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L'INSURRECTION DU 26 DÉCEMBRE

Ne montrer d'un visage ou d'un caractère que les laideurs qui s'y rencontrent, ce n'est pas peindre, c'est calomnier. Les hommes ont les qualités de leurs défauts. L'empereur Nicolas n'a pas fait exception à la règle. Nous avons annoncé des exemples de sa force d'àme. On les trouvera dans ce chapitre et le suivant.

En 1859. lorsque fut agitée la question du voyage du grand-duc héritier en Angleterre, l'ambassadeur de Russie a Londres, M. Pozzo di Borgo, s'éleva contre cette pensée, par crainte d'un complot ourdi, soupçonnait-il, contre la vie de ce prince, par les membres de l'émigration polonaise, alors fort nombreux en Angleterre. Le tzar, ayant parcouru la dépêche de son ministre, fit venir le comte Orloff, et, pour toute réponse, lui enjoignit de partir sur-le-champ pour Londres avec le Césarévitch.

Sa conduite, lors de la terrible insurrection du 26 décembre 1825, qui faillit emporter le trône et lui-même, et pendant le soulèvement redoutable des colonies mili-

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taires 1 en 1832, est connue. Elle a été racontée en détail dans des ouvrages justement accrédites. Nous ne nous arrêterons qu'aux points principaux.

L'empereur Nicolas n'avait peut-être pas le courage physique de l'homme indifférent devant le péril, mais il était doué, à un degré éminent, du courage moral qui porte à le braver, malgré les agitations du sang et les troubles intérieurs de la chair.

Sur la place d'ïsaac, où se passa le combat du 26 décembre, il se montra très-pale, mais invinciblement résolu à ne quitter la place que vainqueur ou mort.

Il s'avança vers le régiment des gardes à cheval.

— Enfants, leur dit-il, vous voyez une troupe de sujets en révolte contre leur souverain légitime. Sous prétexte de rester fidèles au grand-duc Constantin, ils poursuivent de mauvais desseins. Je compte sur vous et suis sur de ne pas me tromper.

1 Les colonies militaires furent l'œuvre du comte Araklchéieff, l'indigne favori d'Alexandre. Par rétablissement de; colonies militaires, le gouvernement essayait de fondre un certain nombre de régiments avec les paysans serfs de la couronne, de donner des bras nouveaux à l'agriculture, en assurant des bras innombrables à l'armée. C'était le premier pas dans une voie qui devait faire de la Russie entière un soldat. On échoua. Les paysans, qui détestent le métier des armes et ont en répulsion profonde les habitudes militaires, protestèrent de toutes parts. La terreur, le knout le bâton, les tortures, la mort, rien n'y fit. Le plan d'Araktchéieff fut ainsi étouffé en germe, et l'Europe préservée d'une nouvelle inondation de barbares, — disciplinés et vêtus ù l'européenne.

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— Marchez à notre tète, répondirent les soldats. En avant! Hourra pour Nicolas !

Plus loin, rencontrant un détachement de rebelles, Nicolas leur adresse le salut ordinaire des tzars :

— Sdrastvouitié rebâti! (Bonjour, mes enfants!)

Les soldats répondent par un hourra en l'honneur de Constantin. Nicolas leur montre alors du doigt les colonnes insurgées :

Vous vous trompez de chemin. Votre place est là, parmi les traîtres!

Ln autre détachement survient. Môme salut du tzar.

Les rebelles interdits gardent le silence.

Nicolas profite de leur hésitation.

— Conversion à droite, marche! dit-il.

Et le soldat obéit machinalement.

L'importance de la conspiration du 26 décembre 1825 n'a pas été suffisamment appréciée en Europe. Des esprits sérieux n'ont voulu y voir qu'une simple émeute de caserne, sans considérer, sans savoir, peut -être, que le gouvernement russe avait fait lui môme une large part au mouvement dans l'enquête officielle. Aujourd'hui le doute n'est plus permis. Cette histoire a été écrite sur les pièces mêmes du procès; les preuves sont sous les \eux du public *.

Des personnes de tout rang, de toute origine, de toute

' Histoire intime de ta liussie sous les empereurs Alexandre et \'twla$; par Selinitzler.

religion, furent compromises dans les événements de J 825. Parmi les conjurés se trouvaient des fonctionnaires de tous les départements ministériels et des écrivains comptant parmi les puissances intellectuelles du pays. Jamais tant dhuunnes de classes si différentes, officiers de tous grades, employés, poètes, grands seigneurs, n'avaient pris part à une tentative dirigée contre le gouvernement. Sous ce rapport, la conjuration du 26 décembre eut une gravité extrême. Si donc le nouvel empereur, dans cette circonstance décisive où son trône, sa vie et le système politique de sa race furent en jeu, — le cri de Vive Constantin! cachait pour tous, le simple soldat excepté, le cri de Vive la réforme! pour beaucoup, les chefs compris, celui de Vive la République! — si donc le tzar, disons-nous, eût fait un seul instant défaut à sa fortune, il était perdu et l'autocratie avec lui. Il fut présent partout et ne quitta le champ de bataille qu'après que l'insurrection, resserrée sur la place d'isaac, derrière le bronze de Falconnet, eut été sabrée par la cavalerie et balayée par la mitraille.

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