Denon, Voyage en Égypte, t. I, p. 65, édit, de
Brunet, p. 102.
Bernardino Amico ( Trattato dette plante e imagini de sacri édifiai de Terra santa ) en a donné un dessin.
CH. VIII. — LA FUITE EN EGYPTE
idoles d’Égypte seront ébranlées devant sa face et le cœur de l’Égypte se fondra an milieu d’elles. (Isaïe, XIV, i, 2.)
Cette chute des idoles n’est point une circonstanceque l’on rencontre seulementdansles Évangiles apocryphes, elle est enseignée dans divers auteurs anciens, tels que Sozomène, Eusèbe, saint Athanase; Tillemont et le P. Barrai ont réuni beaucoup de citations sur ce sujet. Saint Athanase rappelant la prophétie d'Isaïe dit que cette chute des idoles ne peut s’appliquer qu’à Jésus. « Quel est le juste, quel est le roi dont l’arrivée en Égypte a été marquée par la chute des idoles? Abraham y vint, mais le culte des idoles ne fut pas détruit. Moïse y est né, mais l’impiété et ce culte sacrilège ne perdirent rien de leurs ardeurs. » Saint Jérôme commentant Isaïe rapporte cette prophétie au temps du Sauveur: « Le léger char, dit-il, c’est le corps de chair que Dieu prit dans le sein d’une vierge; et alors, pour la première fois, tombèrent les idoles qui ne pouvaient soutenir la présence du Seigneur. » Quelques Pères 1 pensent que ce léger char pouvait être la sainte Vierge dans les bras de laquelle le Seigneur était porté, mais la plupart n'hésitent pas à admettre le fait du renversement des idoles. (De Castro, n, 542). Cette prophétie était célèbre chez les prêtres égyptiens et leur avait été transmise par Jérémie pendant son séjour en Égypte. De là vint, dit-on, la coutume des Égyptiens d’adorer une Viergejcouchée près d’un enfant. Dorothée, évêque de Tyr, raconte cette coutume et ajoute qu’un jour le roi Ptolémée demandant quelle en était l’origine, on lui répondit que ce mystère leur avait été transmis par leurs ancêtres qui l’avaient reçu d’un saint prophète. Saint Épiphane en dit autant. Pallade, au ive livre, et Évagrius parlent d’un temple à Hermopolis, dans lequel les idoles tombèrent.
On voit encore aujourd’hui au vieux Caire (l’ancienne Héliopolis) un monument authentique de l’indigence de la sainte Famille dans sa retraite ou plutôt dans la grotte qui lui servit de logement. Dans la vaste enceinte du mona¬
stère de Saint-Serge, appelée Deir-el-Nassara, de chaque côté du grand autel de la petite et pauvre église de ce monastère est un escalier de douze marches, par lequel on descend dans une chapelle ou grotte souterraine de 20 pieds de long environ sur 12 de large. Là, assure-t-on, habitèrent Marie et Joseph.
En quittant Héliopolis, la sainte Famille alla se fixer à une lieue et demie plus loin, au village de Matarich.
On raconte encore plusieurs miracles qui eurent lieu lorsqu’elle se fut arrêtée à sa destination ; on dit entre autres que Jésus se plaisait à modeler avec de la terre de petits oiseaux qui prenaient vie dans ses mains et qui s’envolaient vers le ciel.
L’arrivée de la sainte Famille n’était pas en Égypte un fait isolé; depuis la conquête assyrienne, les troubles et les malheurs qui avaient désolé la Judée engagèrent beaucoup de Juifs a s’établir dans ce pays. Une première émigration considérable s’était faite sous la conduite de Johannan, fils deKaréah, une autre sous Onias III, qui obtint de Ptolémée Philométor (181-146) et de Cléopâtre l’autorisation d’élever un temple au vrai Dieu près d’Héliopolis. Parmi les Juifs qui arrivaient en foule, il existait une coutume très-hospitalière qui avait pu déterminer ou peut-être même obliger Marie et Joseph de s’y diriger : chacun se réunissait la a ceux de sa profession, de sorte qu’un étranger pauvre et sans ressource, après s’être fait connaître de ceux qui exerçaient le même métier que lui, en obtenaient facilement quelque secours pour luimême et pour sa famille.
