Blattin, étoffe de soie couleur pourpre
3. D’après M. Labarte, à qui nous empruntons ces traductions, chrysoclavum, en grec y^uaüV.Xagov, doit être une étoffe exécutée en fils d’or trait ou en fil d’or filé.
*4. Les bordures des tentures sont toujours désignées par le mot grec irsp!xXu<jt;, qui signifie bordure, entourage.
Parement d’autel à Sainte-Marie-Majeure.
— Sous le règne de Pascal I (817-823), Anastase fait encore deux mentions du même genre; la première est en termes très-remarquables et trèsexplicites de la sainte croyance à l’Assomption :
« Pontifex divino amore ductus fecit ibidem, in jam prœfato altari [de Sainte-Marie- Majeure) vestem similiter de chrysoclavo , habentem historiam, qualiter beata Dei genitrix Maria corpore estassumpta, cum periclysi de chrysoclavo. seu diversis margaritis comptant, atque decoratam. Fecit enim benignissimus Prcesul ibi ipse aliam vestem de chrysoclavo, habentem historiam Dominicœ cAscensionis Christi Domini nostri . rite decoratam. » (Anast., 329.) Le pontife poussé par l’amour divin fît aussi pour l’autel de Sainte-Marie-ad-Præsepe un parement de chrysoclave représentant la bienheureuse mère de Dieu, Marie, enlevée au ciel avec son corps, parement orné de diverses pierreries. Le très-généreux pontife fit aussi un autre parement de chrysoclave représentant l’Ascension de Notre-Seigneur. »
Notons en passant que l’Assomption corporelle est ici nettement spécifiée et que sous le pape Pascal ces broderies d'étoffes étaient faites par des Grecs (chassés par les iconoclastes) comme les noms qu'ils leur ont laissés semblent nous en avertir. Or les Grecs ne représentaient que le lit funèbre et il faut en conclure qu’ils entendaient par là l'Assomption véritable.
Rideaux à Sainte-Marie-Majeure. — On lit encore un peu plus loin au sujet de la même église : « Domini nostri Jesu-Christi famulus ob amorem eidem Dominée nostrœ per arcus presbyterii jam dictce Ecclesice fecit vêla de chrysoclavo, habentem historiam Domini nostri Jesu-Christi atque Nat ivitatem, seu oAssumptionem ejusdem interner atœ Virginis numéro viginti etsex. » (Anast. id.). Le serviteur de Notre- Seigneur Jésus-Christ par amour pour Notre- Dame fit pour les arcs du presbyterium 26 voiles
CH. XI. — ASSOMPTION
de clirysoclave ayant l’histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ et la Nativité ou l'Assomption delà Vierge immaculée. »
Il semble bien d’après ce texte et le mot seu que les sujets delà naissance ou de l’Assomption de Marie se trouvaient alternés, ce qui les suppose répétés.
Parement à Sainte-Marie-in-Transtévère. — Enfin Benoît III (835) fait un parement à Sainte-Marie-in-Transtévère représentant la même scène : « ... Nimio amore constrictu sin ecclesia beat ce Del genitricis . semperque Virgin i s Mariœ Domines nostree , quæ ponitur trans Tyberim} fecit vestem in altari majori de chrysoclavo habentem historiam Assumptionis ejusdem Dei Genitricis. » (Anast. 401).
Saint-Gall. — Nous pouvons heureusement offrir mieux que les textes d’Anastase, c’est-àdire le Diptyque de Tuotilon à Saint-Gall , qui est un monument existant et parfaitement authentique.
Le monastère de Saint-Gall, en Suisse, forme un des premiers berceaux de la civilisation chrétienne à l’époque carlovingienne. L’activité artistique s’y développa parallèlement aux progrès des sciences, et aujourd’hui encore la bibliothèque de Saint-Gall conserve des monuments précieux, dus au talent et au travail des pieux cénobites. Nous publions un de ces monuments, une couverture de livre en ivoire sculpté, ouvrage de Tuotilon, célèbre moine versé dans les arts qui vivait au ixe siècle et fut une des gloires du monastère.
Tuotilon passait, à cause de ses nombreux et rares talents, pour un phénomène merveilleux.
Il était habile sculpteur, peintre et architecte, et expert dans tous les autres arts ; il était poè'te ingénieux, bon chanteur et jouait bien de la flûte. Il prêchait en deux langues et son commerce était si aimable que le roi Charles le Gros avait l’habitude de maudire ceux qui l’avaient fait moine; on croit qu’il mourut vers 8 p6.
