‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 140 sur 458 · Félix Clément, p. 329 : De conceptione virginis · texte numérisé non relu

Félix Clément, p. 329 : De conceptione virginis

Quem terra, pontus, ætherea Colunt, adorant, prædicant, Trinam regentem machinam Claustrum Mariæ, bajulat.

Cui luna, sol et omnia Deserviunt per tempora Perfusa Cœli gratia Gestunt Puellæ viscera.

Beata mater munere,

Cujus, supernus artifex Mundum pugillo continens Ventris sub area clausus est.

Nous transcrivons ici une séquence qu’on regarde comme la plus ancienne, composée pour la fête de l’Annonciation ; on l’a attribuée à saint Ambroise; M. Félix Clément n’est pas de cet avis , parce qu’au ive siècle on n’avait pas encore introduit les alléluia , les proses, les séquences dans les offices divins, et ensuite parce que les compositions poétiques de saint Ambroise appartiennent toutes au genre métrique des anciens. Cette pièce ne peut guère remonter plus haut que la tin du ixe siècle.

» Salut étincelante étoile de la mer sortie divinement pour éclairer les nations.

« Bénie, soyez-vous, porte de Dieu, qui, sans vous ouvrir, avez introduit dans le monde, sous un voile charnel, la lumière de vérité, le soleil de justice lui-même.

« O Vierge, honneur d” monde, Reine des Cieux, choisie comme le s^reil, belle comme la lune, éclatante comme la foudre, daignez reconnaître tous ceux qui vous aiment h »

La fête de l’Annonciation fut établie définitivement en France au xie siècle et rendue obligatoire. Elle se célèbre le 25 mars. A la place de l’Annonciation, les églises d’Italie et surtout

Beata Cœli nuntio,

Fecunda Sancto Spiritu,

Desideratas gentibus.

Cujus per alvum fusus est,

O gloriosa Domina,

Excelsa super sidéra,

Qui te creavit provide Lactasti sacro ubere.

Quod Eva tristis abstulit Tu reddis almo germine;

Intrent ut astra flebiles Cœli fenestra facta es.

Tu regis alti janua,

Et porta lucis fulgida Vitam dat per virginem,

Gentes redemptæ plaudite.

1. Ave preclara Maris Stella in lucem gentium Maria divinitus orta. Euge Dei porta que non aperta veritatis lumen ipsum solem justifie indutum carne ducisin orbem.

Virgo decus mundi, Regina Cœli, preelecta ut sol, pulchra lunaris ut fulgur, agnosce omnes te diligentes.

FÊTE ET TÉMOIGNAGES

d’Espagne célèbrent, le 8 décembre, V attente de l’enfantement de la sainte Vierge; dans ce dernier royaume, on a l’usage de célébrer de grand matin une messe solennelle pendant huit jours1.

Saint Ælred. — L’Angleterre semblait jalouse autrefois de montrer son amour pour la Mère de Dieu; ses saints prodiguent en son honneur les paroles de la plus tendre dévotion. Saint Ælred au xne siècle compare Marie à Rachel qui prophétise par sa beauté et sa grâce les perfections de la sainte Vierge. Puis il parle des noces virginales ; « Oh ! quelles noces célestes, dans lesquelles Dieu est le fiancé, une Vierge l’épouse, un ange le négociateur et le témoin ; noces dans lesquelles la Vierge ne perd pas sa virginité, ni Dieu sa divinité, ni l’ange sa dignité ; noces vraiment merveilleuses ; le Fiancé y devient l’enfant, et l’épouse la mère et le Dieu fait homme, y unit l’âme de sa très-sainte Mère à la divinité. Oh oui, l’ange peut bien dire : a Salut, pleine de grâces, le Seigneur est avec toi, et tu es bénie entre toutes les femmes! »

Saint Ælred compare ensuite les fiançailles de Rebecca à celle de Marie, il rapproche les cir¬

constances, le message d’ Abraham, les présents, l’onde que puisait la jeune fille, etc. 2.

L’archevêque Baldwin, au xne siècle, fit aussi une méditation sur la salutation angélique dans laquelle il appelle Marie « la Reine du monde, la maîtresse du Ciel, la mère, la fille, la sœur, l’épouse de Dieu 3. #

Abeilard. — Abeilard nous a laissé sur la conception de la bienheureuse Vierge des vers qui méritent d’être signalés 4.

a Celui qui aime les hommes envoie vers la Vierge non pas un ange ordinaire, mais son archange appelé « force de Dieu. « Qu’il l’envoie pour nous ce vaillant héros afin que l’enfantement d’une Vierge donne un démenti à la nature. Que le roi de gloire, par sa naissance, triomphe de la nature; qu’il règne et qu’il commande et enlève du milieu de nous le levain et la rouille du péché. Qu’il abatte l’orgueil des Superbes; que par sa propre force il foule aux pieds les orgueilleux, puissant qu’il est dans le combat. Qu’il chasse au loin le prince du monde et qu’il fasse participer sa mère avec lui à l’empire de son Père. Partez, vous qui êtes envoyé

x. Pascal. Edit, de Magne, 859.

2. Saint Aelred, Sermon VIII. Migne, Patrol. lut., t. CXCV, col. 253. — P. Bridgett.

Page 1