‹ La Sainte EucharistieChapitre 80 sur 169 · ORIGÈNE · texte numérisé non relu

ORIGÈNE

Né l'an 185; disciple de Clément d'Alexandrie à qui il succéda comme chef de l'École d'Alexandrie; mort l'an 254.

Les commentaires et les homélies d'Origène sur l'Écriture sainte renferment plusieurs passages qui montrent quelle était sa croj^ance et celle des fidèles de son temps touchant la Sainte Eucharistie. On y voit, par exemple, que les fidèles étaient persuadés que le pain offert dans l'Église devenait, par le moyen de la prière, un corps qui était saint et de plus possédait la vertu de sanctifier ceux qui en usaient avec un esprit bien disposé - ; qu'ils mangeaient la chair môme du Fils de Dieu et qu'ils buvaient son sang, dont la manne était la figure ^; qu'ils s'en approchaient avec beaucoup de précaution et de respect, de peur qu'il ne tombât la moindre parcelle

i. A ta même époque vivait S. Ilippohjte, évêque et martyr. On lui attribue les paroles suivantes, tirées iVun sermon sur V Antéchrist :

Liigebunt etiam Ecclesi<B luctum magnum, quia nec oblatio, nec suffitus fiât, nec cullus Deo gratus. Sed Ecclesiarum aedes sacrœ tugurii instar erunt, pretiosumque corpus et sanguis Christi, non extabit in diebus illis. Liturgia extinguetur, psalmorum decantatio cessabit, scripturarum recitatio non audietur.

Quuni vonerit Filius hominis in gloria sua, et omnes sancti Angeli cum eo, tune sedel)it super tlu'onum gloriœ sufe, et congregabuntur coram eo omnes gentes, et separabit eos ab invicem, veluti pastor séparât oves ab b;edis; et constituet oves quidcm a dextris suis, hiedos autem a sinistris. Tune dicet bis qui erunt a dextris ejus : Venite benedicti, etc.... Venite Martyres qui confessi me coram tyrannis tormenta multa alque suppUcia pertulistis. Venite Pontifices, qui pure mihi sacrificium die nocfuque obtuHstis, ac pretiosum corpus et sanrjuinem meum immolastis quotidie. (S. Hippol., orat. de Antichristo.)

2. Quocirca Celsus, ut Dei ignarus gratias dœmonibus rcddat ; nos vero Conditori omnium gratias agenfes, et pro collatis ejus in nos beneficiis, actis gratiis, oblatis panibus vescimur qui utique per precem efficiuntur corpus sanclum et sanctifîcans eos qui sano proposito et mente ipsautanlur. (Origen., lib. Vin advers. Celsiim.)

3. Antea in œnigmate fuit ])aptisma in nul)C et in mari ; nunc autem in specie regeneratio est in aqua et Spiritu sancto. Tune in a^nigmafe erat nianna cibus, nunc autem in specie caro Verbi Dei est verus cibus, sicut et ipso dicit : quia caro mea verc est cibus, et sanguis meus vere est potus. (Id., hom. VII ï;t libr. A'umer.)

1\ s\|\TK EUCHARISTIE. — T. I. 24

du corps du Seigneur : ils se seraient crus gravement coupables si, parleur négligence, il s'en fût perdu quelque chose ^ Ils célébraient la Pàque en mangeant la chair du Verbe, et, dans le temps de la célébration de l'Eucharistie, ils se donnaient le baiser de paix qui était appelé saint, comme étant chaste, sincère et le signe d'une véritable charité. Pour participer au pain de bénédiction, il fallait être saint, c'est-à-dire sans infirmités spirituelles, sans habitude du péché. « Observez, dit-il, que le Christ, sur le point de donner a les pains de bénédiction à ses disciples, pour les distribuer « à la foule, guérit les malades afin qu'il n'y eût d'appelés à parti- « ciper à ces pains de bénédiction que des gens d'une santé par- « faite. Et maintenant encore ceux qui sont infirmes ne peuvent « pas manger les pains de bénédiction de Jésus. Mais si quelqu'un, a au lieu d'écouter ces paroles : Que rhomme s'éprouve lui-même <s et quil mange ainsi de ce pain, n'en tient aucun compte et se « montre assez téméraire pour manger néanmoins le pain du Sei- « gneur et boire son calice, il devient faible et infirme, il s'en- 0 dort; il a, pour ainsi parler, la tète appesantie par la vertu de ce « pain '. »