Le manuscrit qu’on lui attribue est compris
dans la bibliothèque sous le titre : « Evangelium longum Caroli magni h
(PI. LVIII). — Sur la face principale de cet Evangéliaire, entre deux parements décorés de rinceaux, on voit le Christ auréolé, nimbé; dans sa main droite il tient un livre ; de sa gauche, il bénit ; il est représenté jeune et imberbe au moment de son ascension ; de chaque côté, des séraphins tiennent les mains étendues et ouvertes. — Dans les angles du panneau sont figurés les quatre évangélistes et près du Sauveur leurs symboles ordinaires. — Au-dessus, le soleil et la lune armés de leurs torches ; au-dessous, la terre et l’océan interviennent dans cette scène pour montrer que le règne du Christ s’étend à tous les éléments.
L’autre face de l’ Évangéliaire est consacrée à la gloire de la sainte Vierge qu’on voit au centre entourée de quatre anges qui la saluent. C’est ici, pour nous, la partie la plus intéressante, car l’auteur a voulu retracer l’Assomption de Marie et, de peur que nous hésitions, a placé au-dessus cette inscription qui ne laisse aucun doute :
Ascensio sancte Marie.
On voit que ce bas-relief a été composé au milieu des contrées sauvages des Alpes; dans les rinceaux du haut un lion dévore un cerf, et dans le bas on aperçoit l’ours légendaire qui sert saint Gall et en reçoit sa nourriture comme prix de ses services. Le témoignage de Tuotilon à la foi en l’Assomption est un fait d’autant plus remarquable, au milieu des vallées agrestes . de la Suisse, qu’il est là associé au souvenir du saint fondateur du monastère. La croyance en ce fait semblé liéeàla tradition du couvent luimême, elle se rattache à la mémoire de saint Gall et de saint Columban, et semble ainsi remonter au vie siècle.’ — Nous ne sommes pas surpris de la voir très-répandue au ixe siècle en
1 . Les tablettes d’ivoire ont om,32 de hauteur, sur onl,iJ de largeur, sans compter les cadres d’argent doré qui oiTt om,o4. (Voy. Catal. des Ms de S. Gall. publié en 1875. )
ICONOGRAPHIE
Orient et à Rome, mais nous regardons le lieu où cet ivoire fut sculpté, et où, par un rare privilège, on le conserve encore , comme une preuve très-notable de l’universalité de cette foi dès les temps les plus reculés.
Comme on le verra par les diverses représentations que nous donnerons dans la suite, l’Assomption de Marie ne fut pas l’objet d’un type spécial, mais elle variait suivant les lieux et les artistes; ici, la Reine du ciel est escortée par les anges ; elle a l'altitude des orantes, elle porte une tunique qui s étale largement sur ses mules brodées, un surplis avec une bordure ornée, une ceinture, une pèlerine qui lui retombe sur les épaules et que retient une broche sur la poitrine, enfin un voile qui cache les cheveux. Elle est nimbée au lieu que les anges ne le sont pas, contrairement aux primitives images de Byzance. Les pieds des personnages semblent portés par les nuées.
La multiplicité archaïque des plis forme le principal caractère de cette sculpture. Les proportions générales du dessin ne sont pas mauvaises, mais les poses manquent un peu de noblesse et les détails de correction ; on sent l’approche des temps de complète décadence. — L'ivoire a 32 centimètres de haut sur 15 centimètres de large.
Ce précieux monument nous a été désigné par M. de Rossi, qui l’avait vu à Saint-Gall et nous l’avons dessiné d'après une photographie qu'a bien voulu nous envoyer M. le docteur Zardetti, conservateur de la bibliothèque.
