‹ La Sainte EucharistieChapitre 97 sur 169 · S. Hier., epist. ad Jletiodorum · texte numérisé non relu

S. Hier., epist. ad Jletiodorum

PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSDS-CIIRIST DANS l'eUCIIARISTIE. -i85

rendu à la Sainte Eucharistie prouvent bien tout le respect que lui portaient les fidèles, respect qui, élevé à ce degré, n'aurait aucune raison d'être sans la présence réelle du Seigneur lui-même.

6" La cérémonie du pain bénit ou du pain des catéchumènes est encore une autre preuve de la foi de l'Église. « Ce pain qu'ils re- « çoivent, dit S. Augustin, n'est pas le corps du Christ; il est saint « cependant, parce que c'est un sacrement ', c'est-à-dire un signe « sacré. » Si la Sainte Eucharistie n'était pas Jésus-Christ luimême, mais un symbole qui le représente, ce pain bénit aurait pu tout aussi bien qu'elle être appelé le corps de Jésus-Christ, puisqu'il en est aussi l'image. Cependant S. Augustin ne les confond pas. L'Église ne considérait pas les catéchumènes comme en état de recevoir le corps de Jésus-Christ véritablement présent dans l'Eucharistie, et elle leur en donnait une image, un mémorial, pour leur rappeler cet auguste sacrement et exciter en eux le désir de le recevoir. Plus tard, lorsque la communion des fidèles qui assistaient au Saint Sacrifice ne fut plus générale, on étendit la distribution du pain bénit ou eulogies à tous ceux qui ne communiaient pas.

T Un autre indice frappant de la croyance de l'Église des premiers siècles à la présence réelle consiste dans la sortie des catéchumènes avant la consécration. Ils assistaient au commencement de la messe jusqu'à l'offertoire ; mais ils devaient sortir avant la consécration, parce que l'Église estimait que ceux qui n'étaient pas encore baptisés n'étaient pas assez bien disposés, ni assez dignes pour assister à un si grand mystère. « Le corps du Christ est une « manne cachée aux yeux des catéchumènes, dit S. Augustin, parce « que Jésus-Christ ne s'est pas encore confié à eux -. »

8" Enfin la discipline du secret, qui était obligatoire dans les premiers siècles de l'Église, est encore une preuve de la croyance à la présence réelle. Pourquoi cacher avec tant de soin le sacrement de l'Eucharistie, s'il n'avait été, aux yeux de l'Église, qu'un simple signe? Pourquoi ne pas donner une explication si naturelle à ceux qui profitaient de ce secret pour répandre les calomnies les plus affreuses contre les chrétiens, qu'ils accusaient de se nour-

\. Quocl accipiunt, quamvis non sit corpus Chrisli, sanctuni lamcnesl.quoniam sacramentiun. (S. Algust., lib. Il di' Pcccnt. «ht//., cap. xxvi.)

"I. Corpus Cliristi est manna al)scon(Ulum a catechumonis, quia Jésus adhuc non se crédit illis. (S. August., tract. X inJoann.)

rir de chair humaine, parce que quelque chose de cet adorable m3'stère avait transpiré parmi les païens ?

Il n'y a donc rien, dans les usages de la primitive Église, qui soit contraire à la foi en la présence réelle ; tout, au contraire, la suppose et y rend témoignage.

Cependant, si l'on veut aller au fond et rechercher la cause de cette conduite, dans laquelle le plus profond respect se rencontre parfois avec certaines pratiques que Ton pourrait taxer d'irrévérence, nous dirons que les suites nécessaires des choses nous sont d'ordinaire plus connues que les choses elles-mêmes, mais il faut distinguer entre les suites réellement nécessaires et celles qui ne sont que de convenance. L'absence de ces dernières ne prouve aucunement que la chose elle-même n'existe pas. Les suites de nécessité sont invariables, et les suites qui ne sont que de convenance sont souvent telles que le contraire peut sembler n'avoir pas moins de convenance, si l'on part d'un autre principe C'est, par exemple, une chose fort convenable, étant donnée notre foi en la présence réelle, de ne renfermer la Sainte Eucharistie que dans des vases d'or et d'argent; mais S. Exupère jugeait aussi avec raison que c'était une chose fort convenable de renfermer l'Eucharistie dans un panier d'osier, pour distribuer aux pauvres l'or et l'argent des vases sacrés ; il savait bien que, dans le fond, toute matière est indigne de Dieu, et que le choix de l'une, de préférence à l'autre, se fait plutôt par rapport aux impressions que les hommes en reçoivent, que par rapport au jugement de Dieu; d'où il suit que ces raisons peuvent céder à la nécessité des membres de Jésus- Christ.

