Pertz., If, iji. Voyez Saint-Gall
ICONOGRAPHIE
ses yeux entr 'ouverts, rappellent les plus belles peintures du Menologium Græcorum1.
Porte de Saint-Paul. — Ne laissons pas Rome sans donner un coup d’œil à la fameuse porte de Saint-Paul, qui nous fournit le même sujet, mais plus simplement traité; ici nous ne voyons que Marie, les deux apôtres et le Sauveur, qui tient dans ses bras l’enfant symbolique; remarquons sur ce bronze que le lit funèbre est remplacé par le tombeau, et que le couvercle du sarcophage vient d'être enlevé.
Treves. — Le trésor de Trêves possède un ivoire encadré dans des feuilles de métal repoussé, qui nous fournit une Assomption. La composition est fidèlement copiée sur le programme byzantin, avec une exactitude qui prouve chez l’auteur la fidélité la plus servile à ses règles. Nous n’avons
i . La sainte Vierge : Manteau brun très-foncé, robe teinte neutre foncée. Drap du lit funèbre blanc, portant sur sa bordure une inscription grecque. Draperie du lit sépia très-foncée, bordure et dessin d’or.
En avant, un ange : ailes d’or, manteau flottant rouge, tunique teinte neutre, chaussures rouges, ornements d’or. Le personnage qui s’agenouille à côté : robe rouge, manteau teinte neutre. Au chevet du lit un cierge en or.
Les apôtres entourent la couche mortuaire. L’un d’eux à gauche, avec encensoir, manteau jaune. Celui à droite, manteau rouge, robe teinte neutre; l’apôtre qui pose les mains sur le lit, manteau terre de Sienne; celui qui pleure, manteau teinte neutre, robe rouge. Aux côtés de Notre- Seigneur, les deux vieillards portent un livre avec bordures noire et rouge, celui de gauche, manteau jaune, les grandes croix qu’on y voit sont noires et les petites rouges. Des deux femmes qui les accompagnent aune plus petite échelle, celle à gauche est rouge, celle à droite couleur terre de Sienne brûlée.
Par derrière, quatre figures de femmes ombrées paraissent appartenir à un autre monde; elles sont admirablement belles et ne se détachent du fond noir que par des filets de lumière qui ressemblent aux reflets de la lune. Ce sont des personnages surnaturels, peut-être les vertus cardinales. Enfin, au milieu, au-dessus de la tète de Notre-Seigneur , un chérubin tout rouge étend ses six ailes. Les nimbes de tous les personnages sont en relief et paraissent rapportés sur d’anciens nimbes d’or contemporains de la peinture. Au fond, les portes et les dessins en relief semblent faire partie de cette peinture primitive.
donc pas besoin de le décrire, mais nous observerons, circonstance assez curieuse, que le meuble auquel il est appliqué porte des inscriptions latines, tandis que la plaque elle-même garde les caractères grecs qu’on y voit toujours ; nous en déduirons de. nouveau que les Latins prirent aux Orientaux cette manière de représenter l’Assomption.
Bibliothèque nationale, n° 17,325, fonds latin. (PL LXI.) — La Bibliothèque nationale nous offre, dans son beau manuscrit 17,325, deux miniatures relatives à la légende. Dans la première, la sainte Vierge nous apparaît dans son cercueil qu’on va recouvrir de terre et que les apôtres bénissent et encensent , pendant que Notre-Seigneur, dont on ne voit que le buste dans le ciel, assiste immobile à cette scène funèbre.
Dans la seconde miniature, l’heure du réveil a sonné, le Sauveur n’est pas descendu lui-même, mais il a envoyé ses anges qui ravissent sa virginale mère pendant qu’il lui tend les bras. — Il reste à peine dans ces deux scènes une trace de byzantinisme; nous voyons déjà ici les mêmes anges que nous retrouverons au siècle suivant à Reims et à Pontaubert.