Sajnt-Clement. (PI. CXVI.) — Il y a une quinzaine d’années des fouilles pratiquées sous la basilique Saint-Clément ont exhumé une fresque très-intéressante datée de Léon IV, que plusieurs archéologues ont pris pour une Assomption. Nous ne pouvons exclusivement partager leur avis parce que la pose du Sauveur et des anges dans le ciel, l’attitude des apôtres sur la terre appartiennent au tableau classique de l’Ascension; il suffit de jeter un regard sur les
représentations que nous en avons offertes pour en demeurer tout à fait convaincu. Mais si cette peinture nous retrace l’Ascension du Sauveur, nous ne voulons pas dire que celle de Marie n'y soit pas figurée simultanément; ce mélange de deux événements religieux est familier aux artistes et nous ne citerons entre cent exemples que la fiole de Monza, qui nous montre à la fois l’Ascension et la Pentecôte. Je suis persuadé que la plupart des Ascensions, celles surtout où la sainte Vierge occupe le centre et se trouve portée sur un escabeau, comprennent implicitement l'Assomption; on voit ces deux scènes partout rapprochées dans la pensée des artistes. L’ivoire de Saint-Gall, qui nous offre d’un côté l’Assomption, nous présente de l’autre l'Ascension qui en est le prélude et comme l’annonce ; un diptyque de Ravenne d'une époque un peu plus tardive est orné d’une Ascension sur la face de gauche et d’une mort de Marie sur la droite ; dans un ivoire de l’ancienne collection Soltycoff la sainte Vierge entre deux anges est au-dessous du Christ, mais, dans une zone supérieure aux apôtres. Partout les deux Ascensions se rapprochent et se suivent; pourquoi, dans les cadres où l'artiste a eu les coudées franches, n’aurait-il pas voulu les comprendre dans l’unité de lieu? après l’Ascension de son fils, Marie n’appartenait plus à la terre, et, comme dit Bossuet, elle était ravie au ciel sur ses pieux désirs. — Ajoutons, en ce qui concerne saint Clément, que Léon IV avait une dévotion spéciale à l’Assomption, qu’il fit faire le jour de cette fête la procession qui délivra Rome du fameux serpent, et qu’il fonda la solennité de l’Octave 1. — (Voy. au Sanctuaire de saint
1. Dum hæc agerentur, præclarus et celeberrimus dies advenit, in quo beatæ Dei genitricis, semperque virginis Mariæ Assumptio celebratur. Tune præfatus et universalis Papa a Patriarchio cura hymnis et canticis spiritalibus, sancta præcedente icona ad basilicam sancti Hadriani martyris, sicut mos est, propriis pedibus cum omni clero perrexit. Et ailleurs : Nam octavam Assumptionis beatæ Dei Genitricis diem, quæ minime Romæantea colebatur, vigiliis sacris, matutinisque cum omni clero pernoctans laudibus in basilica ejusdem semper virginis Dominæ nostræ... (Anast.,p. 363.)
CH. XI. — ASSOMPTION
Clément .) Pour nous, nous croyons donc possible que l’auteur a voulu, ici comme ailleurs, réunir les deux Ascensions.
Détail de la fresque de Saint-Clément.
( D’après un calque pris sur place.)
Xe SIÈCLE.
Deventer. (PI. LIX.) — Un des exemples les plus curieux que nous fournit l’époque carlovingienne est un monument hollandais, un Évangéliaire donné au commencement du xie siècle, par saint Bernulphe à l’église de Deventer. — Ce souvenir historique sert de limite minima, car le style du manuscrit semble le faire remonter plus haut. Une des miniatures nous offre la mort de la sainte Vierge et son enlèvement au ciel ; la composition en est vraiment majestueuse. Sur le devant on voit le lit funèbre, sur lequel la mère de Dieu vient d’être doucement déposée par les apôtres, et, derrière, le Christ qui la regarde et qui de ses deux mains exalte un médaillon renfermant son buste. On observera que ce médaillon est une particularité fort rare, de plus que l’image de Marie n’y paraît pas celle d’un enfant, et que, par conséquent, l’artiste a sans doute voulu représenter plus que l’Ascension spirituelle. Ce médaillon occupe avec une précision géométrique le centre du tableau. — Derrière cette scène divine se dresse le portique d’un temple, architecture tout à fait carlovingienne et telle que les miniatures nous en offrent encore
des types. — Entre les cinq colonnes du portique, des anges accourent à tire-d’aile, nimbés, les mains voilées, pour recevoir leur nouvelle souveraine. — Le bas du portique est formé par un rideau dont les plis glissent par des anneaux sur une tringle. — Le sommet est couronné par un fronton qui porte une croix dans son tympan et des paons sur les cymaises rampantes. — Comme intérêt historique , comme beauté de composition, ce manuscrit est unique, et nous remercions cordialement M. l’abbé Heukelem auquel nous en devons communication.
Ravenne. Pl. LXIV. — Nous croyons pouvoir attribuer au xe siècle un ivoire que Gori publie (p. 305, pl. XL1I) comme provenant du musée des Camaldules de Murano et qui se trouve maintenant à la bibliothèque de Ravenne. Cette plaque a om,i8 sur om,i2 compris cadre, et présente un bon état de conservation. Au milieu, la sainte Vierge, étendue sur un lit funèbre trèsélevé, croise ses mains sur sa poitrine et semble absorbée par un profond sommeil; elle est entourée des apôtres et du thuriféraire. Notre- Seigneur debout, par derrière, prend l’âme sous les traits d’un enfant et l’élève vers deux anges qui s’apprêtent respectueusement à l’enlever. Au-dessus de la tête du Christ on lit cette inscription H. KOIMHCIC, c’est-à-dire dormition. Dans le haut, comme sur l’Ascension qui occupe la face opposée du diptyque, on aperçoit un nuage, symbole du ciel; enfin de. chaque côté, au-dessus de murs en terrasse, des femmes en pleurs.
