Abbé Bock, Das heihge. Kôln
CH. VII
ADORATION DES MAGES
qui plane entre la sainte Vierge et lui. Marie, le Sauveur et les mages sont couronnés.
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Cabinet des médailles. — Une médaille conservée à la Bibliothèque nationale reproduit, diton, l’adoration des mages, mais elle est si fruste que nous ne la mentionnons ici qu’avec beaucoup de réserve. Banduri croit y voir ce sujet d’un côté et de l'autre la figure de l’empereur Jean Comnène (1118 + 1148). Marchand a complété ce qui pouvait manquer; selon lui, la sainte Vierge lève les bras en signe d’effroi devant les mages transformés en guerriers par l’imagination du dessinateur et dirigeant leurs lances contre elle; je n'ai pas besoin de dire le peu de probabilité d’une telle restauration.
Mentionnons pour ordre trois exemples que nous avons donnés dans l’Évangile, et tirés de la façade de Saint-Trophime d’Arles, de Saint- Pierre de Poitiers, et d’une miniature de Pise.
Portails deséglises. (Pl. CXIII.) — Au xiie siècle 1 usage se répandit dans beaucoup de pays de figurer l’adoration des mages au-dessus de l’entrée de l’église; il semble que dans l’application de ce sujet à la porte du sanctuaire il y ait une leçon et une pensée consolante pour les fidèles. La leçon leur montre l’empressement qu’il faut mettre pour aller au Sauveur, surtout de la part des savants et des riches qui sont obligés d’accourir de pays plus lointains que les bergers, les compatriotes de Notre-Seigneur. La consolation est l’accueil qu’ils vont recevoir et dont les bas-reliefs leur font déjà prévoir la bienveillance. Quel que soit le motif de nos vieux sculpteurs on ne peut nier que cette manière de figurer les mages n’eût été alors fort en vogue. Parmi les exemples qui nous reviennent à l’esprit, nous citerons ici les portails de Bourges, de Dijon, Saint-Gilles, Bertrand de Cominges, Pontaubert, Germigny, Freiberg, Vérone, Pistoja, Parme, etc.
RÉSUMÉ
Résumé. — N’achevons pas ces détails iconographiques sans chercher à reconstituer l’en¬
semble de l'image telle que les siècles nous la montrent successivement; voyons surtout, au milieu de la foule d artistes appliqués, sous des influences si diverses, à reproduire cette scène, combien la tradition les a tous inclinés sous la même inspiration.
Dans les premiers siècles le nombre des mages varie, il est vrai; au cimetière Saints-Pierre-et- Marcellin, nous ne trouvons que deux mages; à celui de Domitilla quatre, enfin six sur le vase Kircher; mais cette variété s’explique par l’habitude de la symétrie que les anciens portaient généralement dans le domaine de l’art et par le sentiment qui leur faisait préférer des représentations idéales aux tableaux historiques. En dehors de celte recherche de la régularité, on aurait peine à trouver plus ou moins de trois mages devantle Sauveur; lorsque l’artiste est libre, lorsqu’il veut, en dehors de toute ornementation, représenter la scène littérale, à toutes les époques il les met au nombre de trois 1.
Remarquons, d'après les exemples qu’on a passés en revue, que généralement, non pas dans les catacombes ni sur les sarcophages, mais dans les représentations encore fort anciennes on leur donne les trois âges de la vie : la vieillesse qui dépose ses présents, l'âge mûr et enfin la jeunesse qui s'apprêtent à leur tour à s’agenouiller au pied du trône. Depuis le ixe siècle cet usage paraît prévaloir et nous verrons plus tard les sculpteurs pisans, pour accentuer davantage cette pensée, prêter même aux chevaux des âges en rapport avec ceux de leurs cavaliers.
Le costume a peu changé, et l’on voit presque toujours, dans tous les temps, reparaître le pantalon, la tunique et le manteau agrafé sur l’épaule. La coiffure a reçu des modifications plus sensibles, mais qui, dans le fond, croyonsnous, n’indiquent pas un changement d’idées. Les plus anciennes images nous montrent les mages avec cette sorte de mitre orientale qu'on
1. Ou ne peut citer à l’encontre la mosaïque de Sainte- Mat ie-Majeure, car s’il n’y a que deux mages, il est évident que l'auteur a pu supposer le troisième encore dans la ville et que d’ailleurs il était gêné par la place.
ICONOGRAPHIE
a continué de désigner sous le nom de bonnet phrygien. Ce bonnet chez les Romains était un signe de vie efféminée, et c’est pourquoi, par dédain, ils en avaient affublé les rois vaincus. Nos musées nous en offrent beaucoup d’exemples sur les statues de souverains barbares, et nous le voyons entre autres sur un fragment de sarcophage qui figure Priam aux pieds d’Achille que nous avons reproduit dans l’Évangile. Du temps de Constantin, après que le trône impérial avait été occupé par tant d’aventuriers barbares, la pensée méprisante s’était effacée et le bonnet phrygien demeurait la simple désignation de rois étrangers. Il est donc possible que les sculpteurs n’aient pas attendu l’abandon de cette coiffure pour considérer les mages comme des rois, elle donnerait même lieu de penser le contraire.
