PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS EEUCHARISTIE
chair très réelle et très véritable qu'il nous donne dans TEucharistie.
Enfin, lorsque le saint docteur dit que le pain et le vin eucharistiques sont la nourriture de nos corps, il l'entend du pain et du vin avant la consécration, de sorte que ses paroles signifient : Ce qui nous a été donné pour être l'aliment de nos corps devient, par la consécration, la chair et le sang du Sauveur, nourriture de nos âmes. Ou bien, s'il parle du pain et du vin consacrés, il entend que cet aliment très divin et très vivi liant est pour nos corps une semence de glorieuse immortalité, un gage de résurrection, nom que lui donnent souvent les Pères. En effet, Jésus-Christ, la vérité même, n'a-t-il pas dit : Celui qui mange ma chair et qui boit mon santj a la vie éternelle, et Je le ressusciterai an dernier jour '? La Sainte Eucharistie est encore, pour notre chair, un aliment divin, parce qu'elle réprime ses révoltes, calme les ardeurs de la concupiscence, et donne des forces contre l'entraînement des passions. Le vin de la vigne, dans lequel réside la luxure, selon la parole de l'Apôtre : In quo est luxuria {Eph., v, 18), corrompt la chasteté. Le vin eucharistique, dans lequel Jésus-Christ est réellement présent, donne la virginité et la chasteté de l'àme, comme l'enseigne S. Ii'énée, que nous citerons bientôt. C'est pourquoi le prophète Zacharie s'écriait, des siècles à l'avance, lorsque Dieu lui révélait quelque chose de cet adorable mystère : Qu'estce que le Seigneur a de bon et de beau, sinon le froment des élus et le vin qui fait germer les vierges ' ?
Il n'est pas nécessaire de répondre encore une fois à une dernière objection tirée de ce que S. Justin dit, après Xolre-Seigneur, que l'Eucharistie doit être consacrée en mémoire de lui. La présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ n'est nullement incompatible avec les symboles qui nous avertissent de cette présence et peuvent seuls nous la rendre sensible.
I. Qui manducfit meam carnem et hibil meuni sanguiiioni liabet vilam veicvnaiu, of o-ro rosuscitaho pum in novissimo die. [Joann.. vi, Jjîi.l
!2. Quid est l)onum ejus, et quid pulchruin ejus, nisi frumcnlum electonim, elvinuin germinans virgines? [Zach., ix, 17.)
s. IRKNÉE Evêque de Lyon, martyr l'an 202.
S. Irénée fut disciple de Papias et de S. Polycarpe, qui avaient clé instruits par S. Jean TÉvangéliste. On croit qu'il fut envoyé par S. I^olycarpe dans les Gaules, l'an 157. Il s'arrêta à Lyon, succéda à S. Potliin, et devint comme le chef des Églises des Gaules, qu'il gouverna avec zèle et piété. Ses écrits furent nombreux, mais il nous en reste peu de chose ; assez cependant pour y trouver de précieux témoignages en faveur de la présence réelle de Notre- Seigneur au Très Saint Sacrement.
Dans le quatrième livre que nous avons de lui contre les hérésies, S. Irénée prouve la vérité de la doctrine catholique, principalement par les paroles de Jésus-Christ. Voici comment il parle de l'Eucharistie. Après avoir montré que les sacrifices extérieurs étaient inutiles sans la charité et les vertus intérieures, il dit que Jésus-Christ conseillait à ses disciples d'offrir à Dieu les prémices de ses créatures, non pas qu'il en eût besoin, mais pour se procurer à eux-mêmes les avantages qui naissent de la reconnaissance, et continue ainsi : « Il prit le pain, simple créature, et rendant « grâces, il dit : Ceci est mon corps. Et de môme, prenant le catt lice, chose créée comme tout ce (jui nous entoure, il déclara que a c'était so/< san(j. II instituait ainsi la nouvelle oblation du nou- « veau Testament, que l'Église, qui l'a reçue des apôtres, offre à <i Dieu dans le monde entier, réalisant ainsi les paroles du pro- <c phète Malachie : Du levant au couchant, mon nom est glorifié <i entre les nations, et en tout lieu on offre à mon nom la vic- « time et le sacrifice pur....