C'est une chose fort convenable que d'exposer quelquefois le corps de Jésus-Christ, afin que les chrétiens soient excités à lui venir rendre leurs hommages ; et c'est une chose fort convenable aussi de ne l'exposer point, afin d'entretenir les hommes dans un plus grand respect envers les mystères, et pour leur apprendre que la principale fin de ce sacrement est de nourrir spirituellement les âmes de ceux qui le reçoivent dignement. C'est une chose fort convenable que de ne permettre pas aux laïques de toucher le corps de Jésus-Christ, pour leur en donner plus de respect ; c'était aussi une chose fort convenable autrefois, que de leur permettre de le toucher et de l'emporter, puisque c'est un présent que Dieu leur a fait, et que la main d'un homme, qui est l'image

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de Dieu, est infiniment plus noble que les vases les plus précieux, comme le dit un concile ; aussi cette coutume se pratique-t-elle encore dans quelques-unes des Églises de l'Orient. C'est une chose fort convenable que de communier à genoux, pour témoigner l'état d'abaissement où l'on doit être devant la majesté de Jésus- Christ; et c'est une chose fort convenable aussi de communier debout, pour représenter, par cette posture du corps, la résurrection de Jésus-Christ, qui ne veut donner son corps qu'à des âmes ressuscitées.

Toutes ces convenances, et plusieurs autres semblables, ne sont donc point fixées ni arrêtées. Elles sont, par leur nature, sujettes aux changements qui peuvent naître de ces différentes vues. Il ne faut donc pas s'étonner des variétés que l'on rencontre, selon les temps et les lieux, pour certaines pratiques qui résultent, il est vrai, de la croyance à la présence réelle, mais qui n'en sont pas des conséquences nécessaires. Elles sont sujettes aux vicissitudes des choses humaines; les circonstances changeant, il serait étrange et contre nature que l'uniformité régnât partout et toujours dans les pratiques extérieures.

CROYANCE AUX MIRACLES OPÉRÉS DANS l'eUCHARISTIE ET PAR l'eucharistie

S. Thomas nous enseigne qu'il y a deux sortes de miracles : les uns sont faits pour être crus; les autres pour nous aider à croire ^ Les premiers, dit le saint docteur, sont d'ordinaire plus cachés, parce qu'ils ont pour objet d'exercer notre foi et d'en augmenter le mérite. Les autres, ayant un but tout différent, doivent être publics et faciles à constater, autrement ils n'auraient pas la vertu de nous exciter à croire. La Sainte Eucharistie présente à notre foi ces deux sortes de miracles qui, les uns et les autres, quoique d'une manière différente, concourent à affermir notre croyance en la présence réelle de Notre-Seigneur dans cet adorable sacrement.

\. Sciendnm Inmcn quod mirnculornm Dci qua^dam sunt de qiiibus est fides, sicut niiraculuin virginei parlus, et resurrectionis Domiiii et etiam sotcramcnli altaris : et ideo Doiuiiius volait isla occiilliora esse, ut lidos eorum ma^'is meritoria esset : qiuedam vero miracula sunt ad fidci coniprobalionem, et ista debent esse manifcsla. (S. Tiiom., III, qugest. xxi.x, art. i ad 1.) — Nous suivons particulièrement Suarez dans cet article.

Mais pour qu'il n'y ait pas d'équivoque, il faut définir avec exactitude ce que nous entendons ici par miracle.

Sous le nom de miracle, nous comprenons tout effet de la puissance divine surpassant toutes les lois de la nature, soit que cet effet se produise une fois par extraordinaire, soit qu'il se produise ordinairement en vertu de quelque pouvoir surnaturel donné aux hommes. Nous comprenons aussi, sous le nom de miracles, les bienfaits singuliers exceptionnellement accordés par le Seigneur, en récompense de la foi ou de la dévotion envers la Sainte Eucharistie.

