‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 264 sur 458 · CH. X. — ENSEVELISSEMENT · texte numérisé non relu

CH. X. — ENSEVELISSEMENT

La même plaque nous offre, au-dessous de cette déposition, l'Ensevelissement de Notre- Seigneur. La sainte Vierge prend sur ses genoux et serre dans ses bras le corps inanimé qu’elle inonde de larmes et de baisers ; saint Jean, par derrière, relève une des mains qu’il embrasse; deux disciples soutiennent les pieds. A gauche, le tombeau taillé dans le roc est ouvert et on aperçoit au-dessus la sainte Vierge et Madeleine qui viennent rendre le suprême devoir à Jésus. Dans le haut, les quatre anges que nous avons remarqués dans la déposition semblent voler à tire-d’aile vers ce rendez-vous funèbre.

Bibliothèque nationale, n° 7 4- (Pl* XVI.) — Rappelons ici une miniature que nous avons déjà publiée parmi les monuments de l’Evangile (Év., pl. XCI) et qui nous offre, quoique peinte deux siècles plus tard, une imitation presque servile du manuscrit 510.

Mon\a. — Frisi, dans ses Memorie storiche di Mon^a (t. III, p. 62), décrit ainsi la couverture d’un évangéliaire de la cathédrale de Monza, donné au xie siècle par Aribert, l’archevêque de Milan dont nous avons déjà admiré une des offrandes :

« Le corps de Notre-Seigneur détaché de la croix est reçu par la sainte Vierge. (S. Maria.) Cette couverture a deux faces ; la première représente une descente de croix. La croix en occupe presque toute l’étendue, le Nazaréen est à moitié détaché ; ses reins sont couverts d’un colobium court. Un homme vêtu d’un riche manteau, auprès duquel on lit Joseph, et qui ne peut être que Joseph d’Arimathie, soutient le corps de Jésus. Un autre homme, au-dessus duquel on lit Nicodemus, enlève avec des tenailles les clous qui retiennent encore les pieds attachés. Aux deux côtés de la croix, on voit la sainte Vierge et saint Jean sur des tabourets; leurs nimbes sont gemmés. La sainte Vierge porte une longue tunique ; ses mains élevées sont couvertes par le manteau qui lui descend sur la tête en signe de douleur. Le disciple bien-aimé essuie

ses larmes avec un linge. Au-dessus de la croix apparaissent les deux anges, Michel et Gabriel, dont l’un essuie ses larmes avec son manteau, enfin le soleil et la lune. Cette sculpture en or est couverte et entourée de pierres précieuses et de perles très-habilement enchâssées. Le manuscrit a été emporté avec plusieurs autres de Monza par Bonaparte; sous la Restauration, ces manuscrits ont été restitués, à l’exception de l’évangéliaire qui ne se trouve plus cependant à Paris. Il aura sans doute fait partie du vol considérable dont notre bibliothèque a été victime au commencement de l’Empire.

Freising. — En 1051, l’évêque Ellenhard de Freising fit don à son évêché de deux évangéliaires dont les couvertures sont ornées de reliefs en ivoire, avec encadrement de bandes de laiton gravées. L’un d’eux représente le Crucifiement, la Déposition et l’Ensevelissement. Ces deux dernières scènes sont réunies dans le compartiment du bas; c’est toujours la même donnée, surtout pour l’attitude de Marie. Le sculpteur a mis saint Jean derrière la sainte Vierge, pour laisser place à l’Ensevelissement qu’il a figuré à droite. Le Sauveur, enveloppé dans le suaire, ressemble à la figure du manuscrit 510, sauf qu’ici le suaire est ramené sur la tête et lui cache les cheveux. Cet ivoire est peu correct comme dessin, les figures sont d’une mauvaise proportion et l’on y remarque des défauts de perspective très-choquants. (Forster, II, 22.)

Porte de Saint-Paul. (Pl. XLIX.) — Laporte de Saint-Paul nous offre une disposition un peu différente; la sainte Vierge, comme toujours, à droite de Notre-Seigneur; Joseph d’Arimathie derrière lui; Nicodème monté sur une échelle double détache la main droite, saint Jean baise les pieds.

Deux anges, à mi-corps, remplissent les vides laissés par les bras de la croix.