Bibliothèque nationale, n° 12,056. (PI. LX.) — Un charmant manuscrit de la même Bibliothèque représente cette scène dans une lettre capitale, mais plus simplement, à raison de l’étroitesse du cadre. — Notre-Seigneur s’y trouve seul avec la sainte Vierge, mais Elle y figure deux fois, d’abord couchée et dormant, puis éveillée dans les bras du Sauveur, emmaillottée comme un enfant et voilée. Elle semble rajeunir en montant au ciel *.
x. Notre-Seigneur : Manteau rouge-cerise, robe bleue. La sainte Vierge : Les langes et le voile bleus. Dans son lit, robe bleue, manteau violet-noir, lit rouge-ponceau. Ce ms. petit in-folio est intitulé Missale primas ecclesiæ , c’est une belle et grosse écriture, lettres bleues et rouges, petites majuscules très-jolies et nombreuses, magnifique parchemin.
CH. XI
ASSOMPTION
Kiew. 1073- — Nous rapprocherons de ces images une image dont l’éloignement prouvera justement l’étendue de l’influence byzantine sur les représentations de ce genre : c'est un tableau de l’Assomption apporté de Byzance, en 1073, par le grand prince Sviatoslaw Jaroslavitch et qu’on voit maintenant dans la laure souterraine de Kiew. — Nous .devonà le croquis de cette image à l’obligeance de M. ProkhorofF.
Bibliothèque nationale, n° 18,005. (PI- LXII.)
— Le manuscrit 18,005 (f° ll%) suit Ie même programme avec quelques variantes insignifiantes dans la pose des assistants, mais diffère dans la manière de représenter la sainte Vierge ; ce n’est plus un corps nu ou un enfant qui pouvait laisser du doute sur l’Assomption corporelle ; c’est une figure exactement pareille à celle qui est dans le lit, avec la même coiffure. Il semble qu’ici on ait voulu accentuer davantage l’identité des deux personnages qui n’en font qu’un.
La sainte Vierge est couchée, fermant les yeux, entourée des douze apôtres qui ont les regards tournés vers elle. — L’un d’eux porte une croix, un autre un bénitier, un troisième l’encensoir, c’est-à-dire les instruments employés pour les funérailles. Notre-Seigneur, debout derrière le lit, regarde avec amour sa mère qu’il y voit étendue, et il l’enlève vers le ciel où six anges s’apprêtent à la recevoir dans leurs mains voilées.
Cette composition est magnifique, et s’il y avait plus de correction dans le dessin, ce serait un chef-d’œuvre1.
Clermont. Notre-Dame-du-Port. (PL LXV.)
— Ce manuscrit et plusieurs autres que nous
1. La sainte Vierge : Robe et voile blancs, lit vert, avec une large bande rouge. Notre-Seigneur : Tunique blanche, manteau rouge. La sainte Vierge qu’il porte : Robe rouge, voile bleu clair. Anges : Ailes roses-rouges et violettes, tuniques faunes. Assistants : Robes et tuniques de couleurs variées. Le fond du tableau et tous les nimbes
avons déjà cités sont des protestations contre la donnée grecque ou plutôt des interprétations qui nous l’expliquent; voici encore un monument inspiré évidemment par les byzantins, mais dont l’auteur a trouvé que le thème exprimait trop peu l’Assomption corporelle. — C’est un chapiteau, le troisième du côté de l’épître dans le chœur de Notre-Dame-du-Port à Clermont, dont nous devons le dessin à l’obligeance de notre ami M. E. Prillieux. Sur la face latérale nous voyons le tombeau; par derrière, le Sauveur qui enlève sa bienheureuse mère, mais qui l’enlève adulte, enveloppée encore de bandelettes funèbres et ne laissant à la tombe aucune dépouille de ce corps béni.
De chaque côté des anges tiennent des livres sur lesquels on lit : MARIA H.... IN CELVM- Ils encensent; l’un d’eux porte un étendard et une trompe. La forme du sépulcre est celle des sarcophages antiques, dont on conserve encore quelques-uns à Clermont, avec la place du corps et de la tête dessinée dans le fond.
