s. Clément., lib. II ConMil.. r;;ip. lxi
2. Manducaverunt et adoraveruiil omnes pingues terrae. (As. xxi, 30.)
3. Kt quia ipsam carnem ad manducandum, ad salulem dédit, nemo illam manducat nisi prius adoraverit. {Tract, iti Ps. lviii.)
dit à son lour : « Adore et mange : Adora et manduca i. » Il parle de même en plusieurs autres endroits de ses homélies. Ailleurs il représente les saints, c'est-à-dire les anges, assistant avec respect et admiration à nos sacrés mystères. S. Grégoire le Grand demande : « Qui parmi les fidèles pourrait douter qu'à l'heure du « sacrifice la porte du ciel ne s'ouvre à la voix du prêtre, et que <r les chœurs des anges ne fassent cortège à Jésus-Christ dans ce « mystère - ? i> Théodoret dit, en parlant des mêmes mystères : « On « y croit et on les adore parce qu'ils sont ce que l'on croit ^. » S. Ambroise parle dans le même sens (lib. III de Spiritu sancto, c. XI i), ainsi que tous les autres Pères qui ont eu l'occasion de le faire.
Et qu'on ne dise pas qu'il s'agit d'une adoration relative, que la Sainte Eucharistie n'est vénérée ou adorée, si l'on veut, que comme un symbole, comme l'image de .lésus-Ghrist. Les Pères lui attribuent expressément l'adoration proprement dite. Ils comparent cette adoration à celle que les mages ont rendue au Seigneur, comme on peut le voir dans S. Jean Chrysostome (Hom. VII in S. Maith.); avec celle du centurion, comme fait Origène (Hom. V m divers.). S'il ne s'agissait pas de l'adoration proprement dite, on n'adorerait pas davantage Jésus-Christ dans ce sacrement qu'on ne l'adore dans le Baptême; or, les saints parlent de l'Eucharistie tout autrement qu'ils ne font des autres sacrements. Aussi Théodoret dit-il que l'on adore ces mystères sacrés, non pas parce qu'ils signilient, mais parce qu'ils sont réellement ce que l'on croit : Sed f/iiia ea sunt quœ creduntur. Enfin les Pères ne disent pas seulement qu'il faut adorer, mais qu'il faut invoquer la Sainte Eucharistie. S. Basile range l'invocation de la Sainte Eucharistie parmi les traditions que l'Église tient des apôtres; aussi, dans le canon de la messe, nous adressons-nous directement au Très Saint Sacrement, en disant : « Agneau de Dieu, qui effacez les péchés « du monde, ayez pitié de nous : Agnus Dei qui tollis peccata « mundi, miserere nobis. » 11 en est de même dans toutes les anciennes liturgies, celles de S. Jacques, de S. Basile, de S. Ghry-
\. S. CiiRYS., hom. III in Epist. ad Ephes.
2. Quis fidc'linm liabere dnbium ])ossif. in ipsn immolntionisliora ad saccrdotis vocom cœlos apcriri; in illo .lesu Chrisli inysterio, angelorum choros ades.se? etc. (S. Gueguh. Magn., IV dialofj., cap. lviii.)
3. Et creduntur et adorantur quod ea sint quœ creduntur. (Theod., dinl. II.)
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSDS-CIIRIST DANS l'eUCHARISTIE. 483
sostome. On y trouve de plus cette autre prière ; « Dieu, soyez-moi « propice à moi qui suis péclieur : Deus, propiéius esio mihi « peccatori; » et cette autre encore : « Seigneur, je ne suis pas « digne que vous entriez sous mon toit : Domine , non sinn diynus a. ut intres sub tectum nieiun. » S. Denis l'Aréopagite adresse cette prière à la Sainte Eucharistie : « 0 très divin sacrement, « remplissez de votre lumière les yeux de notre intelligence i. » S. Grégoire de Nazianze nous montre sa sœur, sainte Gorgonie, implorant avec larmes sa guérison, et l'obtenant miraculeusement du très saint sacrement de l'autel. Il est bien évident que c'était à Jésus-Christ lui-même et non pas à un simple symbole que ces illustres saints croyaient adresser leurs prières.
