‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 128 sur 458 · Ab. Didiot, Rev. de l’art, chr X · texte numérisé non relu

Ab. Didiot, Rev. de l’art, chr X

ICONOGRAPHIE

sarcophage ; l’un d’eux, fort curieux, est le buste d’un personnage tenant un objet dans les mains; l’autre paraît représenter la naissance d’une arcade, et, à gauche, un reste de l’épaule drapée d’un homme qui tient une couronne ; nous espérons trouver encore d’autres débris sous le pavé de l’église Saint-Jean. Je n’ose encore me prononcer sur l’hypothèse du mariage de la Vierge; n’oubliez pas que sur les sarcophages antiques, romains et grecs, auxquels les chrétiens ont fait des emprunts, on trouve une scène analogue, sauf que Junon pronuba occupe la place où nous voyons ici, soit le Christ, soit un ange. D'après la plupart des antiquaires, ce serait la scène d’adieux entre les conjoints; M. Ravaisson vient de proposer à l’Académie des inscriptions une autre explication intéressante; il y verrait la réunion des deux époux dans l’Elysée. »

Nous avons exposé ces objections à M. Le Blant, qui ne doute pas cependant que nous soyons en présence d’une image de la sainte Vierge ; la clef de l'énigme est dans le bas-relief de gauche , qui représente incontestablement le songe de saint Joseph. Il ne s’agit pas de l’aveugle-né, toujours à genoux ou accroupi, mais d’un homme endormi et d’une vision ; or ce souvenir ne peut s’appliquer qu’à l'apparition de l’ange révélant le mystère de l’Incarnation.

Fragment de Sarcophage au Puy (d’après la gravure de M. Aymard).

(État actuel du marbre.)

Le geste de l’ange est celui de l’allocution. Le costume du personnage endormi, tunique courte, laissant une épaule à découvert, est ordinairement attribué aux bergers et aux esclaves, mais

on le voit dans des sarcophages d’Arles, donnés à saint Joseph et à Abraham; il n'offre pas de difficultés. D’ailleurs, la scène suivante confirme et complète celle-ci. L’ange a conduit Joseph rassuré vers Marie, il rapproche leurs mains dans une réconciliation qui prend l'aspect d’un nouveau mariage, et qui efface les projets de divorce du saint patriarche. M. Le Blant n’hésite pas à expliquer ainsi le sens de ce bas-relief; M. de Rossi et le père Garrucci partagent également cet avis, qui nous semble très-judicieux.

Manuscrit du moine Jacques. (PL LXXIII, f. 131 et 135.) — Nous sommes forcés, après ce bas-relief unique dans l’antiquité chrétienne, pour trouver une représentation du virginal mariage, de descendre très-loin dans les siècles, jusqu’au xie siècle et au fameux manuscrit du moine Jacques. Encore le fait n’a-t-il pas ici l’apparence d’un mariage : Marie, sous les traits d’une petite fille, est donnée à saint Joseph, homme déjà avancé en âge; rien dans la miniature, si le texte ne nous en expliquait le sens, n’indiquerait ce qu’elle signifie1.

On trouvera à Kiew une peinture du même genre représentée sur notre pl. V.

Nous sortons ensuite du xna siècle devant la cathédrale de Paris, dont le portail Saint-Anne nous offre une représentation de cet événement. Le grand prêtre, en longue robe et la tête couverte d’un voile, célèbre le mariage; il tient les mains de Joseph et de Marie. La Vierge est trèsjeune, de petite taille, avec cheveux longs; une couronne de fleurs lui entoure la tête. Près d’elle, ses parents lui disent adieu. (Guilhermy, Description de Notre-Dame. p. 67.)

Ce n’est qu’au xive siècle, à peu près dans le temps où la fête s’établit parmi les fidèles, que nous trouvons cette représentation tout à fait fixée. Nous citerons pour cette époque le joli bas-relief d'Orcagna, à Or-San-Michele de Florence 2.

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