‹ La Sainte EucharistieChapitre 69 sur 169 · ACCOMPLISSEMENT DE LA PROMESSE · texte numérisé non relu

ACCOMPLISSEMENT DE LA PROMESSE

Le premier jour des Azymes, disent les Évangélistes *, auquel on était obligé cVimmoler la pâque, les disciples s'adressèrent à Jésus, et lui dirent : Oii voulez-vous que nous allions vous faire les préparatifs pour manger la pàqiie? — // envoya deux de ses disciples, Pierre et Jean : Allez, dit-il, nous préparer la pâque, afin que nous la mangions. Ceux-ci dirent encore : Oii voulezvous que nous la préparions? Il leur dit : Allez dans la ville. Dès que vous y entrerez, vous rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le dans la maison oii il entrera, et, quelque part quil entre, vous direz au père de famille de cette maison : Voici ce que dit le Maître : Mon temps approche, je fais la pâque chez vous avec mes disciples : oit est le lieu oiije puisse la manger avec eux ? Et il vous montrera une grande salle toute meublée. Faites-nous là les préparatifs -. Ses dis-

1. Nous emj)runtons tout ce récit et la plupart des réflexions qui l'accompagnent à V/Iistoin' de la vie de Noire-Seigneur Jéaii.'i-C/iritil, par le P. de Ligny, chap. lviii.

2. Voici quelque chose de grand qui se prépare, et quelque diose de plus grand que la pâque ordinaire, juiisqu'il envoie les deux \)his considérables de

ciples s en allèrent à la ville, et y étant arrivés, ils trouvèrent les choses selon quil leur avait dit, et ils firent les préparatifs de la pâf/ue. Or, sur le soir, il vint là avec les douze. Quand il fut (on/is, il se mit à table, et les douze apôtres avec lui, et il leur dit : J'avais un grand désir de manger cette pâque avec vous avant que de souffrir. Car je vous le dis, je ne la, mangerai plus qu'elle n'ait soji accomplissement dans le rogaume de Dieu. Ensuite, prenant la coupe, il fU des actions de grâces et dit : Prenez-la, et la distribuez entre vous; car je vous dis que je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu'à ce que vienne le rogaume de Dieu.

S'il en est de ce vin comme de la pàque, puisque celle-ci n'était encui-e que la manducation de l'agneau pascal, il faut croire que le vin dont parle ici le Sauveur n'était pas encore celui qu'il changea en son sang. Quand les Juifs faisaient la pàque, le père de

ses apôlres : S. Pierre, qu'il avail mis à leur tète, et S. Jean, qu'il honorait de son amitié particulière. Les évangélistes ne marquent point que ce fût son ordinaire d'en user ainsi aux autres pâques, ni aussi qu'il eût accoutumé de clioisir un lieu oii il y eût une grande salle tapissée. Aussi les saints Pères ont-ils remarqué (jue cet aj)pareil regardait l'institution de l'Iilucharistie. Jésus- Christ voulait nous faire voir avec quel soin il fallait que fussent décorés les lieux consacrés à la célébration de ce mystère. Il n'y a que cetle circonstance où il se;nl)le n'avoir pas voulu paraître pauvre. Les chrétiens ont appris, par cet exemple, tout l'appareil qu'on voit paraître, dès les premiers temps, pour célébrer avec honneur l'Eucharistie, selon les facultés des églises. Mais ce qu'ils doivent apprendre principalement, c'est à se préparer eux-mêmes à la bien recevoir; c'est-à-dire à lui préparer comme une grande salle un cœur dilaté par l'amour de Dieu, et capable des plus grandes clioses ; avec tous les ornements de la grâce et des "vertus qui sont représentés par cette tapisserie dont la salle était parce. Préparons tout à Jésus qui vient à nous : que tout soit digue de lui.

