Nombres , XXIV, 15, etc. — De Castro, II
Il est utile de rappeler le récit des légendes :
« Aux lieux mêmes où commence le jour, dans les régions voisines de l’Océ'an, disent les légendes, vivait une race d’hommes descendue des patriarches. Ces lointains habitants de la terre avaient emporté dans leur exil un livre mystérieux dont l’origine remontait jusqu’à Seth, fils d'Adam. Il y était prédit qu'une étoile merveilleuse brillerait dans les cieux pour annoncer la naissance d’un Sauveur, et qu’au berceau de ce Dieu les fils de 1 Orient porteraient avec leurs hommages le tribut et les dons de leur pays. Religieux observateurs des lois de ce code inspiré, les descendants de Seth avaient choisi parmi eux douze sages, qui devaient attendre l’apparition de l’astre promis et le signaler à la terre. Ils portaient le nom de mages, qui signifiait dans leur langue dépositaires de la science. Héréditaires dans une famille, leurs fonctions se perpétuèrent jusqu’aux temps marqués par les oracles. Établis au pied d’un mont fameux qu’on avait appelé Montagne de la Victoire, chaque année, après l’époque où les gerbes tombent sous la faucille des moissonneurs, trois d’entre eux montaient jusqu’à la cime. Ils s’arrêtaient près d’une caverne pleine de mystères, entourée au dehors d’arbres séculaires, qui la protégeaient de leur ombre. Une fontaine sacrée, dont les eaux avaient des propriétés merveilleuses, l’arrosait à l’intérieur. Après y avoir fait plusieurs ablutions, les mages adoraient en silence la majesté du Seigneur et continuaient à observer le cours des astres, pour découvrir enfin l’étoile si longtemps attendue.
«... Tout à coup, ils aperçurent, descendant de la voûte du ciel, une étoile d’une grandeur extraordinaire qui paraissait s’approcher d’eux à mesure qu’elle avançait, ils distinguaient au
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milieu de ses rayons un enfant d’une ravissante beauté, qui portait sur sa tète, dans une auréole de lumière, la forme d’une croix. #
§ 7. — Il y a lieu de rechercher l’époque où l’étoile est apparue et celle où les mages sont venus adorer le Sauveur. Nous trouvons encore ici de grandes divergences parmi les auteurs. L’opinion la plus probable, s’appuyant toujours sur l’étude des monuments, fixe la visite des mages à Hérode dans la deuxième année de la naissance du Christ, c’est-à-dire dans la deuxième année de l’apparition de l’étoile.
§§ 9 et 10. — [L’étoile qu’ils avaient vue l’année précédente se représente à eux quand ils quittent le palais d’Hérode. Ils reconnaissent ce signe dont ils n’avaient pas eu besoin pour aller à la ville sainte; réjouis de cette nouvelle apparition, ils comprennent qu’ils ne doivent pas la quitter et qu’elle les conduira, comme elle les conduisit en effet au lieu où était l’enfant.
A la détermination du lieu se sont appliqués beaucoup de commentaires dont le dernier mot semble avoir été dit par le père Patrizzi, qui marque Bethléem pour cette adoration. C’est là qu’ils entrent dans la maison de Joseph et offrent leurs présents au Sauveur. Nous nous sommes étendu à ce sujet dans une longue dissertation à propos de l’Évangile, nous ne croyons donc pas nécessaire d’y revenir1, Le nombre des mages, que les anciennes représentations par leur variété laissent incertain, est ordinairement fixé à trois, et l’énumération de leurs présents semble confirmer cette opinion.
FETE ET TEMOIGNAGES
IVe SIÈCLE.
Saint Ephrlm. — Au ivc siècle, âge d’or de la poésie comme de l’éloquence chrétienne,
1. Evangile XII, 1. (Voyez une intéressante dissertation sur ce sujet par M. Baillet, Arch. des missions scientifiques } III, 468.)
le premier et le plus grand poëte d’Orient chrétien ne fut pas un Grec mais un Syrien, simple diacre de l’église d’Édesse, ordonné par saint Basile et complètement étranger à la langue de saint Basile, ne connaissant d’autre idiome que le syriaque, n’ayant eu d’autre école que la Bible et l'Évangile, venu enfin tout droit de Jésus-Christ et du désert. On le nommait Éphra'im et nous l’appelons saint Éphrem.
De ses innombrables poésies, on en a conservé six dont une seule, il faut 1 avouer, a une véritable importance. Voici la plus belle de celles qui ont survécu, c’est un cantique sur Marie et les mages 1 :
« Après la naissance du fils, une lumière a brillé sur le monde et les ténèbres ont été chassées et elle a illuminé l’univers. Que l’univers rende donc gloire au fils qui l’a illuminé !
