‹ La Sainte EucharistieChapitre 84 sur 169 · PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS LEUCUARISTIE · texte numérisé non relu

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS LEUCUARISTIE

Pourrait-on dire d'une manière plus nette et prêtant moins à l'équivoque que ce qui est du pain avant la consécration devient le corps du Christ en vertu de cette consécration ? que le vin devient le même sang qui nous a rachetés? que cette conversion est un miracle de la toute-puissance de Dieu et que l'Eucharistie est le corps de Jésus-Christ d'une tout autre manière que la manne, qui était cependant une figure de ce corps adorable?

S. Ambroise, dans le chapitre qui précède celui que nous venons de citer en partie, avait parlé avec non moins de clarté et de précision ; son texte ne laisse aucune échappatoire aux hérétiques, aucun prétexte à leurs subtilités. « Ce pain, dit-il, est du pain « avant les paroles sacramentelles, mais dès qu'on le consacre, de « pain qu'il était, il devient la chair du Christ.... Comment ce qui a était du pain peut-il être le corps du Christ? Par la consécra- « tion. Et la consécration, par quelles paroles se fait-elle? Parles a paroles du Seigneur Jésus. Car tout ce qu'on dit en outre a pour <i but de glorifier Dieu. On fait des prières pour le peuple, pour « les souverains, pour tout le monde. Mais lorsqu'il en vient à la « consécration du vénérable sacrement, le prêtre n'use plus de ses « propres paroles, il emploie celles de Jésus-Christ. C'est donc la pa- « rôle de Jésus-Christ qui parl\iit ce sacrement. Et qu'est-ce que la « parole de Jésus-Christ? C'est la même parole par laquelle toutes « choses ont été faites. Le Seigneur a ordonné et le ciel a été fait. « Le Seigneur a ordonné et la terre a été faite. Le Seigneur a or- « donné et les mers ont été faites. Le Seigneur a ordonné et toute « créature a commencé d'exister. Vous voyez donc combien est puis- <t santé pour agir la parole de Jésus-Christ. Si elle possède assez « de vertu pour donner l'être à ce qui n'existait pas encore, com- « bien plus sera-t-elle efficace pour changer ce qui existe déjà? Œ Le ciel n'était pas ; la terre n'était pas : mais écoutez ; Jésus- « Ciirist parle : // a dit et tout a été fait. Il a ordonné et tout a été « créé. Je répondrai donc à votre question : Avant la consécra- « tion, ce n'était pas le corps du Christ, mais après la consécration, « je vous le dis, c'est bien le corps du Christ. Considérez que le « pain devient la chair du Clirist par la parole de ce même Christ,

quid est ami)lius, innniia do cœlo, an corpus Clirisli? Corpus Christiutiquc qui auctor est cœli. Doindo manna qui maiiducavil, mortuus est : qui inanducaverit hoc corpus, fict ci rcmissio poccatoruin, et non morietur in œlernum. (S. Ambros., de Sncrnment., lib. IV, cap. v.)

« qui est le Verbe, par qui toutes choses ont été faites ^ » Ainsi s'exprime S. Ambroise : que pourrait-on ajouter à de telles paroles ?

L'hérésie accablée par des tcmoig'nages si clairs, auxquels l'autorité de l'illustre docteur donne tant de poids, se retourne d'un autre côté et s'efforce de faire croire que le traité des sacrements attribué à S. Ambroise n'est pas de lui. On n'y retrouve pas, disentils, le charme habituel de ses écrits; il y a des phrases communes, dénuées de toute harmonie, on pourrait dire de correction. Mais les hérétiques qui parlent ainsi devraient se souvenir que, selon la remarque expresse de S. Augustin, S. Ambroise usait d'un style simple et terre à terre, lorsqu'il traitait quelque sujet dogmatique qui demandait, non pas des fleurs de littérature, ou des appels à la sensibilité, mais des preuves solides -; et il cite comme exemple, le prologue du livre P'" sur le Saint-Esprit. Les sermons de S. Ambroise présentent aussi de nombreux exemples de ce genre de style. Il n'est donc pas étonnant qu'il y ait eu recours dans ses traités sur les Sacrements qui n'étaient autre chose que des instructions familières adressées au peuple. Il savait, lorsque les circonstances le demandaient, abaisser la sublimité de son style ou en écarter les grâces. Homme apostolique avant tout,

