‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 216 sur 458 · Eu Persici ex orbis sinu Sol unde sumit januam · texte numérisé non relu

Eu Persici ex orbis sinu Sol unde sumit januam

Cernunt periti interprètes Regale vexilluni rnagi.

Quod ubi refulsit, cæteri Cessere signoruin globi,

Nec pulcher est ausus suam Conféré formant Lucifer.

ICONOGRAPHIE

ICONOGRAPHIE

De toutes les scènes évangéliques, celle des mages a été la plus reproduite; elle satisfaisait les peuples Gentils nouvellement convertis, qui se reconnaissaient sous les traits de ces voyageurs conduits vers la crèche; elle leur offrait une pensée de miséricorde trop consolante, pour que les artistes aient négligé de la reproduire dans leurs images. On peut donc dire que ces représentations furent les plus nombreuses et peut-être les plus anciennes. On les retrouve continuellement sur les catacombes et sur les sarcophages. Nous nous réservons, dans le chapitre que nous leur consacrons, de les examiner parmi les madones ; nous ne ferons donc ici que les indiquer sommairement.

11e et iii- SIÈCLES.

Cimetière Saints-Pierre-et- Marcellin. (PI. LXXXII.) — La sainte Vierge et l’enfant Jésus figurent entre deux mages dans une fresque du cimetière des Saints-Pierre-et-Marcellin, tableau

Quis iste tantus, inquiunt,

Regnator astris imperans :

Quem sic tremunt cœlestia,

Cui lux et æthra inserviunt?

Hic ille rex gentium Populique rex judaici, Promissus Abrahæ patri, Ejusque in ævurn semini

Æquanda nam stellis sua Cognovit olim germina, Primus sator credentium, Nati immolator unici.

Jam flos subit Davidicus, Radice Jesse editus :

Sceptrique virgam virens, Rerum cacumen occupât.

Exin sequuntur perciti, Fixis in altum vultibus.

qui remplit toute la lunette d’un arcosolium. (Év., I, chap. xii, pl. xvii.)

Cimetière Calixte. (Pl. LXXXI.) — Le cimetière Calixte nous présente trois mages, probablement du iiic siècle. {Év., I, chap. iii , pl. xvii.) (Voy. à l’art. Rome : Catacombes .)

Cimetière Domitilla. (Pl. LXX1X et LXXX.) — Enfin le cimetière Domitilla , dans une de ses fresques, offre la même scène avec les mages. (Év., id.) — Les figures de la sainte Vierge ont une telle importance dans ces temps primitifs, que nous avons cru devoir reproduire plus en grand les madones de ces trois cimetières.

Sarcophages. (Pl. VI.) — Une inscription au Latran du 1 1 Ie siècle et un sarcophage du ive (Év., pl. xvm) nous donnent deux spécimens de la scène avec trois mages. Nous les retrouvons encore dans trois bas-reliefs où figure la sainte Vierge (Év., pl. xix), dans un tombeau à Saint-Maximin et sur un sarcophage d’Arles. Nous nous sommes occupés de ces monuments dans nos notes sur l’Évangile ; il se-

Qua Stella sulcum traxerat Claramque signabat viam.

Sed vertice pueri supra Signum pependit imminens,

Pronaque submissum face Caput sacratum prodidit.

Videre quod postquam magi,

Eoa promun imiaera,

Stratique vods ofîerun Thus,myrrhametaurumregium

Agnosce clara insignia Virtutis ac regni tui,

Puer o, cui trinam Pater Prædestinavit indolent .

Regem Deumque annuntiant Thésaurus et flagrans odor Thuris sabæi; et myrrheus Pulv’is sepulcrum prœdocet.

( Cathemericon , Hymnus XII de Epiphania, v. 25-73.)

CH. VII

ADORATION DES MAGES

rait donc superflu de répéter nos descriptions.

Nous ne placerons pas ici la description plus détaillée des madones antiques que nous réservons pour notre visite aux catacombes, mais nous emprunterons à M. Baillet la savante énumération qu’il nous donne des premières adorations des mages à propos de l’ambon de Salonique.

