‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 289 sur 458 · De Latour, Séville et V Andalousie · texte numérisé non relu

De Latour, Séville et V Andalousie

te prions d’offrir à Dieu nos larmes et d'intercéder pour nous auprès de lui, comme ton propre fils . Cette terre nous voit encore affligés, persécutés, assaillis d’outrages, chargés d’opprobres, travaillés de la faim, de la soif, de l’insomnie, plongés dans les fers. Mais toi, dans les royaumes célestes, tu marches devant le chœur des Vierges, inaccessible désormais aux séductions de la chair, et, parmi la blancheur des lis et le parfum des roses, tu les convies à boire aux sources éternelles de la vie. Dans cette bienheureuse patrie des élus, revêtue de la dignité du premier rang, tu foules les plantes couvertes de rosée ; tu vas de ton pied délicat par les doux sentiers, par les prairies dorées du paradis, et de ta chaste main tu cueilles des violettes incorruptibles. Tu chantes sans fin, unie aux chœurs suprêmes ; compagne des anges et des archanges, d’une voix infatigable tu ne cesses de crier : Sanctus ! Ornée de perles et de pierres précieuses, tu pénètres dans le lieu où repose le Roi des béatitudes. Un trône royal est placé pour toi par les anges dans la cour du Roi éternel, et le Roi lui-même, le Roi des Rois, qui te chérit entre toutes, t’associe à sa gloire par le baiser de son amour, comme sa vraie mère et sa gracieuse épouse. Faut-il s’étonner si le Dieu qui règne dans les cieux daigne, avec toi, partager ses joies, quand tout petit et né homme de toi, il fut tant de fois, sur la terre, couvert de tes baisers?...1

Ve SIECLE.

Juvenal. (399-453-) — Il est bon de rappeler ici, quoique nous l’ayons déjà mentionné, le témoignage si important de Juvénal, archevêque de Jérusalem. Consulté par l’empereur Marcien et son épouse Pulchérie au sujet de l’Assomp-

1. OEuvr. compl. de saint Augustin, XX, 350, éd. de Louis Vivès, 1873.

Je dois dire que les savants ne croient pas ce sermon du saint docteur. Les pères de Louvain vont même jusqu’à l’attribuer à saint Fulbert, évêque de Chartres.

TEMOIGNAGES

tion de la sainte Vierge, il réunit un grand nombre de Pères; après les avoir consultés, il répondit que l’Église de Jérusalem savait d’une antique tradition qu’au moment de la mort de la sainte Vierge les apôtres accoururent à Jérusalem des diverses parties du monde, qu’ils restèrent trois jours auprès du tombeau de la mère de Dieu, et qu’alors, l’ayant ouvert, ils trouvèrent seulement les linges de l’ensevelissement et qu’on n’y vit plus aucune trace de son corps.

On croit que ce tombeau, oublié sous les décombres, avait été, peu de temps avant, retrouvé par une inspiration divine.

VIe SIECLE.

Saint Grégoire de Tours. — Saint Grégoire de Tours, mort en 595, semble avoir eu devant les yeux la légende, lorsqu’il dit qu’après l’Ascension du Sauveur, les apôtres, qui étaient dispersés dans toutes les parties du monde, se rendirent miraculeusement à Jérusalem au temps du trépas de la sainte Vierge; comme ils étaient, pendant la nuit, occupés à veiller auprès d'elle, tout d’un coup le Seigneur Jésus arriva avec ses anges et, ayant pris l’âme de la sainte Vierge, la mit entre les mains de l’archange saint Michel, puis se retira. Le lendemain, de grand matin, les apôtres levèrent le corps de la sainte Vierge avec le lit où elle avait rendu l’esprit et le portèrent à son tombeau, auprès duquel ils attendirent l’arrivée du Seigneur. Il arriva bientôt après, enleva le saint corps dans les nues et le lit porter dans le paradis, où, étant réuni à son âme, il jouit avec les élus d’un bonheur éternel l.

Bède, qui est mort en 735, a aussi connu le livre du trépas de la sainte Vierge.

1. Greg. Tuvon, t. I. c, iv, De glona Martyr., p. 724, F.d. Ruinart.

La créance de la résurrection de la sainte Vierge a été reçue chez les Grecs de meilleure heure, et plus constamment que dans l’Église latine. Le plus ancien monument est un livre qu'on a attribué à saint Jean et qui, selon toute apparence, doit avoir la même origine que celui que nous avons sous le nom du faux Méliton.

Ce livre du Passage de la Vierge était assez peu connu encore au vu® siècle; car André de Crète pensait que les anciens n’avaient rien écrit du trépas de la sainte Vierge.

