‹ La Sainte EucharistieChapitre 89 sur 169 · I.A .S.VINTK ECCHAIII.STIE. — T. I. 2S · texte numérisé non relu

I.A .S.VINTK ECCHAIII.STIE. — T. I. 2S

'l-34 LA SAINTE ECCIIARISTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE XIII.

On trouve chez les hagiographes de cette époque des traits assez nombreux qui témoignent de la croyance universelle des fidèles à la présence de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie. C'est ainsi que Léontius rapporte ces paroles de S. Jean l'Aumônier, patriarche d'Alexandrie, mort en 616 : « Va d'abord te réconcilier « avec ton frère, oublie sa malice, et reçois cHgnement les mystères '( du corps immaculé du Christ i. »

s. JEAN DAMASCÈNE

Docteur de rEglisc ; no vers Tan 676 ; mort vers Tan 760.

« Si la parole de Dieu est vivante et efficace, dit S. Jean Da-

mascène, s'il a fait tout ce qu'il a voulu, et s'il s'est formé un

corps du sang très pur de sa Mère, douterons-nous qu'il ne puisse

du pain faire son corps, et du vin faire son sang? Il a dit autrefois :

(Jue la terre produise de r herbe verte; et la terre arrosée des

pluies du ciel en produit encore tous les jours grâce à la fécondité

(jui lui fut imprimée parce commandement de Dieu. Ce même Dieu

a dit depuis : Ceci est mon corps, ceci est mon sang : faites ceci

en mémoire de moi. Et pour obéir à ce commandement, cet effet

s'accomplit tous les jours, jusqu'à ce qu'il vienne, ainsi qu'il l'a

dit lui-même; la vertu du Saint-Esprit, appelée par l'invocation,

couvre de son ombre vivifiante cette nouvelle moisson, ainsi qu'une

douce rosée qui la rend féconde. Comme autrefois Dieu fit toutes

choses par l'opération du Saint-Esprit, c'est par la même vertu qu"il

fait dans ce mystère des choses qui sont au-dessus de la nature, et

qui ne peuvent être comprises qu'avec la foi : « L'archange Gabriel

' « annonçant le mystère de l'Incarnation à la sainte Vierge, elle lui

« demanda : Comment ceia s' accomplira-t-it? L'archange lui ré-

« pondit : Le Saint-Esprit descendra en vous. Si vous demandez

a maintenant comment le pain devient le corps de Jésus-Christ et

a le vin mêlé d'eau est changé en son sang, je vous réponds que

« le Saint-Esprit survient, et fait des choses qui surpassent toutes

« nos paroles et nos pensées. »

sancUim in Sncramcnhim divini corporia Iranacunt. (S. Isidorus, ppisc. Ilispalensis (vixit anno (i;2G.)

\. Vade priiis reconciliari fratri tuo, et tune veniens, immemor malitiae, digne suscipe immaculnta corporis Christi mysteria. (S. Joann. Eleemosyn., m vita ejus a Leoxtio cpiscopo scripta.)

PREUVES DE LA l'UÉSENCE DE JÉSL'S-CIIUIST DANS l'eUCHAIUSTIE. 433

a Or Dieu a choisi le pain et le vin, parce qu'il savait que les hommes ont de l'éloignement pour les choses auxquelles ils ne sont pas accoutumés. Usant donc de sa condescendance ordinaire, il opère, au moyen de choses auxquelles notre nature est accoutumée, des effets qui surpassent la nature. Parce que les hommes sont dans l'usage de se laver avec de l'eau, et doindre leur corps avec de l'huile, Dieu a joint dans le Baptême la grâce du Saint- Esprit avec l'eau et avec l'huile, et il en a fait un bain de renaissance spirituelle. De même, parce que les hommes ont coutume de manger du pain et de boire du vin mêlé d'eau, il a voulu joindre le pain et le vin à sa divinité, et en a fait son corps et son sang; alin que les objets les plus ordinaires et les plus conformes à la nature élevassent l'esprit jusqu'aux choses divines et surnaturelles. Il est hors de doute que le corps de Jésus-Christ uni à sa divinité est celui-là même qui est né de la sainte Vierge : non que ce corps qu'il a pris dans son sein descende maintenant du ciel; mais parce que le pain et le vin sont changés au corps et au sang de Dieu. « Si vous voulez savoir comment cela se fait, qu'il vous «t suffise d'entendre que c'est par l'opération du Saint-Esprit, comme <r par le même Esprit, le Seigneur a formé sa chair à lui-même « et pour lui-même du sein de la sainte Vierge sa mère. Nous ne « pouvons connaître autre chose en ces mystères, sinon que le Verbe a de Dieu est véritable et tout-puissant, et que la manière dont ils a s'opèrent est incompréhensible. Néanmoins on peut dire avec a raison que de même que le pain qui sert de nourriture à a l'homme et le vin mêlé d'eau qui lui sert de breuvage sont a chungés en la substance de son corps et de son sang; de « même aussi le pain et le vin mêlé d'eau sont changés au corps et a au sang de Jésus-Christ, d'une manière admirable, par l'invo- « cation et la venue du Saint-Esprit K »