Il était impossible de mieux respecter le programme byzantin, en accusant plus clairement l’Assomption corporelle. La physionomie des tableaux orientaux est conservée, Marie occupe une place intermédiaire entre le lit funèbre et les bras du Sauveur ; mais ses deux positions sont réunies en une seule, et l’identité des deux actes représentée par l’unité de personne. Enfin, comme si l’artiste craignait que sa pensée, malgré ces traits fort clairs, ne fût pas comprise, il nous l’explique dans l’inscription des registres angéliques. Ce monument est un des plus curieux que nous puissions offrir, pour montrer l’effort des artistes romans, luttant contre les habitudes hiératiques de l’école byzantine, trop confuses pour le génie des Occidentaux; il nous les présente cherchant à concilier une expression plus explicite de l’Assomption, sans répudier les règles auxquelles cette école en avait soumis la représentation.
British Muséum, n° 2,908, fonds Harleian. (Pl. LXIII.) — Cet élan de liberté, cette révolte
en or.
ICONOGRAPHIE
contre la dictature byzantine, éclatent quelquefois avec plus d'évidence encore; nous l’avons déjà observé à propos de l’ivoire de Saint-Gall ; nous le répéterons à propos d’un manuscrit du British Muséum, que M. Vaagen n’hésite pas à classer dans les dix premières années du xie siècle. Ce codex provient de la cathédrale d’Augsbourg et aurait été rédigé sous le règne de Henri II (1002-1024). Au folio 123 il nous présente une Assomption très-intéressante : la sainte Vierge, les bras en orante, nimbée, voilée, habillée de la tunique, du surplis et du rnanteau, environnée d’une auréole en forme d’amande, est ravie au ciel par quatre anges; ici il n’est plus question de la terre, on ne voit plus le tombeau, ses douleurs et ses honteuses corruptions ; le groupe j est tout à coup transporté en plein firmament, ! dans ce fond d’or qui symbolise Pinfini, audessus de la zone violette qui signifie les ombres de la terre auxquelles il se dérobe; l'ascension se fait dans un calme admirable, sans aucun effort physique, les anges touchent à peine le bord de l’auréole. La pose de la sainte Vierge est majestueuse et digne, et cette composition serait vraiment magnifique, si le peintre l'avait rendue par un dessin plus correct 1.
XIIe SIÈCLE.
Tours. Bibliothèque. (PI. LVIII.) — Ces exemples d’assomptions simples se multiplient
1. Voici les couleurs. La sainte Vierge : Nimbe d’or ourlé de noir avec pois blancs, voile, tunique et fond de l’auréole bleu clair, surplis violet avec bordures jauneorangé, manteau rouge-pourpre assez clair, souliers noirs. Premier ange du haut : Nimbe d’or, cheveux fauves, tunique rouge-pourpre assez clair, manteau violet clair, ailes rose clair. Deuxieme ange du haut : Mêmes couleurs, sauf la tunique rose. Troisième ange en bas : Tunique bleue tirant sur le vert, surplis bleu clair, ailes orangé pâle. Quatrième ange en bas : Mêmes couleurs. ;En général les teintes sont ombrées par des traits d’une même couleur, mais plus foncés; les contours noirs accusent quelques parties des silhouettes.
M. Bond, conservateur en chef des manuscrits, assigne à celui-ci le XIe siècle pour date, mais il le placerait un peu plus tard que M. Waagen.
sensiblement au xne siècle, soit que les artistes se rendissent plus indépendants de l’école byzantine, soit que les monuments conservés deviennent ici plus nombreux. Au début de ce siècle nous trouvons à Tours dans la bibliothèque municipale un manuscrit (n° 193) que M. Dorange, qui en est conservateur, nous a communiqué avec une parfaite obligeance. Ce missel, qui provient de l’église Saint-Martin, nous offre au * folio 98 ce texte : oAssumpta est Maria in Cœlum; gaudent angeli, laudantes benedicant Dominant ; venerandanobis , Domine... Le mot veneranda contient une miniature de l’Assomption au bas de laquelle l’artiste écrit l’explication de sa peinture : Mons Sion. QApostoli , Vallis Josaphat, Sancte Marie , Mons Oliveti.
