‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 161 sur 458 · De Castro · texte numérisé non relu

De Castro

ES ET EXÉGÉTIQUES.

Rouge, et délivré ainsi son peuple par une voie merveilleuse et inouïe. Le premier cantique du Nouveau Testament est celui de l’autre Marie qui n’est pas la sœur de Moïse, mais la mère du vrai Moïse1.

Mon âme glorifie le Seigneur. — Dieu glorifie l'homme, autrement que l’homme glorifie Dieu, Dieu fait l’homme grand en le comblant de richesses, d'honneurs, de grâces et de dons, et l’élevant au-dessus des autres, mais qu’est-ce que l'homme peut ajouter à Dieu? Glorifier Dieu veut dire, louer et annoncer sa grandeur, sa majesté, sa magnificence, son omnipotence, sa sainteté, sa sagesse, sa bienfaisance.

Ce cantique est bien supérieur à tous ceux de l'Écriture sainte, à ceux de Moïse, d’Anne, de Debora, d’Ézéchias, des trois enfants, etc., puisque, rempli de l’esprit divin, il paraît composé et dicté par le Verbe conçu dans le sein de la Vierge. Il a trois parties : du v. 8 au v. 11, la sainte Vierge loue Dieu pour les bienfaits qui lui sont propres et principalement pour la conception du Verbe ; dans la seconde partie, du v. 12 au 15, pour les bienfaits communs accordés à tout le peuple avant l’arrivée du Christ; elle fait surtout allusion aux victoires accordées à Israël contre Pharaon et les Chananéens ; dans la troisième partie, elle revient jusqu’à la fin du cantique au grand bienfait de l’incarnation du Verbe promis aux pères, et réalisé en elle.

§ 9. Comme le suprême bienfait de la conception du Verbe a été accordée à la sainte Vierge, de même son exaltation ou tressaillement d’allégresse a été extrême, de sorte que la joie aurait fait sortir son âme de son corps si Dieu ne l’avait pas retenue; car, mourant quelques années après, elle est morte, non de maladie, mais d’amour, de joie et, comme le pensent de graves théologiens, du désir de voir son fils.

On peut citer dans l'antiquité plusieurs exemples d’une joie donnant la mort. Tite-Live

x. Ribadeneira, VII, iy.

CH. IV. — LA VISITATION

raconfe que deux femmes romaines sont mortes de joie, parce qu’elles croyaient leurs fils tués à Trasimène et qu’elles les virent revenant à l’improviste et comme ressuscités.

Plutarque écrit que Polycrate mourut de joie lorsque tous applaudissaient à ses vertus.

Chiron, embrassant son fils vainqueur et couronné dans les jeux Olympiques, rendit son âme comblée de joie. Sophocle et Denys, tyran de Syracuse, moururent de même en apprenant la nouvelle du succès d’une de leurs tragédies. Diagoras de Rhodes, voyant deux de ses fils vaincre et triompher dans un combat d’athlète et étant lui-même comblé de félicitations du peuple qui le couvrait de fleurs, inondé de joie, rendit le dernier soupir entre les bras de ses fils.

L’exaltation de la sainte Vierge ne fut pas momentanée, mais dura comme une habitude pendant toute sa vie lorsqu’elle était avec Jésus, et qu’elle le couvrait de ses tendres baisers. En Dieu mon Sauveur, in Deo salutari meo , s’écrit dans le grec ccor/ipi pou, où ccorvip répond à l’hébreu Jescua, c’est-à-dire Jésus ou Sauveur; on pourrait donc traduire In Deo Jesu meo.

§ 10. Sans quitter sa profonde humilité qui consiste surtout à s’ignorer soi -même, la sainte Vierge reconnaît ici qu’elle a été choisie comme mère de Dieu, ce qui est la plus grande faveur qu’une créature pût obtenir, et en même temps elle montre que son humilité, sa virginité et les autres vertus que Dieu lui a données, l’ont préparée et convenablement ornée pour une si grande dignité. La sainte Vierge prophétise ici qu’elle sera proclamée bienheureuse, célébrée et invoquée. L’événement a confirmé la vérité de cette prophétie, et toutes les nations ont accordé à la sainte Vierge seule le culte d’hyperdulie, comme à Dieu le culte de latrie et aux autres saints le culte de dulie.

§ 11. Saint Thomas nous apprend que Dieu aurait pu faire de plus grandes œuvres qu’il n’en a faites, excepté trois : l’Incarnation du Verbe, la Maternité divine et la Béatitude de l’homme qui consiste dans la vision de Dieu. Il ne peut

rien faire de meilleur et de plus grand, parce que rien ne peut être meilleur ni plus grand que Dieu lui-même.

Dieu est indiqué par le mot Saint, c’est-àdire ayant toute pureté, sainteté, vertu et perfection, et devant être adoré et célébré, aytcç vient de ayo qui signifie j 'honore, je rends un culte. De là vient qu’on nomme ayio; celui qui, pour sa vertu et sa sainteté, mérite les hommages de tous.

