‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 283 sur 458 · Ab. Lecanu, p · texte numérisé non relu

Ab. Lecanu, p

toire n’oublie plus ce tombeau. Bède, en décrivant les lieux saints, est très-précis comme on l’a déjà vu.

Saint Jean Damascène rapporte que Juvénal envoya scellées de son sceau les reliques du tombeau et les vêtements de la sainte Vierge à Constantinople et que l’empereur les fit placer dans l’église de Blaquernes.

Adamnan, moine irlandais qui a voyagé en Palestine sur la fin du vne siècle, dit que, dans la vallée de Josaphat, on montre le tombeau dans lequel le corps de la sainte Vierge fut enseveli; mais qu’à présent il est vide sans qu’on puisse savoir ni quand, ni comment, ni par qui il en a été retiré.

vme siecle. — Saint Villibalde, évêque d’Aischtat (740), raconte dans son Voyage en terre sainte qu’il vit le tombeau de la sainte Vierge vide; — ailleurs, qu’il croit que le tombeau n’est qu’un monument à sa mémoire. Il vit aussi à l’entrée de Jérusalem une haute colonne surmontée d'une croix en souvenir du miracle des mains clouées.

xie siecle. — Saint Fulbert, de Chartres (1028), raconte que la sainte Vierge ayant été ensevelie dans la vallée de Josaphat, les fidèles voulurent visiter ses reliques, mais qu'ils ne trouvèrent plus rien dans son tombeau.

xne siecle. — Jean de Wirtzbourg visita le tombeau au xne siècle; il compare le sépulcre de la sainte Vierge à un ciborium construit au-dessus d’un tombeau ; la comparaison est assez juste et rend assez bien compte de l’évidement du rocher tout autour de la chambre sépulcrale. Le saint édicule était recouvert de plaques de marbre, d’ornements en or et en argent. On y lisait en outre l’inscription suivante :

Hic Josaphat vallis , hic ad sidéra callis .

In domino fuit a fuit, hic Maria sepulta;

H inc exultât a ccelos petit invio lata ,

Spes captivorum, via, lux et mater eorum.

NOTES ARCHÉOLOGIQl

Les murs de l’église étaient couverts de peintures et de légendes en vers; le fond de l’abside représentait la sainte Vierge assise au milieu des anges. Les pièces de vers qui accompagnaient ces tableaux étaient des hymnes en l’honneur de Marie; en voici un exemple :

Matris Christi dignitate Et excelsa potestate Est repertus Julianus,

Sævus hostis et profanus Transfuga et perfidus.

Sed nunc miser luit pœnam Deturbatus in gehennam,

Nam ut pia mater jussit,

Christi martyr hune percussit Lancea Mercurius.

Salvatrici sit reginæ Laus et honor sine fine,

Quæ elegit hic humari.

Hoc thesauro nobis dan Poterat quid melius ?

Le père Nau raconte que les sépultures de saint Joachim, de sainte Anne et de saint Joseph se trouvaient dans la même église.

Cette église elle-même, d’un gothique authentique, nous relie aux tetnoignagnes qu’on vient de lire et nous dispense de descendre au-dessous du xne siècle, pour connaître l'histoire de ce tombeau construit par les apôtres, enfoui sous les décombres du siège de Jérusalem, retrouvé au ive siècle et salué par tous les pèlerins jusqu’aux croisés, qui le restaurèrent.

§2. — Un homme de la classe des prêtres, atteint de folie, à la descente de la montagne se précipite comme un furieux sur le cercueil, et saisissant le lit avec ses mains s’efforce de le renverser. Mais aussitôt il est puni par la vengeance divine, et ses mains coupées pendent au cercueil; reconnaissant sa faute, il demande son pardon avec larmes. Pierre fait arrêter le convoi, et, prenant les mains détachées, il les rapproche du bras de ce malheureux, qui s’éloigne sain et sauf. Le cortège funèbre arrive entin à Gethsémani, où se renouvellent les embrassements, les louanges, les hymnes sacrés, les génuflexions et

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les larmes; alors le corps est placé dans son glorieux tombeau b

§ 4. — C’est une doctrine catholique : i° que la sainte Vierge, malgré son éminente sainteté et bien qu’elle fût exempte de tout péché, même de la faute originelle, a subi la loi commune de la mort; 20 que son âme bienheureuse reprit peu après le corps qu’elle avait quitté et que cette chair immaculée ne fut point soumise à la corruption du tombeau. Cependant l’Église n’a jamais imposé cette croyance comme un article de foi2.

Il existe deux sortes de preuves : les unes naturelles et historiques, s’il y eut des témoins oculaires du miracle; les autres provenant de révélations divines, s’il s’est passé dans l’ombre et le mystère. Cette dernière classe de preuves est la plus solide ; c’est par ce moyen que le fait de l’immaculée Conception, fait en dehors de toutes les voies naturelles d’investigation, nous est cependant connu avec une certitude inébranlable.

« J’avouerai, dit M. Lehir, qu’il s’est conservé peu de documents qui déposent en faveur de l'Assomption pendant les cinq premiers siècles, j’écarte les pièces apocryphes; s’il en a existé d’autres plus sérieuses, le temps nous les a ravies, mais la tradition orale y suppléait3. Les évangiles apocryphes sont souvent remplis de grandes beautés ; ils ont inspiré des pages magnifiques aux poètes et aux peintres. En général, cependant, ce sont des compositions erronées, entachées d’hérésie, et presque toutes l’œuvre du gnosticisme4.

Une des preuves matérielles de l’Assomption, c’est qu’aucun peuple, aucune ville ne se soit

x. De Castro, II, 669.

2. Trombelli, dans sa Vie de la sainte Vierge, cite à l’appui de cette croyance un texte de Cyrille Lucas qu’il a pris pour Cyrille d’Alexandrie.

3. Comme sur plusieurs autres points de la doctrine, on ne saurait trop rappeler l’importance de cet enseignement oral, dont certains catholiques, égarés par l’habitude de tout chercher dans les livres, oublient quelquefois de tenir compte.

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