Patrologie Migne , t X, p
l’empire de Macrin. On a peine à croire que les contes qu’on va lire soient d’un écrivain aussi sérieux et aussi éminent. Il est probable qu’ils sont dus à la plume d’un autre auteur portant le même nom.
Le cardinal Pitra pense qu’on pourrait y voir une pièce gnostique beaucoup plus ancienne, montrant aux théologiens la première mention des saintes images, aux artistes la première description connue des traits extérieurs de la sainte Vierge, et aux archéologues une inscription mithriaque fort étrange. Voici l’analyse de ce récit qui porte pour titre : Histoire de ce qui arriva en Perse à la naissance du Christ:
« Il y a en Perse un temple de Junon des plus magnifiques, bâti par Cyrus et orné par lui de statues des dieux, en or et en argent. Un colloque a lieu entre le roi et le prêtre qui lui apprend que Junon a conçu. — 0 Comment « Junon ? elle est morte. Les statues ont con- « versé entre elles et lui ont appris ce pro- « dige. — Junon se trouve avoir pris le nom « de Marie ; elle a épousé un ouvrier, et de cette « union est né le prince des ouvriers, qui, par « sa science infinie, a construit le grand trône « du ciel. »
« Alors les statues commencent à jouer des instruments, des oiseaux d’or et d'argent voltigent, et le roi demeure épouvanté. Le toit du temple s’ouvre; une étoile brillante descend du ciel et s’arrête sur la colonne de la source, et lui dit : « Le Grand-Soleil m’envoie te dire qu’il con- « tractera avec toi un mariage sans tache, et que « l’enfant qui en naîtra sera le principe et la « fin, principe du salut, fin de la mort. »
« Alors toutes les statues se prosternent; le roi convoque tous les savants de son royaume, qui, voyant les statues prosternées, et l’étoile composée de pierres précieuses, lui disent : « La « source, c’est Marie, fille de la source de Beth- « léem. Envoie à Jérusalem, tu trouveras le fils « du Dieu tout-puissant, revêtu d’un corps et « porté dans les bras d’une femme. » — L'étoile demeura au-dessus de la source céleste jusqu’au départ des mages et elle partit avec eux.
TÉMOIGNAGES
« Bacchusapparaîtdans le temple et dit aux statues que leur règne est fini et à la source : « Madame la Source, vous qui nous apportez les eaux, qui êtes devenue la mère d’une étoile du ciel, rafraîchissant le monde contre les ardeurs de l’été, souvenez-vous, Madame, de vos serviteurs. » « Lorsque nous arrivâmes à Jérusalem, l’étoile et notre arrivée émurent toute la ville. Qu’est-ce? disait-on. Voici les sages de la Perse et une nouvelle étoile est au-dessus d’eux. Les principaux d’entre les Juifs nous demandèrent pourquoi nous étions venus. Nous leur répondîmes : «Celui que vous appelez le Messie est né. » A cette parole, ils furent fort agités et n’osèrent cependant pas nous arrêter, et ils nous dirent : « Au nom du « ciel, qu’en savez-vous?» Et nous leur dîmes :
« Vous ne croyez pas à ce que nous vous appre- « nons, mais vous restez dans votre ignorance. « Le Christ, fils du Très-Haut, est né pour dé- « truire la loi de votre synagogue; aussi cette « heureuse nouvelle vous frappe comme un « dard ; vous avez ce nom en horreur. «
« Après s’être concertés entre eux, ils nous offrirent des présents pour nous engager à ne dire à personne ce qui était arrivé chez eux, de peur qu’il n’en résultât quelque défection. Nous leur répondîmes : « Nous avons apporté nous-mêmes « des présents en son honneur pour constater les « prodiges qui sont arrivés dans notre pays à son « occasion, et vous voulez nous engager, après « avoir accepté vos présents, à nous taire sur ce « que la Divinité elle-même, plus élevée que le « ciel, nous a manifesté, et qu’en même temps « nous transgressions les ordres de notre roi ! » Ils tirent encore auprès de nous tout ce qu’ils purent, et, voyant leurs efforts inutiles, ils nous quittèrent. Le roi essaya aussi de nous convaincre ; mais, malgré sa colère, nous le laissâmes comme s’il s’était agi d’un homme du peuple.
« Enfin nous arrivâmes au terme de notre voyage, et nous vîmes la mère et son enfant qui nous furent montrés par l’étoile. Nous demandâmes à la mère : « Comment vous appelez-vous ? « — Marie, seigneurs. — Où êtes-vous née? — « Dans la terre de Bethléem, — Avez-vous un
a mari? — Je suis fiancée par une espèce dema- « riage qui ne ressemble en rien à un mariage « ordinaire; je n’avais pas voulu le contracter,
« et, comme je l’avais en horreur, un certain sab- « bat, au moment du lever du soleil, un ange est « venu tout à coup m’annoncer un enfantement;
« je m’écriai, pleine d’effroi : « Cela nepeutpas « m’arriver, car je n’ai pas de mari, seigneur.