« Comment les hérétiques pourront-ils être assurés que Je pain a de rEucharislic est le corps de leur Seigneur, et le calice son « sang, s'ils ne le reconnaissent i)as pour le Fils du Créateur? Et « comment disent-ils que la chair qui est nourrie du corps et du « sang du Seigneur est sujette à la corruption et ne reprend point « la vie? Qu'ils changent d'opinion ou qu'ils cessent d'offrir ce « que j'ai dit.... Comme le pain qui vient de la terre, recevant a l'invocation divine, n'est plus un pain commun, mais l'Eucha- (■' ristie, composée de deux choses, l'une terrestre, l'autre céleste ;
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« ainsi nos corps, recevant l'Eucharistie, ne sont plus corrup- « tibles, mais ils ont l'espérance de la résurrection, o
Les deux choses dont S. Irénôe dit que l'Eucharistie est composée sont la chair de Jésus-Christ, terrestre et de même nature que la nôtre, et son esprit, c'est-à-dire son âme et sa divinité, par laquelle il est du ciel et céleste.
11 dit encore contre les Marcionites : « Comment donc le Sei- « gneur, s'il est le Fils d'un autre Père, prenant le pain qui est « l'ouvrage du Créateur, a-t-il déclaré qu'il est son corps, et assuré « que la liqueur mêlée dans le calice est son sang? » Et contre ceux qui niaient que la chair de Jésus-Christ fût passible pendant sa vie mortelle : « 11 s'ensuivrait que le Seigneur ne nous aurait « point rachetés de son sang, et que le calice de l'Eucharistie ne « serait point la communication de son sang, ni le pain que nous « rompons, la communication de son corps. »
Citons encore un autre passage du même saint évêque : « Lors- « que le vin préparé dans le calice et le pain rompu ont été sanc- « tifiés par la parole de Dieu, ils sont devenus l'Eucharistie, du « sang et du corps de Jésus-Christ, aliment qui soutient et vivifie « la substance de notre chair. Comment les hérétiques osent-ils nier « que la chair nourrie du sang et du corps de Jésus-Christ, parce ff qu'elle est membre de ce divin corps, soit incapable de recevoir « le don de Dieu qui est la vie éternelle? Le bois de la vigne planté « en terre donne des fruits en son temps; le grain de froment « tombé dans le sillon se corrompt, ressuscite et se multiplie par « l'esprit de Dieu qui contient toutes choses. Le fruit de la vigne « et le grain de froment deviennent l'aliment des hommes, grâce « à leur industrie, et, par la parole de Dieu, ils deviennent aussi a l'Eucharistie, le corps et le sang de Jésus-Christ. De même, nos « corps, nourris de cet aliment sacré, seront déposés dans la teri'e, « et s'y corrompront, mais ils retrouveront la vie au temps fixé, « lorsque le Verbe de Dieu les ressuscitera pour la gloire de Dieu « le Père '. »
1. Sed et (liscipulis d.iiis coiisilimn ]iriiiiiti.'îs Doo ofterro ox suis crcaluris, iioii (|u;isi iii(lifj:enli, sed ni ipsi iiec iniViicluosi noo in^rali siul, eiiin (|ui ox croaltira ])aius est accopil, cl fzralias c/il, dicous : //or es/ rorjnn^ mciim. VA caliccin simililor qui est ox oa ci-oalura (|u<v ost socunduju nos, suuni sauiiuinoui confossus est, ol uovi Toslauionli uovaui docuil oblatioiicni ; (juain lù-closia al) AiH)st(ilis acc-i})ioiis, in univorso niundn (liVorl Doo, oi qui aliuuMila nobis prjusial, j)i'inulias suoruni inunoruni in iiovo Tcslanionlo, de i|Uu in iluodc-
On pourrait encore citer d'autres passages de S. Irénée se rapportant à la présence réelle de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie; mais ceux-ci suffisent.
Résumons en ces quelques mots l'ensemble de sa doctrine.
Au lieu des sacrifices de la Loi ancienne devenus inutiles, Jésus-Christ a institué une nouvelle oblation, celle de son corps et de son sang. L'Kglise seule ofi're cette oblation, et elle l'oflVc en tout lieu, du levant au couchant, selon la parole de Malachie. Ceux qui ne croieol pas que Jésus-Christ est le Fils du Créateur ne peuvent s'assurer que le pain de l'Eucharistie est le corps de leur Seigneur et le calice de son sang. Le pain qui vient de la terre, recevant l'invocation divine, n'est plus un pain commun, mais l'Eucharistie composée de deux choses : l'une terrestre, l'autre céleste; la chair de Jésus-Christ qui est terrestre et de la même nature que la nôtre, et son àme avec sa divinité qui est du ciel et céleste.
