In Catalogo sanctofum } liv. VIL, chap. LXV
librairie nous montre la sainte Vierge enlevée dans une draperie par deux anges.
Chapelle du Liget (Indre-et-Loire). — La chapelle du Liget, dont VI. Savinien Petit a copié les peintures, nous présente un type d’Assomption byzantine du xne siècle. — La sainte Vierge est étendue sur son lit funèbre et couronnée; derrière elle Notre-Seigneur prend l’âme entre ses mains voilées par un geste très-particulier et en se rejetant un peu en arrière. Dans le haut, deux anges dans un cercle s’apprêtent à la recevoir. Le soubassement est tendu de rouge; les noms des apôtres sont écrits au-dessus de leur tête. '
Nous ne pensons pas avoir terminé ici l’examen des Assomptions byzantines, ou de celles plus clairement exprimées que nous ont offertes en tous les temps les artistes latins; nous n’avons pas examiné tout entière la pensé iconographique de la vieille école. Évidemment les artistes grecs avaient une manière de compléter l’histoire de l’Assomption, que tout le monde comprenait sans doute de leur temps et dont nous devons rechercher le secret. M. J. Durand, plus compétent que personne sur une semblable question, pense que souvent les peintres, en figurant la sainte Vierge les mains ouvertes et renversées sur la poitrine, ont eu l’intention de figurer son Assomption. — Nous pouvons citer quelques exemples.
Nous avons dit tout à l’heure, au sujet de la fresque de Saint-Clément, que ce tableau nous paraissait confondre les deux scènes de l’Ascension de Jésus et de Marie, nous ajouterons que le même fait doit s’être reproduit dans les Ascensions byzantines, particulièrement celles où Marie est au centre, montée sur un escabeau et les mains déployées comme aux portes de Saint-Paul, de Pise, de Bénévent, sur la belle mosaïque de la nef latérale de Saint- Marc de Venise. (PI. CXI £zs.), etc.
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San Sebastianello. (Pl. LXLVII.) — La
ICONOGRAPHIE
tribune de Santa-Maria-in-Pallara, vulgairement appelée San-Sebastianello, nous offre une figure de Marie dans la gloire, escortée de deux anges et montée sur un escabeau et au-dessus celle du Sauveur ; c’est à peu près la thèse des Ascensions simultanées, ou du moins cette glorification de Marie doit être citée ici parce que ce sujet a précédé les couronnements des xie et xne siècles. — Remarquons surtout les mains déployées sur la poitrine, geste qui signale l’Assomption byzantine dont nous nous occupons.
(Pl. G333B) — Nous offrirons un autre exemple de ce type dans le Manuscrit 9,448 de Paris, où la sainte Vierge est figurée dans une auréole glorieuse et dans la même pose pour les mains, sur une croix d’argent à Saint-Laurent de Gênes, etc. voytt 57
Croix oie. Il 7^ P t-
Murano. (Pl. CXI bis.) — M. J. Durand présente surtout, à l’appui de cette opinion, la fameuse Madone de l'église de Murano, dédiée jadis à l’Assomption et qui ne reçut le titre de Saint-Donat après 1x25 que lorsque Dominique Micheli, doge de Venise revenant de la croisade, y déposa les reliques de ce saint qu’il rapportait de Céphalonie. — Sans être certain que cette figure reproduisait l’Ascension corporelle de Marie, il pense que l’hypothèse est fort soutenable.
Pontlevoy. — Ce pieux archéologue cite encore le sceau de Pontlevoy, dont la fête patronale était précisément l’Assomption ; ce sceau, attaché à un acte de 1255, représente la
sainte Vierge nimbée, en pied, de face, les mains déployées devant la poitrine, de façon qu’on en voit la paume. « Cette pose, nous dit-il, ne se trouve pas communément en France à cette époque et je suis persuadé qu’on a voulu rappeler sinon représenter l’Assomption. »
On nous objectera que les scènes de la Pentecôte figurent toujours la sainte Vierge dans cette attitude au milieu des apôtres, mais on peut observer que le Cénacle était la suite de l’Ascension; que depuis l’Ascension, Marie n’appartenait pour ainsi dire plus à la terre et qu’elle y recevait déjà une sorte de couronnement.