1. Volo vos admonere religionis vestrae exemplis : Noslis quidivinis mysteriis interesse consuevistis, quomodo cum suscipilis corpus Domini, cum omni cautela et vcneratione servatis, ne ex eo parum quid décidât, ne consecrati muneris aliquid delabalur. Reos enim vos creditis, et recte creditis, si quid inde per negligenliam décidât. Quod si circa corpus ejus conservandum tanta utimini cautela, etmerito utainini, quomodo putatis minoris esse piaculi verbum Dei neglexissc quam corpus ajus .^ (In., hom. XIII in Exod.)

Adile hœc (pioque :

Cum videris gentes introire in fidein Ecclesi;e, cxtrui altaria, non cruorc pecudum respcrgi, sed yj?"e<îoso Christi songuiîie coui-panin; cum videris sacerdotes et levitas non sanguinem hircorum et lauronim, sod vcrl)um Dei (id est Christum) per Spiritus sancti gratiam minislraiites, tum dicito quia Jésus post Mosen suscepit et ohtinuit principatum, non ille Jésus filius Nave, sed Jésus filius Dei. (Id., hom. II m Jesum filnim Nave.)

Non liœreas in sanguine carnis, sed disce potius sanguinem Verbi, et audi ipsum tibi dicentem, quia hic sanrjuis meus est rpii pro vobis effundeiur in remissionem peccatorum. Novit qui mysleriis imbulus est (.sacroque tinctus baptismale) el cnrnem et sa7iguinem Verbi Dei. Non ergo moremur in bis, quœ et scientibus nota suni, et ignorantibus palere non possunt. (II)., hom. IX in Levit.)

Panis iste quoin Deus Verlium cori)Us suum esse fatetur, verbum est nutritorium animarum, verbum de Deo Verbo proccdens, et panis de pane cœlesti qui positus est super monsam, de qua scriptum est : Parasli in conspectu meo mensam adversus eos qui trihulanl me. (In., hom. XXXV in cap. XXVI Matth.)

2. Et curavil languidos eorum. {Matth., xiv, li.) Primo quidem observa hune sanasse œgros, cum panes benedictionis discipulis daturus esset, quos turbis apponerent, ut sanilati restituti, panum benedictionis fièrent participes:

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JESUS-CHRIST DANS l'eUCHARISTIE. 371

s. CYPRIEX Baptisé vers l'an 245; prêtre l'an 247 ; évèque de Carthage en 248; martyr l'an 258.

Les écrits de cet illustre Père de l'Église contiennent divers passages qui montrent clairement sa foi en la présence réelle. C'est ainsi qu'on lit dans la liv^ de ses lettres : « Nous devons donner « la communion aux vivants, à ceux que nous excitons et que nous « exhortons au combat, pour ne pas les laisser nus et sans dé- « fense. Il faut les munir du corps et du sang de Jésus-Christ qui « les protégeront ; et puisque l'Eucharistie possède |cette vertu de « protéger ceux que nous voulons mettre en sûreté, contre les « coups de l'ennemi, fournissons-leur cette arme, rassasions-les « de l'aliment du Seigneur. Comment leur enseignerions-nous « qu'il faut verser leur sang pour confesser le nom de Jésus-Christ? a comment les exciterions-nous à le faire, si nous leur refusions « le sang de Jésus-Christ lui-même au moment où ils marchent au « combat •? » Dans la lettre lvi% S. Cyprien revient en ces termes sur le même sujet : « Ils doivent considérer qu'il leur faut boire « chaque jour le sang de Jésus-Christ, afin de pouvoir eux-mêmes « verser leur sang pour Jésus-Christ -. » De telles paroles sont