Séjour en Égypte. — L’Afrique possédait autrefois plusieurs sanctuaires de Marie dont il ne reste plus que des ruines et qui pourraient servir d’indication pouf les lieux où la sainte Famille a pu s arrêter, tels qu Héliopolis ou Matarich, Hermopolis, Memphis. L opinion la
NOTES ARCHEOLOGIQUES ET EXÉGETIQUES.
plus commune, fondée sur une tradition respectable, regarde Héliopolis comme le lieu ordinaire de leur habitation. (Champagnac, I, 741.) Héliopolis est à trois milles du Delta; c’est une ville riche, mais non fortifiée ; elle était située au pied occidental de l’Antiliban et avait une grande importance commerciale, se trouvant sur la route directe qui va de l’Egypte, de la mer Rouge, de Tyr vers l’Asie Mineure, la Syrie et l’Europe. Ses mines, étendues et magnifiques, sont de la période romaine. On montre près de là, à Matarich, le lieu désigné par la tradition comme séjour du Sauveur; on y voit un jardin arrosé par une petite fontaine, dans laquelle la sainte Vierge baignait l’enfant Jésus. Cette fontaine est en très-grande vénération, non-seulement auprès des chrétiens, mais aussi parmi les musulmans. Ceux-ci ont creusé un autre puits, le premier ne suffisant pas à l'arrosement de tout le jardin. Les Arabes espéraient que le voisinage de la fontaine de Jésus communiquerait à l’autre sa vertu fécondante ; mais, voyant qu’ils s’étaient trompés, ils firent une rigole pour faire passer l’eau du puits dans la fontaine de Jésus et mélangèrent les deux eaux. Cette fois, ils réussirent dans leurs espérances et le mélange des deux sources fertilise complètement le jardin. Jansénius affirme, d’après un témoin oculaire, que le lieu habité par la mère de Dieu est tellement en vénération chez les Sarrasins qu'ils y conservèrent en l’honneur de Jésus une lampe perpétuellement allumée. (Colvenerius, Sum. aur.} III, 767.) Quatre bœufs en tirent toute l’eau nécessaire; on fait remarquer aussi dans ce jardin un figuier dont le tronc, fendu par le milieu, est vénéré parce que la tradition rapporte que la sainte Vierge y faisait sécher les linges qu’elle venait de laver à la fontaine. (Bourassé, II, 543.) Cette tradition est acceptée par saint Thomas et Hippolyte de Thèbes.
Nous devons dire, toutefois, que tous les auteurs ne s’accordent pas à désigner Héliopolis comme le lieu de l’exil de l'enfant Jésus. Sandini pense que ce fut à Alexandrie, où se trou¬
vait une synagogue florissante et où la grandeur de la ville permettait de se cacher plus facilement. Cette raison n’est pas bien concluante, et si l’on admet que le séjour ne fut que de quelques mois, on ne doit pas le fixer loin de la frontière. (Trombelli, II, 20.)
Les écrivains ecclésiastiques ne paraissent pas plus d’accord pour la durée de l’exil que pour le lieu qui en fut témoin. Les uns le réduisent à une courte durée, les autres le prolongent à plusieurs années. Baronius parle de neuf ans ; Ammonius, saint Bonaventure, de huit ans; Barradius, Bède et Jansénius de Gand, de cinq ou six ans; Nicéphore, de trois ans; saint Epiphane, Tirinus et Maldonat pensent qu’il ne dura pas plus de deux ans.