Concluons que, s’il est difficile de prouver dans cette manière byzantine de figurer Marie, l’idée générale de l’Assomption, on ne peut se refuser à l’y découvrir fréquemment et qu’en tout cas cette pose nous révèle toujours la Vierge glorieuse.
Assomption. — Miniature d’un ms. du xive siècle à la bibliothèque de Modène
Le couronnement de la sainte Vierge, sujet qui commence seulement dans l’iconographie chrétienne au xne siècle, est tellement mêlée avec les représentations de Marie enlevée au ciel ou de Marie glorieuse , que nous ne croyons pas nécessaire de lui consacrer un chapitre spécial ; on pourra voir dans notre description des mosaïques de Sainte-Marie-in-Transtevère le tableau le plus remarquable que nous possédions. (Pl.LXIX).
Si les limites de notre cadre ne nous arrêtaient ici, nous pourrions poursuivre l’étude iconogra-
1. La sainte Vierge porte un vêtement blanc; à la fin du même ms., on voit une seconde Assomption sur une plus grande échelle.
CH. XI. — ASSOMPTION
phique de l’Assomption devant des monuments d’un grand intérêt; nous verrions Y oÆssomption de Giunta (1230), dans laquelle l’auteur a confondu l’Ascension du Sauveur avec celle de sa sainte Mère, en réunissant leurs ligures dans la même auréole; celle du portail de Strasbourg, où les anges ravissent Marie dans son suaire ; l’émail sur cuivre doré que possédait le trésor de Sienne et dans laquelle Marie était placée entre deux séraphins; celle delà porte méridionale de Notre-Dame de Paris, celle des grandes verrières de Lyon et de Clermont; d'Andrea Orcagna, à Florence, la pompeuse peinture du Campo Santo de Pise, la miniature d’un manuscrit de Modène, le vitrail de Saint-Gervais, etc., etc... Une telle étude dépasserait non-seulement nos limites, mais n’apporterait
Assomption. — Vitrail de Saint-Gervais, à Paris.
aucune preuve nouvelle à l’antique croyance de 1 Assomption. On peut dire qu’à partir du xme siècle, les arts latins vivent davantage de leur vie, ils ont, si je puis m’exprimer ainsi, coupé le câble qui les reliait à l’Orient, et désormais ils ne peuvent plus nous éclairer sur les énigmes obscures et les vieilles traditions que leur livraient leurs maîtres grecs.
RÉSUMÉ
Avant de clore cet article, nous devons, par quelques mots, en rappeler les lignes principales et en résumer l’histoire.
