PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS LEUCHARISTIE
Ailleurs, le même saint docteur dit encore : « Que la manne soit « tombée du ciel pour les Juifs, c'est là quelque chose de grand et « de digne de notre admiration; mais il faut comprendre ce qui « est plus excellent ou de la manne du ciel, ou du corps de Jésus- <r Christ, qui est Fauteur du ciel. De plus, quiconque a mangé de « la manne est mort ; au contraire, celui qui mangera ce corps y « trouvera la rémission de ses péchés et il ne mourra pas pour « l'éternité K »
Mais supposez que Ton veuille admettre, comme semble le dire S. Augustin, que les pères ont mangé la même nourriture spirituelle que nous, au moins ne l'ont-ils pas mangée de la même manière. Voici, en effet, la pensée de cet illustre docteur : Leur aliment fut le même que le nôtre par la signification, mais non dans la réalité. Ils ont mangé le Christ en figure, parce que tout était figure chez ce peuple ; nous le mangeons véritablement. Pour eux ce n'était que l'image de la vérité, l'ombre d'un corps ; maintenant le mystère est accompli, et nous possédons la vérité ellemême -.
utique est corpus vitae? Maniia illud e cœlo, hoc supra cœlum : illud cœli, hoc Domiiii cœlorum : ilhid corruplioni ol)noxiuni, si iu diem altoruui servarctur; hoc alienum alj omni corruptiono, (juod quicumque religiosc gustaverit corruptionem soutire non poteril. lUis aqua de petra fluxit, tilii sanguis e Cliristo. lUos ad horam aqua satiavit, te sanguis dihiit in aeternum. Judaeus l)il)it et sitit; tu cuni liiheris sitire non poteris ; et iUud in unaljra, hoc in verilate. (S. Amuros., hh. De iis qui inidanhir, cap. ix.)
1. Magnum quidem et venerahile quod manna Judasis ])hut de cœlo : sed hiteUigite quid est amphus manna de cœlo an corpus Christi, utique qui est auctor cœli. Deinde manna qui manducavit, mortuus est; qui manducaverit hoc corpus fiet ei remissio peccatorum, et non morietur in seternum. (S. Am- BROS., lih. IV, De Sacram., cap. ix.)
2. Quid est ergo quod eumdem populum per prophetam increpat dicens : larnel autem me non offiiovit et pojxi/uf; mens non inlelJexil? (/.s., i, 3.) Sed profecto erant etiam in illo populo qui inlelligerent, hal)entes fidem qufe postea revelata est, non ad logis lilleram, sed ad gratiam spiritus ])erlinentem. Non enim sine ipsa fide fuerunt qui ejus in Chrislo futuram revelationem prcevidere et prcenunliare potuerunt; cum et illa votera sacramenta signiticanlia fuerint fulurorum. An soli proplieta^ liahehant hanc fidem, non et populus? Imo vero etiam qui ])ropliPtas tideliler audieliani, eadem adJTivalianfur gratia. Ut intelligerent quod audichanl. Sed uti([ue sacramenlum regni cœlorum velahatur in veteri Tcslanicnto, (|Uod i)leniludine lem})oris revelaretur in ndvo. \oh enim vos, ait Apostolus, ifinor<ire, fvatres, quia patres nostvi omnes sub nnbe fuerunt, et omues })er mare transierunt, et omnes per Moi/sen ha/ilizati sunt in nulte et in mari, et om)ies enmilem cibum spiritalem manduearerunt, et omnes ewmhm potum spiritalem bibernnt. Bibebant enim de spirilali eonsequente eos petra. jtrtra autem erat f^Jiristus. Idem itaque in mysferio cibus et
