Saint Luc, Act. V
prit Jésus entre ses bras. En faveur de cette opinion, le nom, le lieu, le domicile, l'àge, la sainteté de la vie, tout enfin parait d’accord. Une autre preuve de l’identité de ces deux personnages est le silence que garde à leur égard la Mischna qui passe d'Hillel à son petit-fils Gamaliel; elle omet Siméon, très-probablement parce qu'il était favorable au Christ, et parce que ce Siméon, parent d'Hillel, fut révoqué de ses fonctions pour le punir de ne pas partager les opinions communes aux Juifs sur le règne temporel du Messie. A ceux qui professent cette opinion et veulent que Siméon eût été prêtre, on répond encore que, lorsque les évangélistes parlent d’un homme considérable, ils ne se contentent pas d’écrire : Il y avait un homme... mais ne manquent pasd’expliquer sa dignité, comme ils l'ont fait pour Nicodème, Jaïre, Joseph d’Arimathie, Gamaliel, etc. De plus on démontre qu'Hillel est né cent douze ans avant Jésus- Christ, et comme il a vécu cent vingt ans, il aurait vécu encore huit ans après la mort du Christ, et son fils, du vivant de son père, n’aurait pu être pontife, ni avoir l'âge qu’on paraît devoir lui donner. En résumé, Trombelli pense qu’il ne fut pas prêtre. Ses restes sont conservés dans une église élevée à Venise sous son vocable.
g 13. — Saint Siméon s'adresse à Marie plutôt qu’à Joseph, parce qu’elle seule était la mère et que les événements prédits, qui devaient avoir lieu dans trente ans, se rapportent seulement à Marie. Joseph paraît être mort à cette époque.
g 14. — Les martyrs ont souffert dans leurs corps, dit saint Ildephonse ; mais combien plus la sainte Vierge dut souffrir dans son âme, lorsqu’elle vit son divin fils suspendu à la croix! Toutes les souffrances, dit saint Jean Damascène, qui lui ont été épargnées lors de la naissance de son fils, elle les retrouve à sa mort, comme le lui avait prédit le vieillard Siméon.
g 15. — Qu'était cette Anne prophétesse qui parlait de ce qui concernait la rédemption d'Is-
FÊTE ET TÉMOIGNAGES
raël? Saint Luc nous l’explique parfaitement. Les jeûnes qu’elle observait, les austérités auxquelles elle se livrait montrent toute la sainteté qui lui avait mérité le don de prophétie. Et loquebatur de illo omnibus , et elle parlait à tout le monde, comme d’une opinion alors fort répandue, que le temps du Messie promis depuis longtemps était proche; opinion adoptée par les sages qui voyaient le sceptre de Juda transporté d'une famille juive à la famille d’Hérode qui était étrangère1.
g 18. — Tout était encore tranquille, Hérode n’ayant pas vu les mages; Marie vint donc en sûreté à Jérusalem pour accomplir les prescriptions de la loi. Saint Augustin, dans sa concorde des évangélistes, pense qu 'Hérode ne voyant point revenir les mages ainsi qu’il leur avait demandé, crut probablement qu’ils avaient été dupes d’une illusion et qu’ils avaient eu honte de le lui dire ; qu’alors sa crainte étant dissipée, il n’eut point l’idée de rechercher l’enfant. Mais lorsqu’après la purification de la sainte Vierge, les faits extraordinaires qui s’étaient passés dans le temple et qui sont racontés par saint Luc, les paroles de Siméon, celles de la prophétesse Anne se furent répandus dans le public, le roi revint à son ancien projet et Joseph reçut de l’ange l’avis de fuir en Égypte avec la mère et l’enfant 2. Cet avis de saint Augustin n'a rien de contraire à ce que nous avons dit ailleurs3, que la sainte Famille partit de Nazareth oit elle avait eu le temps de se rendre avant qu’Hérode ne fût instruit; nous croyons toutefois que les mages vinrent à Nazareth et que c’est après leur adoration que la sainte Famille partit pour l’Egypte 4.
Ce qu’un évangéliste omet un autre y supplée : c’est ainsi que saint Mathieu rapporte que les mages, avertis pendant leur sommeil de ne pas revenir à Hérode, passe ce que saint Luc raconte