d. Panis iste panis est anle verba sacramenlorum ; ubi vero accesserit consccratio, de pane fit caro Cliristi. Quomodo polest qui panis est esse coi'i)US Christi? Consecralione. Consecralio ig-itur quibus verbis est et oiijus sermonibiis? Domini Jesu ; nam reliqua omnia qiue dicuntur, laudein Deo doferunt. Oratio prœmillitur pro populo, ])ro regilnis, pro cœteris : ubi vero venitur ut conficiatur venerabile sacramenlum, jam non suis sermonibus sacerdos, sed utilur Cliristi sermonibus. Ergo scrmo Cbrisli hoc conficit saeramentum. Quis est scrmo Christi? Nempe is quo facta sunt omnia. Jussit Dominas et faclum est cœlum. Jussit Dominus et facta est terra. Jussit Dominus et facta sunt maria. Jussit Dominus et omnis creatura generata est. Vides ergo quam operarius sit sermo Christi. Si ergo lanta vis est in sermone Domini Jesu, ut incipercnt esse ([uœ non erant; quanto magis operalorius est, ut quœ crant in aliud commute ntur? Cœlum non eral;mare non erat; terra non erat, sed audi dicentem : Ipse dixit et facta sunt; ipse mandavit et creata sunt. Ergo tibi ut resjjondeam, non oral corpus Christi ante consecrationem, sed post consecrationem dico tibi quod jam corpus est Christi. Oljserva, do pane Ht Christi caro sermonibus Christi, qui sermo est is, quo facta sunt omnia. (S. Ambros., de Sarranicnt., lib. IV, cap. iv.)

2. Sanclus quorpie Ambrosius, cum agat rem magnam de Spirilu sancto, ut eum Palri et Filio demonsirct a^qualem, sul)misso tamcn dicondi génère utitur. Quoniam res suscepta non ornamenla verborum, aulad flectendos animos commotionis alTeclum, sed rerum documenta de.siderat. (S. August., lib. IV de Doclrina Christian., lib. IV, cap. xxi, n. 46.)

PREUVES DE LA PRÉSENCE PE JÉSDS-CHRIST DANS l'eCCHARISTIE. 403

il se faisait tout à tous; il se croyait redevable aux ig-norants aussi bien qu'aux savants, d'un enseignement proportionné aux dispositions de chacun. Les ennemis de ce traité de S. Ambroise disent aussi qu'on y rencontre quelques propositions, quelques expressions qui semblent révéler un autre auteur. Ils cesseraient d'alléguer ce prétexte s'il se donnaient la peine de constater que ces mêmes propositions, ces mêmes expressions, se retrouvent identiquement dans d'autres ouvrages du saint docteur. Ils sont encore scandalisés parce que, dans cet ouvrage, S. Ambroise recommande la prière faite à voix basse et qu'il dit : « Celui qui élève la voix « semble penser que Dieu est sourd et n'entend que si l'on crie ; le « prier ainsi, c'est donc en quelque sorte mettre en doute sa puis- « sance i. » Mais cette querelle est ridicule; car S. Ambroise met en avant le même motif dans ceux de ses écrits dont personne n'oserait suspecter l'authenticité. Par exemple dans le livre sur Abel et Caïn, il explique ces paroles du Seigneur : Quand vous priez, entrez dans votre chambre : Cum oraveris, intra in cubiculuni tuum (Matth., vi, 6); il dit : « Votre chambre, c'est « l'intérieur de votre âme, le secret de v^otre esprit. Voilà la « chambre dans laquelle vous devez entrer. Pour cela, sortez du « vestibule extérieur de votre corps et tout entier recueilli au plus « intime de votre cœur, fermez votre porte. Qu'est-ce que cette « porte? Apprenez-le du Psalmiste qui dit : Seigneur, posez une « garde à ma bouche et une porte autour de mes lèvres. Apprea nez-le de S. Paul qui demande aux fidèles de prier afin que « Dieu ouvre une voie à sa parole, pour publier le mystère du a Christ.... Que vos œuvres crient; que votre foi crie; que votre « amour crie; que vos souffrances crient; que votre sang crie, car « celui qui purifie en secret entend aussi ce qu'on lui dit dans le « secret. Nous ne pouvons entendre à moins qu'on ne nous parle ; « mais ce ne sont pas les paroles, ce sont les pensées qui parlent à ot Dieu "2. » N'y a-t-il pas une étroite liaison entre ce texte de

1. Si surdum aliqucm ro.qes, nonne incipis vociferari, ut te ille possit audire? Qui ergo clamât, pulat quod aliter Dens non possit nisi clamantem audire ; et cum rogat eum ejus derogat potestati. (S. Amuros., de Sacrament., lib. \ I, cap. IV.)