nec enim qui etiamnum infirmi simt, panes benedictionis Jêsii capere possunt. Sed si quis, curn haec audire deberet : Probet autem seipsum homo, et xic de pane illo edat, his non obtempérât quidem, sed lemere panem Domini, ejusque calicem sumit, imbecillis vel infirmus fit, vel dormiens, ex ea, ut ita dicam, capitis gravedine quam a vipanis contrahit. (Orig., in Matth. cap. XIV.)

Un autre témoin de la présence réelle, appartenant à la même époque, est le saint pape Pontien, martyr vers 240. Il écrivait :

De sacerdotibus vero Domini, quos vos audivimus contra pravorum homi- Mum insidias adjuvarc, eorumque causas portare, scitote vos in eo valde Deo jjlaccre, qui sibi eos ad serviendum ascivit, et familiares in tantum sibi esse voluil, ut etiam aliorum lio.stias ])or eos acceptaret, afque eorum peccata donaret, sibique reconciliaret. Ipsi quoque proprio ore corpus Domini confî- <-iunt et pojiulis tradunt. iS. Pontianus jxijin, epist. ad Felirem Siiccrihonem.)

1. Vivcntibus communicatio a nobis danda est, ut quos excitamus et horlamur ad prcelium, non inermcs et nudos relinquamus, sed protectione sanguinis et corporis Cbristi inuniamus : et cum ad id fiât Eucharistia, ut possit esse tutela, quos tutos esse contra adversarium volumus, munimcnto Dominicje saturitatis armemus. Nain, quomodo docemus aut provocamus eos in 'onfossione nominis sanguinem suum fundere, si eis mililaturis Christi san-

iiinem denegamus. (S. Cvprian., Ejjisl LIV.)

•2. Considérantes idcirco se quotidie calicem sanguinis Christi bibere, ut possinl et ipsi propter Christum sanguinem fundere. (Id., Epist. LVI.)

assez claires par elles-mêmes et ne demandent pas de commentaire.

Dans le traité de Lapsis, où il reproche leur chute à ceux qui ont faibli dans la persécution, il rapporte ce fait : « Un chrétien « qui s'était souillé en prenant part aux cérémonies païennes, osa « s'approcher avec les autres, lorsque le prêtre eut célébré le Saint « Sacrifice, et recevoir en cachette une portion du pain consacré. « Mais il ne put manger ni toucher le sacrement du Seigneur. Il « ouvrit les mains et ne trouva qu'un peu de cendre. Le Seigneur « montrait, par cet exemple, qu'il s'éloigne lorsqu'on le renie, « qu'il ne sert de rien de le recevoir à ceux qui n'en sont pas « dignes et que la grâce du salut n'est plus qu'un peu de cendre « lorsque la sainteté disparaît. » Dans ce texte, il dit en termes exprès que la Sainte Eucharistie est un sacrifice, et que Jésus- Christ s'est retiré miraculeusement de celui qui l'avait reçu sans en être digne, ce qui implique nécessairement sa présence antérieure K S. Cyprien rapporte au même endroit d'autres châtiments extraordinaires dont furent frappés plusieurs de ceux qui communièrent après avoir mangé des viandes consacrées aux idoles ; il parle d'un petit enfant qui refusa obstinément de boire au calice du Sacrement que le diacre lui présentait, et d'une personne plus âgée étouffée par le sang du Seigneur, qui ne put descendre jusque dans son estomac : elle tomba morte au môme lieu. Une femme ayant ouvert avec des mains impures l'armoire où elle avait mis le saine du Seigneur, il en sortit une flamme qui Tempêcha d'y toucher ~.