En premier lieu donc, nous devons reconnaître que le sacrement de nos autels renferme en lui-même et par lui-même des miracles qui en sont inséparables, et sans lesquels il ne serait pas, ou du moins ne serait pas ce qu'il est. Ces miracles sont un objet offert à notre foi : nous devons les croire. On ne peut pas s'appuyer directement sur eux pour prouver la présence de Jésus-Christ dans TEucharistie, mais plutôt, la croyance qu'on y donne repose sur la croyance en la présence réelle ; il est indispensable de croire à c^lle-ci pour croire à ceux-là. De même, quiconque croit à la présence réelle ne peut se dispenser de croire à ces miracles par voie de conséquence. L'un ne va donc pas sans l'autre, et si la sainte Église, par la voix des conciles ou des Pères, nous enseigne l'existence de ces miracles ou de quelqu'un d'entre eux, nous trouverons là une preuve certaine de la présence de Notre-Seigneur dans l'Eucharistie.

Les théologiens ne sont pas d'accord sur le nombre de miracles que l'on doit reconnaître dans la Sainte Eucharistie. Les uns s'arrêtent à dix, d'autres vont jusqu'à onze, tlouze ou même un plus grand nombre. On peut cependant les rapporter à quatre chefs principaux.

Le premier est le merveilleux changement de substance qui s'opère. S. Ambroiseen parle souvent, et nous aurons bientôt à y revenir.

Le second est que les accidents continuent d'exister sans leur substance propre, et qu'ils ne perdent pour cela aucune de leurs qualités ou de leurs propriétés extérieures. S. Cyrille de Jérusalem, S. Jean Chrysostome appuient beaucoup sur ce miracle.

Le troisième est que le corps de Jésus-Christ demeure tout entier et parfait avec les dimensions ou la quantité qui lui est propre,

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SOUS les apparences d'un peu de pain, quelque petite qu'en soit la quantité. « Le Christ est véritablement dans ce sacrement, quoique «t ce sacrement ne lui soit pas égal en quantité ni semblable en « figure, » dits. Épiphane *.

Le quatrième enfin est que le corps de Jésus-Christ, un seul et même corps, se trouve en plusieurs endroits à la fois. Les Pères constatent ce miracle et en parlent dans les termes les plus divers. Ainsi, S. Jean Chrysostome dit que Jésus-Christ opère en une multitude de lieux différents. « Il existe pleinement ici, dit-il, et il c est en même temps pleinement en un autre lieu : Hic plenus « existens, et illic plenus ~. » Ailleurs il fait consister le miracle en ce point que Jésus-Christ, quoique monté au ciel, est cependant demeuré avec nous sur la terre : « Élie, montant au ciel, a laissé « son manteau à son disciple ; le Fils de Dieu, en son ascension, « nous a laissé sa chair. Mais Élie n'a plus été revêtu de son man- « teau ; au contraire, Jésus-Christ, en nous laissant sa chair, est « monté avec elle au ciel 3. » S. Jérôme dit que : « Le même esta la «c fois convive et festin; il mange et il est ce qu'on mange : Idem « est conviva et convivium, comedens et quod comeditur '*. » S. Augustin dit que Jésus-Christ se porte lui-même dans ses propres mains : Idem portât seipsum in manibus suis ^. S. Cyprien ^' dit que le même aliment est pris tout entier par plusieurs, que chacun d'eux le prend tout entier et que toujours il conserve toute son intégrité. En tout ceci il n'y aurait pas de miracle si Jésus-Christ n'était pas réellement présent dans l'Eucharistie, mais seulement en figure. Quel miracle serait-ce que l'image soit en un lieu et l'original en un autre ? qu'une image soit mangée et que celui qu'elle représente demeure intact? Les Pères ne s'extasieraient pas devant la grandeur des merveilles de l'Eucharistie s'il n'y avait pas autre chose, s'il n'y avait pas ce qu'ils disent avec tant de clarté, la présence réelle du corps et du sang du Seigneur.

Mais outre les miracles que nous devons croire, il y en a d'au-

\. Christus vere est in hoc sacramento, cum non sitilli aequale in quantitate nec simile in figura. (S. Epipji., in Anchorato.)

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