Le signe que donne Jésus de ce porteur d'eau devait faire entendre à ses disciples que les actions les plus vulgaires sont dirigées spécialement par la divine Providence. Qu'y avait-il de plus ordinaire et qui })arùt davantage se faire au hasard, (jue la rencontre d'un homme qui vient de quérir de l'eau à queUpie fontaine hors de la ville? et qu'y avait-il qui parût dépendre davantage de la pure volonté, pour ne pas dire du pur capri(-e de cet homme, que de porter sa cruche d'eau dans cette maison, au m:)ment jjrécis que les deux disciples devaient entrer dans la ville? Et néanmoins cela était dirigé secrètement j)ar la sagesse de Dieu; et les autres actions semblables le sont aussi à leur manière, el pour d'autres fins que Dieu conduit : de sorte que, s'il arrive si souvent des événements si extraordinaires, par ces renconires que l'on appelle fortuites, il faut croire que c'est Dieu qui ordonne tout, jusqu'à nos moindres mouvements, sans pourtant intéresser notre volonté, mais en dirigeant tous nos mouvements à ses fins cachées. (Bossuet, Médit . sur les Évang. La Cène, premier jour.)

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famille, ou celui qui présidait à la fête, bénissait la première et la dernière coupe. Il en buvait le premier, et la présentait ensuite à tous les conviés, qui en buvaient chacun à son rang. Un des évanf^élistes. qui marque expressément les deux coupes, place immédiatement après la première les paroles que Ton vient de lire, et c'est seulement de la seconde, distribuée après le repas, qu'il dit <îu'elle était le calice du sang du Seigneur. Cependant deux évangélistes placent ces mêmes paroles après la coupe consacrée. Peutrtre le Sauveur les proféra-t-il deux fois. Peut-être aussi les deux aut«>urs sacrés, qui ne parlent que de la seconde coupe, profitentils de cette occasion, qui était la seule qu'ils eussent, de rapporter des paroles trop intéressantes pour devoir être omises. C'est ainsi (ju'on les accorde tous ; car chacune de ces deux explications y suffit.

A présent, la réalité va succéder aux figures, et à la manducation de l'agneau pascal, la manducation de la chair de l'Homme- Dieu, mystère également supérieur à nos conceptions et à nos espérances, où la puissance et l'amour d'un Dieu se montrent sous ce jour d'infinité qui laisse au moins entrevoir qu'il n'a pu avoir pour auteur que celui en qui tout est infini, et qui est infini en tout. Mais un prodige d'abaissement devait précéder ce prodige de force, <t pour mettre son corps dans l'état qui devait le rendre présent sur tous les autels, il était réglé que. Jésus commencerait par anéanlir ce mê[ne corps aux pieds de tous ses disciples. C'est dans cette posture humiliée que nous allons le considérer, après avoir expli- <{ué en quel ordre se firent toutes les actions qui occupèrent une soirée si pleine de mystères et de merveilles.

La première de ces actions fut la manducation de l'agneau passai, dans laquelle Jésus-Christ, toujours ponctuel observateur de la Loi, garda toutes les formalités prescrites. 11 le mangea donc debout; et si l'on prétend qu'il était alors assis ou couché, parce que l'Évangile nous le représente en l'une ou l'autre de ces deux situations, on confond le premier repas avec le second. Celui-ci était servi aussitôt après qu'on avait achevé de manger l'agneau pascal, quand ce mets unique n'était pas suffisant pour apaiser la faim de tous ceux qui en avaient mangé. On était dans ce cas, puisque Jésus- Christ avait avec lui ses douze apôtres. Alors suivait le repas, où Ion n'était gêné ni dans le choix des aliments, à l'exception du pain azyme, ni astreint à aucune cérémonie. Ce repas, le seul que

l.A SAI.NTU laClIAIUSTIK. — T. 1. 18

les évongélisles appellent proprement le souper ou la cène, était Oni, comme ils le disent expressément, lorsque le Sauveur, s'élant levé de table, lava les pieds à ses disciples ; après quoi il s'y remit pour instituer l'adorable Eucharistie.