« Il est sorti du sein d’une vierge et à sa vue les ombres se sont évanouies ; il a dissipé les ténèbres de l’erreur et le monde s’est vu éclairer tout entier. Que le monde lui rende donc gloire !
« Un grand bruit s’est fait parmi les peuples et une lumière s’est levée dans les ténèbres et les nations ont tressailli de joie, pour rendre gloire à celui dont la naissance les a illuminées,,
« Ilaenvoyé sa lumière en Orient et la Perse a été éclairée par les rayons d'un astre. C’est lui qui l’a fait lever et il a annoncé à la Perse que tous sont déjà accourus vers une victime réjouissante.
« Un flambeau précurseur a lui au sein des ténèbres et il a invité les peuples à venir jouir de cette lumière éclatante, qui est descendue sur la terre.
« Le ciel a envoyé une de ses étoiles en message pour avertir les Perses et se préparer à venir audevant du roi et à l’adorer.
« Il a appelé les mages, émus déjà des pressentiments de la vaste Assyrie, et il leur a dit : « Prenez des présents et courez honorer le grand a roi qui vient de naître en Judée. »
i. Ch. Dabat, 1864.
CIÎ. VII. — ADORATION DES MAGES
« Ces princes de la Perse, tout joyeux, ont donc pris des présents dans leur pays et ont apporté au tils de la Vierge l’or, la myrrhe et l’encens.
« Lorsqu ’en arrivant ils eurent trouvé l’enfant, encore sans parole, couché dans la maison d’une pauvre femme, ils se prosternèrent pleins de joie en l’adorant et d’eux-mêmes ils lui offrirent leurs trésors.
« Marie leur dit : « Pour qui cela, et pourquoi? « quelle cause vous a fait sortir de votre pays « pour venir avec vos trésors vers l’enfant?» Ils lui répondirent : « Votre fils est roi et il réunit sur sa tète tous les diadèmes, parce qu’il est le roi de tous; et son royaume est plus haut que le monde et à son empire tout obéit. »
« Quand cela est-il jamais arrivé qu’une pauvre femme enfantât un roi? Je suis indigente et dénuée de tout ; comment se peut-il que j’aie enfanté un roi?
a — Cela n'est arrivé qu’à vous seule d’enfanter un grand roi et par vous la pauvreté sera glorifiée et les diadèmes s’humilieront devant votre fils.
« — Je n’ai pas, moi, les trésors des rois et les richesses ne me sont jamais échues. Voyez ma maison, elle est toute pauvre et ma demeure est vide. Pourquoi saluez-vous mon fils du nom de roi?
„ — Votre fils est un grand trésor et une richesse capable d’enrichir le monde; car les trésors des rois s’épuisent, mais lui rien ne l’épuisera et nul ne pourra le mesurer.
« — Peut-être que c’est un autre le roi qui vous est né, cherchez-le bien, car ici il n’y a que le fils d’une pauvre femme à qui il n’est même pas donné de voir un roi.
« — • Est-ce qu’il se peut que la lumière s’égare de sa route quand elle est envoyée? Si ce ne sont pas les ténèbres qui nous ont appelés et amenés, mais si nous avons marché à la lumière, encore une fois votre fils est roi.
« — Mais vous le voyez, c’est un petit enfant qui ne parle pas et la maison de sa mère est vide et nue; pas une trace de roi nulle part.
Comment donc l’habitant d’une telle demeure serait-il roi?
« — Oui, sans doute, nous voyons un enfant sans parole et sans prestige, mais il est roi, bien que pauvre comme vous l’avez dit. Nous le voyons aussi faisant marcher à son commandement les astres du ciel pour annoncer sa venue.
« — Il faut, ô étrangers, vous mettre en quête de ce roi dont vous parlez, afin de lui porter vos hommages; car peut-être vous êtes-vous trompés de route et le roi que vous cherchez est-il un autre.
» — Il faut, ô femme, nous en croire : Votre fils est roi et nous avons été conduits par un luminaire qui ne peut s’égarer; la voie qui nous a amenés est parfaitement droite.
« — L’enfant est tout petit, et, vous le voyez bien, il n’a ni diadème ni trône. Que voyez-vous donc en lui, que vous l’honoriez du don de vos trésors comme un roi?
« — Il est petit parce qu’il l’a voulu, parce qu'il se plaît à la mansuétude et à l’humilité, en attendant qu’il se relève; mais un temps viendra que les diadèmes se courberont devant lui et l’adoreront.
