VIII" SIÈCLE
Saint-Pierre. — On la retrouve dans une mosaïque de l’ancien Saint-Pierre, donnée par Ciampini. (Év.. t. I, ch. ix, p. 54.)
IXe SIÈCLE.
Saint-cArnbroise à Milan. — Au ivn siècle les monuments deviennent plus nombreux. Legrand autel de Saint- Ambroise, à Milan, paraît le plus ancien de cette série (835). La sainte Vierge tient son fils entre ses bras au-dessus de l'autel et le présente à Simeon. Anne est derrière celui-ci. Saint Joseph, portant les deux tourterelles sur un linge, s’avance ensuite. Les trois personnages du milieu sont seuls nimbés. Dans le fond sont figurées trois arcades auxquelles des lampes sont suspendues.
Manuscrit 510 de la Bibliothèque nationale. — Le manuscrit de la Bibliothèque nationale marqué 510 nous montre cette scène sous des traits suaves : l’enfant Jésus tend les bras à Siméon, qui le reçoit avec amour. {Ev.. t. I, p. 54.)
Ivoire Micheli. — Un ivoire provenant de la collection Micheli nous offre une Purification d’époque carlovingienne ; la plaque d’ivoire que comprend la sculpture est divisée en deux parties : la première est attribuée àlareprésentation des Mages, la seconde à celle de la Purification. Le geste de la madone élevant l’enfant au-dessus de la table, l’attitude de Siméon qui le reçoit, ont un mouvement et un entrain remarquables, on regrette que la lourdeur des proportions, lourdeur rendue plus sensible par l’usure de l’ivoire, gâte les qualités réelles de ce basrelief.
Bibliothèque de l'oArsenal. — Le petit manuscrit de l’Arsenal, dont la couverture en ivoire vient de l’antiquité païenne, nous donne, entre autres sujets, la Présentation sur une petite échelle au folio n. Saint Joseph présente, au-dessus de l’autel, l’enfant à saint Siméon; la
sainte Vierge porte une colombe qui ressemble plutôt à un aigle qu’au timide oiseau désigné par la loi pour l'offrande des pauvres. Siméon, dépourvu de nimbe, porte une courte tunique violette; saint Joseph nimbé un court manteau vert, une longue robe violette; la sainte Vierge un manteau bleu, une tunique violette. Les figures ont om,o3o de hauteur. ( PL .XXXII. )
Xe SIÈCLE.
Ménologe du Vatican. (Pl. XXVIII.) — Le xe siècle nous ramène devant l’admirable ménologe du Vatican et devant une de ses miniatures signée Pantaléon, un des meilleurs peintres qui aient enluminé ses pages. Au fond, on voit le temple représenté par quatre colonnes portant un dôme percé de quatre arcades. Il est de couleur grise, la transenne en marbre, la porte de devant à panneaux de bois. L'architecture est curieuse, mais rendue par le peintre d’une main incorrecte.
La sainte Vierge présente l’enfant avec un naturel parfait, l’enfant même est d’une grâce raphaélique, il se rejette un peu vers sa mère dont il craint d’abandonner les bras. L’attitude d'Anne est bien celle d une prophétesse ; s’il nous était permis d’adresser une critique à cette peinture, l’une des plus belles du manuscrit, nous pourrions trouver la tète de saint Joseph mal attachée et jetée disgracieusement en avant, mais on ne saurait trop admirer la pureté du dessin, l’expression des têtes, la netteté des draperies, évidemment tracées d’après un modèle, les ombres et les clairs parfaitement fondus et merveilleusement harmonisés1.
1. Voici les couleurs. La sainte Vierge : robe bleu clair, manteau violet avec hachures d’or, souliers rouges. L 'enfant Jésus : robe d’ocre jaune largement hachée en or et les ombres indiquées par une teinte plus foncée. Saint Joseph . tunique gris bleu, manteau bleu, cheveux blancs, pieds nus; il porte deux tourterelles blanches avec bec et yeux rouges. Saint Siméon : tunique bleu clair dont on ne voit que le bas et un triangle sur la poitrine, manteau jaune d’ocre clair, cheveux et barbe abondante et gris, pieds nus. Anne : robe ocre rouge, manteau bronze, coiffe blanc bleu terne, souliers noirs.
CH. VI
LA PURIFICATION
Bénédictionnaire de saint Æthehvold. (PI. XIV.) — Le bénédictionnaire de saint Æthelwold que possède M. le duc de Devonshire, nous prête pour la purification au xc siècle, un type intéressant et comme toujours original. La sainte Vierge richement vêtue présente l’enfant à saint Siméon, qui le reçoit les mains cachées dans une draperie; derrière Elle, au second plan, on aperçoit la tête de saint Joseph et les deux colombes qu'il apporte, et près de lui une jeune fille; sainte Anne apparaît derrière Siméon. L’enfant Jésus est traité comme s’il était d’âge adulte, mais sur une petite échelle; il tient un livre de la main gauche et bénit de la droite. Des six personnages qui composent cette scène, le Sauveur et Siméon portent seuls des nimbes comme seuls dépositaires ici de l’autorité divine. Dans le ciel et au-dessus de la riche architecture qui forme le fond du tableau, la main divine verse sa bénédiction sur les assistants.