VIIe SIECLE.

Modeste. — Modeste, qui vivait au vne siècle, et peut-être le premier des Grecs qui ht un sermon sur l’Assomption, dit que le corps de Marie fut porté à travers Jérusalem par les apôtres, qu’il fut déposé dans un tombeau de la vallée de Gethsémani, qu'il n’y éprouva pas la corruption, qu’il ressuscita et monta au ciel, que le tombeau de Marie est honoré par le concours des peuples et qu’on y remarque les vestiges de son corps imprimé dans la pierre, non de la main des hommes, mais d’une manière miraculeuse. — Qu’en ressuscitant elle laissa dans son tombeau les linges dont son corps était enveloppé; qu'on y entend depuis ce temps un certain bourdonnement; que le corps de Marie était haut de trois coudées (quatre pieds et demi). Les voyageurs remarquent qu’on descend dans ce sépulcre par quarante-huit ou cinquante marches, ce qui peut servir à expliquer le bruit.

VIIIe SIECLE.

Bede. — Le vénérable Bède (672-735) s'exprimait déjà en ces termes sur cet incomparable privilège de Marie :

« Aujourd’hui, frères très-chers, nous célébrons la fête de sainte Marie, mère de Dieu, qui, à pareil jour, passa de ce monde au ciel,

CH. XI

ASSOMPTION

afin de prier son Fils pour nous, car ce monde serait anéanti s’il n’était soutenu par la prière de sainte Marie. Nous lisons, en effet, que Marie, étant montée au ciel, ne cesse de se tenir en présence de Dieu. Elle répand des prières pour nos péchés, elle appuie les justes de peur qu'ils ne tombent; elle réconforte les pécheurs de crainte qu’ils ne périssent... » Bède rappelleici l’histoire d’un clerc de Rome vivant sous le pape Zéphirin et très-dévot à la sainte Vierge. Comme ses parents le poussaient vivement à se marier, la sainte Vierge lui apparut, lui reprochant de n’être pas fidèle à la continence, et depuis cette grâce insigne il se consacra avec tous ses biens au service de Dieu et de sa sainte Mère.

Il ajoute : « Lorsque fut venu le jour où le le Seigneur voulut la faire sortir du monde, il l’appela : « Viens à moi ma bien-aimée, mon « épouse, ma mère; il est temps que je t’élève « au-dessus de tous les anges et archanges, au- « dessus de toutes les vertus qui sont dans le « ciel, et que tu sois sans cesse en ma présence.

« Au jour du Seigneur je te porterai dans le « ciel. » Marie aussitôt vint annoncer à Jean ce que le Seigneur lui avait dit. Alors le bienheureux Jean se mit à dire : « Prions, afin que a Notre-Seigneur, ton Fils, nous envoie tous les « apôtres, pour qu’ils te servent. » Or, comme ils priaient, tous les apôtres, en quelque lieu qu’ils fussent, se virent transportés devant la porte de la maison où était la bienheureuse Marie et restèrent avec elle jusqu’au moment ou son fils l'emporta dans le ciel, où elle est maintenant en sa présence, ne cessant de prier pour les pécheurs.

« Hâtons-nous donc, de toute notre âme, de nous réfugier auprès d’elle, afin que par ses prières elle nous conduise à ces joies célestes qu’elle goûte maintenant sans fin avec son Fils. »

Saint Germain. — Germain, patriarche de Constantinople au commencement du vme siècle., appelle Marie sa rosée céleste, son guide, sa force, son trésor, son remède, son espérance, son secours, sa défense, son espoir ; il ne croit !

pas qu’elle ait éprouvé la corruption du tombeau, mais que son corps a été ravi au ciel par le ministère des anges.

Jean de Damas. — Voici un passage d’un sermon de saint Jean Damascène : « La bouche de l’homme, les esprits célestes ne pourront jamais dignement célébrer la gloire de celle par qui il nous est permis de contempler dignement la gloire du Seigneur.

« Par quelles paroles pourrais-je m’adresser à vous? De quelles louanges couronnerai-je votre tête sainte et vénérée, vous qui répandez sur nous vos bienfaits et vos faveurs, vous qui êtes l’ornement du genre humain et la gloire de toute créature, vous par qui la créature est devenue véritablement bienheureuse? Et, bien que votre corps ait été pour quelques instants enveloppé des ombres de la mort, en sortant de votre corps vous êtes rentrée en la présence du Seigneur... Pendant les pieuses funérailles de votre corps saint et sans tache, les anges s’empressaient de vous rendre les hommages que méritait la mère de leur Dieu; les apôtres et toute l’Eglise chantaient ces hymnes divins que le Saint-Esprit avait inspirés aux prophètes. »

