro Apostolorum nobis profuit, caro Domini potuit nihil prodessc? Inde enim ad nos sonus verbi, nisi per vocem carnis? Unde Stylus, unde conscriptio? Ista omnia opéra carnis sunt, sed agitante spii'ilu tanquam organum suum. Spirilus ergo est qui vioi/icat, caro aulem non prodest quidquam : sicut illi intellexerunt carnem, non sic ego do ad manducandum carnem meam. (S. August., in Joann. Evang. tract, xxvn.)

d. Denique jam exponil quomodo id fiât quod ioquitur, et quid sil manducare corpus ejus et sanguinem bibere. Qui mauducat carnem meam et bibit meum sanguinem, in me manel, et ego in illo. {Joann., vi, '67.) Hoc est ergo

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C'est donc dons ce sons qu'on peut dire encore que la chair même du Fils de Dieu ne sert de rien, lorsqu'elle est prise sans foi et sans amour. Le morceau que le Seigneur présenta à Judas ne devint-il pas pour lui un poison, dit S Augustin, et après qu'il l'eut reçu, l'ennemi n'enira-t-il point en lui? Non pas qu'il reçût une chose qui fût mauvaise, mais parce qu'étant lui-même méchant, il reçut mal une bonne chose. Ainsi, prenez garde à vous, mes fi'ères, ajoute cet illustre docteur. Mangez spirituellement le pain céleste; approchez-vous de lautel avec l'innocence du cœur. Si vous péchez tous les jours, qu'au moins vos péchés ne soient pas mortels, et avant que d'approcher, faites bien attention à ces paroles de la prière que vous récitez : « Pardonnez-nous « nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont of- « fensi'S '. »

Les h(''rétiques des derniers siècles voyaient bien que reconnaître qu'il est parlé de l'Eucharistie dans le VP chapili-e de S. Jean,

manducarc illam oscaiii, cl illuin l)iljere poliim, in Ghrislo inanere, cl illum manentcm in se liabere. Ac per hoc qui non inanet in Ghrislo, et in que non nianet Chrislus, procul dubio ncc manducat (spirilaHter) carnem ejus, nec hihil ejus sanguinom (licet carnaliter et visibihter premal dentibus sacramenlum corporis et sanguinis Christi) : sed magis tantse rei sacramentum ad judicium sibi manducat et bibit, quia immundus prassumpsit ad Christi accédera sacramenta, (jme ahquis non digne sumit, nisi qui mundus est : de quibus <iicilur : lifoli munilo corde, quoniam ipsi Deuin videbunl. (S. AuGUST., in .Idiinn. EvftnfjcI. Iract. xxvi.)

I. Quantum autem perlinct ad iUam mortcm, de qua torrel nomiiius, qua mortui sunl patres istorum; manducavil manna et Moyscs, manducavit manna et Aaron, manducavil manna et Phinees, manducaverunt ilii mulli qui Domino placucrunt, et mortui non sunl. Quare? Quia visibilem cibum spirilaliter gustavcrunt ut spiritaUler satiaronlur. Nam et nos hodie accipimus visibilem cibum : sed aliud est sacramentum, aliud virtus sacramonli. Quam multi de allari accipiunt et moriuntur, et accipiendo moriuntur? Unde dicit Apostolus : ./triiciiim sihi nifimliiral et bihil. (/ Cor., xi, 29.) Non enim buccella domiiiica vencnum fuit Judac. Et taincn accepit et cum accepit, in eum inimicus iniravit. \'idelc ergo, fratres, panem cœlestcm spirilaliler manducate, innocentiam ad allare a})portate. Peccata ctsi sunt quotidiana, vel non sint mortifera. Anlequam ad aUare accedatis, attendite quid dicatis : Dimille no/ns dehilfi noslru sirul et nos dimitlimus debiloribus noslris. [Mallh., vi, d2.) Dimitlis, dimitletur tibi; securus accède, panis est non vcnenum. Soid vide si dimittis; nam si non dimittis, et ei mentiris quem non fallis. Mentiri Dco potes, Deum fallere non pôles.... Ideo et Dominus eos volens ostendere talium filios, hinc ad eos cœpit : Qnid munnnraiis invicem, murmuratores filii murmuralorum? Patres vestri mnnna manducaverunt, et mortui sunt : non quia mahun erat manna, sed quia maie manducaverunt. (S. August., Enarr. in Jonnn. Evany., tract, xxvi.)

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c'était reconnaître la présence réelle, et non pas seulement l'image du corps et du sang de Jésus-Clirisl dans l'Euchai-istie. Aussi, plutôt que de céder à l'évidence et de confesser la vérité, se sontils avisés de le nier et de dire que tout ce qu'on y lit doit s'entendre, non pas du corps de Jésus-Christ, mais de la parole de Dieu. Mais ils ne le peuvent dire sans avouer en même temps qu'ils sont d'un sentiment contraire à celui des Pères des premiers siècles qui l'ont expliqué de l'Eucharistie. Qu'il nous suffise ici de citer les noms d'Origène, S. Gyprien, S. Hilaire, S. Cyrille de Jérusalem, S. Jérôme, S. Ambroise, S. Augustin, le concile d'Alexandrie, S. Cyrille d'Alexandrie, Théodoret, S. Léon, Cassien. L'occas'on ne nous manquera pas de rapporter leurs propres paroles. En attendant, nous sommes en droit de conclure, d'accord avec la tradilion des premiers siècles et de tous ceux qui les ont suivis, que Jésus-Christ a promis de donner véritablement son corps à manger et son sang à boire. II nous reste à voir comment il a rempli cette promesse.

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