Los paroles de l'inslitulion de la Saiiile Eucharistie sont si claires, et les preuves que Ton en tire de la présence réelle de Notre-Seigneur, tellement évidentes, que Calvin lui-même n'osa pas s'inscrire ouvertement en faux contre elles, et il feignit d'admettre une sorte de présence réelle (jui n'en serait pas une. Selon lui, le corps et le sang de Jésus-Christ ne seraient pas réellement présents dans l'Eucharistie; le pain et le vin ne seraient que des symboles vides, des signes delà grâce, mais l'Esprit saint communiquerait à ceux qui recevraient ces signes avec foi, les mêmes grâces que s'ils contenaient l'éellement le corps et le sang de Jésus-Christ. Nous ne nous arrêterons pas â réfuter cette imagination. Jésus-Christ nous a i)rumis de nous donner à manger un pain qui serait véritablement sa chair, et â boire un vin qui serait véritablement son sang. Il ne nous a pas dit qu'il nous donnerait une vaine figure, des signes sans vertu, et que la foi ferait tout; il a dit : Le pain (jue je vous donnerai, c'est ma chair; le vin que je vous doinicrai, c'est mon sang. Et il a dit encore : Prenez et mangezen tous, car ceci est mon corps; prenez et buvez-en tous, car ceci est mon sang. Libre aux hérétiques d'amasser des nuages pour oliscurcir la vérité qui jaillit avec tant d'éclat de ces paroles. Pour nous, nous croyons â la vérité même, nous savons que Jésus- Christ n'a ni pu ni voulu nous tromper, et nous l'adorons de tout notre cœur et avec la soumission la plus entière de notre intelligence dans le sacrement de son amour. Celui qui a prononcé le premier et qui met sur les lèvres du prêtre cette parole sacramentelle : JIoc est corpus meum, n'est-il pas le même dont il est écrit : // a dit cl toutes choses ont clé faites; il a ordonne et elles ont été créées : Dixit et facta sunt, mandavit cl creata sunt? (Ps. xxxii, 9.) L'auteur du présent témoigne lui-même de la réalité de ce qu'il nous donne, dit Fulbert de Chartres ; comment pourrions-nous hésiter à le croire ^ ?
Il est vrai que nos sens ne voient rien de ce que la foi nous enseigne dans ce mystère; « mais, dit S. Jean Chrysostome, nos sens « se trompent facilement et souvent; la parole de Dieu, au con-
potus illuruin (|ui noslei-, sod si^nific.-ilioiu; idfiu, iioii speeio : quia idem ipse Chrisfiis illis in pclrn H;.'ni"atus, iiohis in carne inanifestalus. (S. AuousT., Enarnil. iii Ps. Lxxvn.)
I. Niillus lofus (liil)ietati relinqnilur (juando ille ipse qui auclor est muncris, Icslis csl verilatis. (l-i;LnEnT. Cahnot., Kpisl. 1.)
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« traire, est infaillible; elle ne trompe jamais. Puisque le Verbe de « Dieu nous dit : Ceci est mon corps : Hoc est, corpus meum; ac- « ceptons simplement sa parole, croyons et voyons-le des yeux de « rintelligence, » quoiqu'il écliappe à nos yeux de chair K
« Il en est de la présence réelle comme de la tri ni té des personnes en Dieu, de l'incarnation du Verbe, de la prédestination, de la résurrection des corps, de l'éternité des peines, dit le cardinal Gousset; c'est un mystère incompréhensible; il est inaccessible à nos sens, aux investigations de l'intelligence humaine. Ce serait donc s'écarter des règles de la sagesse, que d'examiner philosophiquement, ne prenant pour guide que la raison, si la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est possible. Tel ou tel mystère existe-t-il ? Tel ou tel dogme est-il révélé? Tel ou tel sacrement qui déroge au cours ordinaire delà nature, aux lois du monde physique, est-il d'institution divine? Voilà l'objet de notre examen, voilà quelle doit être l'étude du sage, du chrétien, du vrai philosophe. Or on l'a prouvé.... le corps de Jésus-Christ est réellement présent dans le sacrement de l'Eucharistie, en vertu de la puissance divine qui l'emporte autant sur les conceptions de l'homme quel que soit son génie, que l'infini l'emporte sur le fmi, le Créateur sur la créature. Donc, la présence réelle est possible. Il faudrait donc être Juif pour demander comment Jésus-Christ, le Fils de Dieu, peut nous donner sa chair à manger.