Voici encore quelques extraits d’une des homélies du même saint, relatives a l’Assomption :

« Mais toi, sacré tombeau de la mère de Dieu, le plus saint de tous les sépulcres après celui du Seigneur, qui a fait éclore l'auteur de la vie et qui a été la source d’où est émanée la résurrection, où donc est l’or si pur que les mains des apôtres déposèrent dans ton sein? où sont les inépuisables richesses? où est le noble sanctuaire qui a reçu un Dieu? où est la table vivante? où est le livre nouveau dans lequel, par un prodige ineffable et sans l’effort d’aucune main, le Dieu Verbe a été inscrit? où est l’abîme de grâce? où est la fontaine qui a produit la vie? où est enfin ce corps si beau, si pur, si aimable de la mère de Dieu?

TEMOIGNAGES

« — Pourquoi cherchez-vous dans le sépulcre celle qui a été ravie dans les tabernacles célestes? pourquoi me demandez-vous compte du trésor qui m'avait été confié? Je n’ai point assez de forces pour résister aux ordres divins. Laissant le suaire qui l'enveloppait, ce corps sain et sacré, après m'avoir sanctifié, après m’avoir rempli du plus suave parfum, après avoir fait de moi un temple divin, a été arraché d’ici et transporté aux deux, où l’accompagnaient les anges, les archanges et toutes les vertus célestes1.

Les Églises syrienne, égyptienne ont connu le livre du Passage de la Vierge, et ont cru à sa résurrection. Abedjésu dit que le corps ne fut pas mis dans le tombeau, mais que les anges le transportèrent dans le paradis terrestre. — Un historien nommé Siméon dit que saint Jean Chrysostome obtint de Dieu la résurrection de la sainte Vierge et celle de saint Jean.

André de Crete. — Voici une belle prière qu’André de Crète adressait à la sainte Vierge dans son discours, De dormitione Deiparœ :

« Apaisez, ô mère de miséricorde, le juste courroux de votre fils par vos prières et rendez-le favorable aux communes misères de notre nature, auxquelles vous avez autrefois pris part. Car pendant que vous viviez sur cette terre, votre humanité n’occupait qu’une petite portion de cette terre; mais maintenant que vous avez été élevée de cette terre au plus haut des deux, tout le monde vous regarde comme son universelle avocate. Et puisque vous avez la bonté de ne point dédaigner ce que nous tâchons de faire ; en votre honneur, pour récompense de nos chétifs efforts, donnez-nous le secours de vos très-saintes prières envers notre Dieu et souverain Seigneur; prières que nous tenons plus chères et plus précieuses que tous les trésors de la terre; prières par lesquelles Dieu se rend propice à nos péchés et nous donne une abondance de ses grâces pour avancer au chemin de la vertu; prières par lesquelles les

i. Colombet : Livre de Marie.

desseins des peuples barbares armés contre nous sont confondus et leurs machines de guerre, leurs lances et leurs flèches demeurent inutiles... » (Abelly, p. 145c.)

IXe SIECLE.

Plusieurs homélies, publiées sous le nom de saint Ildephonse, mais que Mabillon a revendiquées pour Radbert, abbé deCorbie au ixe siècle, viennent à la suite du traité de la Virginiténous tirons les passages suivants de l’homélie sur Y cAssomption-:

« Oh! qu’il est beau, qu'il est digne d'hommage plus que tous les autres jours, ce jour dans lequel la vierge Marie, mère de Dieu, est passée du monde vers le Christ, sans éprouver de douleur de ce grand passage, elle qui n’en éprouva point en son enfantement!... Heureuse Marie, entrez avec joie en paradis; vous qui de cette terre avez été transportée par les anges sur la route céleste, vous qui, resplendissant au milieu des chœurs des vierges avec tout l'éclat du soleil, avez reçu la principauté au-dessus des anges dans les deux. Oh ! la noble Vierge que les chérubins et les séraphins accompagnent de leurs louanges ! que les martyrs, vêtus de leurs robes triomphales, proclament bienheureuse! que les innombrables légions des saints viennent célébrer à l’envi! que les chœurs des Vierges saluent de leurs palmes victorieuses ! ( Livre de Marie )

Dans quelques anciennes liturgies, comme celle des Visigoths et celle des Gaules usitées avant Charlemagne, il est porté au 18 janvier expressément, que le corps de la sainte Vierge est monté au ciel : « Beatæ Virginis translatum est de sepulcro » ; et encore : « Ut quæ terræ non eras conscia, non teneret rupes inclusam... Cui apostoli sacrum reddunt obsequium... Christus amplexum, nubes vehiculum, assumptio paradisum »

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