CH. X
PENTECOTE.
fragments d’histoire qu’il écrivit d’après saint Jérôme, s’exprime ainsi: « Jacques vint en Espagne, la 36e année de la nativité du Christ et la 40e année il laissa Athanase à Saragosse et Pierre àBragacomme évêque. » Athanase, 62e patriarche d’Antioche, écrit en arabe le 17 du mois d’avril au sujet de son martyre : « Ce jour, Jacques, frère de Jean, fils deZébédée, fut soumis à beaucoup de supplices, après qu’il eût été dans la ville d’Andiat et qu’il eût étonné les hommes par ses miracles, et les eût convertis à la connaissance du fils de Dieu. Revenu en Palestine, il prêcha dans beaucoup de villes. »
On pense que la ville d’Andiat, appelée par Ptolémée c dndosus, et vulgairement Andosilla, était située près de Saragosse. Venance, Fortunat, Isidore évêque de Séville, Bède, Léon III, Ramire roi d’Espagne, Calixte II, Othon des Frisons, Jean Betelh, etc., témoignent tous du voyage de saint Jacques en Espagne. Léon III dit entre autres que, lorsque saint Jacques vint en Espagne pour y prêcher l'Évangile, il emmena avec lui quelques disciples et qu’il en laissa deux en Galice lorsqu’il retourna à Jérusalem. Après son exécution ordonnée par Hérode, son corps fut reporté en Espagne et y devint l’occasion de miracles signalés. Les deux disciples qu’il avait laissés, Théodore et Athanase, qui n’avaient jamais abandonné son tombeau, y furent ensevelis à côté de lui, à sa droite et à sa gauche. Son corps repose à Compostelle.
Cette histoire de saint Jacques a été traitée par une foule innombrable d’auteurs. Il résulte des discussions dont elle a été l’objet, que saint Jacques fut tué neuf ans après la mort du Christ et que par conséquent, dans cet intervalle, rien ne l’empêche d’ètre venu en Espagne et d’y avoir séjourné de l’an 36 à Lan 40. On a objecté que les apôtres ne se sont dispersés que dix ans après l’Ascension; mais il s’agit de la dispersion totale et il est probable qu’auparavant une partie des apôtres était allée chez les nations et une autre partie était restée en Judée.
On a dit encore que saint Pierre et saint Paul ont été en Espagne et non saint Jacques ; on J
peut croire qu’ils y ont été tous trois ; d’ailleurs rien ne saurait infirmer la tradition de toute l’Espagne, des églises étrangères et de l’Église romaine. (De Castro, II, 625.) En nous occupant des sanctuaires de Marie, nous verrons que de fortes raisons nous font supposer que son culte fut institué de son vivant même à Saragosse, le centre d’où il s’est répandu dans toute l’Espagne.
§ 7 et § 8. I. a paix de l’Église ne pouvait être de longue durée. Saint Jacques fut décapité lorsque la Pâque approchait. Pierre, également arrêté, allait être tué après la fête; mais sur les prières de Marie et de toute l’Église, il fut miraculeusement sauvé par un ange et conduit à la maison de Marie, mère de Jean-Marc, où se trouvaient en prière la mère de Jésus, Jean et beaucoup d'autres. Comme il frappait à la porte, une jeune fille nommée Rhode vint pour écouter. Dès qu’elle reconnut la voix de Pierre, transportée de joie, elle n’ouvrit pas, mais rentrant en courant elle annonça que Pierre était à la porte. Ils lui dirent : « Tu es folle ! » mais elle assurait qu’il en était ainsi, sur quoi ils disaient : « C’est son ange »; cependant Pierre continuait de frapper et, quand ils eurent ouvert, ils le virent et furent dans la stupeur. Mais lui, leur faisant de la main signe de se taire, raconta comment le Seigneur l’avait tiré de la prison, et il dit : Annoncez ces choses à Jacques et à nos frères, et étant sorti il s’en alla dans un autre lieu. (Act., XII, 12-17.)
De ce qui précède et de tant de circonstances particulières rapportées par saint Luc, on voit clairement que saint Pierre habitait dans cette maison de Marie, où la servante le reconnaît si promptement à sa voix.
g 9. Les actes du concile d’Éphèse constatent que, lorsque Jean fut à Éphèse, Marie l’accompagna. (De Castro, II, 632.) C’est peut-être alors que saint Paul vint à Jérusalem, où il ne vit pas d’autres apôtres que saint Pierre et saint Jacques, chez lequel il demeura quinze jours.