\. Alius qui et ipse maculalus sacrificio a sacerdolc celcbrato parlom cum caelcris ausus est lalcntcr accipcre, sanclum Domini ederc et coutrectare non pofuit. Cinerem ferre se aperlis manibus iiivenit. Documento unius ostcnsuni, Dominuin rccedere cum neg;itur, nec immerenlil)us ad salul.em prodesse quod sumitur, quando gratia salularis in cinerem sanctitalc fugientemufetur. (In., fie Ijtjtsh.)

•2. Voici tjta'/tjiica autres le.ctea de ce saint martyr se rapportant au même sujet :

Illi contra Evangelii legcm, contra veslram quoquc honorificam petitionem, anle actam pœnitenliam, ante exomologesin gravissimi atque extremi delicti factam, ante manum ab Episcopo et Clero in pœnitenliam impositam, ollerrc pro illis et Eucbaristiam dare, id est, sanctum Domini corpus profanare audeant : cum scriptum sit (/ Cor., xi, 27) : rjui ederit panem, aut biberit calicem Domini indirpie, reus erit corporis et sanguinis Domini. Et lapsis quidem potest in boc venia concedi : quis enim non mortuus vivifîcari properet? quis non ad salutem su.im venirc festinet? sed PrcEpositorum est prœccptum

PREUVES DE LA PRÉSEN'CE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eUCFIARISTIE. 373

Citons encore ce qu'il écrit dans son traité sur VOraison dominicale. S, Hilaire de Poitiers, parlant de ce traité, le donnait comme une pièce achevée ; il disait que « l'explication que Cyprien, « de sainte mémoire, avait donnée de l'Oraison dominicale, le dis- « pensait de traiter la même matière. » Voici donc comment il s'exprime : « Jésus-Christ est le pain de vie, et ce pain n'est pas fait pour a tous, il est nôtre. De même que nous disons : Notre Père, parce « que Dieu est le Père de ceux qui comprennent et qui croient, a nous appelons ce pain no^rep««?i, parce que le Christ dont nous « recevons le corps est notre pain. Nous demandons que ce pain « nous soit donné chaque jour, pour qu'il ne nous arrive pas, à « nous qui vivons dans le Christ et qui recevons chaque jour TEu- « charistie, cet aliment de salut, de tomber dans quelque faute « grave qui nous obligerait à nous abstenir de ce pain céleste, à « ne pas communier, et à vivre ainsi séparés du corps du Christ. « Car il nous a lui-même donné cet avertissement et fait cette <s leçon : Je suis le pain de vie descendu du ciel. Si quelqu'un « mange de mon pain, il vivra éternellement. Le jmin que je « donnerai, a-t-il dit encore, est ma chair pour le salut du siè- « de. Lorsqu'il affirme que quiconque mangera de son pain vivra « éternellement, il est évident que ceux-là vivent qui approchent « de son corps, et qui reçoivent l'Eucharistie par une digne com- « munion ; mais d'autre part, il est bien à craindre, et il faut prier « pour qu'un tel malheur n'arrive pas, que celui qui s'abstient

lenere, et vel properantes, vel ignorantes instruere, ne qui ovium Pastores esse debent, laniarii fiant. Ea enim concedere, quœ in perniciem vertant, decipere est : nec erigitur sic lapsus, sed per Dei offensam magis impellitur ad ruinam. (Epist. X\', alias XI, ad Martyres et Confess.)

Unanimitatem christianam finna sibi atque inseparabili cbarilale connexam, eliain ipsa Dominica sacrificia déclarant. !Sam quando Dominus corpus suum pancm vocat de multorum granoruni adunationc congestum, popuhim nos- Irum quem portabat, indical adunaluui ; et quando sanguinem suum vinum appellat, de botris atque acinis phuiniis expressuni atque in unum coactum, gregem item nostrum significal, comuiixfione adunalfe mulliludinis copulatum. (Ei)ist. LXIX, alias LXX\'I, ail M(fi/niim.]