'■l. Cubiculum tuum, mentis arcanum, animique secretum; nam in hoc cubiculum tuum inira. Hoc est egredcre de corporis lui exleriori vcstihulo et lotus intra in alta priecordia cordis tui etclaude ostium tuum. Ouid sit oslium tuum disce : y-'o«t', Domine, cuslodiam ori mco et oslium circuitus labiismeis.

S. Ambroise el celui qu'on voudrait rejeter comme n'étant pas de lui : « Celui qui élève la voix semble penser que Dieu n'entend « que si l'on crie; le prier ainsi, c'est en quelque sorte mettre en « doute sa puissance? » Et S. Ambroise ajoute : « Celui qui prie « en silence montre sa foi : Qui autcm in silentio oral, /idem « profert. »

On voit combien sont vaines les allégations des hérétiques contre l'authenticité du traité de S. Ambroise sur les sacrements; aussi tous les anciens manuscrits, comme toutes les éditions imprimées de ses œuvres, sont unanimes pour le lui attribuer; il faut donc qu'ils en prennent leur parti et reconnaissent que la doctrine de S. Ambroise, aussi bien que celle des autres Pères que nous avons cités, est en contradiction évidente avec le sens figuré qui leur est cher.

Trois autres difficultés ont encore été soulevées. On a dit que S. Ambroise compare le changement qui s'opère dans l'Eucharistie à celui qui a lieu dans le baptême et qui transforme véritablement l'homme en un homme nouveau, quoiqu'il n'y ait pas de changement substantiel, d'où l'on a conclu qu'il n'y avait pas non plus de changement de substance dans l'Eucharistie. On a cité aussi ces paroles : « Vous recevez, il est vrai, le sacrement sous forme de « symbole, mais vous obtenez la grâce et la vertu naturelle de la « réalité : In similitudinein quidem accipis sacramentum, sed « verœ naturcc gratiamvirtutemque consequeris. » {De Sacram., lib. VI, cap. I.) S'il s'agit de symbole, il ne faut donc pas voir de réalité dans le sacrement. Enfin S. Ambroise, citant les paroles de la consécration, dit que l'oblation du pain et du vin est la figure du corps et du sang de Notrc-Seigneur Jésus-Christ i. D'après ce texte, il n'y aurait donc dans l'Eucharistie qu'une simple figure.

Il est aisé de répondre à ces trois objections. Pour la première, nous dirons que S. Ambroise ne se contente pas de donner comme

(Ps. cxL, 3.") Ef P;mlu.s ])otil orari pro se : Ut aperialur mihi, inquit, ostùim verln, od lof/iwiidinn niijtilcyiiim Christi. [Colons., iv, 3.).... Clament opéra lua, clamel fides, clainet aiïeclu.s, clament passione.s tuae, clamet sanguis luus : audit enhn in occullis, qui mandat in occultis. Nonnisi loquenlem audire non possumus; apiid Deum loquunlur non ver])a sed cogitaliones. (S. Amijros., de Cain et Abel, lib. I, cap. i.\.)

1. Vis scire quia verbis cœlestibus consecratur ? Accipe quae sunt verba. Dicit sacerdos : Fac nobis, inquit, banc oblalionem, ascriptam, ratam, rationabilem, acceptabilem : quod figura est corporis et sanguinis Domini nostri Jesu Christi, etc. (S. ÀMimos., de Sncram., lib. IV, cap. v.)

PRErVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eUCFIARISTIE. 40d

exemple du changement qui s'opère dans l'Eucharistie, celui qui a lieu dans l'homme au moment du baptême; il cite plusieurs changements physiques, où la nature des objets a été réellement changée. On peut dire de plus que, dans le baptême, il y a aussi un changement réel ; le vieil homme devient véritablement une nouvelle créature, par la grâce réelle qui détruit le péché et par les vertus qui accompagnent cette grâce et créent l'homme spirituel. De même, dans la Sainte Eucharistie, le véritable corps et le véritable sang de Jésus-Christ prennent place sous les espèces accidentelles du pain et du vin, de sorte que la substance du Christ succède à la substance du pain et du vin, comme dans le baptême la grâce succède au péché.