Dans le bas, il a représenté le tombeau entouré des apôtres étonnés et de saint Thomas qui fait un geste de surprise en le voyant vide; au-dessus, Marie voilée, couronnée, est enlevée au ciel par des anges qui relèvent autour d’elle les plis du suaire qu’ils viennent de rouvrir à la vie. Dans le haut, Notre-Seigneur, environné d’une auréole circulaire, étend les bras pour recevoir sa mère. Nous ferons observer l’attitude des mains de la sainte Vierge, qu’elle retourne sur sa poitrine en manière d’orante ; ces mains ouvertes, comme nous le verrons plus loin, serviront peut-être à nous révéler un type de l’Assomption.
Glasgow. (Pl LXVI.) — Le manuscrit de la bibliothèque du collège de Glasgow nous offre une Assomption d’un type encore plus original. C’est un psautier petit in-folio, écrit en minuscules serrées. D’après les saints mentionnés dans son calendrier, tels que saint Cuthbert et saint Oswald et le style de la bordure d’origine anglaise, M. Vaagen l’attribue à la première moitié du xiie siècle; on y compte vingt miniatures représentant des sujets sacrés, depuis la création d’Adam jusqu’à l’Assomption de la sainte Vierge. La plupart occupent une demi-page, mais l'Assomption une page entière. (Waagen III, 284.) Dans le haut de ce dernier tableau, les apôtres
CH. XI
ASSOMPTION
ensevelissent la sainte Vierge, quatre anges l’encensent, saint Pierre à droite apparaît avec les clefs et la hampe de son étendard. Au-dessous, le tombeau est vide ; deux anges y balancent encore leurs encensoirs. Le Sauveur, debout à gauche, a fait un signe de la main droite et une troupe de seize anges s’emparant du linceul enlèvent dans ses plis ouverts la sainte Vierge, qui est encore comme une momie enveloppée de son suaire. Je connais peu de type aussi singulier et qui révèle dans le nord de l'Europe d’une façon plus explicite l’antique croyance à l’Assomption.
Autun. (PI. LXV.) — Nous arrivons devant un monument de l’Assomption non moins curieux que les précédents et d’une forme extrêmement rare; c’est un bas-relief encastré dans une muraille des anciens bâtiments de Saint-Nazaire contigus à la cathédrale d’Autun. (Hamon, VI, 3 96.) La sainte Vierge perce la voûte de l’arche funèbre, emportée par deux anges debout de chaque côté du tombeau. Elle est nimbée, vêtue d’une robe avec broderies aux manches; une draperie également ornée est jetée sur le bord du sépulcre. Ce bas-relief si singulier, et que je crois unique dans son genre, est incontestablement du xne siècle; les rangées de perles au bord du nimbe, les losanges au-devant du tombeau qui paraissent très-répandus alors, enfin le caractère des figures nous en fournissent une authentique certaine.
Chartres. Reliquaire. — Un jour que nous visitions avec M. Durand les cryptes de la cathédrale de Chartres, il nous montra une maernitique châsse en émaux de Limoges du xne ou xme siècle que ses réclamations conservèrent à l’église au moment où on l’allait vendre. Sur un des volets, on voit représenté le Sauveur et de l’autre la sainte Vierge; on reconnaît facilement que ces figures ne sont pas celles de l’origine et que les primitives étaient assises. Or la sainte Vierge assise, entourée d’une auréole portée par les anges , est évidemment une Assomption.