Sancliticafa ora cœlcstihus cibis, jjosl corpus et sanguinem Domini, profana contagia et idolorum reliquias resi)ucrunl. Et viulto /tost : A diaboli aris reverlenles, ad sanclum Domini surdidis et infectis nidore manibus accedunt. Morliferos idolorum cijjos adliuc i)enc ruclanles, exbalanlibus cliam nunc scelus suum faucibus, et contagia funesla redolenlibus, Domini corpus invadunl.... Spretis bis omnibus atque contcmplis, vis infcrtur corpori ejus et sanguini, <'t ))lus modo in Dominum manibus atque ore dclinquunl, (juam cum Dominum negavcrunt. (Lib. de Lajisis.)

« de la communion et s'éloigne ainsi du corps du Christ, ne de- « meure loin du salut. Et c'est pourquoi nous demandons que « notre pain, c'est-à-dire le Christ, nous soit donné chaque jour. « Il ne faut pas que nous, qui demeurons et vivons en lui, nous 4 séparions de son corps et de sa sanctification K »

A des paroles si claires on aurait tort d'opposer que S. Cyprien dit ailleurs (Episi. lxii et lxxvi) que le Seigneur appelle le pain son corps, et que le calice du Seigneur est du vin; Jésus-Christ, en appelant le pain son corps et le vin son sang, changeait réellement l'un et l'autre en son corps et en son sang. Par sa parole toutepuissante et efficace, il accomplit ce prodige que ce qui par nature était du pain et du vin cesse, en vertu de la consécration, d'être du pain et du vin, et devient la chair et le sang du Sauveur.

Ces autres paroles, empruntées à la lettre lxiii% ne présentent pas plus de dilficulté : « On ne peut pas voir que son sang par le- « quel nous avons été rachetés et vivifiés, soit dans le calice, quand « le vin, par lequel le sang du Christ nous est montré, manque « dans le calice 2. » Dans ce passage, en effet, S. Cyprien parle de la matière du sacrement de l'Eucharistie, qui n'est pas de l'eau,. mais du vin, qui convient mieux que l'eau pour représenter le sang voilé sous ses apparences.

F*armi les écrits de S. Cyprien on en trouve un intitulé : Œuvres cardinales du Christ, qui n'est pas de lui, quoique plusieurs le lui aient attribué. Mais quel qu'en soit l'auteur, ce traité n'est

4. Panis vitœ Chrislus est, et panis hic omnium non ost, sed noster est : et quomodo dicimus Pater noster, quia intelligentium et crcdcntium pater est, sic et panem nostrum vocamus ; quia Chrislus, noster, qui corpus ejus contingimus, }}anis est. llunc autem panem dari no])is ({uotidie poslulamus, ne qui in Christo sumus, et Eucharisliam quotidie ad ciljum sahitis accipimus, intercedente aHfjuo graviorc deUcto, dum ahstenti et non communicantes a cœlesti paniî pi'ohilK'inur, a Chrisli corpore separemur ; ipso prsedicante et monenle [Joonn., VI, îjl, V)'-l) : Ego aum jxniis vilœ, qui de cœlo dcsce?idi. Si quis ederil de meo jjfuie, vivel in seteniwn. Punis autem, qnem ego dedero, caro mea est pro swcu/i viln. Quando ergo dicit in œternum vivere, si quis ederit de ejus pane, utmanifestum est eos vivere, qui corpus ejus attingunt, et Eucharisliam jure coinmunicalionis accij)iunt : ita contra timendum est et orandum,. ne dum quis ahstentus separatur a Christi corpore,proculremaneat asalute.... Et ideo panem nostrum, id est, Christum dari nohis quotidie petimus, ut qui in Christo manemus et vivimus, a sanctificatione ejus et corpore non recedamus. (S. Cyp., lib. de Oral. J)om.)

2. Nec potest videri sanguis ejus quo redempti sumus et vivificati, esse in calice, quando vinum desit calici quo Christi sanguis ostenditur, (Id.,, Episl. LXIll.)

