In Assumptione Beatæ virginis
Salve, mater Salvatoris Vas electum, vas honoris,
Vas cœlestis gratiæ ;
Ab æterno vas provisum,
Vas insigne, vas excisum Manu sapientiæ.
Salve, verbi sacra parens,
Flos de spinis, spina carens, Flos, spineti gloria.
Nos spinetum, nos peccati Spina sumus cruentati,
Sed tu spinæ nescia.
Porta clausa, fous hortorum, Cella custos unguentorum.
Cella pigmentaria.
Cinnamomi calanium, Myrrham, thus et balsamum, Superas flagrantia.
Salve, decus virginum, Mediatrix hominum,
Salutis puerpera,
Myrtus teniperantiæ,
R osa patientiæ,
Nardus odorifera.
Tu convallis humilis ;
Terra non arabilis,
Quæ fructum perturiir,
Flos campi convallium Singulare lilium,
Christus ex te prodiit.
Tu cœlestis paradisus, Libanusque non incisus, Vaporans dulcedinem.
Tu candoris et decoris,
Tu dulcoris et odoris Habes plenitudinem.
Tu thronus es Salomonis, Cui nullus par in thronis Arte vel materia ;
Ebur candens castitatis, Aurum fulvum charitatis Præsignans mysteria.
Palmam præfers singularem, Nec in terris habes parem, Nec in cœli curia;
Laus hurnani generis, Virtutum præ cœteris Habens privilégia.
Sol luna lucidior Et luna sideribus;
Sic Maria dignior Creaturis omnibus.
Lux eclipsin nesciens, Virginis est castitas, Ardor indeficiens, Immortalis charitas.
Salve, mater pietatis,
Et totius Trinitatis Nobile triclinium :
Verbi tamen incarnati Spéciale majestati
Præparans hospitium.
O Maria, Stella maris,
Dignitate singularis,
Super omnes ordinaris Ordines cœlestium.
In supremo sita poli,
Nos assigna tuæ proli,
Ne terrores sive doli
Nos supplantent hostium.
I11 procinctu constituti,
Te tuente simus tuti,
Pervicacis et versuti Tuæ cédât vis virtuti,
Dolus providentiæ.
Jesu verbum summi Patris, Serva servos tuæ matris,
Solve reos, salva gratis,
Et nos tuæ claritatis Configura gloriæ.
(F. Clément, Carmina , p. 504.
Trad. 543. Voy. aussi : Hist.
de la musique religieuse, p. 266.)
ICONOGRAPHIE
une palme incomparable; vous n’avez d’égale ni sur la terre, ni dans la cour céleste; gloire du genre humain, vous possédez plus que toutes les autres créatures le privilège des vertus. Le soleil est plus brillant que la lune et la lune que les étoiles; de même la dignité de Marie surpasse celle de toutes les créatures. La chasteté de la Vierge est une lumière qui ne connaît pas d’éclipse ; son immortelle charité est un feu qui ne s’éteint jamais. Je vous salue, mère de miséricorde, les trois personnes divines se reposent dignement en vous, et cependant vous avez préparé une demeure spéciale à la majesté du Verbe incarné. O Marie, étoile de la mer, vous occupez, par votre ineffable dignité, une place au-dessus de toutes celles qu’occupent les habitants des cieux. Du haut du ciel où vous êtes assise, désignez-nous à votre Fils, de peur que nous ne soyons renversés par les terreurs et la ruse de nos ennemis. Préparés à la lutte, nous n’avons rien à craindre si vous nous protégez ; que les efforts d’un ennemi audacieux et rusé viennent se briser contre votre puissance, que votre prévoyance déjoue la fourberie. O Jésus! verbe du souverain Père, préservez du mal les serviteurs de votre mère, purifiez les pécheurs de leurs iniquités, sauvez-nous sans que nous l’ayons mérité et préparez nos âmes à jouir de votre clarté glorieuse. »
ICONOGRAPHIE
Nous avons vu précédemment la singulière destinée du tombeau de la très-sainte Vierge d’abord entouré de gloire, puis perdu sous les ruines de Jérusalem, retrouvé au Ve siècle et de cette époque jusqu’à nous rayonnant dans les légendes et les images de l’Assomption dont tous les siècles sont remplis. On s’étonne généralement que l’iconographie ait été en arrière de cette histoire et que nous ne puissions pas dès les premiers siècles offrir des représentations de ce tombeau miraculeux; les hérétiques voient
même dans cette lacune un argument contre Marie. Je comprends peu ces objections et je ne me les explique que par l’ignorance de leurs auteurs, qui ne savent pas l'éloignement des premiers chrétiens pour le réalisme des événements sacrés ; si l’absence d'assomption pendant le haut moyen âge était une preuve contre l’Assomption elle-même, pourquoi ne retournerait-on pas le même raisonnement contre l'Ascension etle Crucifiement qui ne paraissent qu'au vie siècle?