« — Il n’a point d’armées, mon fils, ni de légions, ni de cohortes; il est couché là dans la pauvreté de sa mère et vous l’appelez un roi !
u — Les armées de votre fils sont là-haut; ses cavaliers parcourent le ciel comme des étoiles de feu; et c’est l’un d’eux qui est venu nous appeler, et tout notre pays en a été dans beffroi.
« — Mon fils n’est qu’un enfant, et comment se peut-il faire qu'il soit roi, quand il est même ignoré du monde? Comment un enfant gouvernera-t-il les illustres et les puissants?
a — Votre enfant, ô femme, est un vieillard, l’ancien des jours, le premier de tous, et Adam lui-même est plus jeune que lui, et par lui tout l'univers sera renouvelé.
a — Il faut alors que vous m’expliquiez tout le mystère; découvrez-moi qui vous a révélé ce secret que mon fils est roi dans votre pays.
« — Il faut aussi que vous nous croyiez. Sa-
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chez-le : si la vérité ne nous eût mis en marche, jamais nous ne serions venus, des extrémités de la terre, promener ici nos pas à cause de votre fils.
» — Eh bien, découvrez-moi donc, comme des amis, tout le mystère de ce qui s’est passé là-bas, dans votre contrée, etdites-moi qui vous a appelés à venir vers nous.
« — Une grande étoile nous est apparue, beaucoup plus éclatante que toutes les autres étoiles; de sa lumière tout notre pays a été illuminé et elle nous a annoncé la naissance d’un roi.
« — Ah ! je vous en prie, ne parlez pas de cela chez nous, de peur que les rois de la terre, venant à l’apprendre, ne machinent dans leur envie quelque chose contre l’enfant.
« — Ne craignez rien, femme, parce que votre fils brisera tous leurs diadèmes et les anéantira et que toute leur envie n’aura pas la puissance de lui nuire.
« — Je crains Hérode, ce loup impur ; je crains qu’il ne me persécute et qu’il ne tire son glaive pour couper la douce grappe avant sa maturité.
« — Ne craignez pas Hérode, car votre fils renversera son trône et à peine ce prince régnerat-il qu’il sera détruit et que son diadème tombera.
« — Jérusalem est un torrent de sang et tous les meilleurs y tombent noyés. Si donc ils viennent à pressentir la chose, ils machineront la perte de mon fils. Ainsi parlez bas, je vous en prie, et ne faites point de bruit de cela.
« — Tous les torrents et les lances mêmes seront arrêtés par la main de votre fils ; et le glaive de Jérusalem s’émoussera et lui-même ne tombera pas qu’il ne l’ait voulu.
a — Les scribes et les prêtres de Jérusalem, qui ont coutume de verser hypocritement le sang, nous susciteront peut-être, à l’enfant et à moi, quelque procès mortel. Mages, je vous en prie, taisez-vous.
« — Les scribes et les prêtres n’auront pas la puissance, avec toute leur envie, de nuire à votre fils. C’est lui qui ruinera leur sacerdoce et qui fera cesser leurs solennités.
« — Un ange, je vous l’avoue, m’est apparu quand j’ai conçu l’enfant; il m’a révélé comme à vous que mon fils est roi, que son diadème vient d’en haut et qu’il ne sera pas brisé.
« — Eh bien, cet ange que vous dites, c’est lui-même qui est venu, sous la forme d’une étoile, qui nous est apparu, et nous a annoncé que l’enfant est plus grand et plus brillant que les étoiles.
« — Il m’a révélé, dans une Annonciation, cet ange qui m’est apparu que son règne n’aura point de fin, et c’est un secret qu’il faut garder, de peur qu’il ne se divulgue.
« — A nous aussi, l'étoile nous a révélé que votre fils est le seigneur des rois. Il est évident que c’était l'ange qui prenait cette forme pour ne pas se faire connaître à nous.
« — L’ange qui m’est apparu à moi l’a appelé son Seigneur avant qu’il fût conçu, et il me l’a annoncé comme fils du Très-Haut; où est son père? on l’ignore.
« — Chez nous, il a annoncé, sous la forme de l’étoile, que le Seigneur du ciel est né, et il faut bien que votre fils commande aux luminaires du ciel; ils ne se lèvent pas sans sa volonté.
» — Ecoutez, je vais vous dévoiler un autre secret pour que vous soyez confirmés dans votre foi, c’est que j’ai enfanté, en demeurant vierge, ce fils qui est le fils de Dieu. Allez et prêchez-le.