Écoutons les évang'élistes.

Jésus dont',sacliant que son temps était venu pour passer de ce monde à son Père, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu'à la fin, et après le souper, ainsi qu'on vient de le dire, le démon ayant déjà inspiré à Judas, fils de Simon VIscariote, de livrer Jésus, lui qui savait que tout lui avait été mis entre les mains par son Père, qu'il était venu de Pieu et qu'il retournait à Dieu, se leva de table, quitta ses vêtements, et prit un linge dont il se ceignit. Après ces préparatifs, auxquels s'appliquent si naturellement ces paroles : « 11 s'est anéanti lui-même, prenant la forme de serviteur, » Jésus versa de Veau dans un bassin, et il commença à laver les pieds de ses disciples, qu'il essuya avec le linge dont il était ceint. Il vint donc à Simon-Pierre ; mais Pierre lui dit : Quoi! Seigneur, vous me laverez les pieds? Jésus lui répondit : Ce que je fais, vous ne le comprenez pas à. présent, mais vous le comprendrez dans la suite. — Vous ne me laverez jamais les pieds, lui dit Pierre. — Si je ne vous lave, répondit Jésus, vous n'aurez point de part avec moi. — Seigneur, lui dit Simon-Pierre, lavez-moi non seulement les pieds, mais les mains et la tête. Jésus lui dit : Celui qui a été lavé n'a besoin que de se laver les pieds, et il est entièrement net. Aussi étes-vous nets, mais non pas tous; car il savait bien qui était celui qui devait le livrer, c'est pourquoi il dit : Vous n'êtes pas tous nets K

\. VLn Orient, dans les pays chauds, l'usage du bain était fort fréquent, cl après qu'on s'était lavé le malin et pendant le jour, il ne restait plus sur le soir que de se laver les pieds pour se nettoyer des ordures qu'on nmassail allant et venant. C'est le .sens de cette parole de l'Epouse : « J'ai lavé mes pieds, <' pourquoi voulez-vous que je me lève pour les salir?» [Gant., v, 3.) Jésus-ChrisI .se sert de cotte similitude, pour faire entendre à ses fidèles qu'après s'être lavé des grands péchés, il reste encore le soin de se purger de ceux que l'on contracte dans l'usage de la vie humaine, lesquels, bien que plus petits en comparaison des autres, ne laissent pas en eux-mêmes d'être toujours grands, parce qu'une âme qui aime Dieu ne trouve rien de léger dans ce qui l'offense; (!t si elle négligeait de se purifier de ses fautes, elles la mettraient dans un état funest*', afl'aiblissant inscns'blement les forces de l'âme, en sorte qu'il ne lui resterait que très peu de résistance contre les grandes tentations; ce qui la forait succomber trop aisément, parce que ces tentations violentes ne peuveni

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Jésus était peut-être encore aux pieds du traître, lorsqu'il lui donna ce premier avertissement, si propre à toucher un cœur moins endurci que le sien. Les apôtres, qui ne savaient pas à qui il s'adressait, durent comprendre au moins la leçon qu'il leur faisait d'une pureté plus parfaite que n'est celle qui se borne à l'exemption de fautes grossières. C'est là ce que Pierre ne savait pas encore. Mais à cette première instruction, qui était également pour tous, le Sauveur en joignit une seconde qui pouvait convenir plus pnrticulièrement à celui qu'il avait établi le chef de ses frères, quoiqu'elle fût aussi commune à tous. Après donc qiCil leur eut lavé les pieds, et qu'il eut repris ses vêtements, il se remit à fable et leur dit : Comprenez-vous bien ce que je viens de vous faire ? En me parlant, vous me dites : Maître et Seigneur, et vous faites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi qui suis votre Seigneur et votre Maître, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres, car je vous ai donné l'exemple, afin que vous fassiez vous-mêmes aux autres ce que je vous ai fait. En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n'est pas plus grand que son maître, ni renvoyé plus grand que celui qui l'envoie. Si vous comprenez ceci, vous serez heureux en le faisant. Ce bonheur ne devait pas être pour tous. Aussi, continue \e Sauveur, ce n'est pas de vous tous que je parle, je sais qui sont ceux que j'ai choisis, et si celui qui doit me trahir se trouve être du nombre, je ne l'y ai pas agrégé sans le connaître; mais c'est afin que l'Écriture s'accomplisse : Celui qui mange avec moi lèvera le pied contre moi. Je vous le dis dès à présent, avant

