‹ La sainte RussieChapitre 36 sur 109 · PAGE 182 - 4 UNE COLIQUE HÉMORROIDALE · texte numérisé non relu

PAGE 182 - 4 UNE COLIQUE HÉMORROIDALE

L'impératrice dînait en public, au milieu de sa cour, lorsqu'on vit entrer Grégoire Orloff, les cheveux épars, couvert de sueur et de poussière, les habits en désordre et la physionomie bouleversée. Ses yeux étincelants cherchèrent ceux de Catherine. Elle se leva en silence et passa dans un cabinet où il la suivit. Peu après, elle manda le comte Panin, dont, par une anticipation confiante dans sa fortune, elle avait fait son premier ministre. Instruit de la scène tragique de Mopsa, Panin conseilla de tenir secrète, jusqu'au lendemain, la nouvelle du décès de l'empereur, de manière à laisser croire qu'elle avait été reçue pendant la nuit.

Cet avis ayant été agréé, Catherine rentra dans la salle du banquet avec le même visage, et reprit sa place à table, sans que rien, dans son attitude ni dans son lan- gage, trahît la moindre contention intérieure. Le lendemain, quand le bruit de la mort de Pierre III, par suite d'une colique hémorroïdale, eut été répandu à Péters-

bourg, l'impératrice parut baignée de pleurs et publia sa douleur par un édit.

« Le septième jour après notre avènement au trône « impérial, disait le document officiel, nous fûmes in- « formée que le ci-devant empereur était attaqué d'une « colique violente, occasionnée par les hémorroïdes, dont « il avait eu autrefois de fréquents accès. Aussi, pour no « point manquer au devoir que noirs impose la religion « chrétienne et à la sainte loi qui prescrit de conserver « la vie à son prochain, nous ordonnâmes de lui envoyer « à l'instant tout ce qui pourrait servir à prévenir les « suites d'un mal si dangereux et de le soulager par de h prorapts remèdes. Nous apprîmes cependant hier, avec t beaucoup de douleur et de regrets, qu'il avait plu au « Très-Haut de terminer sa carrière. C'est pourquoi nous « avons ordonné de déposer son corps dans le monastère « de Nevski, pour y être inhumé.

« Nous exhortons en même temps, en souveraine et en « mère, tous nos fidèles sujets à faire les dernier adieux « au défunt, en oubliant le passé, et à prier Dieu pour « son âme, ainsi qu'à regarder cet arrêt inattendu du « Tout-Puissant comme un effet des vues impénétrables « que sa providence s'est réservée sur nous, sur notre u trône et sur notre chère patrie. »

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