‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 116 sur 458 · L’abbé Poussin, p · texte numérisé non relu

L’abbé Poussin, p

ici le plan de la miséricorde divine qui a voulu sauver le monde, qui a exaucé le vœu de deux époux, Joachim et Anne, en leur donnant une fille immaculée ; Anne conduit la jeune vierge au temple, la présente à Zacharie , lequel , par une fiction assez heureuse, se met à chanter devant l’enfant le rôle glorieux qui lui est réservé et à rappeler les diverses images sous lesquelles elle est apparue dans l’Ancien Testament. Ève, Énoch, la prophétisaient déjà, l’arche antique de Noé emportant à travers le déluge les semences des choses, sauvant la nature d’une destruction complète, la colombe qui lui apporte le rameau d’olivier, Sara enfantant Isaac contre les lois de la nature, sont des images de la Vierge immaculée 1. Jacob prophétise qu’elle sortirait de sa race; elle est représentée par la corbeille de Moïse sur le Nil, dans le buisson ardent que la flamme enveloppait sans le dévorer, dans la mer Rouge qui sauve le peuple de Dieu et engloutit ses ennemis , dans la verge qui fait jaillir l’eau du rocher, dans le tabernacle, l’arche, la table, etc. Les prophètes l’ont appelée la Porte sainte, la reine, la montagne, la nuée, la verge royale, le diadème, le sceptre, la jeune tille qui porte Dieu, la vierge et la prophétesse, l’atrium et la maison de la gloire de Dieu, le palais, la fontaine scellée, etc.

ICONOGRAPHIE

IVe SIÈCLE.

Saint Maximin. (PL CXVI). — La Provence nous offre pour l'iconographie de Marie dans le temple, une des plus intéressantes images que nous possédions et des plus anciennes puisqu’elle remonte au ive siècle. A Saint-Maximin, une des dalles de la crypte encastrée dans le mur et provenant de l’église de Saint-Étienne, à Berre, nous montre la figure de Marie les bras étendus dans l’attitude d’une orante ; vêtue d’une dal-

1. Nous trouvons ici dans ce poëme un beau temoignage er faveur de V Immaculée— Conception

CH. II

matique ample et plissée, coiffée d’un voile qui lui retombe sur les épaules, cette jeune tille est la représentation de la sainte Vierge priant dans le temple, car on lit au-dessus de sa tête.

MARIA VIRGO MINESTER DE TEMPVLO GEROSALE

Ce monument est très-difficile à étudier parce qu'il est placé derrière des sarcophages de marbre qui empêchent de le voir; nous avons dû prendre sa copie à l’aide d’un estampage.

Nous ne saurions mieux faire, à ce propos, que de rapporter ce qu’en dit M. Edmond le Blant, si compétent dans ces matières1 :

a Sur les verres dorés on voit quelquefois Marie en prière ; on eût attaché un grand prix à y reconnaître le vocable de la mère du Christ; mais, à défaut d’indication précise, la prudence commandait d hésiter. Il appartenait à la France de montrer dans un monument qui exclut tout doute, la Vierge figurée en prière et de fixer ici, par une preuve décisive, l’attribution des antiques images. » L’auteur décrit la dalle de marbre et il ajoute : « L’Évangile est muet à l’égard du séjour au temple; mais, à côté des textes sacrés que l’Église accepte et vénère, l’antiquité chrétienne vit naître des écrits où les traditions orales trouvèrent une large place; saint Jérôme, si sévère pour les traditions non canoniques , en admet plusieurs, entre autres la croyance qui place le berceau du Sauveur entre les animaux de la crèche. Le fidèle qui grava la dalle de Saint-Maximin s'inspira d’un fait développé dans l’histoire de la nativité de Marie et de l'enfance du Sauveur. Le fait du séjour de Marie dans le temple, quoique non consigné dans le Nouveau Testament, n’en est pas moins accepté par un grand nombre d’écrivains ecclésiastiques.

« L’Orient est riche en témoignages qui éta-

x. Voy. K. le Blant, Lise, chrét. — Rostan, Mon. icon. de saint Maximin ^ 1862. — ■ Eyang. — Notes icon.

blisseot la tradition. Le seul monument occidental de cet antique souvenir, notre marbre en acquiert une plus haute valeur. Il devait être en Gaule comme le gage de l’extension du culte de la sainte Vierge.