être vaincues que par une très ardente charité. C'est ce que Jésus-Christ nous apprend par ces paroles : « Cehii qui a été hivé n'a phis besoin que de lavei' « ses pieds, et il est pur dans tout le reste; et vous, vous êtes purs, mais non « pas tous. » Jésus-Christ nous apprend donc, par cette parole, qu'il ne nous est pas permis de négliger ces moindres péchés; et c'est ce qu'il a voulu signifier par le lavement des pieds. Et afin de pénétrer tout le mystère, le soin qu'il prend de laver les pieds à ses Apôtres au moment qu'il allait instituer l'Eucharistie, et les y faire participer, nous apprend que le temps où nous devons nous appliquer à purger ces fautes vénielles, c'est celui où nous nous préparons à la communion, où il s'agit do s'unir parfaitement avec Jésus- Christ; à quoi ces péchés apportent un si grand ohsiacle, que si on mourait avant de les avoir expiés, la vision bienheureuse en serait relardée peulctre durant plusieurs siècles. On doit donc se sentir d'autant plus obligé à jmrifier ces péchés avant la communion, que c'est par elle principalement (lu'on s'en doit relever, etc. (Bossuet, Mnlli. xnr (ex l'Umngiks. La Cène. x'' jour.)

-J76 L.\ SAINTE EUCHARISTIE. — LIVIiE I. — CHAPITRE VIII.

//Me la chose anHve, afin que quand elle sera arrivée, vous rroyiez que c est moi que celle prophélie regarde.

Ainsi le Sauveur était comme partagé entre deux objets qui faisaient alternativement le sujet de son discours. Il travaillait à exciter des remords dans le cœur de Judas, et il excitait ses disciples à se rendre mutuollement les devoirs d'une charité également humble et officieuse. Pour leur en adoucir la pratique, il ajoute que bien loin de s'avilir aux yeux des hommes, en s'humiliant les uns devant les autres, l'honneur qu'ils ont d'être ses apôtres les fera respecter comme lui-même. Car il n'y a que cette explication qui puisse lier aux paroles précédentes celles-ci qui viennent immédiatement après : En vérité, en vérité, je vous le dis, qui reijoil celui que f aurai envoyé me reçoit, et qui me reçoit reçoit celui qui m. a envoyé.

Le moment était venu où Jésus-Christ devait enfin instituer le sacrement de son corps et de son sang, et faire succéder aux anciens sacrifices celui qui, dans son unité, allait les remplacer tous, et, par son excellence, les surpasser infiniment en mérite et en valeur ^ Le souper durait encore, lorsque Jésus prit du pain, rendu des actions de grâces, le bénit, le rompit, et le donna à ses disciples, disant : Prenez et mangez ; ceci est mon corps qui est donné pour vous. Faites ceci en mémmre de moi. Il prit lie même la coupe après avoir soupe, et il rendit des actions de grâces, et il la leur donna, disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour vous et pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Et ils en burent tous. Or je vous le dis, ajouta le Sauveur, supposé qu'il ait dit deux fois cette parole, Je vous le dis, je ne boirai point désormais de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce jour oii je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume des deux.