11 n’est pas bien sûr au reste que ces images n’aient pas existé : à mesure que les siècles s’écoulent les monuments primitifs deviennent chaque jour plus rares, et ceux qui résistent à la destruction deviennent souvent moins compréhensibles. Quelques archéologues prétendent nous fournir une assomption à peu près contemporaine delà découverte du tombeau et qu’on montre sur un sarcophage à Saragosse. M. E. Le Blant possède une très-bonne copie de ce marbre. On y voit une main qui descend du ciel et saisit le bras d’une femme en prière debout au milieu, entre deux personnages qui semblent être saint Pierre et saint Paul. — Cette scène paraît bien représenter le ravissement de Marie; et si à une époque postérieure on a écrit en lettres peintes et non gravées le nom de Floria , cette circonstance n’infirme aucunement notre hypothèse, mais semble prouver que le sarcophage, comme il arrivait si souvent, servit à un second mort, après que les cendres du premier en avaient été dispersées1. — Nous savons trop la difficulté de formuler une affirmation précise sur un seul monument pour insister, et nous arrivons à des images plus récentes et positives.
Au milieu de la quantité d’exemples que nous avons recueillis sur ce sujet, nous nous sommes trouvés embarrassés pour leur classement; nous avions d'abord séparé les assomptions byzantines, plus connues sous le nom de dormitions, des assomptions occidentales. Nous cédions a ce préjugé que les premières n étaient pas de véritables assomptions, qu’elles n’expliquaient
1. De Rossi, Bull. 1871, 126. — Le Blant, Lett. part. j Hübner : Inscnpdones hispanue christiana , p. 48.
CH. XI. — ASSOMPTION
pas chez leurs auteurs la croyance à l’ascension corporelle, enfin qu’elles ne représentaient que la mort de Marie et le dépôt de son âme céleste. — Nous y avons renoncé ; il y avait une véritable difficulté dans cette division, car plusieurs des scènes, voire même le couronnement, sont renfermées sous le même cadre et tellement identifiées qu'il était presque impossible de les séparer. De plus, nous pensons que l’Assomption proprement dite, se trouvait elle-même comprise dans la pensée des peintres grecs, que les protestants ont interprétée d’une façon trop exclusive. — S’il est vrai que la coutume au moyen âge fut de représenter lame sous la forme d’un enfant, il n’est pas moins vrai de dire que pour la sainte Vierge l’idée était plus générale. C'est ainsi que l’a comprise le sculpteur du fameux chapiteau de Notre-Dame du Port à Clermont, lequel a représenté Marie entourée des bandelettes funèbres, mais adulte et laissant le tombeau absolument vide; moins lié que les artistes du Bosphore par les règles byzantines, ce sculpteur s’en est inspiré, il les a commentées d’après la pensée contemporaine qu’il en recevait et nous divulgue ainsi le secret de ses maîtres. Les Byzantins, à notre connaissance, n’ont jamais figuré l'Assomption sous d’autres traits que le lit funèbre et Notre-Seigneur s’emparant de l’âme virginale de sa mère; comment pourrait-on supposer qu’ils n'eussent en vue que la mort ordinaire, lorsque la tradition de l'Assomption corporelle nous vient par eux, par Juvénal,par Marcien, par Pulchérie et l'Orient? comment supposer que leurs peintres n’aient pas été guidés par cette croyance, lorsque la scène qu’ils répètent éternellement est calquée sur une légende qui est le plus ancien monument de l’Assomption que nous possédions peut-être? s’ils croyaient au lit parfumé de Marie, à la réunion miraculeuse des apôtres, à l’arrivée du Sauveur qui vient chercher sa mère, comment n’auraient-ils pas cru à la conclusion de la légende la mieux faite pour flatter leur imagination? et s’ils y croyaient, comment auraient-ils pu l’oublier dans leurs tableaux? Avouons que dans
cette enfant tout enveloppée des linges funèbres il y avait plus que l’âme, qu’il y avait aussi le corps enlevant avec lui ces souvenirs du sépulcre vaincu, et disons enfin que s’ils ont confié au Sauveur lui-même ce ministère qu’ils auraient dû laisser aux anges, c’est qu'ils pensaient ainsi mieux glorifier la Mère.