<i II m’annonça alors que j’enfanterais par la <i volonté divine. «
« Nous lui dîmes alors: « Mère, mère, tous « les dieux de Perse t’ont proclamée bienheu- « reuse; ta gloire est grande; tu surpasses toutes a les femmes célèbres et ta dignité est plus grande « que celle de toutes les reines du monde. »
- « Cependant l’enfant était assis à terre, et sa mère, à qui il ressemblait, disait qu’il était dans sa deuxième année. Quant à elle, ses mains étaient un peu longues, son corps délicat, son teint approchant de la couleur de froment, son visage ovale, ses cheveux rattachés. Comme nous avions avec nous un esclave fort habile en peinture, nous lui fîmes faire le portrait de la mère et de l’enfant, nous les plaçâmes dans notre grand temple avec cette inscription que nous écrivîmes nous-mêmes :
Al! HAICO GEO) METAAül)
BACIAE! ÎHCOT
TO HEPCIKON KPATOC ANEGHKE
Jovi soli Deo magno Régi Jesu imperium Persicum dedicavit,
« A Jupiter Mithra, au Dieu grand, au roi Jésus, dédié par l’empire Perse. #
« Prenant enfin l’enfant dans nos bras, chacun de nous l’embrassa et l’adora; nous lui donnâmes l’or, la myrrhe et l’encens en lui disant ; « Nous t’offrons tes propres dons, ô Jésus, Sou- » verain du ciel, les choses du monde ne seraient « pas bien gouvernées si tu n’y étais présent; les a vivants ne seraient point unis aux morts, si tu « ne descendais aux limbes, car le serviteur en- « voyé par son maître fait moins bien que le a maître lui-même. »
ch. y.
NATIVITE DE NOTRE-SEIGNEUR
« L’enfant tressaillait et souriait à. nos caresses. Revenant à la mère, après nous être salués réciproquement, nous retournâmes à notre hôtellerie. Vers le soir un homme terrible et effrayant vint à nous, et nous dit : « Partez vite; ne tombez pas dans les embûches. » « — Nous lui répondîmes en tremblant : « Qui est celui qui oserait « nous tendre des embûches, ô divin messager? « — C’est Hérode; mais partez aussitôt, et « retournez en paix chez vous. »
« Après avoir recueilli tout ce que nous avons vu, nous l’avons annoncé à Jérusalem. Voilà ce que nous avons appris du Christ ; nous avons vu le Christ, notre Sauveur, qui s’est manifesté à nous tout ensemble comme Dieu et comme homme, que la gloire et l’empire lui restent dans tous les siècles des siècles. oAmen. »
IVe SIECLE.
Dès les premiers siècles les témoignages abondent en l’honneur de la glorieuse et virginale maternité de Marie, et souvent ces témoignages nous sont offerts dans des poëmes qui servaient mieux l’enthousiasme de leurs pieux auteurs. Juvencus est un des premiers que nous rencontrons; vers 332, il composa l’histoire de Jésus- Christ en suivant saint Mathieu, qu’il traduit presque mot à mot, et il le complète au moyen des trois autres évangélistes; puis viennent Lactance, professeur de Crispus, le fils de Constantin; saint Hilaire, saint Damase, saint Ambroise. Le grand nom de celui-ci nous arrête et nous engage à traduire ici quelques passages de ses poëmes. Voici une hymne en vers ïambiques dimètres réguliers qui sont mentionnés comme étant du saint évêque, à l’époque du concile de Rome en 440 :
« Venez, Rédempteur des nations, montrez le fils d'une Vierge; tous les siècles seront saisis d’admiration, une telle naissance convient à un Dieu. Non pas du fait de l’homme, mais par la mystérieuse action du Saint -Esprit, le Verbe de Dieu s est fait chair et le fruit des entrailles a fleuri. Le sein d une Vierge a été rendu fécond ;
le rempart de la pudeur reste intact, l’étendard de la puissance divine brille, Dieu se tient dans son temple. Il sort du mariage de la royale cour de la pudeur, géant formé de deux substances. Sorti de son Père, il est retourné vers son Père. Descendu jusqu’aux enfers, il est remonté dans la demeure de Dieu — Égal au Père éternel, revêtez-vous de votre chair triomphante; par votre grâce, soutenez la faiblesse de notre corps ; — Déjà brille votre crèche, et la nuit projette une lumière nouvelle ; que nulles ténèbres ne l’obscurcissent et qu'elle resplendisse, source inépuisable de foi L »
On trouve une autre hymne de saint Ambroise, de Virginibus, dans laquelle on lit : « Jésus, qui êtes la couronne des vierges, qui avez été