Nous comptons parmi les madones offrant l'enfant aux adorations des mages: 3 — du cimetière Domitilla; 3 — de Saint-Calixte ; 2 — des Saints-Marcellin-et-Pierre ; 1 — deTrason; 1 de Cyriaque; 1 de Sainte-Agnès, etc.

Parmi les verres dorés, cinq adorations. Parmi les sarcophages : 13 au musée de Latran ; 1 à Saint-Nérée et Achillée ; 1 à Sainte-Agnès et divers à Rome; 1 à Saint-Ambroise de Milan; 1 à Saint-Celse de Milan; i"à Ravello; 1 à Sutri; 1 à Saint-Maximin; 1 à Saint-Gilles; 1 à Luxembourg; 1 au musée d’Arles, etc.

IVe SIECLE.

Musée Kircher. (Pl. XXXV.) — Un vase grec fort mutilé nous montre, au musée Kircher, la sainte Vierge entre six mages; la sculpture est d’un relief considérable qui a été cause de sa dégradation. La sainte Vierge, assise sur une cathedra, comme toujours dans cette scène, a les pieds sur un suppedaneum , signe d'honneur qu’on retrouve dans la Bible lorsque le Psalmiste dit : Ponam inimicos tuos scabellum pedum tuorum (109. 1); et ailleurs : QAdorate scabellum pedum ejus (98.5).

La sainte Vierge porte l’enfant nu dans ses bras, seul exemple, après la madone du cimetière Priscille et l’encolpium du Vatican, que nous connaissions dans l’antiquité. Les jambes du Sauveur sont frustes, mais paraissent avoir été croisées; le pied droit de l'escabeau manque.

Les mages ont la tète nue et la tunique relevée, mais point de manteaux ; le premier à droite, vers lequel se dirigent les regards et l’attention du groupe divin, porte une sorte de sébille de la main gauche, et lève la droite en signe d’allo¬

cution; le premier, à gauche, étend les bras en avant et avec élan.

M. de Rossi attribue ce vase au IVe siècle; voici les motifs qui nous font partager entièrement l’opinion de l’éminent archéologue, et que l’importance du monument nous engage à développer. Si l’on prend pour terme de comparaison le vase Médicis, par exemple, on y verra une plus grande élégance , et les personnages au milieu plus importants. Ici le galbe est lourd, coupé sans grâce par une bande qui compte avec les enroulements de la panse, les personnages sont reportés jusqu’au bord supérieur; les enroulements maigres, lâches, offrent des feuilles pointues, signe de la décadence byzantine; les œils sont droits et n’ont point le refouillement des belles époques d’Auguste et de Trajan. Nous ne saurions donc le classer si haut parmi les œuvres antiques. D’un autre côté, certaines qualités essentielles s’opposent à ce que nous le placions après le règne de Constantin qui, dans sa décadence, conservait encore les traditions d’une école admirable. La proportion des figures est bonne et n’a pas la lourdeur que l’on verra bientôt apparaître. L’attitude et le costume des apôtres qui entourent le Sauveur à l’opposé des mages, la science de la toge et des plis qui s’évanouit avec le ve siècle, enfin les deux mascarons, souvenirs des anciens vases grecs, traités avec expression et vigueur, nous font remonter au delà de cette époque. Trop grand pour les catacombes, un tel marbre, que le respect des morts n’eût point préservé comme les sarcophages, ne peut convenir qu’à la paix de l’Église, c’est-à-dire, comme nous l’avons dit, au ive siècle.