A l’origine, dans l’âge symbolique de l’iconographie chrétienne, nous apercevons d’abord l’Assomption cachée sous l'Ascension et sous des représentations de Marie dans sa gloire; puis, tout à coup, nous voyons, vers le vme siècle, l’influence de la fameuse légende se répandre dans le monde entier et s’emparer de toutes les images. — C’est alors, pour la première fois, que nous entendons signaler d’une manière certaine ce sujet dans -les églises et nous remarquons que cette apparition en Occident coïncide avec l’émigration iconoclaste. Léon l’Isaurien exerçait sa fureur contre les artistes vers 730. Le Copronyme continua de 741 à 775 et voici que, pour la première fois, nous voyons, sous Adrien Ier (772-795), Anastase mentionner des parements d’autels ornés d’une Assomption. — Cette coïncidence est notable et elle nous porte à croire que les artistes persécutés apportèrent de Constantinople à Rome non-seulement des inspirations, mais aussi des modèles pour ces images. — Le ixe siècle est l’époque où l'Assomption devient plus populaire, où la fête se célèbre avec plus de pompe, où Léon IV lui accorde un octave et où sa popularité se manifeste par la multiplicité des images. Avant l’arrivée des peintres orientaux, les Latins croyaient évidemment à cette vérité, mais ils semblaient embarrassés dans la manière de l’exprimer ; l’art, réveillé par ces pieux émigrés et par le génie de Charlemagne, n’hésita plus, et nous saisissons de tous côtés les témoignages de son activité dans les monuments qu’elle nous a laissés. Anastase nous rappelle deux Ascensions de la sainte Vierge au vnie siècle, et dans les termes différents à’oAssumptio et de transitas qui marquent le point de départ de deux sortes d’images : celle qui nous montre la sainte Vierge ravie par les anges, celle qui nous la fait voir sur son lit funèbre. — Ce sont ces deux courants que nous suivons désormais à travers les siècles, qui se mêlent quelquefois, qui ne se confondent jamais, — le type byzantin qui étend Marie sur son lit funèbre, qui met son âme entre les bras du Sauveur, le type occidental
ICONOGRAPHIE
qui nous la représente dans l’espace enlevée par les anges. — Ces types correspondent également à l’Assomption, puisqu'ils sont calqués sur la légende qui nous en transmet l’histoire ; mais leur différence accuse aussi la diversité de génie des Grecs et des Latins. — Pour les premiers, la scène de la mort ou la scène de la gloire de Marie, avec les mains déployées, suffisaient à rappeler son Assomption; pour les seconds, moins amis des énigmes, aimant la clarté des termes, il a fallu chercher un mode plus explicite pour rendre ce mystère. De cette diversité est sortie chez les Latins l’Assomption proprement dite, telle que nous la voyons à Saint- Gall, à Augsbourg, à Glascow, à Angers, etc. De là aussi est venu un compromis entre les deux types qui ont créé le manuscrit 9,448 de Paris, ou l’ivoire de Darmstadt avec les Ascensions successives de Marié, ou le chapiteau de Clermont avec le corps de la sainte Vierge emporté tout entier par le Sauveur.
Le génie latin, dans cette espèce de commentaire qu’il nous offre des images byzantines, n’a rien d’exclusif, il explique, il complète et ne supprime rien ; ainsi dans le vitrail d’Angers, le lit funèbre et le ravissement sont superposés.
L’iconographie de l’Assomption, dont nous cherchons ici les monuments trop peu connus, nous ouvre un spectacle saisissant, elle jette son premier éclat au ve siècle, sous l’empereur Mar-
cien, éclaire le vie siècle d’une lumière plus vive, triomphe sous les coups des iconoclastes qui exilent les images en Occident, les images apostolat populaire et irrésistible; elle s’étend de plus en plus, franchit les Alpes, s'imprime sur l’ivoire de Saint-Gall dans le rude monastère de Saint-Colomban, remonte le Rhin, laisse ses traces à Munich, dans les églises d’ Augsbourg, de Trêves et de Deventer, sillonne la France entière, inspire les miniaturistes normands. — Enfin, avec les xie et xne siècles, ses conquêtes s’étendent jusqu’au fond de la Scandinavie, à Lisbjerg; jusque dans les pays slaves à Kiew, jusqu’en Ecosse à Glascow; elle remplit les tympans des portails, brille dans les verrières de nos cathédrales, enlumine les missels, épuise les provisions d’ivoires de l’Occident. — Entre saint Jean Damascène et saint Bernard, saint Jean qui mit en si grand honneur le tombeau de Marie, saint Bernard qui le vit restaurer de son temps par les croisés , cette iconographie ne subit aucune éclipse, mais devient chaque jour plus florissante. Sortie de l’imagination vague de l’Orient, elle prend une physionomie plus précise, plus nette, plus historique dans nos contrées, enfin elle se prête à deux styles le byzantin, que nous rappellerons par l’ivoire de la bibliothèque Barberina ou le tableau du Vatican, le style occidental que nous représente l’ivoire de Saint-Gall.
Assomption. — Portail de la cathédrale de Strasbourg.