‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 127 sur 458 · Garrucci, Dissertations arch.} 40, t. Il, 2e liv · texte numérisé non relu

Garrucci, Dissertations arch.} 40, t. Il, 2e liv

IIIe SIÈCLE.

L’épitaphe de Severa qui remonte pour le moins au 111e siècle, et qui représente, gravée au trait, l'adoration des mages, nous montre saint Joseph derrière la sainte Vierge, debout, jeune encore, vêtu de la simple et courte tunique des artisans, et tenant à la main une baguette mystérieuse, symbole de son autorité sur la sainte Famille. ( Évang ., pl. 18.)

IVe SIÈCLE.

Au ive siècle, un sarcophage de Saint-Celse, à Milan, représente l’enfant Jésus couché dans une crèche, mal abrité par le toit d’une pauvre cabane; saint Joseph se tient debout, la hache de l’ouvrier à la main. C’est un jeune homme à la ligure gracieuse, allongée et sans barbe, aux cheveux épais et un peu bouclés ; il est revêtu d’une tunique à une seule manche qui était portée par les travailleurs, et qu’on appelait exomis dans l’antiquité.

Ve SIÈCLE.

Au Ve siècle, un diptyque d’ivoire déposé au dôme de Milan fait voir saint Joseph assis aux pieds de Notre-Seigneur, couché dans la crèche; il a le visage grave et viril, la tunique courte et ouverte sur l’épaule droite ; la main gauche appuyée sur une scie.

Les belles mosaïques de Sainte-Marie-Majeure répètent plusieurs fois cette sainte image; ce sont les plus belles représentations de saint Joseph, il nous apparaît dans la force de l’âge, sous les traits d’un homme de trente-cinq ans environ, la tête couronnée de cheveux châtains et abondants, vêtu de la tunique avec longues bandes bleues verticales, les bras et les jambes nus. Sa physionomie est mâle, et porte à la fois un aspect d'austérité et de réserve remarquable. Ces grands tableaux de l’arc triomphal possèdent encore la touche ample et magistrale du pinceau antique.

VIe SIÈCLE.

Dans la pyxide d’ivoire de l’abbaye de Wer-

den en Westphalie, saint Joseph assis auprès de Marie, à côté de la crèche, est vêtu de la tunique et du pallium, il porte un bâton droit à la main; sa figure est d'une pieuse et mûre gravité. Dans le coffret de la même abbaye, c’est un jeune artisan appuyé sur sa scie.

Dans la Bible syriaque de Florence, il est jeune, sans barbe et nimbé.

Dans un des panneaux d’ivoire de la chaire de Ravenne, il a la tunique ordinaire, les traits de l’âge mûr.

Dans les sarcophages, à Saint- Ambroise de Milan, au Latran, à Arles, il est jeune, et toujours vêtu de la tunique1. L’antiquité chrétienne, jusqu’aux Carlovingiens, n’a cessé de le représenter ainsi dans toute la vigueur de l’âge; en Orient ni en Occident les artistes ne l’avaient pas encore dépouillé de ce double privilège de beauté et de chasteté; il appartenait à la décadence de l’art de réveiller dans les images

un des textes les plus tristes des apocryphes qui nous présente l’époux de la sainte Vierge sous des traits flétris et décrépits. Ce nouveau type semble avoir mieux convenu alors à l’humanité, qui sous les ténèbres de la barbarie ne comprenait plus le caractère admirable de saint Joseph, et, perdant de vue l’idéal évangélique, ne savait plus mêler les deux auréoles de jeunesse et de chasteté qui éclairent cette douce figure. Le moyen âge semble avoir été embarrassé de saint Joseph, il le relègue ordinairement dans le second plan, et lui prête des gestes ridicules, des attitudes grimaçantes et indignes de la haute dignité de gardien du Verbe ; quelquefois nous le voyons sur un trône, mais le plus souvent à l’écart, accablé par la douleur, par les infirmités, et forcé d’appuyer de la main sa tête vacillante.

Heureusement, de telles erreurs n’ont pu pénétrer dans le domaine de la foi, que l’Église défend d'une main jalouse et puissante; elles

s’évanouirent avec la barbarie, et nous voyons dans le Sposali^io de Raphaël saint Joseph reprendre son antique jeunesse.

Ce ravissant tableau, un des premiers chefsd’œuvre du grand peintre, nous rappelle que nous devons ici, non-seulement retracer l’iconographie de saint Joseph, mais surtout celle de son mariage; on a vu que les fidèles n’en avaient guère célébré la fête avant le xivc siècle; nous pouvons ajouter malheureusement que les représentations anciennes en sont fort rares avant ce temps, ou du moins que nous ne pouvons en fournir que fort peu d’exemples.

Sarcophage du Puy. (Pl. VI.) — La galerie archéologique1 du musée de la ville du Puy possède un curieux monument du ive ou Ve siècle, dans lequel il faut reconnaître le mariage de la sainte Vierge. C’est un fragment de sarcophage en marbre dont l’une des extrémités latérales et la partie inférieure sont mutilées. Ce marbre était autrefois, avant 1825, encastré dans le mur méridional de l’église de. Saint- Jean-des-Fonts-Baptismaux, près de la cathédrale du Puy. On remarque au milieu une cérémonie nuptiale : l’époux prend la main de la jeune fille qui porte un voile sur la tête, et, dans le fond, un troisième personnage assiste à la scène et semble écouter les vœux des époux, dont il est témoin. 11 a la tête entourée d’un nimbe, sa figure est celle d’un jeune homme|imberbe ; à droite, le Sauveur, sur une montagne, fait un geste à deux hommes qui le suivent. M. Aymard, conservateur du musée du Puy, qui a eu l’obligeance de nous fournir une photographie de ce marbre, pense qu’il provient d’un autel ; voici les observations dont il a bien voulu accompagner son envoi : « Vous remarquerez à droite du marbre neuf, des fragments recueillis dans nos fouilles de la place Saint-Jean; ils me paraissent provenir du même

1. Fragment de sarcophage chrétien du Ve siècle, par M. Aymard. Extrait des Annales de la Société académique du Puy, t. XVIII, 1853. Voyez du même auteur : les Premiers Evêques du Puy, étude critique sur leur ordre de succession. Annales de la Soc. acad. du Puy XXIX 1837, p. 163.

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