La seconde objection est un argument en faveur de la présence réelle, pourvu que l'on complète la citation au lieu de tronquer le texte du saint docteur. Il dit en effet : « C'est véritablement sa « chair, comme il l'a dit lui-même, que nous recevons. C'est son « véritable sang que nous prenons comme breuvage. Comment tf est-ce sa véritable chair? Comment son véritable sang? Je ne ff vois qu'une figure et non pas du sang réel. — Je vous ai dit « d'abord que la parole du Christ est assez puissante pour changer « la nature des choses. Or pour éviter que plusieurs ne s'éloignent « par horreur du sang qu'il faudrait boire, pour que la grâce de « la rédemption ne soit pas perdue, vous recevez le sacrement a sous une apparence figurative; mais c'est bien sa grâce et la « vertu de sa nature qui vous est donnée K » Les dernières paroles de cette citation faisant suite aux précédentes : « C'est véritable- « ment sa chair que nous recevons, comme il l'a dit lui-même, » signifient évidemment que la véritable chair et le véritable sang de Jésus-Christ nous sont donnés dans l'Eucharistie, mais que le Seigneur les a voilés sous les apparences du pain et du vin, pour nous éviter la répugnance naturelle qui nous empêcherait de les prendre sous leurs propres espèces. Nous recevons donc visiblement des apparences, des figures, mais nous recevons en réalité dans le sacrement la nature et la vertu de Jésus-Christ.

1. Vera ejus caro est, sicul ipse dixil, quaiu accipinuis ; vorus cjus sanguis est, quein polamus, Quomodo vera caro ? Qiioinodo verus sanguis? Qui similitudincm video, non video saniruinis veritalein. Ne i{z;ilur plures lioc dicerent veluti (]uidain essct horror cruoris, scd maneret gratia redeniptionis ; idoo in similitudinem quidem accipis sacrameiilinn, sod verai naturie gratiain virtulemque consequeris. (S. Amurus., de Sdcmm., lib. V!, cap. i.)

La troisième difficulté n'est pas plus solide. Tous les catholiques, en effet, reconnaissent dans le pain et le vin la figure du corps et du sang de Notre-Seigneur; ils reconnaissent de même que ce pain et ce vin, déposés sur l'autel, deviennent encore plus parlaitement l'image de la chair et du sang de Jésus-Christ, lorsque la prière du prêtre les a sanctifiés ; mais de plus ils croient et ils professent que, par les paroles de la consécration, ils deviennent réellement et substantiellement le corps et le sang du Seigneur. C'est ce changement que le prêtre prie Dieu d'accorder, par les paroles que S. Ambroise rapporte.

On trouve dans les œuvres du saint docteur une multitude d'autres passages où sa croyance est clairement exprimée ; mais nous en avons dit assez pour montrer ce qu'elle est, et combien sont faibles les arguties que les hérétiques mettent en avant pour en obscurcir l'éclat.

s. JEAN CHUYSOSTOME Docteur de l'Église; né vers 344 ; évêque de Conslantinopic l'an 398; mort en 407.

Il faudrait transcrire intégralement un grand nombre des homélies de S. Jean Chrysostoine, si l'on voulait relever tout ce qui, dans ses écrits, exprime ou suppose la doctrine de la présence réelle, telle que l'enseigne la sainte Église. Nous nous contenterons de quelques passages assez clairs pour qu'il ne soit pas nécessaire d'indiquer même les conséquences à en tirer.

On lit dans une homélie sur S. Matthieu : « Ce n'est pas seule- « ment le vêlement de Jésus-Christ, mais son corps lui-même qui a nous est présenté ; et il nous est offert non seulement pour le « toucher, mais pour le manger et nous en rassasier. Pourquoi « celui qui vous a donné davantage, en se livrant entièrement pour « vous, ne daignerait-il pas vous donner aussi son corps?.... Il a « livré sa chair pour nous; il s'est immolé comme victime : com- « ment pourrons-nous expier suffisamment notre crime, nous qui V sommes rctonijjés dans des péchés si graves après avoir mangé « une telle nourriture i? » — « Puisque Jésus-Christ a dit : Ceci

4. Non vestis soluin sed corpus ipsius nol)is propositum est; non ul tangamus solummoflo sed ut comedamus et saturcmur. Qui enim majus, id est seipsum, pro te posuit, quarc dedignabitur suum libi tradere corpus?.... Carnes suas nobis Iradidit, .seipsum immolatum proposuit : quam igitur satisfac-

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'ÉUCHARISTIE. 407

« est mon corps, qu'il n'y ait pas pour nous le moindre doute ; « croyons et voyons la vérité des yeux de notre intelligence.... Si € vous étiez un être incorporel, il vous aurait donné quelque chose « de purement incorporel; mais votre âme est unie à un corps, et « c'est pourquoi les choses intelligibles vous sont offertes sous des « formes sensibles. Plusieurs disent aujourd'hui : Je voudi-ais voir « sa l'orme et son visage ; je voudrais toucher ses vêtements, juger « de leur couleur. — Mais vous le voyez lui-même; vous le touchez; « vous le mangez. Vous désirez voir ses vêtements? Mais il s'est « livré lui-même non seulement pour que vous puissiez le voir, « mais que vous le touchiez, que vous le possédiez en vous.... « Pensez donc à l'honneur insigne qui vous est fait, à la table qui « est dressée pour vous. Nous mangeons une nourriture que les « anges ne peuvent regarder sans une religieuse frayeur ; ils <r tremblent et n'osent qu'à peine lever les yeux vers elle, tant est « grand l'éclat de gloire qui en jaillit.

