S. Anselmi, Hom.. 9 op., t. I, p. 25"?. Ed. Gerberon
FÊTE
paroles: « Viens, ma bien-aimée, assieds-toi sur mon trône. »
« D’autres saintes âmes sont aussi des trônes de Dieu, mais aucune comparablement à Marie. Elle est le trône sur lequel réside l’Esprit de Dieu. Ce trône n est pas celui d’où partent les foudres, où se rendent les sentences de mort; c’est le trône où le Christ gouverne dans la paix. Grâce aux prières, aux mérites de sa mère, le fils de Dieu y dispense la liberté aux captifs, la lumière aux aveugles, le repos aux fatigués, la santé aux malades, l’abondance aux pauvres, la sécurité aux timides. De ce trône, il donne la fidélité aux amis, la réconciliation aux ennemis, la certitude dans le doute, le guide dans l’erreur, la consolation dans l’épreuve, la défense dans la guerre, l’asile dans l’exil, le port dans le naufrage. De ce trône, il accorde la sagesse à l'ignorant, l’exaltation à l’homme tombé, la consolation aux veuves et aux orphelins, la grâce à ceux qui commencent ou qui sont plus avancés, une couronne de gloire aux parfaits et aux triomphants. »
« Otez le soleil de l’univers, il fera nuit. Otez Marie du ciel, vous ne verrez plus parmi les hommes que ténébreuse confusion. »
Pierre de Blois montre ensuite l’ascension de Marie au ciel et l’étonnement des anges à la vue de cette merveille.
« Pourquoi les esprits célestes s’étonnent-ils? car le Seigneur a mis ses délices en la bienheureuse Vierge. C’est elle qui a été choisie par le Seigneur, annoncée par les prophètes, désirée par les patriarches, saluée par les anges, rendue féconde par le Saint-Esprit, elle qui était figurée dans la verge d’Aaron, dans la foison de Gédéon, dans la porte d’Ezéchiel, dans le buisson de Moïse. Elle est la porte de vie, la primeure des vierges, la bien-aimée de l’éternel Dieu. Que les anges ne s’étonnent pas si elle est exaltée dans la splendeur et la gloire, elle qui est à la fois la mère et la servante de Dieu, sa sœur et son épouse, sa mère et sa fille. La mère de Dieu coucha son fils dans une humble crèche, aujourd’hui elle est placée par son fils sur un trône magnifique. Elle couchait son (ils entre deux ani¬
maux, lui il l’élève au milieu de ses saints anges. Elle portait son fils en Égypte, elle est transportée du désert de la terre dans le ciel. Elle enveloppait son petit enfant avec de pauvres langes, elle est maintenant recouverte par lui d’une robe éclatante de richesse. Il a versé sur elle les trésors de son humanité, de sa divinité, ses splendeurs et ses joies. Il est vu, embrassé, possédé par sa mère comme le fils unique du Père auquel tout honneur et toute gloire sont dus à jamais. Amen. 1 »
FETE
Si la dévotion à la Vierge remonte au berceau de l’Eglise, elle a varié avec les siècles dans ses manifestations extérieures. Étroitement liée à celle du Sauveur, elle s’est appliquée d’abord à honorer les mystères communs au fils et à la mère. Marie avait sa part et une large part dans les fêtes de Noël, de l’Epiphanie , et les peintures des catacombes sont là pour l attesterau besoin. Dans ces temps primitifs, où ce culte s’organisait et se développait par degrés, les époques de la vie dont les textes sacrés ne disent rien, celles qui précèdent l’Incarnation ou qui suivent l’ascension du fils de Dieu, ne furent point l’objet d’hommages solennels et de fêtes universellement reconnues. Ces fêtes ne devaient s’étendre que peu à peu après avoir commencé probablement en Palestine, sous l’influence de traditions locales, religieusement conservées 2.
La liturgie de Saint Jacques dit qu’il est fait mention de son temps de la commémoration de Marie à la messe; Zaga Zabo cite l’Assomption, comme une des fêtes établies par les apôtres; s’il est vrai que les apôtres transformèrent en chapelle la maison de Jérusalem, où la sainte Vierge mourut, il est hors de doute, au point de vue du simple bon sens, qu’on dût y célébrer ces
1. Perri Blés. Serm. 33. Bibl. Max Lug. t. XXIV. P. Bridgett, Our Lady's dowry , p. 104.