PREUVES DE LA PRESENCE DE JESUS-CHRIST DANS l'eUCHARISTIE. 375

pas à dédaigner; il a une parenté étroite avec les œuvres de S. Cyprien, pour la doctrine, pour le style et le temps où il fut écrit. On y lit ces paroles : « Le pain commun changé en chair et en sang « procure la vie et l'accroissement des corps. Le pain que le Sei- « gneur offrait à ses disciples, changé non pas d'apparence, mais « de nature, devient la chair du Verbe tout-puisssant. Et de même « que l'humanité était visible et la divinité cachée dans la personne « du Christ, ainsi l'essence divine se cache d'une manière ineffable « dans ce sacrement visible K » Rien de plus clair que ces paroles.

1. Panis iste communis in carnem et sanguinem mutalus procurât vitam et incrementum corporibus. Panis iste quem Dominus discipulis porrigebat, non effigie sed natura niutatus, omnipotentis Verbi fit caro. Et sicut in persona Christi bumanitas videbatur et latebat divinitas, ita sacramento visibili ineffabiliter divina se infundit essentia. (Auctor tractatus de Operibus cardinalibus Christi, sermo VI.)

Aux textes de S. Cyprien que nous avons cités, on peut ajouter les suivants :

Muniatur os, ut Dominum suum Cbristiim victrix lingua fateatur. Armemus et dexteram gladio spirituali, ut sacrificia funesta fortiter respuat, ut Eucharistiœ memor, qui Dominî corpus accipit, in ipso Dominum suum complectatur, postmodum a Domino suo sumpturus prsemium cœlestium coronarum. (ID., lib. IV, epist. VI.)

Illustres manus, quœ non nisi divinis operibus assueverant, sacrificiis sacrilegis restiterunt. Sanctificata ora cœlestibus cibis, post corpus et sanguinem Domini, profana contagia et idolorum reliquias respuerunt. (Id., serin. V de Lapsis.)

Autres textes remontant à la même époque :

Cieterum quale delictum est, vel illorum qui admittuntur, vel eorum qui admittunt, ut non ablutis per Ecclesije lavacrum sordibus, nec peccatis expositis, usurpata temere communicatione, contingant corpus et sanguinem Domini, cum scriptuin sit : Quicuinque ederit panem, aut biberit calicem Domini indigne, reus erit corporis et sanguinis Domini. (S. Firmilius episc, epist. ad Cyprianum.)

Quo progrederis sine filio pater? Quo sacerdos sancte sine Diacono properas ? Nunquam sine ministre sacrificium offerre consueveras. Ouid ergo in me displicuit pater? Num degenerem probasti? Experire certe idoneumne ininislrum elegeris. Gui commisisti Dominici sanguinis dispensationem, oui consummandorum consortium sacramentorum huic consortium lui sanguinis negas ? Verha S. Laurentii martyris qui ])as,sus est circa annum ^2053. (\'ide lib. I O/'fic. B. Amhrosii, cap. xli.)

Qui traditi exciderunt, deinde autem sua sponte rodount in discrimen, confilentes se esse Cbristianos, conjectiquc sunt in custodiam post tormenta, rationabile est in exultalione cordis, eorum exeinplo roborari, et communicare in omnibus, tam precibus et susceptionc corporis et sanguinis Christi, quam adhortalione verbi, ut conslantius depugnantes, fiant et ipsi digni pi-cÇinio supernae vocationis. Etenim septies, ait Si'riptura, cadit jusfus et resurgi!. Quod si oinnes qui exciderunt fccissrnt perfcclissimam equc corde mananlem ostendissent pœnitentiam. (S. Petuus episcop. Alexand. et martyr (aniio 3(H)). De Pœnitcntia, can. 8.)

EUSÈBE, dit PAMPIIILE

Né vers 270; ovêquc de Césarée en Palestine vers 315; mort vers 340.