XIe SIECLE.
Portes de Saint-Paul. — D’Agincourt, qui a dessiné les portes de Saint-Paul de Rome avant l’incendie en a tiré, entre autres sujets, la Présentation de Notre-Seigneur (D’Ag., Sculpt.. p. 24, texte xlviii). Moins heureux que lui, et réduits à leurs débris, nous avons pris du moins des estampages qui nous ont servi à contrôler l’œuvre du savant antiquaire français. Dans cette scène, les personnages sont disposés comme à l’ordinaire. La sainte Vierge présente l’enfant au-dessus d’un autel sur lequel un livre est placé, saint Joseph par derrière porte deux colombes sur un voile.
Bibliothèque nationale. n° 74, folio 109. (Pl. XV.) — Parmi la multitude de petites miniatures de ce joli manuscrit grec, nous ne pouvons manquer de trouver la Présentation; au milieu, un ciborium, emblème du temple, s’élève entre la sainte Vierge portant l’enfant et le vieillard ; on ne voit pas aux mains de Joseph les colombes que le temps a peut-être effacées.
L’enfant Jésus est tout couvert d’or, Joseph a une robe bleu foncé, un manteau vert, la sainte Vierge une robe bleue, un manteau violet, Siméon un manteau gros bleu, Anne un manteau violet, une robe ocre jaune. Les hachures sont toutes en or.
Bibliothèque nationale , manuscrit 9,438. Missel de Limoges. (Pl. XXX.) — La Présentation forme une des plus mauvaises miniatures de ce manuscrit si barbare. Toutes les teintes sont rouges, roses, avec un peu de blanc. La sainte Vierge élève l’enfant Jésus au-dessus de l’autel vers Siméon, qui le reçoit sur un voile; à gauche, à moitié caché, saint Joseph porte trois colombes; à droite, on ne voit que la tête de la prophétesse; les contours des figures, les vêtements et les bords des draperies sertis d’un large trait noir sont couverts de hachures droites ou courbes qui ne laissent aucun point sans travail. La sainte Vierge porte une robe et un manteau rouge nuancé ; une grande bande d’or borde le manteau, sur lequel sont disposées quelques plaques d or. Les nimbes de tous les personnages sont en or, bordés de perles. La scène se passe sous une arcade drapée. Nous n’avons pas assurément gravé cette peinture pour son mérite artistique, mais pour l’intérêt historique qu’elle offre ; je dirai aussi pour le souvenir de la piété naïve de ses auteurs dont le dessin ignorant a peut-être trouvé plus de bénédictions devant Dieu que des chefs-d’œuvre exécutés par des génies sans foi.
Bibliothèque nationale , manuscrit 9,448.
(PL XXXII.) — Ces temps malheureux pour l’art nous forcent à rapporter des images bien grossières. La Bibliothèque nationale, dans le n° 9,448, possède une miniature à peu près contemporaine et presque aussi dépourvue de beauté; toutefois, malgré leur laideur, les tètes ne manquent pas d’une certaine expression. La sainte Vierge a une robe lilas, un manteau bleu; saint Joseph, une tunique bleu changeant, un manteau jaune d’ocre; Siméon, une
ICONOGRAPHIE
robe lilas, un manteau ocre rouge. Ces trois figures sont nimbées; la prophétesse, dont on voit la tête derrière saint Joseph, n’a pas de nimbe; celui du Sauveur est crucifère.
Bibliothèque nationale, manuscrit 12,117.
(PI. XXXIII.) — Voici un manuscrit, également déposé à la Bibliothèque nationale, mais qui nous montre la Présentation figurée tout différemment : la sainte Vierge vient de livrer son fils à Siméon, et de ses mains devenues libres, elle fait des gestes à plusieurs hommes qui écoutent les merveilles qu'elle raconte; à gauche, une femme apporte les tourterelles; au milieu des lampes suspendues à la voûte apparaît la main divine.
Manuscrit 17,325. (Pl. XXXI.) — Après de si tristes peintures, l’œil se repose sur une belle page du manuscrit 17,325 de la Bibliothèque nationale. Les couleurs sont très-douces et serties de fortes lignes noires d’un bon effet. La peinture est sur fond d’or, les tètes ont de l’expression, les plis sont bien entendus; les quatre figures portent un nimbe uni; ceux de l’enfant Jésus et de la sainte Vierge sont en or, ceux des deux hommes en argent. La sainte Vierge a une robe noire, un manteau violet; saint Joseph, tunique rose, manteau vert, cheveux et barbe gris; le linge sur lequel il tient les colombes est gris; saint Siméon a un manteau orangé; l’enfant Jésus une tunique brune; l’autel, rouge, est richement orné de rosaces bleues et jaunes et de deux bandes latérales jaunes et gemmées. Je ferai remarquer que l’enfant Jésus est toujours en robe, ce qui suppose que la Purification n’a pas eu lieu quarante jours après la naissance du Sauveur et confirme ce que nous avons déjà dit ailleurs, qu’elle se passa, ainsi que l’Adoration des mages, dans le cours de la deuxième année.