Florence. — Nous rattachons à la même époque un ivoire longtemps conservé au baptis-
1. Voici ce que dit Gori sur l’histoire de cet ivoire : Quum hæc a me observata prelo commissa essent datis litteris, idem amicissimus Costadonius me admonuit de hasce eburneas sacras tabulas dono dedisse ac in perpetuum servandas sacrasse tutissimo museo Veneto murianensi S. Michælis ordinis camaldulensium ; quo nil præclarius et ad tanti viri nomen perpetuo celebrandum inlustrius esse potest.
tère de Florence, et décrit également par Gori (III, p. 344), ivoire de om,oc)o carrés. La sainte Vierge est représentée couchée. Notre-Seigneur, dans une auréole, la prend sur ses bras, les apôtres entourent le lit; dans le haut, on voit deux anges et deux personnages portant les habits sacrés, le pallium et l’un d’eux un livre.
Bibliothèque Barberini. — L'Assomption de l’ivoire Barberini représente la sainte 'Vierge couchée, les yeux ouverts et dans l’attitude de la prière, puis sous la forme d’un enfant enveloppé de langes et de bandelettes dans les bras de Notre-Seigneur nimbé et auréolé. Les apôtres environnent le tombeau ou lit funèbre. Deux clercs vêtus d’habits sacrés et nu-tête l’encensent h
Kensington. — Au Kensington-palace le lit est sculpté au centre, la sainte Vierge a les yeux fermés, les mains croisées sur la poitrine, les douze apôtres assistent le Sauveur debout derrière; la seule différence avec les précédentes images, c’est qu’on trouve de chaque côté saint Denis et saint Timothée avec leurs vêtements sacerdotaux, 'et saint Michel archange en face1 2.
Vatican. — Un fragment de pâte de verre au musée chrétien du Vatican laisse voir encore les pieds de la sainte Vierge et un apôtre qui les baise, et par derrière les autres qui pleurent. On ne peut douter que ce ne soit une Assomption du genre des précédentes. Ce verre paraît appartenir à une époque reculée. Si on le compare, en effet, avec un ivoire de la collection Spitzer représentant une Nativité et qu’on attribue au ixe siècle, on verra la similitude du lit dans ces deux images, et l’on peut admettre qu il soit du xe siècle.
Les artistes qui représentent l’Assomption figurent ordinairement tous les apôtres, excepté saint Thomas. Saint Jean Damascène paraît avoir répandu cette histoire dans le bréviaire ro-
main réformé ; mais, comme le dit Tillemont, l’Eglise latine, en faisant la fête de la mort et de l’assomption de Marie, n’a voulu mêler dans son office aucune circonstance historique L
Bénédictionnaire de St-Æthehvold . (PI. XIV.)
— Voici une peinture du x” siècle d’un caractère original et qui sort tout à fait de la voie des représentations byzantines : c’est une miniature du bénédictionnaire de Saint-Æthelwold. Les apôtres se trouvent dans la zone inférieure. La sainte Vierge, couchée, est au-dessus avec les femmes qui l’entourent; des anges s’apprêtent à
la recevoir et une main, descendant du ciel, lui %
tend une couronne. C’est toujours la donnée légendaire des femmes qui reçoivent la tunique, et par conséquent cette peinture, comme nous l’avons déjà fait observer, suppose non-seulement la croyance à l’Assomption, mais même la représentation de cette scène. . „ ^ , » 0 . ^ v «
Ttl4 . de L<\s DIÛÔUJ
(Pl. LXXIV.) — Nous avons gravé un ma- 1 lot) Ju^je.4- *2) CLUsé UMA-
nuscrit de Rouen qui reproduit cette miniature j . c &a>ouj
dans une forme semblable. ^ <d*.c*zcc
nd eCTi<Si-e-> J UA- £(Kj p l ■ LX VU;
Bibliothèque nationale , 9,448. (Pl. LX. )
— Le manuscrit 9,448 de la Bibliothèque nationale est attribué, et je crois avec raison, au xc siècle par M. Didron. Il nous offre, au f° 60, une Assomption des plus remarquables avec la donnée byzantine, modifiée par le génie des Latins. La sainte Vierge est couchée et endormie ; par derrière, Notre-Seigneur, plus élevé que les assistants, tient la sainte Vierge ressuscitée et dont les yeux sont rouverts; un ange la reçoit et la passe à un autre ange qui la remet à Dieu symbolisé par une main descendue du ciel. Les têtes sont dépourvues d’expression. Nous voyons ici, comme on le faisait souvent à cette .époque, le même personnage figuré plusieurs fois dans le même cadre, pour indiquer les diverses phases d’une action. Si pour les images qui nous montrent seulement la sainte Vierge dans les bras