S. Cypr., scrm. in Cœiia Domini
très que Dieu accomplit pour donner la foi aux infidèles, éclairer, fortifier ou récompenser celle de ses serviteurs. Dans tous les siècles, la Sainte Eucharistie a été l'occasion ou l'instrument de tels miracles, et la vie des saints en rapporte un grand nombre '. On en trouve plusieurs signalés dans les écrits des Pères, et ils empruntent à rautorité de ceux qui nous les font connaître une force probante toute particulière. S. Ambroise - nous dit que son frère Satyre fut miraculeusement sauvé d'un naufrage par la Sainte Eucharistie qu'il prit enveloppée dans un linge et avec laquelle il se précipila dans les flots; avec ce seul secours, il aborda au rivage, contre toute espérance.
S. Grégoire de Nazianze raconte comment sa sœur sainte Gorgonie fut miraculeusement guérie d'une maladie très grave en récompense de sa dévotion au Très Saint Sacrement 3.
S. Prosper parle d'une jeune fille possédée du démon qui fut délivrée par l'attouchement de la sainte hostie.
S. Grégoire le Grand rapporte, au livre II de ses Dialogues, que S. Benoît appliqua la divine Eucharistie au corps d'un défunt qui, par une permission divine, avait été rejeté deux fois hors du tom-
1. Voir Grand catéchisme de la persévérance chrétienne, t. X, p. 84 et suiv.
2. Qui priusquam perfectioribus esset initiatus mysteriis, in naufragio constiliitus, cum ea qua veheretur navis, scopuloso illisa vado, et urgenlibiis hinc alque inde fluctibus solveretur, non mortem meluens, sed ne vacuus mysterii exiret e vita ; qiios initiatos esse cognoverat, ab liis divinum iliud fideliuin sacramcnlum poposcit : non ut curiosos oculos inferret arcanis, sed ut fidei suœ consequoretur auxilium. Elenira ligari focit in orario, et orarium involvit collo, atque ita se dejecit in mare, non rcquirens de navis coinpage rcsolutam tabulam, cui su])ernatans juvaretur quoniain fidei solius arma queesieral. Itaque bis se lectuni atque munilum satis credens, alia auxiUa non desideravit.... nec deseruit spes, nec fefellit opinio. Denique primus servatus ex undisetin portum terreuse stationis evectus, prsesulcm suum, cui se credideral, recognovit : statimque x\h\ cœteros servulos suos vcl ipse iiberavit, vel Hberatos comperit, negligens l'acullalum, nec amissadesiderans, Dei ecclesiam requisivit, ut ageret gratias liberatus. (S. Ambros., de excessn fratris sui Satyri, Hb. I, n. i3 et U.)
3. Quidenim agit? Cum caput suum pari cum clamore lacrymisque quibus alnindaljat, mulieris ilHus instar, qu;B oHm Cliristi pedcs rigavit, altari admovisset, nec se prius istud dimissuram esse denuntiasset, quam sanitatem obtinuisset ; ac deinde boc suo pharmaco totum corpus perfudisset, et si quid uspiam antilyjjorum preliosi corporis aut sanguinis manus recondiderat, id lacrymis admiscuisset (o rem admirandam !) statim liJ)eratain se morbo sentit atque et corpore, et animo, et mente levis discedit, pro spei mercede, id quod speraverat consecuta et per animae rolnir corporis vires acci])iens. (S. Gregor. IVaz., orat. VIII.)
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eUCIIARISTIE. 491
beau où on l'avait déposé ; après qu'il eut été touché par le corps sacré du Seigneur, il ne sortit plus de sa tombe.
S. Grégoire dit encore que S. Agapit rendit la faculté de parler à un muet en lui donnant la communion. Le diacre Jean relate, dans la vie du même S. Grégoire, que l'hostie consacrée se changea en une pierre, dans la bouche d'un incrédule qui l'avait reçue de la main du bienheureux.