Médaille du Vatican. (Pl. XXXIV.) — Nous avons dessiné au musée chrétien du Vatican plusieurs médailles des premiers siècles dont la plus ancienne , et sans contredit la plus belle, appartient au ive siècle; les mages, au lieu d’être à la suite, sont superposés, ce qui donne à leur groupe moins d'importance et laisse dominer celui du Sauveur et de sa mère; les per-

ICONOGRAPHIE

sonnages sont en relief au lieu d’être grossièrement dessinés au trait ; le profil de Marie est fier et d'un beau type, l’enfant d’un dessin irréprochable ; il est nu comme sur le vase Kircher. La sainte Vierge présente le Sauveur, qui lui-même étend les bras vers les présents qui lui sont offerts. La sainte Vierge est assise dans un fauteuil semblable à ceux des sarcophages, elle n’a pas de nimbe, non plus que son fils, ce qui est signe de haute antiquité. Une étoile brille au-dessus de l’enfant Jésus, les mages portent le bonnet phrygien. Notre gravure a rendu au double cette médaille, qui mesure om,058 de diamètre.

Collection de M. Le Blant. (Pl. XXXIV.) — M. Le Blant nous a permis de dessiner dans son cabinet une médaille à peu près identique à cette dernière, et l’on serait tenté de croire qu’elles sont sorties toutes deux du même coin si l’on n’y constatait quelques légères différences. Dans la médaille de M. Le Blant l’étoile est environnée d’un disque, le dossier du fauteuil de la sainte Vierge a une courbure plus prononcée, et des plis verticaux à la suite des plis obliques du bas de la robe ne se retrouvent pas dans la médaille du Vatican ; elles sont évidemment l’une et l’autre du ive siècle.

Ve SIECLE

Sainte-Marie-Majeure. (Pl. LXXXV.) — Le ve siècle s’ouvre pour notre sujet par un des plus beaux spécimens de l’art chrétien, l’arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons longuement développé dans nos notes sur l’Evangile (£V., I, ch. xi, pl. XXI), nous remarquerons seulement, en ce qui concerne la sainte Vierge, qu elle ne porte pas l’enfant, qu elle est assise et coiffée en cheveux comme les vierges juives et comme nous l’avons vue dans le cimetière Saints-Pierre-et-Marcellin.

Musée de Rouen (Pl. XXXVI.) — Le même

siècle nous montre au musée des antiques de Rouen une boîte circulaire en ivoire de om,39 de développement sur om,07 1/2 de haut. L’exécution en est très-grossière et son style plutôt que la perfection du travail nous indique son époque. Le sculpteur a réuni les deux mages et des bergers ; les mages sont coiffés du bonnet phrygien comme on le voit jusqu’au xe siècle, époque où seulement nous verrons apparaitre les couronnes. La sainte Vierge porte une tunique à manches étroites, un voile épais qui retombe de sa tête sur les épaules et les embrasse; elle est assise sur un pliant sans dossier, elle pose les pieds sur un tabouret, elle paraît chaussée. L’enfant Jésus n’est plus un nouveau-né : vêtu de la tête aux pieds, il a les bras libres. Saint Joseph, dont on ne voit que le buste, est debout sur le second plan1.

Médaille au Vatican. (Pl. XXXIV.) — On trouvera sur notre planche une médaille de o’“,4o, assez semblable à celle que nous décrivions tout à l heure et que l’on conserve sous la même vitrine au Vatican. Mais son travail est infiniment plus grossier, les détails plus compliqués ; on voit une croix gravée au-dessus de la tête du Sauveur, une rosace en guise d’étoile, et une colombe qui apporte dans son bec un rameau d’olivier. L’enfant Jésus a seul un nimbe, et la sainte Vierge en est dépourvue. De l’autre côté de la médaille, Jésus-Christ à mi-corps entre deux étoiles pose de chaque main une couronne sur la tête de deux saints, porteurs d’une croix latine2; un trou pratiqué dans le haut delà médaille permettait de la suspendre; elle a appartenu au chevalier Gualdi; puis au musée Kircher, puis au Vatican. Quel est l’âge de cette médaille? Un des signes qui la rapprocherait du ve siècle est le nimbe de l’enfant Jésus, nimbe unique ne porte pas la sainte Vierge, et que caractérise une croix grecque.

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