« — Déjà l’étoile nous avait fait entendre que sa naissance est en dehors de l’ordre de la nature et que votre fils est au-dessus de tout et qu’il est le fils de Dieu.
» — Les hauteurs des deux l’attestent et aussi la profondeur des abîmes et tous les anges et toutes les étoiles, qu’il est le fils de Dieu et le Seigneur. Rapportez-en la nouvelle dans votre pays.
« — Les hauteurs des cieux, parlant par la voix d’une seule étoile, ont remué la Perse; et elle a reçu l’assurance que votre fils est le fils de Dieu et que toutes les nations lui seront soumises.
a — Rapportez la paix dans votre pays; que la paix se répande dans vos campagnes. Messagers
ADORATION DES MAGES
156 CH. VII
véridiques de la vérité, soyez tenus pour tels dans tout votre voyage.
« — Que la paix de votre dis nous ramène sains et saufs dans notre pays, comme elle nous a amenés, et quand son empire se manifestera au monde, qu'il visite notre contrée et qu’il la bénisse.
« — Que la Perse se réjouisse de votre nouvelle! que l’Assyrie tressaille de joie à votre retour! et quand le règne de mon dis se manifestera, il plantera son étendard dans votre pays.
a — Vous, que l’Eglise vous gloride dans ses triomphes, parce qu’un enfant vous est né qui est le dis du Très-Haut, et il a illuminé les hauteurs des cieux et les profondeurs de l’abîme. Béni celui qui a réjoui le monde par sa nativité! u
Je ne sais si je me fais illusion sur le mérite de cette pièce originale, dit M. Dabas, mais elle me fait l’effet d’un petit chef-d’œuvre qui nous ramène vers les origines de la poésie chrétienne par sa grâce naïve et qui nous en éloigne par l’artidce habile de sa composition. La mise en scène, le dialogue, les images, les sentiments et les idées sont d’un poëte consommé dans l’art de disposer, de surprendre et d’émouvoir. La foi vive et inébranlable des mages, l’étonnement, la circonspection et la sainte curiosité de Marie, sa tendresse et ses terreurs maternelles, endn ses épanchements et ses conddences virginales sont rendus avec une force merveilleuse. La mère de Jésus s’obstine longtemps dans son incrédulité apparente pour que les mages s’obstinent aussi longtemps dans leur foi ; on est un moment presque dupe de cette pieuse adresse, et voilà que tout à coup on reconnaît avec une surprise pleine de charme que l’on s’est laissé tromper, que Marie n’a voulu qu’éprouver les mages et compléter par leur révélation celle qu’elle a reçue. Tout le mystère se dévoile et alors la Vierge sainte, prenant un langage plus haut, prophétise; les mages eux-mêmes prophétisent. Un jour lointain a laissé entrevoir, par quelques traits discrets, le calvaire à travers la crèche et la pas¬
sion dès le seuil de la nativité! Un jour nouveau qui lui succède illumine de son éclat les triomphes futurs de l’Eglise.
Prudence. — Prudence , qui vivait au ive siècle, consacre à l’Épiphanie une des hymnes de son Catliemericon (Cathemerico .hymnus xn de Epiphania, v. 25-73).
« Sur les rives du golfe Persique, là où le soleil prend naissance, les mages, savants interprètes, aperçoivent l'étendard sacré. Dès qu’il brille, les autres astres s’effacent et l’éclatant Lucifer lui-même n’ose lutter contre lui. Quel est, disent-ils, le souverain assez puissant pour commander ainsi aux astres? Quel est celui devant lequel frémissent les corps célestes, celui que servent la lumière et l’éther? C’est le roi des nations, le roi du peuple juif promis à Abraham et à sa race. Car il savait que les germes sortis de lui égaleraient les étoiles, lui le père des croyants, sacrificateur de son unique fils. Voici que déjà s’élève la fleur de David, sortie de la tige de Jessé; plein de vigueur, il tient le sceptre et occupe le pouvoir. Les mages, ainsi excités, les yeux tournés vers le ciel, suivent le sillon de l’étoile et sa trace lumineuse ; mais elle s’arrête au-dessus de l’enfant et par sa lueur révèle la tête sacrée. Dès que les mages l’ont vu, ils ouvrent les trésors apportés de l’Orient et, se prosternant, ils offrent l’encens, la myrrhe et l’or royal. Reconnais ces signes éclatants de ta puissance et de ta royauté, enfant, auquel le Père a destiné d’avance une triple nature. L’or, le parfum de l’encens sabéen, annoncent le roi et le Dieu ; mais la poussière de la myrrhe avertit du sépulcre1. » (C Archives des missions scientifiques, III, 460.)