1. Qiuesivit Virjro, f/iiomodu fict isliid? Respoiidit Gabriel Archanpelus : Spirilus sajictiia sujH'rvmiet in te. Tu quoque mine quœri.s quomodo panis nunc fiât corpus Christi, et vinum aqua niixtum fiât sanguis Christi? Til>i quoque respoiidebo : Spirilus sanctus superveuit eaque efficit, qme orationis iacultatein et mentis intellifientiam excedunt.... Quod si quîeras quo pacto id fiât, salis sit tibi audire quod per Spiritum sanctum id fiât. Quemadmodum ex sancta Dei Matre per Spiritum sauclum Dominus sibi ipsi carnem condidit : nef" quidquam amplius nol)is persjjectum et exploralum est quam quod \ erbum Dei est verum et eflicax al([ue omnipotens, ut ea effieial i\inn nulia ratio liumana (|ueat inda^^ire. Ouiii ne lioc (juof|ue alienum fuorit dicere, quod quemadmodum nuluraiiter panis per manducalioncm, et vinum et aqua in

Ces paroles de S. Jean Damascène suffisent pleinement pour montrer que sa croyance à la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ ne comportait aucune ombre ni aucun doute. Nous y ajouterons encore quelques lignes tirées du mémo traité, par lesquelles, non content d'affirmer sa foi, il repousse nettement tout sens figuratif. 11 dit donc : « Or le pain et le vin ne sont pas la « figure du corps et du sang de Jésus-Christ, loin de moi une telle « pensée; mais c'est le corps même du Seigneur uni à la divinité. <f En effet, le Seigneur n'a pas dit : Ceci est la ligure de mon « corps, mais : Ceci est mon corps. Il n'a pas dit : Ceci est la « figure de mon sang, mais : Ceci est mon sang i. » Et il ajoute cette remarque, que nous avons déjà faite : « Si plusieurs ont « appelé le pain et le vin, les Antitgpes ou les images et les « figures du Seigneur, comme a fait S. Basile, ils ne l'ont pas dit « après la consécration, mais seulement avant que l'oblation fût « consacrée ~. »

xxvir.

AUTRES PKRES ET ÉCUIVAIXS ECCLÉSIASTIQUES DU MÊME SIECLE ET DU SIÈCLE SUIVANT

Les nombreux témoins, dont nous avons invoqué l'autorité indiscutable en faveur du dogme de la présence du corps et du sang de Xotre-Seigneur dans l'Eucharistie, ne permettent aucun doute sur la foi de l'Église pendant les sept premiers siècles de son existence. Pour les temps qui ont suivi, aucun hérésiarque n'a jamais osé soulever de difficulté. Nous pourrions donc clore ici notre information. Qu'on nous permette cependant d'ajouter quelques té-

))il)oiUis af comedoiilis corpus et sanfi;uinoin immutantur : sic panis et vimim qiue proponuntur iii altari, per sancti Spirilus invocationem, et adventum iniraliili modo, in (Ihristi corpus et saiiguiiKuri verluntur. (S. Joann. Damasc, lihr. IV <li- Fille.)

I. Nec vero panis et vinnin Cliristi corjmris et snnfi'uinis ti.ti;ur<K sunt (absit), sed ipsuin Doinini corpus deitale donatum : cum i])se Doininus dixerit : IIoc cul non fif^ura corjmris, sed rarj/us niciini : iiccpie liiiura saiii^uinis, sed .s'«n- //Mj'.s- meus, il)., ihid.^

1. Spiritus vivitîcans est caro Doinini, quia ex vivificante spiritu concepla est. Quod eniin nalum est ex spiritu spiritus est. Hoc autem dico, non auferens corjioris naturani, sed vivificalionem et divinitatem ejus ostendere volens. — El si quidam exemj)laria, anlilyjia corporis cl srtnf/niîiis Domini, panem et vinum vocaverunf, ut deifer vocavit Hasilius, non tamen post sanctificationem dixil, sed jjriusquam sanctificaretur ipsa oblatio, lia vocabant. (II)., îljid.)