Mais, dira quelqu'un, Jésus-Christ aurait bien pu accorder ces grâces extraordinaires en vertu du sacrement de l'Eucharistie sans y être présent. — Il est vrai qu'il aurait pu le faire ; aussi ces miracles sont-ils des preuves de sa présence, non pas uniquement parce qu'ils sont des miracles, mais parce qu'ils ont été accomplis, soit en récompense de la foi que l'on avait en sa présence, soit pour lui servir directement de témoignage et de preuve. On peut, d'autre part, citer beaucoup de prodiges qui eurent pour objet le châtiment de ceux qui approchaient de la communion sans en être dignes ou qui profanaient l'Eucharistie ou l'outrageaient de quelque autre manière. S. Gyprien rapporte plusieurs exemples de ces châtiments. S. Optât dit que des hérétiques ayant donné les saintes espèces à leurs chiens, les chiens se jetèrent sur eux et les déchirèrent, pour venger l'injure faite au corps du Seigneur.
Ici se présente une objection des incrédules contre la présence de Notre-Seigneur dans cet adorable Sacrement. Il est constant, d'après l'histoire et l'expérience de tous les siècles, que les tyrans, les persécuteurs de l'Église, les hérétiques et des misérables de toutes sortes, ont souvent profané les temples de Dieu, renversé les autels, foulé aux pieds, brûlé la Sainte Eucharistie; cependant on ne voit pas que Jésus-Christ se soit défendu lui-même, qu'il ait opéré aucun prodige pour se venger de ses ennemis. Ne faut-il pas en conclure ou qu'il manque de puissance pour se défendre et punir les profanateurs, ce qu'on ne peut admettre, ou que l'on a tort de croire à sa présence? Autrefois Dieu punissait rigoureusement ceux qui manquaient de respect envers l'arche d'alliance : que ne ferait-il pas s'il était réellement présent dans ces hosties que l'on profane ?
Il est facile de répondre à cette objection. Quoique Dieu permette quelquefois, en vertu d'un juste jugement ou pour éprouver et exercer la foi de ses serviteurs, que les églises ou les espèces sacramentelles elles-mêmes soient profanées, il n'est pas permis d'eu
conclure que le corps et le sang de .Jésus-Christ ne sont pas présents sous les saintes espèces. En effet, les persécuteurs et les impies foulent en vain le Très Saint Sacrement aux pieds; Jésus- Christ n'en demeure pas moins impassible ; ils ne peuvent rien sur sa personne divine, et leurs outrages ne diminuent en rien ni son bonheur infini ni sa gloire. Mais notre foi perdrait beaucoup de son mérite s'il multipliait les miracles, si ceux qui lui manquent de respect recevaient aussitôt la punition de leur crime. Mieux vaut pour nous que Dieu ne prodigue pas ainsi le miracle en toute circonstance, qu'il laisse les choses humaines suivre leur cours, et que l'adorable sacrement de l'Eucharistie se trouve exposé à tous les dangers, à tous les accidents, suite des guerres, des bouleversements ou des fureurs des hommes. Le miracle par excellence que renferme la Sainte Eucharistie n'a pas pour but de donner la foi à ceux qui ne l'ont pas, d'obliger les impies à confesser leurs erreurs et leurs crimes ; il est plutôt fait pour servir d'objet à notre foi, pour lui donner l'occasion de s'exercer et d'acquérir du mérite. Quelquefois cependant Jésus-Christ se sert visiblement de sa puissance dans la Sainte Eucharistie pour affermir les faibles ou punir les coupables; mais ce n'est que par exception qu'il témoigne sa présence d'une manière sensible. C'est ainsi qu'il a inspiré parfois aux barbares vainqueurs des chrétiens de respecter leurs églises et d'épargner tous ceux qui s'y étaient réfugiés pour échapper au danger ou pour mourir au pied des autels K
•1. Compara nunc asylum illud (scilicet templi Junonis in Troja), non cujuslibot dei gregalis, vel de turba plebis, sed Jovis ipsius sororis et conjugis, et reginae omnium deorum, cum memoriis noslrorum Aposlolorum. Illuc incensis templis et diis erepta spolia portaliantur, non rcddenda victis, sed dividenda vicloribus : hue autem, et quod alibi ad oa loca conipertum est pertinere cum honore et ojjsequio religiosissimo rcportatum est. Ibi amissa, hic servata libcrtas, etc. (S. August., dr CiviUilc Dei, lib. 1, cap. iv.)
PREUVES DE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS L'eUCIIARISTIE. 493