«t .... Qui dira les puissances du Seigneur? qui fera entendre « toutes les louanges qui lui sont dues? Quel pasteur nourrit ses « brebis de son propre sang? Que dis-je, quel pasteur? Beaucoup « de mères, après les douleurs de l'enfantement, remettent leurs « enfants aux soins d'autres nourrices. Mais Jésus-Christ ne voulut « pas agir ainsi. Il nous nourrit de sa propre chair, il nous unit, « il nous attache à lui.... Ce ne fut pas assez pour lui de se faire « homme, d'être soufOeté, crucifié, il s'unit à nous, et il fait que « nous soyons son corps non seulement par la foi, mais en réa- « lité ^ »

tionem offeremus, qui lali palnilo nutriti, talia peccemus?!S.JOANN. Chrysost., hom. LUI in Malt h.)

1 Quoniam ergo ille dixit : Hoc est corpus mciim, nulla teneaiuur ambiguilate, scd credainus, et oculis inlellcctus id perspiciamus.... Si lu incorporeus esses, nude ipsa dona incorporea tradidisset tibi ; quoniam vero corpori conjuiifta est anima tua, in sensibilia intelligenda tibi tradunlur. Quot modo dicunl, vcllem formam cl spcciem cjus, vcUeni veslimenta ipsa, vellem coloramenta videro? Ipsum igitur vides, ipsum tangis, ipsum comedis. Vcstimenla ejus desidcras vidorc, ipsc vero seipsum tibi tradidit, non ut videas sohun ipsum, verum etiam ut tangas, et in te habcas.... Veniat in mentem tibi qui) sis honore honoralus, qua mensa IVuaris ; ea namque re nos alimur, quam Angeli videntes tremunt, nec absque pavore, proplcr fulgorem qui inde resilil, aspicere possunt.... Quis loquetur potentias Domini, auditas faciet omnes laudes ejus? Quis paslor oves proprio pascit cruore?Et quid dico jjaslur? Multîii maires posl partum aliis nulricibus infantes dederunt; quod ipso facere non voluit, sed proprio corpore nos alit, sed et sibi conjungit atcpie aggluli-

Ailleurs, S. Jean Chrysostome s'exprime avec encore plus de clarté s'il est possible. Nous lisons dans une homélie sur l'Évangile selon S. Jean : « Que nous soyons transformés en cette chair « non seulement par l'amour mais en réalité, cette merveille « s'opère au moyen de la nourriture qu'il a daigné nous donner. « Voulant nous manifester toute la grandeur de son amour pour « nous, il s'est mêlé en quelque sorte à nous par sa chair, il s'est a réduit à n'être qu'une seule chose avec nous, pour que le corps « soit uni à son chef; car tous ceux qui aiment tendent ainsi à « l'union. Job fait allusion à cette tendance en prêtant ces paroles a à ses serviteurs qui l'aimaient beaucoup : Qui iious donnera «f sa chair pour nous rassasier? Jésus-Christ l'a fait pour nous « attacher à lui par les liens d'un plus grand amour, et pour « montrer combien il nous désire, il a permis à ceux qui le « souhaitent, non seulement de le voir, mais de le toucher, de le « manger, d'imprimer leurs dents dans sa chair adorable et de « satisfaire tout leur désir.... Souvent, dit-il, les parents livrent « leurs enfants à des étrangers pour les nourrir, mais moi, je les « nourris de ma chair '. »

« Ce que contient le calice est le même sang qui a coulé du côté a de Jésus-Christ, et nous y participons. Si donc vous désirez « avoir du sang, détournez-vous des autels des idoles souillés du « sang des animaux et approchez-vous de mon autel où vous trou- « verez mon sang. Quoi déplus étrange que cette invitation? Quoi « de plus conforme en même temps aux sentiments qu'inspire un « véritable amour? Lorsque ceux qui aiment ardemment voient « les personnes, objets de leur amour, dédaigner leurs bienfaits et « désirer ceux des autres, ils donnent ce qu'ils ont pour les dé-

nnt.... Ncquf illi satis fuit hominem fieri, colaphis caedi, et crucifigi ; veriim et scmetipsum nobis commiscet, et non fide lantiim, verum et ipsa re siuun efficil corpus, (S. Joann. Ciirysost., lioui. LXXXIII in McUlh.)