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CIIRIST DANS l'eUCIFARISTIE. 437

moignages encore à la suite du savant cardinal Gousset dans sa Théologie. Nous citons textuellement, en ajoutant quelques dates :

1" Atlianase Sinaïte, qui appartient au vi" et au vii^ siècle. Dans une dispute contre les gaïnistes, qui formaient une secte parmi les eutychéens, il leur dit : « Puisque vous dites que le corps A de Jésus-Christ a été incorruptible, dès le moment de l'union, « aussi bien que la divinité, dites-moi, s'il vous plaît, si la commu- « nion du sacré corps et du sang de Jésus-Christ, que vous offrez « et à laquelle vous participez, n'est pas véritablement le vrai « corps et le sang de Jésus-Christ, Fils de Dieu; ou si c'est un a simple pain, tel qu'on en vend dans le marché, ou une figure du a corps de Jésus-Christ, telle qu'était le bouc qui était offert pour les « Juifs. » A cela le gaïnite répond : « A Dieu ne plaise que nous « disions que la sacrée communion soit la figure du corps du « Christ ou du simple pain ! Car nous recevons véritablement le « coj'ps même et le sang même de Jésus-C/irisf, Fils de Dieu, « qui s'est incarné et qui est né de la sainte .Mère de Dieu, Marie « toujours vierge. » L'orthodoxe réplique : « C'est ce que nous « croyons et confessons aussi, suivant ce que Jésus-Christ dit à ses « apôtres, dans la cène mj'stique, lorsqu'il leur donna le painvivi- « fiant : Prenez et mangez : Ceci est mon corps. Et en leur donnant « le calice, il leur dit : Ceci est mon sang. Une leurditpas : Ceci « est Vantitgpe et la figure de mon corps et de mon sang. » (Odegos ou Guide du vrai cliemin, c. xxiii.)

2" Le vénérable Bède, né en 672, élevé au monastère de Jarow, en Angleterre, mort en 735 : « Jésus-Christ nous lave chaque jour « de nos péchés dans son sang, lorsqu'on renouvelle à fautel la « mémoire de sa bienheureuse passion; que la substance du pain « est changée au sacrement de sa chair et de son sang, par la <f sanctification ineffable du Saint-Esprit; et qu'ainsi son corps « n'est plus percé, ni son sang répandu par les mains des infidèles « pour leur perte, mais que l'un et l'autre sont reçus dans la bou- « che des fidèles pour leur salut. )> (Homélie sur l'Épiph.)

3** Théodulphe, évèque d'Orléans, mort en 821 : « Ayant aban- « donné les sacrifices de l'ancienne Loi qui ont pris fin, l'Église « en célèbre un nouveau, qui est un mystère, offrant du pain et du « vin, en mémoire de celui qui est le pain vivant descendu du « ciel, et qui a dit : Je suis la vraie vigne; afin, que par l'oblalion a visible des prêtres et par la consécration invisible du Saint-Esprit,

438 LA SAINTE EUCIIARrSTIE. — LIVRE I. — CHAPITRE Mil.

« le pain et le vin passent en la dignité du corps et du sang de « Jésus-Christ. » (Dit Bapféinc, c. xviii.)

4° AmaJairc de Metz, nbhé de Hornbach, mort en 837 : « Le « sang des animaux qu'on immolait dans l'ancienne Loi était la « figure du l'rai sang de Jésus-Christ. C'est Jésus-Christ lui-même « qui nous a donné ce calice dans lequel nous buvons son sang, « lorsque, après avoir consommé le premier calice dans la Cène, il « fit succéder la vérité à la figure, comme le rapporte S. Luc. Il « prit le calice après souper, en disant : Ce calice est la nou- « relie alliance en mon sang, qui sera répandu pour votis; c'est « le sang qui a coulé de mon côté pour accomplir la Loi an- « cienne. » (Lettre à Rantgaire, évéque de Noyon.)

ri" Raban Maur, archevêque de Mayence, né en 788, mort en 856 : « Qui se persuaderait jamais que le pain eût pu être changé «f en chair et le vin en sang, si le Sauveur lui-même ne nous en « eût assurés, lui qui a créé le pain et'le vin et qui a tout fait de <' rien ? Il est plus facile de faire quelque chose d'une autre que de <' créer toutes choses de rien. » (Des Ordres sacrés.) Et ailleurs : « Le pain et le vin paraissent toujours à nos yeux ; mais étant sanc- « tifiés par le Saint-Esprit, ils passent en sacrement du divin i' corps. » (De V Institution des clercs, c. xxxi.)