Cette explication offerte, nous entrons dans la description de nos images pour lesquelles, négligeant l’ordre géographique, nous adoptons le classement tracé par les siècles eux-mêmes.
VIIe SIECLE.
Latran. — On montrait jadis dans la basilique constantinienne, auprès de l’escalier de la salle du Concile, une ancienne peinture représentant la mort de Marie au milieu des apôtres. Selon une tradition, lorsque le pape Théodore (642) avait voulu transporter la fresque dans la chapelle Saint-Venance restaurée par son prédécesseur, tout se brisa entre les mains des ouvriers, et il ne resta plus que la tête et le buste de la sainte Vierge. Ces précieux débris furent appliqués sur bois et, en 1689, un peintre se chargea de reconstituer le tableau qu’on peut voir aujourd’hui dans une des chapelles méridionales. Nous avons examiné de près ces précieux débris et il est incontestable que la tête de Marie endormie paraît d’une époque ancienne; mais je ne répondrais pas que le pinceau peu scrupuleux et peu réservé du peintre moderne n’y ait apporté quelques retouches. Nous ne nous faisons donc ici que l’écho de l'antique tradition, en rappelant en même temps que les traditions romaines ontpresque toujours unegrande valeur.
au Latran.
ICONOGRAPHIE
IXe SIECLE.
V IIIe SIÈCLE.
Parements d'autel (772, 795). — Nous ne pouvons offrir pour le v 1 1 ie siècle aucun monument subsistant, mais le souvenir d’un parement d’autel donné par saint Adrien à l’église Sainte- Marie-Majeure ; souvenir précieux, que nous trouvons consigné dans ce passage d’Anastase :
« In Ecclesia sanctæ Del genitricis ad Prœsepe fecit vestes duas super altare majore , unam ex auro purissimo, atque gemmis habentem Assumptionem sanctæ Dei genitricis, et aliam de stauracin 1 ornatamincircuitu blattin*. » Dans l’église de la sainte mère de Dieu ad Præsepe, Adrien fit pour le maître-autel deux parements, l’un d’or très-pur, orné de gemmes et représentant l’Assomption de la sainte mère de Dieu. » Il est probable que ce parement se composait de basreliefs en or repoussé dans le genre du paliotto de Milan.
Un second exemple nous est fourni sous le règne de Léon III qui commence à 795, et encore par le livre pontifical (p. 292) : Nec non et aliam vestem chrysoclavam 3, habentem historiam transitus sanctce Dei genitricis, mirce magnitudinis, et pulchritudinis decoratam ex gemmis pretiosis et margaritis ornatam cum periclysik de chrysoclavo et incircuitu listam de chrysoclavo. « Il donna aussi un autre parement de chrysoclave représentant l’histoire du trépas de la sainte mère de Dieu, d’une grandeur et d’une beauté merveilleuses, décoré de pierres précieuses et orné de perles avec bordures de . chrysoclave et autour une bande de chrysoclave. »
Il semble, d’après ces termes, qu'il s’agit ici d’une large et magnifique tapisserie d’or au milieu de laquelle brillait l’Assomption de Notre- Dame.