1. Ut auleni non solum per dilecUonem, sed reipsa, in illam carnem convertamur, per cibum id efficitur, quem nobis largitus est. Cum cnim suum in nos aniorem vellet indicare, per corpus suum se nobis coinmiscuit, et in unuui nobiscuni redegif, ut corpus suum cum capite unirctur : boc cnim amanlium est maxime. Hoc Job indicavit de servis a quibus maxime amabatur, qui suum amorem \)vx. se ferentes diceJjant : Quis darel nobis ut ejus carnibus implcrcmur y Quod (^lirislus fecit ut majori nos cliaritate astringeret, et ut suum in nos ostenfleret desiderium, non se lantum videri permitlcns desidcranlibus, sed et langi, et manducari, et dentés carni suœ inflgi, et desiderio sui omnes imj)Ieri.... Parentes s.epenumero liberos suos aliis alendos dederunt : ego aulem mea carne alo. (S. Joann. Chkvsost., liom. XLV in Joann.)

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CIIRIST DANS l'eUCIIARISTIE. 409

« tourner de tels désirs. Mais en quoi montrent-ils leur libéralité <r et leur magnificence? Ils donnent de l'argent, des vêtements, a des richesses de toutes sortes, mais aucun ne peut donner son « sang. Jésus-Christ a été jusque-là, pour nous manifester sa solli- « citude et l'ardeur de son amour pour nous. Sous la Loi ancienne, a compatissant à la faiblesse des hommes, il avait daigné accep- « ter lui-même des sacrifices sanglants, semblables à ceux qu'on « offrait aux idoles, et c'était là de sa part le signe d'un très grand « amour. Mais il a fait pour nous quelque chose de plus magni- « fique, quelque chose qui doit nous frapper d'une religieuse ter- « reur : il a changé le sacrifice, et au lieu des animaux sans rai- « son, il a ordonné qu'on l'immolât lui-même.... Ce corps, les a mages l'ont adoré avec beaucoup de crainte et de respect, repo- « sant dans la crèche. Vous ne le voyez pas dans la crèche, mais « sur l'autel; ce n'est pas une femme qui le tient, mais c'est le « prêtre qui est là pour l'offrir.... Ce mystère fait que la terre est « ici pour vous, le ciel '. »

Voici un passage emprunté à la première homélie sur la trahison de Judas : « Autrefois il y avait la Pàque des Juifs, mais elle a été a détruite et remplacée par la Pàque spirituelle que Notre-Seigiieur « a établie. Car pendanlguils maïKjeaient et buvaloii, Jésus prit a du pain, le rompit et dit : Ceci est mon corps qui est rompu « pour vous, pour la rémission des péchés. {Matth.,XK\\, 26-28.) « Ceux qui sont initiés savent ce que ces paroles signifient. — Et « prenant ensuite le calice, il dit : Ceci est mon sang qui est

1. 1(1 ({uod e.sl in calice est ici qiiod fluxit c latero, oL illius sumus participes. Quaiiiohrem si sanguinein cupis, non aram idoloruni Ijruloriun, sed meum adi alfare meo cruenluni sanguine. Quid est hoc horribilius"? Quid autem ainal)ilius, quaeso, die ? Hoc faciunt etiam qui amant. Cuni viderint eos quos amant aliéna concupiscere, et propria despicere, sua dantes persuadent ut abslineant ab iis qua?, sunt illorum : sed qui amant quidem, in possessionibus, in jjecuniis et vestibus suam ostendunt liberalitateni et mayniticenliam ; in sanguine autem nuUus unquam. Christus autem eliam in eo suam nobis ostendit curam, et ardentem in nos charilatem. Et in veteri quidem, quoniam affecti erant imperfectius, (juem idolis ofïerebant sunguinem, eum ipse sustinuit suscipere, ut ab illis abduccret, quod ipsum quoque erat amoris inelïabilis. Hic autem in eo quod est longe horriinlius, et magnificentius, sacram constituit operalionem, ut cpii et ipsum mutarit sacriHcium, et pro ca:de brutorum scipsum jussit oiïcrri.... Hoc corpus etiam jacens in pnesepi reverili sunt magi, cl cum multo metu et tremore adorarunt. Tu autem non in pnesepi vide, sed in altari ; non fœminam eum tenentem sed saccrdolem astanlem.... ili(; enim terram libi ca'lum facit hoc myslerium. ;S. C'.intvsoST., boni. XXIV in I ad Cor.)