Tel est le récit que la concordance des quatre Évangiles nous fait de l'institution d'un si grand mystère. Il suffit de le lire, surtout après avoir entendu d'abord les promesses du Seigneur, pour .s'étonner que des hommes raisonnables aient pu mettre en doute la volonté de Jésus-Christ de nous donner réellement et non pas seulement en figure son corps adorable et son sang précieux, dans le sacrement de nos autels. Nous ne nous en tiendrons pas là néan-

1. V. DE LiiiNV, Ilisl. de Noire-Seigneur Jésus-Christ, chap. ux.

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moins, et nous établirons, à la suite des théologiens, par les preuves les plus irrésistibles, que Jésus-Christ e?,{ véritablement, réellement ei substantiellement présent dans rEucharislie, comme l'enseigne le saint concile de Trente, fidèle écho de la foi de tous les siècles chrétiens.

TEMPS AUQUEL JÉSUS-CURIST ACCOMPLIT SA PROMESSE. — QUESTIONS ACCESSOIRES *

Le récit des saints Évangiles ne permet pas de douter que Jésus-Christ n'ait institué le sacrement adorable de l'Eucharistie pendant la dernière Cène qu'il fit avec ses disciples, le soir qui précéda le jour de sa mort. En eflet, ce fut pendant cette dernière Cène qu'il prononça ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi : Hoc facile in meam co7mnemorationem. Or, le concile de Trente fulmine l'anathème contre quiconque dirait que, par ces paroles : Hoc facile in meam commemorationem, Jésus-Christ n'a pas institué ses apôtres prêtres et n'a pas ordonné qu'eux-mêmes et les autres prêtres oftrissent son corps et son sang -. Dans sa XIII* session, le saint concile de Trente déclare en outre que, d'après l'enseignement unanime des Pères, ce fut pendant la dernière Cène que notre divin Rédempteur institua l'admirable sacrement de l'Eucharistie '^.

Dans le but de justifier l'usage qu'ils font du pain fermenté pour la .Sainte Eucharistie, les Grecs ont imaginé de dire que Notre-Seigneur avait anticipé d'un jour la célébration de la pàque, et qu'il avait pu se servir de pain fermenté pour la consécration, car le moment d'user de pains azymes n'était pas encore venu. Mais cette supposition ne repose sur rien. Et fût-il vrai que Jésus-Christ eût célébré la pàque, et par conséquent institué la Sainte Eucharistie dans un temps où l'on pouvait encore se servir de pain or-

\. Voir Mgr Rosset, Institutiones sacr.v theologix, de SS. Euchnrisfiw sacramento, c. iv, arl. \.

2. Si quis dixeril, illis vcrbis : Hoc /'acile in meam commémorai ioncm, Chrislum non iiistiluissc Aposlolos .sacerdoles, nul non ordinasse, lU ipsi aliiquc saccrdotes ollbrront corpus et sanguincîin suum : analhonia sit. [Concil. Trident., sess. XXII, can. ii.)

M. Majores noslri oinncs, quolquot in vora Chrisli Fvcclcsia fuennil, qui de sancfissinno hoc sacramento disseruerunl, aportissimo professi suni, hoc tani admirabile sacramenlum in ullima Orna lîodomploroin nosirniu insiituisse. [Concil. Trid., snss. XIII, oap. i.\

dinaire, on ne pourrait pas conclure qu'il s'est servi de pain fern]enlé. En effet, ce fut après la manducation de l'agneau pascal qu'il prit le pain et le vin et les transsubstantia en son corps et en son sang; or l'agneau pascal ne pouvait se manger qu'avec des pains azymes. Il aurait donc fallu manger d'abord des pains azymes avec l'agneau pascal, puis revenir au pain fermenté pour la consiVration delà Sainte Eucharistie, ce qui est invraisemblable. D'ailleurs, l'agneau pascal élait la figure par excellence de l'Eucharistie, et l'on ne conçoit pas que les pains azymes, exigés avec la rigueur la plus absolue pour la figure, fussent écartés lorsqu'il s'agit de la réalité, et cela, sans qu'on puisse en donner le moindre motif sérieux. Sans doute, si l'Évangile ou les Pères le disaient, il faudrait le croire ; mais puisque l'Évangile ne le dit pas, que la tradition ne fournit aucun prétexte de le croire, pourquoi s'arrêter à une supposition parfaitement invraisemblable?

