‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 129 sur 458 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ANNONCIATION

ous transcrivons respectueusement en tête de ce chapitre le texte sacré de l’Évangile où nous entendons pour la première fois prononcer le nom de Marie :

i° Au sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans la ville de Galilée appelée Nazareth * ( Evang III, 2.)

2° A une vierge qu’avait épousé un homme nommé Je

3° Or l’ange étant entré vers elle lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

4° L’ayant entendu, elle fut troublée de ses paroles, et elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation.

3° Mais l’ange reprit : « Ne craignez point, Marie, vous avez trouvé grâce devant Dieu.

6° « Voilà que vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus.

7° « 11 sera grand et sera appelé le bis du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père; et il régnera éternellement sur la maison de Jacob.

8° « Et son règne n’aura pas de fin. »

eph; et le nom de la vierge était Marie * [Evang., III,

ÉVANGILE. 65

90 Marie dit à Fange : « Comment cela se fera-t-il, car je ne connais pas d’homme ? »

io° Et l’ange répondant lui dit : « l’Esprit-Saint surviendra en vous et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre 5 c’est pourquoi le fils qui naîtra de vous sera appelé le fils de Dieu. ( Ev III, 10.)

ii° « Et voilà qu’Elisabeth, votre cousine, elle-même a conçu un fils dans sa vieillesse, et ce mois est le dixième de celle qui est appelée stérile. {Ev., III, 11.)

12° « Parce qu’il n’y a rien d’impossible à Dieu. »

130 Alors Marie reprit : « Voilà la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. » Et l’ange s’éloigna d’elle.

Après ce texte inspiré, il peut être encore intéressant de chercher la vérité dans les apocryphes, lesquels, au milieu de fables, nous offrent l’écho de traditions respectables.

« Or, en ces jours-là, c’est-à-dire au premier temps de son arrivée en Galilée, l’ange Gabriel lui fut envoyé de Dieu pour lui raconter qu’elle concevrait le Seigneur et lui exposer la manière et l’ordre de la conception. Etant entré vers elle, il remplit la chambre où elle demeurait d’une grande lumière, et, la saluant avec une très-grande vénération, il lui dit : « Je te salue, Marie, vierge du Seigneur, très-agréable à Dieu,

« pleine de grâces; le Seigneur est avec toi; tu es bénie par-dessus toutes les femmes,

« tu es bénie par-dessus tous les hommes nés jusqu’à présent. » Et la Vierge, qui connaissait déjà bien les visages des anges et qui était accoutumée à la lumière céleste, ne fut point effrayée de voir un ange, ni étonnée de la grandeur de la lumière 1 ; mais on seul discours la troubla , et elle commença à penser quelle pouvait être cette salutation si extraordinaire, ce qu’elle présageait ou quelle fin elle devait avoir. »

« Une autre jour, comme Marie était debout auprès d’une fontaine, l’ange du Seigneur lui apparut, disant : « Tu es bien heureuse, Marie, car le Seigneur s’est préparé une demeure en ton esprit 2. »

« Marie ayant pris une urne sortit pour puiser de l’eau et aussitôt elle entendit une voix qui lui dit : « Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous

x. Evangile de la Nativité. (Brunet, p. 164.)

2. Evangile de la Nativité de Marie et de l’enfance du Sauveur. (Brunet, 193.)

La circonstance de Marie auprès de la fontaine lorsque l’ange lui apparut, se trouve rapportée par plusieurs écrivains de l’Eglise grecque. (Brunet, 210.)

CH. IIÏ.

ANNONCIATION

êtes bénie entre les femmes. » Cependant elle regardait tout autour d’elle, ne sachant d’où venait cette voix. Tremblante, elle rentra chez elle, déposa son urne et, s’étant assise, elle se mit à hier la pourpre. Alors l’ange du Seigneur se présenta à elle en disant : « Ne craignez pas, Marie, vous avez trouvé grâce devant le Seigneur... » Et Marie, l’entendant, pensait en elle-même : « Enfanterai-je comme les autres enfantent? » Et l’ange du Seigneur lui dit : « Il n’en sera point ainsi, Marie, car la « vertu de Dieu vous couvrira de son ombre, et le saint naîtra de vous, et il sera appelé « le fils de Dieu; et vous lui donnerez le nom de Jésus... » Ayant terminé le fil de pourpre et d’écarlate, elle le porta au grand prêtre qui la bénit et lui dit : « O Marie, « votre nom a été glorifié et vous serez bénie par toute la terre, ayant une grande joie. » Marie alla vers Élisabeth, sa cousine, et frappa à sa porte. Elisabeth, en l’entendant, accourut, lui ouvrit et lui dit : « D’où vient que la mère de mon Seigneur vienne à « moi? le fruit que je porte a tressailli dans mon sein et t’a bénie. » Or elle ignorait les mystères dont l’ange Gabriel lui avait parlé ; Marie regarda au ciel, et dit : « Que « suis-je donc, que toutes les générations m’appelleront bienheureuse? » Cependant sa grossesse avançait et Marie, poussée par la crainte, se retira chez elle, se cachant aux fils d’Israël; elle avait alors seize ans E

NOTES ARCHÉOLOGIQUES

ET EXÉGÉTIQUES.