Il suffit de ce simple résumé et des paroles que nous avons rap-
ciiu proijlictis, Mahichias sic pi'iesigiiilicavit : Xuii csl mihi vulnnlan in vo/ji's. ilin'i Doi/iimis omm'itotpns, et scfcripciiim non accipinm de manihus î'ps/r/.s. (jKoniam (ih otiit soiis iisfjne ad occaaum nomen meum clori/icnliir inlei' gi'ulcs, et in omni ioro inccusnm o/f'eiiiu' nomini mro, et nacrificiian jjurnm qnoni(nii maqmim est inwicn meum iu rjeutihioi. dicil DomiiiKs omniitolens. {Ma/ar/i.. i. 10,' 11.)
Quoniodo auloiu conslal)!! eis, einii panem in quo fi,i'alia^ .'iclte sini, coi-jins osso Doniiiii siii, cl (•alicem sangiiinis ejus, si non ipsuni Fal)ricaloris inundi Filinni dicanl, id est \ei'l)iun rjus, per (juod lifiiium fructilical et defliuuil fonlos et terra dat primum (|uidoin fœnnni jmst deinde spicam, deindo pl(>iiuni Iriticuin in spica?
(^(imniodo aulem nirsus dicunl farnem in foiTui)lioneni devenirc et non ])frcij)cre vitam, qiiœ corpore Doinini et sanguine alilur? l'li't;o, aul senloiifiam mutent, aut abslineant offerendo qiue dicta sunf.... Quemadmodum enim cjui est a terra panis perci])iens invocationem Dei, jam non communis panis est, sed Kucharislia ex dual)us rébus constans, lerrena et cœlesti, sic et corjiora nostra j)ercipientia Eucliaristiain, jani non sunl corrupti))iliu, spem rcsurreclionis liahenlia. (S. Irkn., mari., Contra haTeses, lil). IV, cap. iv.)
<^uando er^ro et inixtus calix et fractus panis percipil verbum Dei, fit Kucharistia sang'uinis el corporis (^bristi, ex quibus augetur et consistil carnis noslr<TB subslanlia. Quoniodo carnem neganl esse ca})acein donationis Dei, quîe est vila K-lerna, (jua* sanfruine el corpore nulritui- ut nicnil)runi ejus? Quemadmodum H^Mium vilis depositum in terra fiuclitlcat tempore suo, et f^'ranum trilici, (Jecidens in terrain et dissobitum multiplex surgit per s])iritum Dei, qui conlinel omnia qua* deinde per sapienliani in usum liominibus veniunl, et percipientia verbum Dei Kucharislia fiuni, quod est corpus et santruis Clirisli; sic el nf)sfra corpora ex ea inilrila el reposita in terram, et resolula in eam résurgent in suo tem])ore Aerbo Dei resurreclionem eis douante, in gloriam Dei Palris. (In., lib. \, c. ii.)
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portées, pour montrer avec évidence à tout esprit non prévenu que le saint évêque de Lyon croyait à la présence réelle de Notre- Seigneur dans l'Eucharistie, que les fidèles y croyaient comme lui, et que les hérétiques de son temps, Valentiniens ou Mareionites qu'il combattait, n'osaient pas rejeter ce dogme, quoiqu'il s'accordât difficilement avec leurs erreurs. Pour prouver que le Christ est véritablement Fils de Dieu et créateur du monde, il en appelle à ce fait que, par sa parole toute-puissante, il change le pain en son vrai corps, et Je vin en son propre sang. Pour rendre croyable la résurrection future de la chair, il tire un argument de la transsubstantiation du pain et du vin au corps et au sang de Notre-Seigneur. Si, dit-il, le pain devient la véritable chair du Christ par les paroles de la consécration, comment un corps nourri de l'Eucharistie pourrait-il ne pas trouver dans cet aliment vivifiant l'immortalité en vertu de la puissance divine? Le dogme de la présence réelle était tellement bien accepté dans la primitive Église, que S. Irénée s'en servait comme d'un principe inattaquable que personne n'oserait révoquer en doute, pour prouver les autres articles de la foi i. On le voit, il y a loin de cette doctrine aux subtilités des hérétiques, qui ne veulent de réalité nulle part, mais seulement quelques symboles.