Un passage de l'Évangile selon S. Jean semblerait cependant quelque peu favorable à l'opinion des Grecs. On lit au chapitre XVllI, y. 23, que les Juifs n'entrèrent pas dans le prétoire, afin de n'être pas souillés et de pouvoir manger la pàque : Ipsi non introierunt in prœlorium ut non conlaminarentur, sed ut nianducarent pascha. Il résulterait de ce passage que les Juifs n'avaient pas encore mangé la pàque le vendredi matin, et que Notre-Seigneur Jésus-Christ avait pris l'avance. Mais pour faire tomber cette difficulté, il suffit de remarquer que la pàque ne s'entendait pas seulement de l'agneau pascal, mais aussi des autres victimes qui étaient offertes et que l'on mangeait pendant les sept jours des azymes. Il fallait, pour y prendre part, n'avoir contracté aucune souillure légale, telle qu'aurait été l'entrée dans le prétoire de Pilatc. II n'est pas impossible non plus que les princes des prêtres, occupés toute la journée du jeudi et toute la soirée du môme jour à chercher le moyen de s'emparer de Jésus par ruse, aient manciué aux picscriptions formelles de la loi et remis au lendemain la manducation de l'agneau pascal. Une prévarication de plus ou de moins n'était pas faite pour les arrêter.

On a demandé s'il était certain que Judas eût assisté à l'institution de la Sainte Eucharistie, et qu'il eût communié de la main du Seigneur.

En donnant, d'après le P. de Ligny, le récit évangélique de la dernière Cône, nous avons supposé avec lui la présence de Judas

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et sa communion sacrilège. Telle est en effet l'opinion générale, ou du moins la plus communément admise, quoique S. Hilaire, Rupert, Tatien et quelques autres soient d'un avis contraire K

11 est difficile, en effet, de ne pas admettre la présence de Judas, lorsque nous lisons dans S. Luc, xxii, 21, ces p.iroles de Notre- Seigneur, offrant les saintes Espèces à ses apôtres : Cependant la main de celui qui me trahit est avec moi : Verumtamen ecce manus tradentis me mecum est. En parlant ainsi, le divin Maître essayait encore une fois de toucher le cœur du traître et de le ramener à des sentiments meilleurs, pour l'empêcher de faire une communion sacrilège. S. Pierre affirme que Judas avait reçu le sacerdoce suprême comme les autres apôtres, lorsqu'il dit qu'un autre doit être revêtu de son épiscopat : Episcopatum ejus accipiat aller. {Act., i, 20.) C'est l'enseignement des Pères, c'est la croyance de l'Église, que S. Thomas résume dans ces paroles de notre sainte liturgie :

Gibum turbœ duodenae Se dat suis manibus.

On pourrait en conclure que la Sainte Eucharistie fut instituée avant la fin du repas ordinaire qui suivait la manducation de l'agneau pascal; autrement Notre-Seigneur n'aurait pas pu donner du pain trempé à Judas après la communion, puisque Judas partit aussitôt après avoir pris ce pain trempé. Ce qui parait résulter de l'ensemble du récit est que la Sainte Eucharistie fut instituée après la Cène légale et avant le complément de repas qui la suivait, lorsque l'agneau pascal ne suffisait pas pour rassasier tous les convives. C'est ce que dit encore S. Thomas dans l'office du Très Saint Sacrement :

Post agnum typicum, expletis epulis, Corpus Dominicum datum discipulis.