On a d'Eusèbe Pamphile plusieurs ouvrages estimés où l'on trouve des témoignages nombreux de sa foi en la présence de Notre-Seigneur dans la Sainte Eucharistie. Nous nous contenterons de les indiquer sans nous y arrêter davantage :

Il n'appartenait, d'après Eusèbe, qu'à ceux qui avaient reçu l'onction mystique (lib. V Demonslrationum), c'est-à-dire aux prêtres, d'oUrir le Sacrifice terrible de l'Eucharistie, cette victime non sanglante et raisonnable ^ d'autant plus agréable à Dieu qu'elle lui est offerte par le Souverain Pontife, qui est Jésus-Christ lui-même. Les fidèles participaient à ce mystère tous les dimanches, et après avoir reçu et mangé la viande sacrée, le corps salutaire

1. Quando hiijiis sacrificii memorinm signis qiiihusdnm in mensa cclebrandain, l'orpusijue Hem illiits, aahilaremque sangaiiicm (ul novi teslaiiieiili inslilulum liahol) acccpcrimus, rursiis a prophela David instruiinur addiccndum: Paroali in ronspeclu meo niensam, contvn ens qui nf/Iigunt me. Pingucfecisli in olco cojjut mnim, et cafi.v tuus inebrians quam prœalanlissimus. Palam in lii.s niysticam significat iinctionem, el horrorem afierentia monsœ Christi sacrificia, quibus opérantes incruenlas, et rationales, eique suaves victimas, in tota vita siipremo Deo offerre, per cminentissiinuiii omnium ipsius Pontificem, edocti sumus. (Euseb., episc. Cwsar., \\h. I DomonMr. EvangeL, cap. x.)

Ab orlu snlis usque ad occasum, nomen meum gloi-ificalum est in gentibus, et in omni loco inconsum offertur nomini meo, cl boslia nuinda. Sacrificamus igitur Deo allissimo sacriliciuni laudis ; an crift camus Deo plénum^ el horrorem ii/f'erens, el sfirros/titriiim sarrificinm ; sacriticamus more novo, secundum novum leslamenlum hosliam nuindam. (In., quœsl. II île variis qiuextionibiiH.)

Nous citerons comme témoignages de la croyance en la présence réelle, vers la même époque, les autorités suivantes :

A fruclu frumenti, vini et olei miUii)licali sunt. — Accepimus frumenlum in rorpore, vinum in siinguine, oleum in clii-isniale. (Amoijius prenhijL (anno ;{0l)), in Ps. IV.)

Si dfiminicus dies colitur, (juia resurrectionis gloria illuslralus est, el quinla feria a Christianorum festis putetur cxcolenda, in qua ascensionem Domini constat esse Aposlolis revelalam ; in hac etiam die sacrificium sacri corporis Domini el aangnitris ejns ab ipso Domino sumpsit exordium. (S. Silvester nripo (vixil anno 'M7], vide acfa ejns.)

(>um vero ingressus fuerit episcopus aut presbyter ad solemnia celebranda, nisi passio aliqua inferveneril, nullo modo audeat data oratione reccdere, ut al) allero ojiiscojio vel preshylero solenniia su])pleantur. Sed qui initium ponit, supj)leal us(|ue in Hiiem. Si (juis vero prajsumpserit agere pryRter quod statuimus agere, a sacro rorpore et sanguine Domini nostri Jesu Christi sit suspensus. (S. )>\\iM\\KWS jialriarchd llierosoL, in decretis ;j?'o consecratione.)