Le texte de saint Matthieu ne s’oppose aucunement à ces diverses opinions. (Trombelli, II, 27.) Il paraît qu’Hérode survécut très-peu au massacre des innocents, deux ou trois mois au plus, peut-être seulement quelques jours, selon l’opinion de D. Calmet. Tant de traditions se rattachent en Egypte au séjour de Jésus et de Marie qu’on ne peut admettre qu’il ne dura que quelques jours; mais on peut croire qu’il fut de quelques mois; en effet, les saints exilés ne purent partir à l'instant de la mort d’Hérode et ils durent attendre qu’Archelaüs, après être allé à Rome solliciter la couronne, fût revenu en prendre possession.
§ 4. Massacre des innocents. — Les faits qui avaient eu lieu dans le temple et les paroles dites par Simon et Anne sur l’enfance du Christ s’étaient passés non dans un lieu obscur, mais dans la partie la plus fréquentée du temple. Hérode en eut connaissance et vit aussitôt qu’il avait été trompé par les mages, tandis qu’il croyait les avoir trompés lui-même. Il reconnut par là plus certainement les progrès de cette opinion fondée sur l’interprétation et l’accomplissement des prophéties qui signalait la naissance et ladomination d’un roi de Juda (Josèphe, I, vii. De Bell., p. 12). Aussitôt ce roi, naguère si
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effrayé par les paroles des mages, entre dans une grande fureur et emploie tousses soins à s’emparer de l’enfant mort ou vif. Il était poussé à cet épouvantable forfait par une prédiction de quelques pharisiens et d’autres flatteurs qui lui avaient dit qu’il possédait le trône par arrêt divin. Aussi les appelait-on hérodiens parce qu’ils disaient au peuple et à Hérode qu’il était le vrai Messie, puisqu’il avait le premier obtenu le pouvoir après que le sceptre eut été enlevé à Juda, selon la prophétie du patriarche Jacob. Voyant qu’il ne pouvait découvrir l’enfant que la Providence avait mis à l'abri, agité par les Furies, Hérode prépare son crime et le met immédiatement à exécution; évaluant exactement le temps indiqué par l’apparition de l’étoile aux mages et comprenant tout celui qui s’est écoulé depuis, il condamne à morttousles enfants nés à Bethléem pendant cette durée de deux ans, et, sous quelque prétexte les ayant rassemblés, il les livre à ses satellites, afin detre sûr d’égorger ainsi le Christ.
Les parents de Jean furent effrayés de cette cruauté et craignant que la voix publique n’apprît à Hérode ce qu’il était et ne lui inspirât aussi le dessein de le faire mourir, ils le cachèrent aussitôt. Elisabeth s’enfuit dans la montagne, cherchant une retraite sûre. Comme elle gémissait de ne pas trouver de lieu convenable, une grande voix, disent les apocryphes, s’éleva près d’elle et cria : « Montagne de Dieu, reçois la mère et le fils. » Et aussitôt la montagne s’ouvrit et leur offrit à tous deux un refuge.
Le massacre dut avoir lieu non loin de là, et
saint Épiphane (Rosier de Marie , IX, 152) rapporte dans sa description des lieux saints qu’il existait deux grottes à deux lieues de Jérusalem, vers l’Occident, près d’Aïn et de la demeure de Zacharie, qui étaient remplies de cadavres des saintes victimes.
Hérode, ne pouvant saisir Jean, rejeta sa fureur sur son père. (Voy. saint Épiphane.) Les scribes et les pharisiens entrèrent dans cet abominable désir; ils ameutèrent dans le temple le peuple contre Zacharie, parce qu'il avait annoncé que le fils de Marie était vraiment le Christ, qu’il était né d’une vierge, et ils tuèrent le saint prêtre entre le temple et l’autel. Son sang, si l’on en croit la renommée, en rougit encore longtemps les pierres ’.
On aurait peine à comprendre cette série de forfaits, si l’on ne savait le peu de cas que l'on faisait alors de la vie d’un homme, surtout dans l’enfance ; voici ce que dit, par exemple, Suétone 3 : « Peu de mois avant la naissance d’Auguste, un prodige ayant annoncé publiquement à Rome que la nature était en travail d’un maître pour le peuple romain, le sénat épouvanté ordonna qu’aucun enfant mâle né dans l’année ne serait conservé3. »