« On a remarqué dans notre inscription les mots de tempulo pour templi. Cette forme, si voisine de notre parler moderne puisqu'elle annonce l’oubli de la déclinaison et la venue de l'article, n’est pas sans exemple dans l’antiquité classique. Malgré leur irrégularité, les caractères semblent, par leur type, appartenir au ive siècle ou au moins au ve. »

Xe SIÈCLE.

Ménologe. — Les exemples de la représentation de Marie au temple sont rares dans le haut moyen âge ; nous sommes obligés, pour en citer un second, de descendre au xc siècle et au ménologe grec du Vatican. On y lit les mots suivants, à la date du 21 novembre : « Anne et Joachim présentent la Vierge au temple. Saint Joachim, au bout de deux ans, voulait conduire sa fille, mais sainte Anne demanda qu’on attendit la troisième année. Zacharie, recevant alors la jeune fille, lui fit monter les degrés de l’autel, et elle était nourrie par un ange jusqu’à ce qu’elle ait atteint sa douzième année ». (PI. V.)

Nous sommes ici devant une des plus inférieures miniatures de ce beau manuscrit. Il est signé Nestor; les ombres sont lourdes et dépourvues de clair-obscur; toutes les figures inondées de grosses hachures d'or ; si l'exécution laisse à désirer, la disposition générale est belle et semble indiquer la copie d'un bon original. La sainte Vierge porte un manteau violet, une tunique bleu foncé; sainte Anne, un manteau rouge, une tunique grise ; saint Joachim, la barbe et les cheveux gris, un manteau gris-jaune, une tunique bleu foncé; le prêtre, un manteau rouge, un surplis bleu clair avec large bordure d’ocre gris, une tunique de dessous grise, bordée d’ocre ; l’ange, un manteau bleu clair, les ailes brunes en haut, bleu clair dans le bas. Les deux femmes en bas, la première à gauche, robe d’ocre, man-

ICONOGRAPHIE

teau bleu, collerette blanche; la deuxième, robe blanche, manteau violet, collerette vert clair. Les femmes au-dessus, la première, une robe rouge, un manteau d’or, une collerette bleue; la deuxième, un vêtement vert clair avec losanges et collerette blanche.

Le manuscrit du moine Jacques, au xie siècle, nous offre aussi des images de toutes les scènes du temple ; mais nous en ferons la description dans le chapitre spécial que nous réservons à ce monument unique et si curieux. (PL LXXIII).

XIe SIÈCLE.

Manuscrit 74 de la Bibliothèque nationale. — Nous citerons encore, parmi les exemples qui nous reviennent à la mémoire, le manuscrit de la Bibliothèque nationale, n° 7 41, qui nous montre le grand prêtre assis et écrivant, pendant que sainte Anne arrive avec sa fille entre les bras, suivie de saint Joachim et d’autres personnages.

XIIe SIÈCLE.

Ladoga. — A Ladoga, parmi les restes de peinture que conserve l'église Saint-Georges, on

aperçoit saint Joachim portant l’agneau dans la cérémonie de la présentation.

Ivoire Barberini. — Enfin l’ivoire Barberini, au nombre de ces scènes, possède celle qui nous occupe ici : le prêtre, assis, reçoit les pieux parents, derrière lui et dans l’intérieur du sanctuaire, la sainte Vierge assise prend la nourriture que l’ange lui apporte. Dans le compartiment du dessous, on croit reconnaître le même sujet plus simplement traité; sainte Anne, saint Joachim, la sainte Vierge portant son offrande et le prêtre assis dans le temple où elle est reçue, apparaissent sur. cette scène h

La présentation de Marie au temple, dont nous trouvons de si rares monuments iconographiques dans les époques anciennes, devint, il semble, plus familier aux artistes modernes, dont le chefd’œuvre est incontestablement pour ce sujet la naïve et touchante peinture de Taddeo Gaddi, à Sainte-Croix de Florence. (Grimouard de Saint- Laurent, Guide de la peinture , I, p. 202.)

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