§ 14. Saint Antoine raconte qu'un certain tyran avait ordonné de rayer des livres saints dans le cantique de Marie ces mots : Dispersit snperbos mente cordis sui} deposuit potentes de sede et exaltavit humiles , parce qu’il niait qu’il pût être déposé de son trône. Un jour, après le bain, un ange se revêtit des habits qu’il avait laissés et se rendit au palais avec les courtisans. Le tyran, obligé de se couvrir de vêtements malpropres et déchirés, vint dans cet état au palais; comme il vomissait des menaces et des injures envers les courtisans, ceux-ci le conduisirent à l’ange, que l’on prenait pour le roi véritable, et qui le laissa bafouer et moquer, puis l’introduisit dans l’intérieur de la demeure, et, après lui avoir conseillé la modestie, lui lit rendre ses habits, son rang et les honneurs dus au maître légitime.

Deposuit potentes rappelle comment Dieu a déposé du trône l’orgueilleux Saül en mettant à sa place le modeste David et remplaçant le superbe Aman par l’humble Mardochée et Vasthi pas Esther; comme il le fait tous les jours, comme il le fera dans tous les temps.

Quel est le temps où Dieu renversa plus les puissants de leurs trônes que celui de la Nativité? Après avoir renversé Jules César, Pompée, Lépide, Antoine et les autres rois, princes et tyrans, il soumit le monde à César- Auguste, qui fut le type du Christ, comme Cyrus l’avait été, et qui pour cela refusa le titre de Dominus , seigneur, après la naissance du Christ. Dieu renversa encore Hirsan et Aristobule du principat de la Judée qu’ils se disputaient; en

FÊTE ET TEMOIGNAGES

eux linit la race et la succession des Asmonéens après Judas, Jonathan et Simon Machabée. L’infâme Hérode fut privé du trône et de la vie; peu après toute sa descendance périt ainsi que celle de César-Auguste.

§ 15. Il a rempli de biens les affamés. — Ainsi il rassasia la faim des Hébreux au nombre de trois cent mille hommes , avec la manne tombée du ciel dans le désert, pendant quarante ans ; ainsi il les conduisit dans la terre promise inondée de lait et de miel, après en avoir chassé les Chananéens. Il nourrit Élie par l’ange; Daniel, dans la fosse aux lions, par Habacuc; Paul, premier ermite, par un corbeau.

§ 16. Alors la nation et la religion d’Israël étaient presque renversées, puisque le sceptre avait été enlevé aux Juifs et transporté à Hérode et aux Romains. Les Pontifes etles prêtres, occupés de leurs intérêts et de leur bien-être, négligeaient le salut du peuple. Le peuple était donc alors gravement frappé par les misères spirituelles et corporelles ; et Dieu envoya le Christ au moment convenable, afin d’enlever à ces misères son Israël, c’est-à-dire tous les fidèles Juifs et Gentils qui reviendront à lui.

§ 17. — Les descendants d’Abraham ne doivent pas être entendus selon la chair, mais descendants spirituels, c'est-à-dire ceux des Juifs et des Gentils qui croient au Christ. Il paraît certain que lorsque saint Césaire d’Arles ordonna aux moines, en 506, de chanter ce cantique, ce n’était point une institution nouvelle, mais une sanction plus positive de ce qui était déjà établi. Le Magnificat est un des trois cantiques évangéliques que l’Eglise récite chaque jour dans son office, tandis que les cantiques de l’Ancien Testament n’ont que la prérogative d’un jour par semaine. Ce cantique, chanté solennellement à vêpres, est accompagné de certains rites. Selon la rubrique romaine, le célébrant, après l’intonation du Magnificat, se rend au bas de l’autel; il y fait une révérence profonde, et si le saint sacre¬

ment est exposé il fléchit les deux genoux. Puis il monte à l’autel qu’il baise, et , se retirant du côté de l’épître, met dans l’encensoir qui lui est présenté l’encens qui a été bénit. Puis il encense l'autel comme cela se pratique à la messe, il redescend et après avoir salué l’autel se remet à sa place. Le thuriféraire l’encense et en fait autant àchacun des membres du clergé, se bornant, pour chacun de ceux-ci, à deux coups d’encensoir.

Il a toujours été d’usage de se tenir debout pendant le chant du Magnificat . comme pendant l’évangile dont il n’est qu’un extrait1.

§ 18. — La Vierge séjourna trois mois dans le pays des Hethéens, au fond de l’ombreuse et fertile vallée où Zacharie avait sa maison des champs 2 ; ce long séjour de Marie près d Elisabeth et de Jésus près de saint Jean avait pour objet d’augmenter la sainteté du Précurseur par leurs saints entretiens3.

On ne sait pas si la mère de Dieu assista aux couches de sainte Elisabeth. Les auteurs les plus graves sont partagés d'opinion à ce sujet. Les uns pensent qu’il n’est pas probable que la sainte Vierge ait abandonné sa cousine au moment où elle allait être exposée à un grand danger. Saint Luc, il est vrai, parle du départ avant de parler de la naissance de saint Jean; mais il lui arrive quelquefois de faire de ces transpositions, d'autres s'appuient sur l’ordre indiqué par saint Luc et croient qu'il était plus convenable qu’elle n’y fût pas, et que sa présence eût été peu utile au milieu des nombreux secours de toute espèce que devait avoir sainte Elisabeth.

FÊTE ET TÉMOIGNAGES

La chrétienté fêtait déjà l’anniversaire de cette sainte visite au vne siècle, comme le prouve un sermon du vénérable Bède4, dont nous donnons ici un extrait:

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