Ils se plaignent cependant que quelques obscurités se mêlent à ces rayons de pure lumière, ou plutôt ils s'efforcent d'en affaiblir la splendeur : elle leur blesse les yeux. Lorsque Irénée, disent-ils, expose que l'Eucharistie est composée de deux substances, l'une terrestre, l'autre céleste, il entend, par la substance terrestre, le pain, et par la substance céleste, le corps lui-même de .îésus- Christ, dont le pain qui est toujours pain devient la figure. Ils disent encore que c'est le pain figure du corps et du sang de Jésus-Christ, et non le corps et le sang de Jésus-Christ en substance, qui nourrit et vivifie notre chair.
Mais ces interprétations sont forcées et ne signifient rien. (Jui donc ignore (jue dans l'Eucharistie les espèces visibles du pain et du vin sont terrestres et corruptibles, tandis que le corps de Jésus-
J. Los Pères de IK^-lise ont ou soiivonl l'ocdiirs à col argument, elle s;iv;nil évè(|ue d'Kvreux De Sainclos {De n-ltiia Knr/tfnuslix ranlroversis) ne consaere pas moins de soixante paires in-folio à citer les j)assai:os des Pères, qui s'appuient sur la ])résonce réoll(> d(^ Nolro-Seiirneur dans IKucharistie, pom- prouver les articles du symbole des apoli-es.
Christ, incorruptible et giorieux, est l'aliment céleste que S. Irénée reconnaîtencet adorable sacrement? Mais ce corps céleste lui-même est terrestre en ce sens que Jésus-Christ a emprunté à la terre les éléments qui le composent. Au contraire, son esprit et sa divinité, unies à son corps adoi-able dans le sacrement, sont du ciel. Et ce corps de Jésus, devenu notre nouri-iture, nous nourrit non pas à la manière d'un aliment ordinaire, mais en déposant en nous un germe d'immortalité, un principe de résurrection. C'est la nourriturc des grands; elle ne se transforme pas en ceux qui la mangent, mais elle les transforme en elle et leur communique ses vertus admirables.
TERTULLIEX
Nt- vers 150; convorli Tan 185. prêtre l'an lil2 : mort vors l'an 216.
Terlullien a trouvé plus d'une fois l'occasion de témoigner de sa croyance à la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ dans le saint sacrement de l'Eucharistie, et malgré la retenue qu'il fallait garder dans des écrits destinés au public, il a laissé plusieurs passages qui ne permettent aucun doute sur sa foi. C'est ainsi que, parlant du Baptême, il dit : « On lave la chair pour pu- « rificr l'âme, on oint la chair pour consacrer l'àine, on fait sur la « chair le signe de la croix pour fortifier l'àmc, on met la chair à a l'ombre par l'imposition des mains, afin que l'âme soit éclairée « par l'esprit. La chair mange le corps et le sang de Jésus-Christ, « afin que l'âme soit engraissée de Dieu lui-même : Caro corpore « et sanguine Chrisii vescUnr, ut et anima de Deo saginctur. » {De Ilcsurrect. carnis, viii.) Il dit ailleurs dans le môme sens : a La chair est nourrie et engraissée du corps du Seigneur : O/nr/ii- <i tate Dominici corporisvescitur. » (De Pudicitia, ix.)
Ailleurs encore : « Le corps du Seigneur reçu et mis en réserve, tt tout est en règle; on a participé au sacrifice et le devoir est « rempli : Accepta corpore Domiiii, et reservato, utrumque sal- « vum eut, etparticipalio sacriflciiet executio officii. » [De Orat., XIV.) Il expose ensuite le sens de ces paroles dans l'Oraison dominicale : Panerii nostnim (piolidianum da noblsliodie : Donnez-nous aujourd'hui notre pain de cliaque jour, et dit qu'on peut les entendre de trois manières. Par elles, dit-il, nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire pour la vie du corps; nous demandons
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en second lieu le pain spirituel des croyants, Jésus-Christ; enfin, nous demandons le corps de Jésus-Christ qui est dans l'Eucharistie : TiDii ijuofl et corpus cjus iu pane censefnr.
Remarquez que Tertullien distingue entre Jésus-Christ nourriture de tous les fidèles en vertu de la foi, et le même Jésus-Christ présent dans l'Eucharistie. Cette distinction serait vaine et superllue si l'on ne recevait le corps et le sang du Seigneur que par la foi dans ce sacrement, comme le reçoivent ceux qui croient en son Évangile. Et les hérétiques ne peuvent pas soulever de difficulté sous prétexte que Tertullien emploie le mot censetur, que l'on peut traduire, est considéré comme étant, parce que les jurisconsultes et Tertullien lui-même, dans ses traités de Patientia et de Pra'scriptionibus, l'emploient pour signifier la présence réelle de l'objet dont ils parlent.