Angers. Cathédrale. (PI. LXVII. ) — Les monuments que nous avons jusqu’ici passés en revue nous montrent les uns le commencement, les autres la fin de l’histoire de l’Assomption, et tous, selon nous, prouvent de même chez leurs auteurs la croyance à la tradition. Nous voici à Angers devant un vitrail qui réunit les différentes scènes de cette histoire et qui paraît tout entier consacré à la gloire de Marie. M. Labarte (II, 319) dit que cette verrière y fut placée par l’ordre de l’évêque Ulger (1125 f 1149). On remarquera que les médaillons ont été transposés et qu’il faut les examiner dans la suite de la légende, comme nous le faisons ici. Nous voyons d’abord le corps de la sainte Vierge (médaillons 2 et 3) porté dans la vallée de Josaphat parmi les apôtres et les fidèles; en avant, saint Jean portarïtla palme ; au-dessous du lit funèbre, le fou dont les mains sont coupées et que saint Pierre va guérir. Dans le médaillon 1, nous assistons à l’ensevelissement; Marie est descendue dans la tombe au milieu des cantiques des disciples et des anges. Dans le médaillon 4, Notre-Seigneur est descendu auprès du tombeau ; il se penche et de sa main droite fait signe à sa mère de se réveiller, geste admirable, plein de bonté et de puissance. Trois témoins assistent au prodige, le corps se ranime, les anges accourent, et dans le cinquième médaillon nous les voyons ravir au ciel leur reine ressuscitée. Quatre anges sont occupés à cette Assomption; les deux premiers ont une robe verte, les deux seconds une blanche; la sainte Vierge porte une couronne d’or, un nimbe bleu, un voile blanc, une robe blanche, un manteau bleu clair, des souliers verts avec un liséré au-dessus; elle croise les mains sur sa poitrine. Les anges sont nimbés de rouge; ils sont debout sur des nuages blancs qui les soutiennent au-dessus de l’azur du ciel. Dans le sixième médaillon, l’empyrée est traversé; nous arrivons au trône de Dieu, au trône de Jésus-Christ, qui fait asseoir sa mère à sa droite et s’entretient avec elle ; la sainte Vierge porte une couronne d’or et un manteau vert. Deux petits anges de chaque côté adorent
ICONOGRAPHIE
le groupe divin. Ce vitrail, si ce n’était la grossièreté du dessin qui contraste avec la beauté de la composition, est un monument admirable. J’aimerais développer cette histoire ascendante de la créature transfigurée par Dieu, qui l’arrache aux sombres demeures du tombeau pour l’élever en quelques jours aux radieuses splendeurs de son trône; quelle leçon recevait ce peuple du moyen âge qui lisait les saintes traditions de l’Eglise sur les monuments, en voyant une pauvre fille juive, aussi pauvre et aussi ignorée que ses filles à lui, ravie par sa virginale pureté au sommet de la gloire; quelle espérance, quelle sauvegarde contre les corruptions qui nous accablent aujourd’hui b
Reims. — Le xne siècle paraît avoir affectionné un genre d'assomptions dont le onzième nous a déjà fourni un exemple sur un manuscrit de la Bibliothèque nationale; nous voulons dire l’Assomption de la sainte Vierge par les anges qui la prennent sur un suaire ou de leurs mains voilées; nous citerons parmi ces types un petit bas-relief qui orne la clef d’une archivolte romane dans la cathédrale de Reims. Cette arcade et la madone au-dessous, dont nous parlerons à propos des images de ce diocèse, est un reste de l’ancienne cathédrale; elle est encore peinte. Deux anges debout, les ailes déployées, enlèvent la sainte Vierge figurée sous les traits d’un enfant nu, pendant qu’au-dessus une main divine lui tend une couronne d’or. (Gaillabaud, C Architecture du ve au xvne siècle.)
Pontaubert. (Pl. LXVIII.) — Nous rattacherons à la même classe d’Assomptions celle du portail de l’église de Pontaubert, en Bourgogne. De même ici, le tombeau n’est pas figuré; les anges emportent la divine Vierge dans le linceul ; elle est vêtue d’une tunique et tient un livre
i. On a publié dernièrement à Toulouse, dans le n° i de la Musica sacra, un mystère du XIIIe siècle sur l’Assomption; il éclaire singulièrement l’iconographie; pour bien comprendre notre vitrail d’Angers, il faut l’avoir sous les yeux.