NOTES ARCHEOLOGIQUES ET EXEGETIQUES. 237
La sainte Vierge était donc absente avec saint Jean, car saint Paul, s’il l’eût vue, n’aurait pas manqué d’en faire mention. Saint Jean, qui avait conduit la sainte Vierge à Ephèse pour la mettre à l’abri de la persécution d’Hérode, revint avec elle quand ces rigueurs s’apaisèrent. (Bourassé, Sum. aurea, VIII, 9.)
Nous avons déjà parlé du baptême de la trèssaintè Vierge, que les légendaires n’ont pas exceptée de la loi commune; mais des auteurs pensent qu’il faut attribuer cet événement à l’époque de la dispersion des apôtres. » J’ai consulté, dit un grave écrivain, les monuments les plus anciens qui nous soient parvenus des temps apostoliques, et j’ai trouvé dans les écrits du savant et sage Sophronyme que la divine Vierge reçut l’eau du baptême des mains de l’apôtre saint Pierre ; et si l’on pensait que Marie, qui n’avait point apporté en naissant la tache originelle, ne dut pas avoir besoin du sacrement qui l'efface, que faudrait-il dire de Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, qui recevait de saint Jean le baptême de la pénitence?
§11. On conçoit dans l’Église naissante le saint attrait qui poussait tous les hdèles à voir Marie; nous pouvons citer à l’appui de ce fait la lettre de saint Ignace à saint Jean. En supposant même que cette lettre ne soit pas du saint évêque d’Antioche (martyrisé en 107), il est incontestable du moins qu’elle est fort ancienne et qu’elle exprime la pensée des premiers chrétiens : « Il y a ici beaucoup de nos femmes qui désirent voir la mère de Jésus et qui, chaque jour, veulent s’éloigner de nous pour courir vers vous... Elles nous font vivement désirer à nous-mêmes de voir ce prodige céleste et de jouir de ce spectacle sacré, si cela est permis. Toi, dispose avec diligence la chose suivant notre désir. Adieu, ainsi soit-il. 1
Dans une seconde lettre, il disait encore : u S’il m’est permis, je veux monter vers toi, vers Jérusalem, et voir les saints hdèles qui sont là, et surtout la mère de Jésus que tous disent admirable, que tous désirent vénérer. Quel homme
en effet ne se réjouirait de voir, d’entretenir celle qui a enfanté le vrai Dieu, s’il aime notre foi et notre religion ! «
§ 12. Des auteurs d’une grande autorité rangent saint Denys l’Aréopagite parmi les premiers pèlerins de Notre-Dame, et prétendent qu’il écrivit à saint Paul au retour de Jérusalem pour le remercier de l’avoir introduit en présence de la sainte Vierge. On a, il est vrai, contesté l’authenticité du livre de saint Denys De divinis nominibus , mais depuis douze siècles il est reçu sous son nom, et ce qui lui donne encore plus de force, c’est que saint Thomas d'Aquin y puise des arguments. Les œuvres de saint Denys sont citées par saint Grégoire le Grand dans le concile de Latran sous Martin. Quoi qu’il en soit, son ancienneté rend cette lettre vénérable, et elle mérite d’être traduite ici :
« Je ne croyais pas, je l’avoue devant Dieu, ô très-grand prince, qu'en dehors du Dieu souverain et très-bon, il pût exister, ni même être imaginé par les hommes ce que j'ai vu de mes propres yeux, non-seulement des yeux de mon esprit, mais des yeux de mon corps, cette divine et très-sainte mère de Notre-Seigneur Jésus- Christ, supérieure à tous les esprits célestes. J’ai pu la voir, grâce à la bonté de Dieu, à l’autorité du souverain apôtre, à l’infatigable bienveillance de la vénérable Vierge; je l’avoue, je le répète devant la toute-puissance de Dieu, devant la clémence du Sauveur, devant la glorieuse majesté de la Vierge, sa mère, lorsque Jean, sommet des évangélistes et des prophètes, qui, sous le corps qu’il habite, brille comme le soleil dans le ciel ; lorsque Jean me conduisit dans la divine présence de la très-haute Vierge, une immense et divine splendeur m'environna à l’extérieur et rayonna dans tout mon intérieur; une telle exhalaison de tous les parfums me remplit, que ni ce malheureux corps ni l’esprit ne purent supporter le poids de cette entière et éternelle félicité. Je sentis défaillir mon cœur, défaillir mon esprit accablé par la gloire d’une telle majesté. J'en prends à témoin Dieu qui