Tertullien, dans le livre IV, Contre Marcion, s'exprime ainsi : 0 II prit le pain, le distribua à ses disciples et en fit son propre « corps en disant : Ceci est mon corps, c'est-à-dire la figure de « mon corps : Acceptiim panem et distributum discîpulis corpus « sunm illum fecit. Hoc est corpus meum dicendo, id est figura <i corjforis luei. » D'où les novateurs concluent que Tertullien ne voyait dans l'Eucharistie qu'une simple figure.
Il est aisé de répondre à cette objection, pour peu que l'on examine le texte de près. D'abord on ne peut pas prétendre que cet auteur si grave se soit contredit ouvertement lui-même, en affirmant d'abord que Jésus-Christ a transformé le pain en son propre corps par les paroles de la consécration, corpus suum fecit illum, et en disant aussitôt après que ce pain ainsi transformé n'est (ju'une simple figure. Il faut donc chercher une explication qui fasse disparaître cette contradiction. Elle est on ne peut plus simple. Le mot ftgure ne se rapporte nullement au corps de Notre-Seigneur, mais à la particule ceci, qui, dans la pensée de Tertullien, représente le pain; de sorte que le sens de ses paroles est celui-ci : « Le Christ ayant pris le pain figure de son corps, le « ciiangea en son corps, par ces mots : Ceci, qui est la figure de « mon corps, est mon corps. » Il ne voulut pas interrompre l'ordre des paroles du Seigneur, en expliquant ce qu'il entendait par ceci, et il rejeta cette explication après le texte entier. Il avait volontiers recours à ces sortes de transpositions par respect pour le texte sacré. C'est ainsi que voulant expliquer comment Jésus-
Christ étant Dieu a néanmoins pu mourir, il rapporte ces paroles de l'Apùtre : Quonlam Clirislus morluus est : Parce que le Christ est mort (/ Cor., xv, 3), et il écrit : Dicendo C/in'stus mort uns est, ici est unctiis, id tjnod unclani est mortuum. ostendit, id es/ carneni. » {Contra Praxeam, xxix.) La traduction littérale en suivant cette construction de phrase serait : « En disant que « le Christ est mort, c'est-à-dire consacré, il montre que ce qui « a été consacré est mort, c'est-à-dire la chair. » Il est évident que l'explication id est unctus, « c'est-à-dire consacré, » a sa place marquée immédiatement après Christus, et que l'auteur ne l'a rejetée après Mortuus que pour donner, sans les interrompre, les paroles de l'Apôtre.
Il faut remarquer que TertuUien ne parle du pain comme il le fait que dans ses livres contre Marcion, où il avait à prouver que les ouvrages du Créateur sont bons. A cet effet il apporte le pain pour exemple, et dit que Marcion ne pouvait le trouver mauvais, puisque Jésus-Christ, qu'il reconnaissait pour Messie, l'avait changé en son propre corps, dont le pain offert par 3Ielchisédech était la figure, de même que celui dont parle Jérémie lorsqu'il dit : Pour moi j'étais comme un agneau plein de douceur, quon porte pour en faire une victime, et je n'avais point su les entreprises qu'ils avaient formées contre moi en disant : Mettons du bois dans son pain, exterminons-le de la. terre des vivants, et que son nom soit effacé de la mémoire des hommes K II montre de même que le vin est le symbole qui représente le sang de Jésus- Christ dans l'ancien Testament et cite ces paroles d'Isaïe : Pourquoi donc votre robe est-elle rouge et vos vêtements comme les vêtements de ceux qui foulent dans un pressoir 2? Il rappelle enfin ces paroles de la bénédiction de Jacob à Juda, de qui devait naître le Messie : // lavera dans le vin sa robe et dans le sang du raisin son manteau : Lavabit in vino stolam suam, et in sanguine uv.r amirtum suum. (Gen., xlix, II.) Cette robe et ce manteau, dit TertuUien, sont évidemment la chair de Jésus-Christ, et le vin est son sang. Et c'est ainsi qu'après avoir figuré son sang par le vin, il consacre et ciiange aujourd'hui le vin en son sang ^.