6" Florus, diacre de l'église de Lyon, en 860 : « L'Eucharistie « est consacrée par les paroles mcmesde Jésus-Christ; c'est lui qui « opère par la majesté de sa divine puissance ; c'est lui qui, par la « vertu du Saint-Esprit et par la bénédiction céleste, reproduit son <r saint corps et son sang.... Par la puissance ineffable de cette bé- « nédictirm, l'oblation est faite le corps et le sang du Fils de Dieu.... « La nature du pain et du vin est changée au sacrement du corps et « du sang de Jésus-Christ. » (Exposition de la Messe, n°*59 et 60.)

7' Haymo, évèque d'Alberstadt, en Saxe, en 853 : « Nous croyons, c nous confessons fidèlement, nous tenons que par l'opération de la « vertu divine, la substance du pain et du vin se convertit substantf tiellement en une autre substance, c'est-à-dire au corps et au « sang de Notre-Seigneur. Le pain paraît du pain, le vin paraît <f du vin, mais, dans la réalité, c'est le corps et le sang de Jésus- « Christ. » (Traité du Corps de Jésus-Çhrist.)

S" Hincmar, élu archevêque de Reims en 845, établit la présence réelle par les paroles de la consécration, auxquelles il attribue la même efficacité qu'à la parole dont Dieu s'est servi pour la

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PREUVES I)E LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CIIRIST DANS l'eUCHARISTIE. 439

création, le mystère de rincarnalion et les principaux miracles dont il est parlé dans TÉcriture : « Le pain est du pain avant la « consécration, dit-il; après la consécration, c'est la chair de Jésus- « Christ. La parole d'Élie a pu faire descendre le feu du ciel, et la « parole du Christ n'aurait pu changer les espèces des éléments ? «r La parole du Christ a pu faire de rien ce qui n'était point, et « n'aurait pu changer ce qui est en ce qu'il n'était pas? » {Opuscule sur les vices à éviter.)

9" Paschase Iladbert, abbé de Corbie, mort en 865, dont les témoignages en faveur de la présence réelle ont été si explicites que les réformés n'ont pas craint de lui attribuer l'introduction de ce dogme dans l'Église : « Jésus prit du pain, et l'ayant bénit, il le « rompit et le donna à ses disciples, en disant : Prenez et mangez, « ceci est mon corps. Que ceux-là écoutent qui veulent exténuer « ou affaiblir la force du mot corps, en soutenant que ce n'est pas « la vraie chair de Jésus-Christ que l'Église célèbre dans ce sacre- « ment, ni son vrai sang, feignant je ne sais quoi, comme s'il n'y « avait dans le sacrement que la vertu de la chair et du sang do <i Jésus-Christ. En avançant que ce n'est ni sa vraie chair ni son « vrai sang, ils font mentir Xotre-Seigneur, puisqu'il a dit : Ceci « est mon corps; il n'a pas dit : Ceci est la vertu ou la jiyure de <i mon corps, mais il a dit sans fiction et sans détour : Ceci est « mon corps. Je m'étonne que quelques-uns disent que ce n'est « pas la vérité de la chair ou du sang de Jésus-Christ, mais la « vertu de la chair et non la chair même, la vertu du sang et non « le sang même, la figure et non la réalité, l'ombre et non pas le « corps. » {Sur S. Matth., liv. IX, c. xxvi.) On pourrait citer bon nombre de passages non moins expressifs, tirés du livre du Corps et du sang de Jésus-Christ, mais il faut se borner.

Nous croyons inutile d'invoquer ici le témoignage des saints Docteurs qui ont illustré l'Église dans les siècles suivants. Personne ne met en doute la croyance à la présence réelle de Notre- Seigncur, de S. Anselme, de S. Bernard, de S. Thomas, de S. Bonavenlure.

Nous aurons l'occasion de rapporter encore, dans la suite de cet ouvrage, des passages nombreux des Pères dont nous avons invoqué l'autorité. Tout ce (jue nous citerons prouvera de nouveau le dogme de la présence réelle, car c'est sur ce dogme (juo repose tout ce qui concerne l'adorable sacrement de l'Eucharistie.

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