1. S. Thomas répond en ces termes à l'objection tirée de l'autorité de S. Hilaire :

Hilarius posuit super Matthaeum quod Christus Judae corpus suura et sanfi:uinem non dédit. Et hoc quidem conveniens fuisset, considerata malitia Judae. Sed quia Christus nobisdebuit esse exemplum justitiiB, non convcniebat <îjus magislorio, ut Judam occultum peccatorem sine accusatore et evidenli probatione, ab aliorum communionc sepnroret, ne pcr hoc darctur exemplum l'rselatis Ecclesiae similia facieiidi, et ipsc Judas exasperatus inde sumeret r>ccasionem peccandi. Et ideo diccndum est quod Judas cum aliis discipulis rorpus Domini et sanguinem susccpit, ut dicit Dionysius in libro de Ecclet. Ilierardi. et August. super Jitannnn. (S. Thom., 111, qua^st. i.xxxi, arl. 2.)

Enfin, on a demandé si Notre-Seigneur Jésus-Christ avait consommé lui-même son corps et son sang, sous les espèces du pain et du vin, lorsqu'il institua la Sainte Eucharistie ^ Lescvangélistes et l'apôtre S. Paul sont absolument muets sur ce point, et leur silence semblerait intliquer que le Seigneur ne fit que distribuer le sacrement eucharistique à ses apôtres, sans y participer lui-même. On ne voit pas bien, du reste, quelle aurait été l'ulililé de cette participation. Il est vi-ai qu'en instituant l'Eucharistie, Jésus-Christ oflVait un sacrifice, et que le prêtre doit participer au sacrifice qu'il ofl're. Mais, selon la remarque de Bellarmin, si Jésus-Christ ne mange pas la victime, s'il ne consomme pas immédiatement le sacrement de son corps et de son sang, on peut néanmoins dire qu'il le consomme, parce qu'il le donne lui-même à cet effet. C'est ainsi que dans le sacrifice de la croix, il s'est vraiment sacrifié, puisqu'il s'est offert à mourir, bien qu'il ne se soit pas donné personnellement le coup de la mort. Dans l'ancienne Loi, la combustion était essentielle poui" l'holocauste; et cette combustion ne se (aisait pas immédiatement par le prêtre, mais par le feu : on n'en disait pas moins du prêtre qui jetait la victime au feu, qu'il la brûlait.

1. Qui prius hujus divini cibi expertus est suavitatem, Christus fuit : ip^o est, qui cum praegustavit in cœnse tempore, priusquam iilum a se pro nosti;i sainte coiuiiluin, et coctum ad ignem sui amoris, iioliis porrigcret manducanduin : u.iiri quamvis S. Thomas (111, q. xviii, art. 1) roierat noniuillos sine nomine aucJores, qui censuerinl Christtim in cœna divinum hune cihum non gustusse, verum tamen est, et commun i 1er receptum a theologis, comestum a Ctirislo panem consocratum, et ah eo discipulis fuisse divisum. Undc S. Hieroiiymus {J''jji.'il. CXV) de Chrislo inquit : Ipse conviva, ci convivinm ; ipsc corne dens cl (jui comcdilvr. l'Iademque verba referuntur in capitule : Ncc Moysrs (de consecr., dist. ii) Eeclesiaque cantat :

Se nascens dédit socium Convescens in edulium.

S. Thomas {locrj su/), cil.), in responsione ad primum argumentum, rcfert h«is cujusdain j)oel£e versus in ejusdem rei confirma lione :

Rex sedet in cœna turba cinctus duodena, Se tenet in manibus, se cibat ipse cibus.