de la main gauche. Un ange a pris le diadème des mains de Dieu, l’a transmis à un autre ange qui s’apprête à le poser sur le front de Marie b
Lisbjerg. oAutel. (Pl. CXLV1I.) — L’autel d’argent de Lisbjerg, près de Aarhus, en Danemark, nous fournit dans les dessins du milieu un type du même genre; dans un des triangles de gauche, la mort de Marie, son tombeau, le Christ qui emporte son âme; dans le triangle correspondant à droite, les deux anges agenouillés et les mains voilées qui la saisissent pour l'enlever, enfin dans la partie supérieure, l’ange qui la ravit vers sa demeure éternelle; M. Engelhardt, auquel nous devons communication de ce monument, le regarde, avec infiniment de raison, comme du xne siècle.
Il est probable que les auteurs de ces représentations ont eu l’intention de figurerl’ Assomption corporelle, à cause de l’absence du tombeau. Au moyen âge, lorsqu’on peignait les âmes transportées par les anges sous des traits à peu près analogues, comme au monument de Dagobert, comme à celui de Pierre de la Jugée à Narbonne (Viollet-le-Duc, IX, 53). Nous devons songer que la dépouille mortelle était dessous; à Reims et à Pontaubert au contraire le basrelief placé à côté d’une madone glorieuse me paraît avoir un tout autre caractère.
Palerme. — La Martorana. — Les Byzantins, dans leurs tableaux, n’ont coutume de représenta que ce qu’ils voient; ainsi ils ne figurent jamais la Résurrection, qui s’est passée en dehors des regards des apôtres; cela est si vrai que leur dormition de Marie vise l’Ascension corporelle et que sur une mosaïque de Rome, de style grec, nous lisons cette inscription :
Ai summum Regina thronum defertur in altum.
En Occident, si les artistes n’ont jamais cessé de représenter l’Assomption corporelle, nous
1. La tète est malheureusement moderne, de sorte qu’il est difficile de dire l’âge qu’a voulu lui prêter le sculpteur.
CH. XI. — ASSOMPTION
devons ajouter qu’ils n’ont en aucun temps non plus abandonné le thème des Byzantins, qui se contentaient de la première partie de la pieuse tradition. Nous pouvons invoquer comme témoignage les peintures de la Martorana à Païenne, qui sont du xne siècle et qui nous montrent la mort de la sainte Vierge sous les formes tristes, raides, pleines de dureté qu’on peut trop souvent reprocher à l’école grecque.
Pise. Porte du Dôme. (PI. LX.) — Nous pouvons citer encore la porte de Saint-Ranieri à Pise. Dans le dernier panneau en haut à gauche, l’ange Gabriel descend du ciel avec une palme en main, pour prévenir Marie de sa fin prochaine ; plus bas, on la trouve étendue sur le lit funèbre, et entourée des apôtres qui chantent ses louanges; on lit au-dessus les quatre lettres : M. G. S. M., initiales des mots suivants : Maria Gabriel significat mortem. — Cette palme se trouve rappelée par Pierre de Noël 1, qui s’étend longuement sur la fête de l’Assomption, dont la description s’applique parfaitement à la porte de Pise. Enfin le Sauveur prend sa mère entourée de bandelettes et l'enlève vers le ciel.
British Muséum. — Notons encore pour ces dormirions du xne siècle un manuscrit du British Muséum (Coll. Nero , c. iv). A la page 20, on y trouve une miniature tracée sous l’influence byzantine, comme il paraît par le ton des carnations, les ombres vertes, et la couleur des draperies. — La sainte Vierge est figurée enlevée au ciel sous la forme d’un enfant emmaiilotté. A la page suivante, on trouve une seconde miniature qui est de la même main et qui paraît être la suite de ce sujet, on y voit la sainte Vierge sur un trône élevée dans le ciel, figurée dans une attitude majestueuse, et accompagnée de deux anges qui déploient de chaque côté des bannières triomphantes.
Un évangéliaire (< 2/lddit n° 1 1, 8 3 8) de la même