S. cdngelo-in-formis. — L’église Sant-Angelo-in-formis, près Capoue, nous fournit un

ICONOGRAPHIE

Ensevelissement de 1073, qui mérite notre attention et qui sort de la donnée habituelle; la mère de Dieu ensevelit elle-même son fils, elle tient elle-même, avec un soin infini, la tête, qu’elle va poser dans le sépulcre ; tout est simple, paisible, en un mot, évangélique1.

XIIe SIECLE.

Rocher de V Egsterstein. — - A l’Egsterstein en Westphalie, près du champ de bataille d’Arminius, sur la roche d’une des grottes qui s’y trouvent, on voit sculptée en bas-relief une Descente de croixdans des conditions qui 11e sont pas ordinaires. Au centre, la croix; Joseph d’Arimathie, monté sur une sorte de palmier recourbé, embrasse la croix de son bras droit, il soutient du gauche le corps de Notre-Seigneur, qu’il vient de détacher et que reçoit Nicodème. La raideur de la pose du Crucifié semble indiquer que les pieds sont encore attachés ; la sainte Vierge, de ses deux mains, supporte la tête de son fils; à l’opposé, saint Jean tient l’Évangile de la main gauche et élève la droite en signe de douleur. Au-dessus le Verbe éternel 2, couronné d’un nimbe crucifère, tenant en main une petite croix, prend son âme entre ses bras et bénit les pieux disciples qui rendent à son corps les honneurs funèbres ; ainsi se trouvent figurés dans cette scène le corps, l’âme et la divinité de Jésus- Christ. Ce bas-relief, compris sa partie inférieure toute mystique, que nous n’avons pas décrite, a 4 mètres de large sur 5™, 17 de hauteur. C’est, dit Forster, un des monuments le plus remarquables de la sculpture allemande du commencement du moyen âge. Une inscription indique

1. Yoy. Hemans, Mediœval christianity } 172. Crow , and Cavalcaselle. — Jameson, History of our Lord. — Quast et Schultz, Deukmæler der Kunster.

2. M. Forster croit voir dans cette figure, malgré son nimbe crucifère, le Père éternel, auquel s’adresse cette prière : « Mon père, je mets mon âme entre vos mains. » Mais, outre que les figures du Père éternel avec un tel nimbe sont fort rares, je ne sais si 011 pourrait nous en citer une seule qui tienne la croix à la main. — Forster, I, 40.

que la chapelle fut consacrée en 1115; il est probable que le bas-relief date de cette époque.

C 4mbon de San-Leonardo. (PI. XL1X.) — Un ambon qui se trouvait à Florence dans l’église San-Pietro-Scherragio avant que la construction des offices n’ait amené, avec la démolition du sanctuaire, la translation de ce monument à San-Leonardo-in-Arcetri, nous offre une Descente de croix dans les données ordinaires. Le Christ, affaissé sur l’épaule de Joseph d’Arimathie, abandonne son bras aux baisers de sa mère. Nicodème arrache les clous des pieds, Jean paraît par derrière et les deux anges à micorps déploient leurs ailes au-dessus de la croix; au fond de ce bas-relief, on a placé des arabesques de marbre blanc incrustées sur marbre noir ; la croix elle-même est dessinée de cette façon et tout ornée de losanges blancs. Audessous des personnages on lit leurs noms :

MARIA — IOSEPH — NICHODEMVS — IOANNES

et un peu plus bas ce vers :

Angeli pendentem deponunt cuncta regentem.

Rome. Musée chrétien. (Pl.XLIX.) — Une pâte de verre, conservée au Vatican, nous offre aussi l’image d’une Descente de croix; comme dans les autres scènes semblables, que nous venons de passer en revue, l'un des deux disciples embrasse le corps du Sauveur pour le descendre, l’autre tient les tenailles. La sainte Vierge et saint Jean ont tous deux saisi les mains divines qu’ils couvrent de baisers. Dans le haut, deux étoiles remplacent les anges qu’on y voit ordinairement.

La partie inférieure est plus difficile à déterminer; elle retrace sans doute l’histoire d’un saint, dont les bras sont liés à des poteaux et que des fidèles s’occupent de détacher ; c’est F histoire d’un martyre dont l’analogie avec celui de Jésus a fait rapprocher les deux représentations ; on lit entre les figures : vis dei btolomei.

Une pâte exactement semblable, mais mieux conservée, appartient à M. Basilewski ; les uns

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