Ad quod eliani probandum, citai Glossam ordinariam {auper cap. m Huth), ci Theodoreliiin huic projiosilo accommodantcm Aposloli Pauli verba (atl Ilebr., ii, scribenlis : Quia jiucri communicavciuiU carni cl .sanr/uini, cl Filtun J)ci partùijjavil cisdrm. Sed non minori cum proprielatc liane probaro verilatem possumus Sjionsi verbis {danl., v) : Cotncdi favum nicum ctim mcl/c mro, ac si di<-frel : fiustavi favum mellis a me ipso factum, et lanquam aller Noe, bihi vinum ex vinea, ([uam planlaveram : liihi vinnm cum lactc mco. Sanguineiii

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Quoi qu'il en soil de ces raisons, la plupart des théologiens admettent, à la suite de S. Thomas, que Notre-Seigneur Jésus- Christ a pi'is kii-même son coi-ps et son sang adorables sous les espèces euciiarisliques lorsqu'il institua ce sacrement. Il convenait en elTel qu'il donnât l'exemple et qu'il observât lui-même le premier ce qu'il ordonnait de faire. C'est ainsi qu'il voulut recevoir le Baptême avant d'en faire une obligation aux autres. Il est vrai que la communion ne pouvait rien ajouter à la grâce habituelle qui résidait en lui dans sa plénitude; mais l'augmentation delà grâce habituelle n'est pas le seul effet que la Sainte Eucharistie produise en ceux qui la reçoivent, et Notre-Seigneur y pouvait trouver une douceur spirituelle ineffable dont il semble qu'on reconnaît la trace dans le discours qu'il adressa à ses apôtres après la dernière Cène. Il a mangé lui-même son miel ; il a bu son vin avec son lait, comme dit l'Époux au livre des Cantiques, et il a éprouvé la divine ivresse qu'il recommande à ses bien-aimés. Comecli favwn ciim melle meo ; bibi vinum ciim lacté meo.... Comcdite, omici, et bibite, et inebriamini, charissimi. {Canf., V, 1.)

suum appcllal vinuin, non solum quia ipsum sul) specie viiii praebet, sed eliau: quoniain ut liai vinuin, necesse est de vitibus uvas legi, lectas in torculaideferri, delalas pessumdari, et magno ligno superposilo comprimi, ut succus lotus eliciatur, donec pelliculae exhaustœ ac fœdœ remaneant; ita in hoc divin<» sacramenlo Christus est bolrus, sive racemus figuratus in eo qucm exploratores a terra promissionis tulerunt, qui conjoctus fuit in torcular crucis, sicut dixit per Isaiam (cap. Lxin) : Torcular cnlcavi soins; ipse ab liostibus suis exagitatus, calcatus, et compressus fuit trium clavorum iinpressionibus, adei) ut lotus ejus sanguis cxpressus fueril, et aqua simul cum ipso profluxerit, sui sanclissimi corjjoris pelle sicca et dcformi rémanente : quibus rébus factuni est, ut sanguis ejus exiveril proprietatibus cumulatus quas habet vinum optimum, cujus virtus animum exhilarat, ut dixit Spiritus sanctus (As. cm) : Vinum i.vdlicfit ror hominis; de quo vino se bibisse ait Cbristus : Bibi vinui.i meum ; adjungitque, eum lacle meo, ad signiticandam magnam suavitatem, ei dulcedinem, quam Christus experlus est lempore cœnœ, ut docet S. Thomas, loco cilalo; quas suavilas eisi gratiam Chrislo non auxerit, quoniam illam habebat consummafam, et erat anima ejus beata, communicavit tamen ei dulcedinem, et suavitatem, sicut ipse indicavil, diccns [Cont., v) : Comedi favwn meum cum melle meo. Quem cibum cum adeo suavem sensisset, noluit, tanquam fidus amicus, benevolus pater, et perfectus amans, edcrc solus, nobis tiliis suis lanljr. dulcedinis expertibus rcmanentibus : unde cum primum gustavil, conversus ad discipulos dixit : Comedile el bibile; nec hoc contontus addidil, et iuebriamini. \'ult enim Deus ul hujus calicis, etdivini poculi haustu, amore ebrii fiamus. (Cartiiacen., J/omil. rnilml. De autjust. fùrl. sncr.. lib. IX, hom. XX.)

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