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CURIST DANS l'EUCIIARISTIE. 377

de Jésus-Christ, ils adoraient avec respect l'auteur d'un si grand bienfait. {In Ps. xxi.) Mais il fallait avoir l'àme épurée et sans tache pour manger ce pain de vie et cette chair vivifiante de Jésus- Christ, et pour boire son sang. {In Ps. xxvi.) Ce pain venant du ciel, qui est Jésus-Christ même et son corps, n'est destiné en effet qu'à ceux qui sont appelés à la sainteté. Eusèbe était si persuadé que Jésus-Christ est réllement présent dans l'Eucharistie, qu'il ne peut assez s'étonner (lib. I Contra Marcel.) que Marcel ait nié la substance du Fils, lui qui était consacré spécialement au ministère de ses autels. Dans un passage cité par S. Jean Damascène (Sacr. Parait.), il indique clairement la transsubstantiation en ces termes : « Le Saint-Esprit consacre les dons propo- « ses, et le pain est fait le précieux corps de Notre-Seigneur, et le « breuvage son précieux sang. » Des paroles si expressives sont une preuve qu'ennommant, comme il le fait ailleurs, ce sacrement image ou symbole du corps de Jésus-Christ, il n'a pas voulu dire qu'il en fût simplement l'image ni le symbole, mais que suivant la foi de l'Église catholique, il a cru que l'Eucharistie est une figure accompagnée de la vérité, comme était la colombe qui parut sur les eaux du Jourdain. L'Eucharistie est figure selon la forme, et vérité selon la substance ; figure en ce que, par les espèces du pain et du vin, elle représente le corps de Jésus-Christ et son précieux sang ; vérité en ce qu'elle contient réellement et véritablement la substance de ce corps sacré et de ce sang adorable. Il n'est pas moins certain, et tout l'ensemble de sa doctrine le prouve, qu'en expliquant d'une manière spirituelle les paroles de Jésus- Christ rapportées au chapitre VI de l'Évangile de S. Jean, Eusèbe a voulu dire uniquement que le précepte que Jésus-Christ y donne de manger sa chair et de boire son sang ne se rapportait point à son corps sensible et tel que le voyaient ses auditeurs. (Lib. III de Eccl.)

Malgré l'immense érudition d'Eusèbe, ses écrits, au point de vue dogmatique, ont peu d'autorité à cause de ses attaches avec les hérétiques, et des graves soupçons d'arianisme qui ont pesé sur lui. Il fut l'un des ennemis du grand S. Athanase, dont nous allons parler. Son témoignage n'en a pas moins de poids en faveur de la vt'-rité particulière qui nous occupe.

s. ATIIANASE Docteur de l'Église; né en 296; patriarche d'Alexandrie l'an 326; mort en 373.

La vie de S. Athanase fut toute de combats et de persécutions endurées pour la gloire de Dieu et la défense de la vérité. Dans les écrits qu'il nous a laissés, les témoignages en faveur de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ne manquent pas. Nous allons résumer ces témoignages à la suite deTricaleti, comme nous l'avons fait pour Eusèbe.

S. Athanase dit qu'en recevant l'Eucharistie, nous goûtons les prémices du pain principal ou très substantiel de l'autre vie, que nous demandons à Dieu dans l'Oraison dominicale. Que le corps qui est assis à la droite de Dieu, qui a été crucifié pourles Juifs, est celui-là même par lequel il a été pontife et apôtre, et par lequel il a institué pour nous le mystère en disant : Ceci est mon corps qui est rompu pour vous, et le sang, non de Vancien mais du nouveau Testament, qui est répandu pour vous ~. S. Athanase dit ailleurs que les paroles de l'institution de l'Eucharistie ne doivent pas s'entendre d'une manière charnelle, mais spirituelle, et que la chair de Jésus-Christ est un aliment céleste et d'en haut, que nous devons manger spirituellement. Il entend, en parlant ainsi, que la chair de Jésus-Christ ne se divise pas à la manière des aliments matériels pour être distribuée aux hommes. « Comment un corps, « dit-il, pourrait-il suffire pour la nourriture de tous les hommes <r du monde? » S'il ajoute que la chair de Jésus-Christ est un aliment spirituel, c'est par rapport à l'effet qu'elle produit dans ceux qui la reçoivent, qu'elle rend comme assurés de ressusciter pour la vie éternelle ^. Il y avait dans l'église, dit-il encore, un lieu

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