« Ce comment, disait S. Cyrille d'Alexandrie, est tout à fait ju- « daïquc, et sera la cause du dernier supplice. Car ceux-là seront « justement réputés coupables des crimes les plus graves, ([ui « osent attaquer, par leur incrédulité, le suprême Créateur de « toutes choses, et qui, sur ce qu'il veut opérer, ont le front d'en a chercher le comment. L'esprit brut et indocile rejette comme « extravagant tout ce qui est au-dessus de sa portée; son ignorante « témérité le porte à un orgueil extrême.... Les Juifs devaient, sans « hésiter, recevoir les paroles du Sauveur, dont ils avaient admiré « plusieurs fois la vertu toute divine, et cette puissance invincible « sur la nature, qu'il leur avait montrée lui-même par ses prodiges. « Et les voilà qui profèrent encore sur Dieu cet insensé connnent,
I. I])sius scrino inf.illibilis est, sensus autem nostcr scduci facilis; ille nunquam decipil, hic autem ut ])luriinum errât. Quoniam i^ntur ^■erl)unl dicit : Jlnr psl rorjius ineuni, et parcainus et crediimus, et oculis intelleclualibus ip- .suni iiilucaniur. S. Ciikvxist. lioui. LX ail papid. AiHioc/i.)
<t comme s'ils ne sentaient pas que cette manière de parler est un « blasphème, puisque dans Dieu réside le pouvoir de faire tout ce « qu'il veut.... Que si tu persistes, ô Juif, à proférer ce couimenf., « je te demanderai à mon tour, moi, comment la verge de Moïse fut « changée en serpent, comment les eaux furent changées en sang? « Il convenait donc d'en croire à Jésus-Christ et d'ajouter foi à ses « paroles, plutôt que de s'écrier si inconsidérément, si téméraire- « ment : Commun/ peut-il, celui-ci, nous donner sa chair à man- « ger?.... Four nous, en recevant les divins mystères, ayons une foi « exempte de toute curiosité. Voilà ce qu'il faut, et non point iaire <r entendre de cotnment aux paroles qui s'y disent. » (Sur S. Jean, liv. IV, c. VI.) Tel est le langage des Pères, lorsqu'ils parlent du mystère de l'P^ucharistie. « Pourquoi, dit S. Jean Ghrysos- <i tome, vous efforcez-vous de sonder ce qui n'a point de fond ? « Pourquoi cherchez-vous à comprendre des choses incompréhen- « sibles? Pourquoi voulez-vous pénétrer ce qui est impénétrable? « {Homélie VI sui- S. Jean.) Ne prétendons point juger les choses « divines par la raison, ni les assujettir aux lois et aux nécessités « de la nature. Croyons Dieu en toutes choses, et ne le contredisons <r point, quoique ce qu'il nous dit nous semble contraire à nos pen- « sées et à nos yeux. Que l'autorité de sa parole soit plus forte sur « nous que nos yeux et nos pensées. Ainsi donc, puisque c'est sa <.' parole qui nous dit : Ceci est mon corps, soyons-en persuadés, « croyons-le, et voyons-le avec les yeux de la foi. » {Homélie XXIII <L sur S. Jean.) « Celui (\m est doué de l'œil de la foi, dit « S. Éphrem, aperçoit Dieu dans une clarté intuitive; et, d'une foi « pleine et assurée, il mange le corps sacré et boit le sang de <i l'Agneau sans tache, sans se livrer, sur cette sainte et divine doc- « trine, à des recherches curieuses.... Pourquoi vouloir pénétrer ce « ([ui est impénétrable ? Si vous sondez avec curiosité, vous ne méa ritez plus le nom de fidèle, mais celui de téméraire. Soyez donc <i innocent et docile. Participez au corps immaculé et au sang du « Seigneur avec une foi très pleine, assuré ({ue vous mangez «f l'agneau tout entier. Car les mystères du Christ sont un feu im- <r mortel : gardez-vous de les scruter avec témérité, de peur qu'en « y participant vous n'en soyez consumé.... Pour moi, ne pouvant <i saisir par la pensée les mystères du Christ, je n'ose m'avancer « plus loin, ni essayer d'atteindre à la hauteur de ces mystères pro- « fonds et sacrés; et, si j'en voulais parler audacieusement, je ne
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« les comprendrais pas davantage. Je ne serais qu'un téméraire, « un insensé, battant l'air de mes vains et inutiles efforts ; car l'air a échappe à toute prise par sa rareté et sa ténuité ; et ces saints, « ces adorables, ces redoutables mystères, outrepassent toutes les ff forces de mon génie. » (Sermo)i sur la cnriosilé à sonder la nature de Dieu.) — (Gousset, Théol. dogmat., n" 7G3.)