« répandu pour plusieurs, 2^our la rémission des péchés. {Ibid.) « Judas était présent quand Jésus parlait de la sorte. C'est ce « même corps que tu as vendu, ô Judas, pour trente pièces d'ar- « gent; c'est ce sang au sujet duquel tu viens de faire un marché « infâme avec les perfides pharisiens. 0 bonté du Christ! ô dé- « mence, ô folie de Judas! Il accorde de livrer son maître pour a trente deniers, et ce divin maître lui offre le sang qu'il a vendu, « pour qu'il obtienne le pardon de ses péchés, si toutefois il re- « nonce à son impiété....

« Mais il est temps enfin de s'approcher de cette table digne « d'un si grand respect. Faisons-le tous avec le calme et la vigi- « lance qui conviennent. Qu'il n'y aitpoint ici de Judas, point d'esprit <r pervers, d'âme empoisonnée, affichant des sentiments qui ne « sont pas les siens. Le Christ est là; c'est lui qui a préparé cette « table; c'est lui qu'on y reçoit. Ce n'est pas un homme qui fait « que ce qui nous est offert soit véritablement le corps et le sang a de Jésus-Christ, mais c'est ce même Christ qui a été crucifié « pour nous. La bouche du prêtre prononce les paroles, et les obla- « tiens sont consacrées par la vertu et la grâce de Dieu. Ceci est V mon corps, dit le prêtre, et par ces mots les oblations sont con- « sacrées.... Cette formule sacrée n'a été prononcée qu'une seule « fois par Jésus-Christ lui-même; mais ce fut assez pour que son ff efficacité assure le sacrifice sur tous les autels de l'Église, jus- « qu'aujourd'hui et jusqu'à la fin des siècles. Vous vous hâtez do «t prendre part au redoutable sacrifice; soyez saisi d'une confusion « profonde, on face de ce mystère : C'est Jésus-Christ immolé qui « vous est offert ^. »

1. Fuit quidem aliquando Pasclia Jndaïcum, sed exemptum et evacuatiim est Pasclijc spiriliKilis adventu, quod Cliristiis Iradidil. A'aincum manducarcnt, inquit {Mr/tûi., xxvi, i2(l), et bihevcitt, arccpil panem, et fregit, et dixii : Hoc est corjnis mcuin, quod jiro vohis Iradvlvr. Agnoscunt quid loquor, qui sunt divinis consocrati inystcriis. Et ilcrum accepil caliccm et dixit [Ihid., 27, 28) : Hic est scniQuis mt-iis^ qui pro mu/lis n/f'iindetur in remianionem percatorwn. El prspscns Judas erat ista Christo dicente. Istud est corpus, o Juda, quod triginta denariis vendidisti, istc est sanguis de que ante cum Pliarisaeis pacta fecisli 1 0 Chrisli inisericordia, o Judœ demenlia ! Ille Iriginla denariis paciscebatur, ut eum venderet, et Cliristus ei sanguincm qucin vendidit oficrebat, Ut haberet rernissionem peccatorum, si tamen impius existere noluisset.... Sed jam nos ad terribilem mensam cum deljita reverentia, cuin congrua vigilantia opportunum tenipus invitât : nullus ibi Judas reperiatur, nullus malignus accédât, nullus veneno pungatur, nec fucata verba lingua proferantur, nec insidiae mente condantur, sed quod voluntaspossidet, sermo declaret : et

