EVANGILES APOCRYPHES
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« XVIII. Il vit près de là une grotte, et il l’y fit entrer en préposant son fils à la garde et alla chercher une sage-femme juive dans les environs de Bethléem. Comme il était à cette recherche, il vit le mouvement du ciel suspendu, l’air immobile, les oiseaux arrêtés dans leur vol ; et, regardant sur la terre, il y vit un vase à manger et les ouvriers qui avaient la main sur le vase couchés... ceux qui voulaient porter la main à leur bouche ne prenaient rien, mais tous les visages étaient tournés vers le ciel. Les brebis s’arrêtaient où elles étaient, le berger levait la main pour les faire avancer avec son bâton et sa main restait en l’air. Regardant sur la rivière, il vit les boucs ayant leur bouche près de l’eau et ne buvant pas.
« XIX. Voici qu’une femme descendant de la montagne lui dit : « Où vas-tu? — « Je cherche une sage-femme juive. — Qui est celle qui enfante dans la grotte? — - « C’est ma fiancée. — Comment n’est-elle pas ta femme? — Elle n’est pas ma femme, « c’est Marie élevée dans le temple. — Cela est-il vrai? répliqua la sage-femme. » Joseph lui répondit : « Viens et vois. » Et la sage-femme l’accompagna et elle s’arrêta devant l’entrée de la grotte, qui était cachée par un nuage lumineux; et lui dit : « Mon âme est glorifiée aujourd’hui, car je vois des choses étonnantes, et le Sauveur a d’Israël est venu au monde. » Aussitôt le nuage entra dans la grotte et devint si lumineux que les yeux ne pouvaient le fixer. Peu à peu il se dissipa, et l’on vit l’enfant allaité par Marie sa mère. La sage-femme s’écria alors : « Ce jour est grand pour moi, « car j’ai vu un grand spectacle. » Et elle sortit de la grotte et rencontra Salomé ; elle lui dit : « J’ai un grand événement à te raconter. Une vierge enfante sans cesser « d’être vierge. » Salomé répondit : « Vive le Seigneur, mon Dieu! si je ne m’assure « pas par moi-même qu’elle a enfanté, je ne le croirai pas. »
« XX. Ea sage-femme, rentrant dans la grotte, dit : « Une grande discussion « s’est élevée entre Salomé et moi à ton sujet. » Salomé, convaincue, sortit en s’écriant : « Malheur à moi, perfide et impie, car j’ai voulu tenter Dieu et ma main brûlée par « un feu ardent est tombée. » Se jetant alors à genoux, elle dit : « Dieu de nos pères, « ayez pitié de moi, car je suis de la race d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. Laisse-moi « aller chez mes parents, et que les enfants d’Israël ne me voient pas. J’ai toujours « porté aide à toutes, pour l’honneur de ton nom, sans recevoir aucune récompense « que j’attendais de toi. » L’ange lui dit : « Salomé, Dieu a entendu ta prière; offre ta « main à l’enfant et porte-le ; car il sera pour toi joie et salut. » Salomé obéit et, prenant l’enfant, elle dit : « Je l’adorerai parce qu’un grand roi est né en Israël. » Et aussitôt sa main fut guérie, et la sage-femme sortit de la grotte justifiée. La même voix se fit entendre à elle et dit : « Ne parle à personne des grandes choses que tu as « vues jusqu’à ce que l’enfant entre à Jérusalem. » Et Salomé se retira emportant son pardon.
Cil. V. — NATIVITE DE NOTRE-SEIGNE ü R.
NOTES ARCHÉOLOGIQUES
ET EXEGE TIQUES.
L historien de la Nativité rapporte les mêmes merveilles, de sorte qu’il nous paraît superflu d'en transcrire le récit.
Nous passerons maintenant à l’analyse de ces données historiques.
§ i. Dénombrement. — En ces jours-là, Auguste, ayant donné la paix au monde et fermé le temple de Janus, voulut connaître tout ce qui concernait la population de son vaste empire; cette mesure avait surtout pour but de recueillir l’impôt1. — Les auteurs sacrés pensent que l’impôt se payait en même temps que se faisait la déclaration. Quelquefois le cens se payait par tête, ainsi que le fit saint Pierre par l’ordre du Seigneur, donnant un statère pour deux. Vespasien ordonna aux Juifs d’apporter chaque année au Capitole les deux drachmes qu'ils avaient coutume autrefois de porter au temple de Jérusalem. D’après Denys d’Halicarnasse, Servius Tullius voulut que tous les citoyens estimassent leurs biens et lui en fissent la déclaration sous la foi du serment, en ajoutant que le père devait déclarer les noms et l’âge des femmes, des enfants, des esclaves, qu’ils habitassent un quartier de la ville ou un faubourg. Tout individu qui avait fait une fausse déclaration voyait ses biens confisqués et perdait ses droits de citoyen. Il fallait dans la déclaration mentionner l’âge, parce que c’était quelquefois un motif d’exemption, comme en Syrie, où les hommes n’étaient soumis à la capitation que de quatorze ans et les femmes de douze ans jusqu’à soixante-cinq ans. Dès le temps de Servius Tullius, les déclarations se faisaient non-seulement par tête, mais d’après l’estimation des biens de chacun ; ce roi constata quatre-vingt mille hommes, ou, d’après d’autres, quatre-vingtcinq mille trois cents citoyens. Depuis ce célèbre recensement, on répétait cette formalité tous les cinq ans. Les citoyens étaient recensés, Instra-
i. Ev. IX, page 39.
bantur, dans le champ de Mars ; de là vient qu’un intervalle de cinq ans s’appelait un lustre.
Après que les Romains eurent soumis toutes les nations, dit saint Ildephonse, ils leur imposèrent un tribut qu’elles devaientpayer tous les cinq ans. Après le payement, tout le peuple parcourait la ville, lustrabat , et offrait des sacrifices aux dieux mânes. Cet usage se continua jusqu’au temps de Vespasien et même au delà, car Tertullien témoigne que de son temps on inscrivait encore le cens.
Les Juifs payèrent le tribut pour la première fois, quand ils furent vaincus par Pompée et il s’éleva à dix mille talents (soixante millions environ). A partir du temps de la réunion des Juifs et des Romains, quatre ans après la bataille d’Actium, on était dans l’usage d'envoyer un secours de guerre.
Auguste régla les conditions du cens en ordonnant à chaque citoyen de déclarer la naissance de ses enfants aux préfets du trésor de Saturne et de lui donner un nom dans les trois jours. Il établit dans les provinces l'usage des tables publiques sur lesquelles on put reconnaître les origines, comme chez les préfets du trésor à Rome, de sorte que si un homme né dans une province invoquait sa condition libre, on en trouvât ainsi la preuve.
Les officiers, nous dit Lucius Florus, inscrivaient sur les registres du cens, non-seulement les patrimoines, mais les rangs, l’âge, la profession et les fonctions de chacun. Tacite nous rapporte qu’on procédait au récollement par provinces et cités, de manière à pouvoir se rendre compte à l’instant du nombre des citoyens et des soldats, du produit des impôts, dès besoins et des ressources de l’empire en général et de cha,que localité en particulier. Quirinus, élevé plus tard au gouvernement de la Syrie, était chargé de faire ce recensement, le premier que les Romains ordonnèrent en Judée1.
Comment a-t-on pu dire qu'il vint à l’improviste, ignoré de tous, Celui dont les archives ro-