Après ces différents textes qui forment les principales données historiques qu'on puisse invoquer, nous rapporterons quelques commentaires qu’ils ont inspirés aux auteurs ecclésiastiques:

i° A Nazareth, deux cellules formaient la demeure de la sainte Vierge : une des deux, donnant sur la grotte supérieure creusée dans le flanc méridional de la montagne au pied de laquelle la ville était assise, lui servait de retraite habituelle, tandis que Joseph se livrait aux travaux de son état dans un atelier voisin.

Tantôt Marie tordait la laine et le lin sur ses fuseaux, tantôt elle tissait et préparait des vêtements pour Joseph, pour elle-même et pour les pauvres. Dans d’autres moments, elle tressait des nattes de jonc ou de roseau pour tapisser sa demeure, ou bien elle allait puiser dans de grandes amphores, posées sur ses épaules, l’eau

i. Protoévangile de saint Jacques, ch. XI et XII. (Brunet, p. 122.)

de la fontaine à laquelle elle a donné son nom; préparait le maïs, le froment, le donza qu’elle broyait sous la meule, pétrissait la farine en gâteaux ronds et minces, ou cueillait les fruits qui composaient le repas de chaque jour.

Trois mois s’étaient écoulés depuis que Marie et Joseph étaient à Nazareth; le voile précieux que le grand prêtre portait aux jours les plus solennels dut être renouvelé, mais les jeunes tilles du temple n’avaient pas l’habileté de Marie pour y broder la soie, l’or, l’argent, l'hyacinthe et la pourpre; on se souvint d'elle et on lui confia une partie de ce saint travail h Elle s'acquittait de sa tâche lorsque Gabriel se présenta à ses yeux.

C’est une des croyances antiques que l’Annonciation eut lieu le 8 des calendes d’avril, c’està-dire le 25 mars, date que l’on trouve en remontant neuf mois avant la nativité et que toutes les églises ont acceptée. Le moment solennel où s’accomplit le plus grand des miracles n’est pas

î. Rosier de Mairie , IX, 94. Certains auteurs supposent un temps plus long.

NOTES ARCHÉOLOGIQUES

indiqué d’une manière uniforme dans les diverses légendes. Albert le Grand dit que ce fut à l’aube du jour que le soleil éternel vint se lever à l’Orient; les coutumes pieuses de quelques églises confirmeraient cette opinion1. La manne, image du Christ, tombait le matin2. D’autres auteurs l’attribuent à plusieurs heures du jour, notamment au temps de vêpres, vers trois heures; cette opinion pouvait s’appuyer sur le vieil usage de quelques pays d’appeler vêpres le chant de Y oAve Maria.

Tous les Pères sont d’accord sur la qualité de l’envoyé de Dieu, qui n’était pas un de ces anges des ordres supérieurs, toujours en face du Très- Haut, ni des anges inférieurs insuffisants pour porter une si grande nouvelle : c’était un archange, et l’archange Gabriel que Dieu emploie ordinairement pour ce genre de mission, et qu’il envoie vers Daniel3.

g 3. L'ange étant entré. — - On se demande si l’ange apparut à Marie pendant son sommeil ou pendant qu’elle était éveillée. Lorsque l’Evangile dit qu’un ange est apparu soit à saint Joseph, soit aux mages, il raconte expressément que ce fut pendant leur sommeil. Son silence à l’égard de Marie suffit pour faire croire qu’elle était éveillée. Quant à la forme de son apparition on ne peut douter qu’il se revêtît d’une figure humaine ; tout le récit que saint Luc nous transmet du colloque le prouve surabondamment. On doit croire aussi qu’il était environné d’une vive lumière 4.

Les apocryphes parlent d’une fontaine qu’on montre encore à peu de distance de la maison et dans laquelle, comme les princesses d’Homère, elle allait laver les tuniques 5.

§ 4. — Le mode de salutation employé par l’ange était tout à fait inusité et Marie, qui avait étudié les Écritures, n’y avait jamais rien vu de

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