Manuscrit 17,961. (Pl. XXXI.) — On trouvera sur la même planche une seconde représentation tirée aussi de la Bibliothèque natio¬
nale. La sainte Vierge porte un nimbe uni, l’enfant Jésus un nimbe crucifère; Siméon et une jeune fille qui porte les colombes en sont dépourvus.
TL.X'/vX'(
Manuscrit 18,005. — La Bibliothèque nationale, qui nous a fourni de si abondants documents pour le xie siècle, nous offre encore une Présentation dans le manuscrit 18,005. Il est encore bien, quoique très-inférieur au 17,325. La peinture sur fond d’or développe toute la scène évangélique. En commençant à gauche, saint Joseph porte les colombes; il a les cheveux blancs, le nimbe vert, le manteau rouge, la tunique blanche; la sainte Vierge, nimbe bleu, voile et robe blancs, manteau verdâtre, avec bande violette; l’enfant Jésus, nimbe crucifère, robe blanche, manteau rouge; Siméon, nimbe bleu, cheveux blancs, manteau jaune; Anne, nimbe vert, voile et robe blancs, manteau violet. Un temple, dans les arcades duquel trois lampes sont suspendues, se détache sur le fond d’or.
XIIe SIÈCLE.
Città-di-Castello. — Il semble que cette s ène de l’Évangile ait été moins représentée au xne siècle; du moins nous n’avons pas pu recueillir autant d’images. Nous citerons d’abord le devant d’autel de Città-di-Castello (D’Agincourt, Sculpt., pl. 21). A gauche, la sainte Vierge porte l’enfant que Siméon reçoit sur le voile. Saint Joseph, derrière Siméon, s’avance avec ses colombes; il n’y a ni autel ni prophétesse. Deux arcades au fond figurent le temple.
Le manuscrit conservé à Pise dans les archives du Dôme nous remet sous les yeux les mêmes personnages et les mêmes attitudes. La sainte Vierge a un manteau bleu, sainte Anne un rouge, saint Siméon un bleu foncé et une robe violette. — Nous avons gravé le panneau de la porte San-Ranieri qui nous offre ce sujet dans la même ville. (Pl. XXXII.)
CH. VI
LA PURIFICATION
Bologne. (Pl. XXXII.) — Signalons encore le petit manuscrit dont il a été déjà question à l’Annonciation et qui nous montre seulement quatre personnages : saint Siméon tenant le Sauveur dans ses bras, la sainte Vierge de l'autre côté de l’autel et Joseph par derrière avec ses deux colombes.
A Paris, nous voyons encore cette scène au portail de Notre-Dame et dans une crosse du cabinet des médailles.
On conserve dans le trésor d’Aix-la-Chapelle un reliquaire d’une grande richesse aux extrémités duquel se tiennent Marie et Siméon. Ils ont les bras tendus, Marie pour offrir les colombes et Siméon le Sauveur *.
En multipliant les exemples, nous serions loin d'offrir des types nouveaux et nous ne ferions qu’une répétition fastidieuse. Remarquons seulement, avant de laisser l’iconographie de la Purification, combien cette scène s’offre sans cesse à nous sous les memes traits. Depuis
1 . Geschichtliche mittheilungen über die Heiligt/iümer der stiftskirche ça Aachen , 1874, par M. le chanoine Kessel, p. 104.
Sainte -Marie -Majeure jusqu’aux portes de bronze de la fin du xne siècle, la donnée reste invariablement la même et fidèle à l’Évangile; excepté de rares exceptions qui nous montrent le Sauveur tenu par saint Joseph, nous retrouvons toujours les mêmes personnages, les mêmes attitudes, Marie offrant son fils bien -aimé, Siméon le recevant, comme on faisait jadis pour l’Eucharistie, avec les mains couvertes d’un linge; la prophétesse, Joseph soumis à l’humble rôle de tenir les tourterelles, l’autel, le temple qui subit quelques variantes des changements de style. Le seul personnage étranger au récit évangélique qui se glisse parfois dans ces images est une jeune fille, peut-être Salomé, compagne de Marie. On est heureux de voir ce respect si continu et si exact du livre sacré auquel tous les siècles reviennent successivement; on est heureux de voir que les apocryphes n’ont pu intervenir ici et fausser les précieux anneaux de la chaîne qui nous rattache aux traditions apostoliques. Espérons que les peintres, au lieu d'innover à l’avenir en traitant ce grand sujet, se soumettront à une loi que nulle époque n’a osé violer, et qu’ils livreront à nos descendants le même respect et les mêmes images.