PREUVES DE L.\ PRÉSENCE DE JESUS-CHRIST DANS l'euCII.VRISTIE. 411

Dans la XXIV^ homélie sur la l"" Épître de S. Paul aux Corinthiens, S. Chrysostome explique ainsi ce texte de l'xVpôtre : Le calice de bénédiction que nous bénissons, nesl-il pas la connnunication du sang du Christ ? Calix benedictionis cui benedicimus, nonne communicatio sanguinis Christi est? « L'Apôtre, en <r parlant ainsi, affirme avec une grande énergie la vérité de ses pa- « roleset, en même temps, il dit une chose bien faite pour surprendre. « Que dit-il en effet, sinon : Ce qui est dans ce calice est le sang « qui a coulé du côté de Jésus-Christ, et nous y participons? Il « ajoute : Et le joain que nous rompons n est- il pas la commu- « nication du corps du Christ? Pourquoi ne dit-il pas, la particim pation? Farce qu'il veut signifier quelque chose de plus, et « montrer que ces deux termes s'accordent parfaitement. En effet, « nous n'entrons pas seulement en communion avec Jésus-Christ « par la participation et la réception, mais par l'unité qui s'établit ce entre lui et nous. De même, en effet, que ce corps {Vespèce sa- « cramentelle) est uni au Christ, de même, par l'intermédiaire de a ce pain nous sommes unis à lui. Mais pourquoi ajoute-t-il : Que « nous rompons? On voit bien dans l'Eucharistie la vérité de cette « parole. Mais elle ne se réalise point sur la croix. Au contraire, « selon la remarque de S. Jean, la parole de l'Exode : Vous ne « romprez pas un setU de ses os, s'est accomplie en lui. Mais ce «f qu'il ne voulut pas endurer sur la croix, il s'y soumet dans le tt sacrifice de l'autel ; il veut bien être rompu en votre faveur, « pour rassasier tout le monde. Ainsi quoique en grand nombre, a nous sommes un seul pain, un seul corps, nous tous qui parti ticipons à ce pain. Que parlé-je de communication? dit-il, nous « sommes un même corps. Qu'est-ce que le pain? Le corps du « Christ. Que deviennent ceux qui reçoivent le corps du Christ? « Non pas plusieurs, mais un seul corps '. »

nunc ille prœslo est Christns, qui illam ornavit monsam, ipse islam qiioque consocrat. Xon onim homo est, qui })roposila de consccrafinne niensaj Domiui cor])Us Christi facit et sanguinem, sod ille qui crucifi.xus pro nol)is est Christus. Sacerdolis ore verba proforuntur, et Del virtuto consccrantur, et irratia. Hoc est, ait, corjtKs mciim : hoc verbo proposita consecrantur.

Et vox illa semel quidem dicta est, scd per omnes mens^as Ecclesiœ usque ad hodicrnam diem, elusqucad ejus advenluiu pravslat sacrificio fîrniilalcin.... Ad sauctum et lerriliilc sacriliciuin pruperas, cruhcsce oblalionis arcana, occisus propositus Christus est. (S. Juann. Chuvsost., hom. de prodit. Judiv.)

\. Calix benedictionis cui benedicimiis, nonne communirado minguinis Christi eut? Maxime his sibi verbis et fidem facit et horrorem : eorum autem

412 LA SAINTE EUCHARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE Xll.

Nous pourrions ajouter de nombreuses citations à celles que nous venons de faire, car, nous l'avons dit, les œuvres de S. Chrysostome sont remplies des témoignages de sa foi et de son amour pour Jésus- Christ dans rEucliarislie. Mais l'occasion ne nous manquera pas d'en appeler souvent encore à l'autorité d'un si grand docteur K

s. JKllÔME

Docteur de l'Eglise; no vers l'an 331; mort en 420.

Les travaux scripturaires de S. Jérôme, ses traités contre les liéréti(iues, ses lettres et ses autres écrits lui donnèrent rarement l'occasion de parler du très saint sacrement de l'Eucharistie; mais toutes les fois qu'il le fait, la doctrine catholique ressort avec évidence de ce qu'il dit, et l'on ne peut mettre en doute sa croyance en la présence réelle.

cjusmodi esl senlenlia : Quod est in calice, id est, quod a lalere fluxit, et illius suimis parlicipes.... et panis quem franfjinnts [Ihid.), nonne commvnicaliu rarporis Chrisd eut? Qiiare non dixit parlicipatio ? Quia ampliiis (luiddani sitz:iiiticare voliiit, et inultam inter hcec convenieiitiam oslendere. Non eiiiin pai'licipalione taiitum et acceptatione, scd iinilale communicamvis. Queniadinodum eniiu corjjus illud uiiiliim est Clliristo, ita et nos per luuic paneni uniono conjungimvir. Sed (juare addil, quem /'ranf/ùnits ? Uoc in Eucharistia videre iicet, in cruce autcm minime, sed omnino contra. Os enim ejus, inquit [Exod., XII, 4() ; Joann., xix, 30), non conterelnr. Sed quod in cruce passus non est, id in oblatione patitur, et propter te frangi sustinet, ut omnes satiet.... Quoniam unus panis, et unum corpus mulli sumus. {I Cor., x, \7.) Quid enim appelle, inquit, commiinicationem ? idem ipsum corpus siimu.s. Quidnam est panis? Corpus Christi. Quid aulem fiunt qui acci])iunt corpus Christi ? Non mulla, sed unum cor])Us. (S. Ciiiîysost., hom. XXIV in cap. x ad Cor.)

Page 1