Cette coiffure caractéristique semble avoir été surtout adoptée par les artistes romains; on aurait tort de croire pourtant que les Grecs, qui ne l’ontpas employée si souvent, ne s’en soient jamais servis dans leurs ouvrages, nous n’aurions qu’à citer le tombeau de l’exarque Isaac (vu6 siècle) le manuscrit de Paris n° 510 (ixe siècle), le ciborium de Venise, des médailles rapportées par Du Cange, etc., pour prouver l’usage qu’ils en ont fait; on peut dire seulement que le bonnet est moins souple, qu’il n’est pas rabattu et qu’il affecte plutôt la forme d’un dé à coudre. La coutume de figurer les mages sous cette coiffure était donc générale, lorsque tout à coup en Orient, au xe siècle, nous voyons cette toque changée contre une couronne et le fameux ménologe du Vatican nous révéler pour la première fois cette révolution.
Nous avons cherché à nous rendre compte de ce changement, et il nous a paru que les événements contemporains en fournissaient une explication assez satisfaisante. Ce manuscrit fut, comme on le sait, écrit et enluminé par l’ordre de l’empereur Basile II, qui régna de 976 à 1025. Or, en lisant l’histoire byzantine parvenue à cette phase, en étudiant les médailles qui nous livrent si fidèlement les grandes pensées d’une époque, nous retrouvons un accroissement sin-
I gulier de ferveur de ces monarques pour la trèssainte Vierge. Déjà, il est vrai, Léon le Sage avait fait frapper l’image de la mère de Dieu sur ses monnaies, mais Jean Zimiscès (959 + 976) voulut qu’elle le remplaçât sur un char triomphal au retour de sa victoire, et, considérant qu’il la lui devait, il exigea qu’on représentât sur les médailles sa protectrice lui posant la couronne sur la tête.
Romain Argire (1028+1034) imita sa piété. Le peintre du ménologe qui fit sa miniature entre ces deux règnes dut s’associer à cette humble et royale dévotion, et les mages , en s’inclinant devant la sainte Vierge, devaient comme l’empereur rehausser la grandeur de leur adoration par les insignes de leur rang. Or le bonnet phrygien à Constantinople, au commencement du xia siècle, n’avait plus la signification de royauté que lui accordaient les anciens Romains; d’ailleurs on pouvait se dire que c’était celle d’une royauté vaincue et tributaire, au lieu qu’il était bien plus beau de jeter aux pieds de Marie et du Sauveur des rois vainqueurs et triomphants; ils songèrent aussitôt à leur mettre sur le front les mêmes diadèmes que la sainte Vierge posait sur les tempes des empereurs, et on abandonna définitivement l’antique bonnet phrygien.
Au xie siècle le pouvoir de l’iconographie byzantine était dictatorial, et à la suite des croisades, qui en portèrent l’influence jusqu’aux peuples Scandinaves, il se répandit dans tout l'Occident. Aussi nous apercevons encore le bonnet phrygien dans les premières années du xie siècle, comme à S. Urbano de Rome, puis, nous ne voyons plus que la couronne 1. L’Occident fut même plus fidèle à la leçon que l’école dont il la recevait; les Orientaux quelquefois, dans la suite, nous montrent les mages nu-tête ou surmontés d’une flamme, symbole de l’ardeur de leurs âmes.
1. Nous devons cependant signaler comme un acte de rébellion à cette dictature le manuscrit de Pise qui est du XIIe siècle. (Êvang.j plXXVI.) i. C
CH. VII. — ADORATION DES MAGES
On prétend que saint Eustorgue avait rapporté en 320 les corps des saints rois de Constantinople à Milan, relique que Barberousse transféra en Allemagne après le sac de cette ville en 11611. Cet événement contribua beaucoup à répandre dans le nord leur culte et leurs images; on remarquera, en effet, que la plupart des portails où nous avons mentionné les mages datent de la tin du xne siècle.
L’étoile n’a jamais abandonné nos saintes représentations; dans les plus anciennes, elle brille comme un astre, ou le plus souvent sous la forme d’une fleur, rose mystique qui semble tombée du paradis sur la route des voyageurs. Du vme au xie siècle, comme nous le prouvent la mosaïque de l’ancien Saint-Pierre, le manuscrit 510 de Paris, le ménologe du Vatican, S. Urbano de Rome, cette étoile, cette fleur se transforme et devient un ange conducteur avec le bâton des guides à la main.
Saint Joseph, comme toujours, conserve dans cette scène l’attitude modeste et effacée que la tradition ne cesse de lui prêter; le plus souvent
1. Il ne reste à Milan de ce grand souvenir qu’un sarcophage avec l’inscription : Sepulcrum trium magorum.
même les artistes négligent de l’y introduire.
Marie et son divin fils ont eu, moins que les autres personnages , leur pose modifiée; Marie reste toujours assise sur un trône dont l’aspect seul change suivant le temps ; depuis la cathedra des matrones romaines jusqu’aux trônes de bronze en forme de pliant des princes du xiie siècle ; ce siège, sous des modes variées, est toujours un siège d'honneur. Elle a ordinairement l’escabeau sous les pieds, son costume est celui traditionnel, c’est-à-dire le voile, le manteau et la tunique.
Dans cette revue qui embrasse par les siècles et les pays une étendue vraiment gigantesque, n’est-on pas émerveillé de ne pouvoir signaler dans les reproductions d’une telle scène que de si légères différences ? Quand on songe aux infinies variétés d’influence qui ont dû modifier le génie d’artistes tellement séparés par le temps ou la distance, n’est-on pas surpris de retrouver si fidèlement partout la touche évangélique et le divin modèle? On ne saurait s’expliquer un tel accord parla simple copie du texte sacré; il faut croire que des traditions constantes, vivaces, universelles, lui ont servi partout de commentaires pour révéler aux yeux des imagiers ce qu’il nous a laissé voilé.
Arcade romane à Milan.