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CHAPITRE XV

SIXIÈME PREUVE DE LA PRÉSENCE RÉELLE : LA FOI CONSTANTE DES SCHISMATIQUES

I. Foi des schismatiques prouvée par les conciles et les écrivains grecs. — II. Foi des scliismatiques prouvée par leurs liturgies. — III. Conclusion générale des preuves de la présence réelle.

FOI CONSTANTE ET UNIVERSELLE DES SCHISMATIQUES d'oRIENT PROL^^ÉE PAR LES CONCILES ET LES ÉCRIVAINS ECCLÉSIASTIQUES GRECS

Gomme le fait remarquer Arnaud dans la Perpétuité de la foi *, a S. Augustin enseigne, en-plusieurs endroits de ses livres, que la fin que Dieu s'est proposée en conservant dans toutes les parties de la terre la nation des Juifs, à qui il a confié le dépôt des livres saints, est d'empêcher qu'on ne puisse accuser son Église d'avoir forgé ou falsifié ces livres, et de rendre ainsi les Juifs témoins perpétuels et inattaquables de la sincérité des chrétiens qui les produisent. Il est clair de même que Dieu conserve toutes ces sociétés chrétiennes de l'Orient qui, quoique séparées de son Église, se sont trouvées unies dans la créance de la présence réelle et de la transsubstantiation, et qu'il ne permet pas que la tyrannie des infidèles les dissipe entièrement, ni que la connaissance des principaux mystères s'éteigne parmi elles, afin qu'elles rendent perpétuellement témoignage à l'Église catholique de la vérité et de l'antiquité des dogmes que les hérétiques de ces derniers siècles lui contestent.

« Ainsi, comme nous disons à ceux qui voudraient nous accuser d'avoir supposé les livres où se trouvent ces prophéties merveilleuses, qui prouvent clairement la venue et la divinité du Messie : regardez-les entre les mains de nos plus irréconciliables ennemis, qui, ne les ayant pas reçus de nous, en reconnaissent tellement la vérité qu'ils sont prêls à la sceller de leur sang; nous disons de même à ceux qui nous accusent d'avoir innové dans la doctrine, et d'avoir inventé de nouveaux articles de foi : regardez ces mômes

\. Liv. II, chap. ii.

points, ces mêmes articles établis et reconnus dans ces anciennes sociétés, que leur séparation rend nos ennemies, qui sont bien plus portées à nous contredire qu'à nous imiter, et qui, malgré tout, n'en sont pas moins persuadées que nous ne le sommes.

« Or, entre tous les articles qui sont ainsi reconnus par les sociétés chrétiennes de l'Orient, il n'y en a point auquel elles rendent un témoignage plus clair et plus constant qu'aux dogmes de la présence réelle et de la transsubstantiation. On les voit divisées entre elles sur une infinité d'autres points; elles ont chacune leurs cérémonies et leurs pratiques; mais pour le mystère de l'Eucharis- ■ tie, quoiqu'il renferme d'aussi grandes difficultés qu'aucun autre, Dieu n'a pas voulu néanmoins qu'il fût attaqué dans ces églises par aucune hérésie qui ait eu beaucoup de cours, et il a maintenu toutes ces sociétés, quoiqu'elles fussent sans dépendance les unes des autres, sans liaison, sans amitié, sans rapport, et souvent sans commerce entre elles, dans une créance très uniforme de la vérité de ce sacrement.

« Qui ne reconnaîtrait dans ce consentement unanime de tant de peuples, sur le sujet de ce mystère, un effet visible de la conduite de Dieu sur son Église, et du soin qu'il a d'y conserver la vraie foi, en procurant aux plus simples des marques extérieures et sensibles qui aident à la discerner? Car qui pourrait croire que ce fut par un simple effet du hasard que tant de nations si éloignées les unes des autres, si séparées d'intérêt, si divisées de sentiments, si aigrieset si animées les unes contre les autres par diverses passions, se soient néanmoins rencontrées unies dans la créance d'un mystère qui les oblige à renoncer à toutes les lumières de la raison, et qu'elles n'auraient commencé de croire qu'en quittant leur ancienne foi ? « Je « veux, dit Tertullien S que toutes les églises soient tombées dans « l'erreur; que l'Apôtre même se soit trompé dans le témoignage « qu'il a rendu à quelques-unes d'entre elles; que le Saint-Esprit « n"ait fait à aucune la grâce de la conduire à la vérité, quoique « Jésus-Christ ne l'ait envoyé au monde et ne l'ait demandé à son « Père que pour l'enseigner aux hommes. Je veux que quoiqu'il « soit chargé du soin de la maison de Dieu, et qu'il tienne la place « de Jésus-Christ, il ait négligé le but de sa mission, et qu'il ait « permis que les églises s'engageassent en d'autres sentiments, et

d. De j)fxscript. advers. hœres., cap. xxviii.