2" Une autre preuve de la croyance des anciens en la présence réelle se tire de la pureté que l'Église exigea toujours avec un soin extrême de ceux qui voulaient recevoir ce divin sacrement. Toujours ils ont dû examiner leur conscience et confesser leurs fautes, selon la règle que S. Paul avait formulée : Que lliomme s éprouve cVabord lui-même, et qu'il mange ainsi de ce pain -. C'est pour la même raison que, d'après ses lois, on ne peut la recevoir qu'à jeun, à moins de maladie qui expose gravement la vie.
3° La pratique de donner la sainte Eucharistie aux petits enfants, loin de marquer peu de respect, procédait au contraire de la foi que Ton avait en cet adorable sacrement. Elle ne dura que tant qu'il n'y eut pas de grave inconvénient à la garder, parce que le nombre des fidèles était petit, et que leur dévotion pleine de sollicitude savait obvier aux accidents qui pouvaient en résulter. Cette attention à éviter toute inconvenance se révèle dans les écrits des Pères. S. Augustin (lib. III de Trinit., cap. x) réclame de chacun de ceux qui s'approchent de l'Eucharistie toute l'attention, tout le respect qu'il leur est possible d'y apporter. Plus tard, lorsque le nombre des chrétiens se fut accru, et que la dévotion et la charité furent moins ardentes, cette coutume fut supprimée, par respect pour le sacrement.
4° Ce qu'il faut remarquer encore, c'est le grand soin que prit toujours l'Église qu'il ne tombât par terre aucune parcelle des espèces du pain, aucune goutte des espèces du vin. Des peines ca-
4. 0 divinissimum sacra menUim, intelligcntiae nostrae oculos luo lumine comple. {Ecck's. llierarch., cap. m, part, m.)
2. Probel aulem seipsum homo cl sic de pane illo edal. (/ Cor., xi, ^8.)
noniques très graves sont décrétées contre ceux dont la négligence occasionnerait un tel accident. S. Jean Ghrysostome parle avec horreur du crime d'un soldat, qui avait répandu le précieux sang sur l'autel et jusque sur le pavé du temple. Tertullien dit : « C'est a pour nous une douleur cruelle lorsque quelque chose de notre « calice ou de notre pain tombe par terre K » Écoutez aussi Origène : « Vous savez, vous qui fréquentez nos divins mystères, « comment vous recevez le corps du Seigneur avec tous les soins « et toute la vénération qui vous sont possibles, pour n'en laisser « tomber aucune parcelle; vous vous croiriez coupables si quelque a chose de l'oblation consacrée venait à tomber, et vous auriez « raison de le croire, si ce fait arrivait par votre négligence -. » S. Cyrille de Jérusalem dit que laisser tomber une parcelle de la Sainte Eucharistie, c'est pour ainsi dire perdre quelque chose de ses propres membres. Il indique comment il faut se présenter pour la recevoir. « N'étendez pas les mains, dit-il ; n'écartez pas « les doigts, mais mettez votre main gauche sous votre main « droite qui doit recevoir un si grand Roi, pour lui servir en quel- « que sorte de trône, et recevez le corps du Christ dans le creux <i de la main ^. » Plus tard, ce mode de réception de la Sainte Eucharistie fut changé; il fut défendu aux fidèles de la recevoir dans leurs mains, et ordonné aux prêtres de la leur mettre euxmêmes dans la bouche. Aucun laïque ne devait plus toucher le corps adorable du Sauveur.
5" Les prêtres, ministres du sacrement de l'Eucharistie, furent toujours environnés d'une vénération profonde, à cause de leurs rapports avec cet adorable sacrement. S. Jérôme dit qu'ils ont droit au plus grand respect, parce que leurs lèvres consacrent le corps du Christ : Quod Christi corpus suo ore confichmt ^. S. Jean .Chrysostome, dans le livre VI du Traité du sacerdoce, développe admirablement cette pensée. S. Grégoire de Nazianze la met aussi en avant avec sa délicatesse et sa profondeur ordinaire, dans un de ses discours. (Orat. XVII ad cives timoré pe?xulsos.) La consécration des vases sacrés et des temples, tous les détails du culte
1. Calicis aul panis nostri aliquid decuti in terram anxie palimur. (Ter- TLLL., lib. de Coronn milil., cap. m.)