PREUVES nE LA PRÉSENCE DE JÉSUS-CHRIST DANS l'eUCIIARISTIE. 49o

« en une autre foi que celle qu'il a annoncée par les apôtres. « Mais est-il vraisemblable que tant d'églises soient toutes tombées <r dans la même erreur, et serait-il possible qu'il y eût une si « grande uniformité dans une multitude d'événements qui ne dé- « pendent que du hasard? Il est donc impossible que toutes les « églises aient erré de la môme sorte. Et ainsi quand on voit la a même doctrine dans plusieurs églises, c'est une marque que ce « n'est pas une erreur qu'elles aient inventée, mais que c'est la foi « qu'elles ont reçue par tradition : Non erratum sed traditum. » C'est le raisonnement de Tcrtullien, ou plutôt c'est la voix de la raison, qui est encore infiniment plus forte sur le sujet de l'Eucharistie que sur les autres mystères, car cette doctrine étant étrangement opposée à toutes les lumières humaines, ce ne peut être, en quelque sorte, que le poids de l'autorité qui l'ait pu faire recevoir. Il est presque incroyable que l'esprit d'un seul homme s'y soit porté de soi-même; mais il y a de la folie à croire que toutes les nations du monde y soient tombées d'elles-mêmes, et en même temps, sans qu'on puisse dire que l'erreur des unes se soit communiquée aux autres, ni qu'il y en ait aucune qui se soit exemptée d'une si étrange illusion, qui y ait résisté ou qui en ait averti les autres. »

Entre les Églises d'Orient séparées de l'Église catholique romaine, plusieurs siècles avant l'apparition des doctrines contraires à la présence réelle du corps et du sang de Jésus-Ciirist dans l'Eucharistie, le premier rang appartient, comme importance, à l'église grecque schismatique de Gonstantinople.

Dès le IV'' siècle, les évoques de Gonstantinople s'arrogèrent le titre de patriarches, malgré les réclamations des Souverains Pontifes. Gonstantinople était devenue le centre de l'empire, et l'évêque, intermédiaire souvent obligé entre les évoques des diverses provinces et l'empereur, jouit bientôt d'une influence qui s'étendit au loin. Il prétendit être le premier après l'évêque de Rome, et un jour vint où Photius ne se contenta plus du second rang, secoua le joug de l'autorité légitime, et consomma le schisme qui se préparait depuis des siècles. On peut donc affirmer que ni les Grecs ni les Latins n'étaient dans la disposition de se sacrifier réciproquement leurs croyances en admettant un dogme nouvellement introduit dans l'une ou l'autre des deux églises. Ajoutez que le nombre des évoques relevant du patriarche de Gonstantinople,

vers le temps où il aurait fallu que cette nouveauté fût introduite, d'après les calvinistes, était très considérable. Allatius {De perpet. consens., 1. I, c. wiv) rapporte le dénombrement qu'a fait un auteur grec, nommé Milus Doxapatrius, des villes et des provinces qui obéissaient à ce patriarche et qui lui étaient soumises, ou par droit légitime, ou par une usurpation violente. Il compte jusqu'à soixante-cinq métropolitains, outre trente-quatre archevêques indépendants, et qui n'avaient point d'évêques sous leur juridiction. Le nombre des évêchés montait à plus de six cents. Tel était à peu près l'état où était ce patriarcat dans le xi" siècle et du temps de Bérenger, le premier ennemi avéré du dogme de la présence réelle ^

Depuis ce temps-là, le patriarche de Constantinople a beaucoup perdu de l'étendue de sa juridiction, mais elle ne laisse pas de comprendre encore l'Asie Mineure, les îles de l'Archipel, la Thrace, la Grèce, la Valachie, la Moldavie, la Servie, la Mingrélie, la Circassie et en quelque sorte la Russie elle-même, qui lui rend encore quelque respect, quoiqu'elle ne reconnaisse plus son autorité.

Au patriarche de Constantinople il faut ajouter ceux d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, auxquels sont aussi soumises de nombreuses églises; il faut ajouter encore une multitude d'autres églises répandues un peu partout dans ces quatre patriarcats, et soumises à des évoques et à des patriarches particuliers. Ce sont des sectes pour la plupart mêlées ensemble, et établies dans les mêmes villes et les mêmes provinces, comme on voit en France les catholiques et les calvinistes, et tant de différentes sectes en Angleterre et ailleurs.

Presque toutes ces sectes ont leur chapelle dans l'église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, et des chrétiens de chacune d'elles s'y rendent en assez grand nombre tous les ans à la fête de Pâques. Des catholiques latins se trouvent aussi établis dans toutes les parties de l'Orient; et mêlés avec les schismatiques; ils les voient dans leurs villes d'origine; ils les voient en Palestine et à Jérusalem; ils sont témoins de leurs cérémonies comme eux des nôtres. II est donc impossible que dans ce commerce et ce mélange, ni les uns ni les autres puissent ignorer longtemps ce que chaque société croit du mystère de l'Eucharistie. Or, sur ce point de doctrine,

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