‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 359 sur 458 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

PROCESSIONS ET LITANIES

vés dans la Seine, nous offre (p. 28) de curieux renseignements pour les processions de la sainte Vierge; il rappelle un plomb de Notre-Dame de Chartres sur lequel on distingue la manière dont on portait la fameuse statue, le brancard, les clercs chargés du précieux fardeau, et en dessous les fidèles à genoux et s'efforçant au passage de baiser les pieds de la madone. Cette enseigne a sur son revers la représentation d’une autre procession; ce n’est plus la statue qu’on promène solennellement, mais la châsse de la sainte chemise, une arche avec toit à deux pentes, pignon orné, et au milieu la célèbre relique; cette châsse est posée sur un riche brancard et portée sur les épaules de deux clercs, lesquels sont habillés d’une simple tunique serrée par une ceinture. On verra que c’est à la procession de cette châsse que les chartreux, en 91 1, durent d’être délivrés du siège des Normands. L’évêque qui l’ordonna était Gantelme, et c’était luimême, dit un vieil auteur :

Qui portait la seinte chemise Por defense et por garantise,

Avecques un autre bannière Qui du voile de la vierge yère.

L’usage de porter des cierges dans les processions nous vient de l’antiquité, comme nous le voyons dans le triomphe de César, où l’on portait des lampes à sa gauche.

Les fleurs, les guirlandes, les habits de lin, les fanfares sont encore un héritage des processions antiques.

Citons une description d'une procession russe à cause de la fidélité liturgique que ces peuples ont conservée et qui fait si tristement contraste avec leur hétérodoxie schismatique ; nous 1 empruntons à la relation de Moscou, imprimée en 1698 par M. de La Neuville : « Topt le clergé, revêtu de chapes assez magnifiques et la plupart brodées de perles, sort d'une église en corps, quelquefois avec peu d’ordre, pour se rendre à celle-ci où il y a dévotion. Chaque prêtre porte en main quelque chose : les uns des

livres, les autres des croix et beaucoup des bâtons pastoraux. Ceux qui marchent près du métropolitain ou patriarche portent de grands tableaux de la sainte Vierge, garnis d’or, d’argent, de pierreries et de reliquaires; d’autres, de grandes croix carrées pareillement fort riches et si pesantes que quelques-unes sont portées par quatre prêtres. Ensuite paraissent ceux qui portent le livre des Évangiles, qui sont sans contredit les plus magnifiques de l’Europe, car un seul coûte jusqu’à 25,000011 30,000 écus. Après tout cet équipage viennent les abbés, suivis des métropolitains, et tout le dernier, à quelque distance d’eux, paraît le patriarche, ayant en tête son bonnet semé de perles et fait, excepté les trois couronnes, à peu près comme la tiare du pape. Quand ces processions marchent, elles sont précédées d’une centaine d'hommes, les uns portant des balais, les autres de grandes poignées de sable pour la propreté des chemins. «

Dans un manuscrit grec du xve siècle qu’on nous a communiqué à la Marciana, à Venise, nous avons copié un croquis fait a la plume et qui peut donner aussi l’idée des processions orientales en l’honneur de la sainte Vierge.

Comme dans les processions modernes, celles en l’honneur de la sainte Vierge étaient principalement composées de jeunes filles. L'iconographie nous fournit à cet égard de curieux renseignements. Sur la longue frise de mosaïque que nous voyons à Saint-Apollinaire-le-Neuf, à

CH. XIII — CULTE

Ravenne (vT siècle), le peintre a rangé une multitude de vierges s’avançant vers le trône de Marie; elles sont vêtues d’une tunique brodée, d’un riche surplis avec collerettes et ceintures d’or; elles ont des colliers, un voile qui retombe sur leurs épaules, et elles portent des couronnes sur une draperie blanche.

Une autre procession fort intéressante nous est présentée sur la frise en mosaïque de Sainte- Marie-in-Transtévère. Là encore des vierges marchent vers Marie, les unes simplement voilées, les autres couronnées, toutes parées de tuniques magnifiques, couvertes de manteaux et tenant des lampes ardentes; évidemment les artistes, dans ces images, copiaient les processions que leur offraient leurs contemporains b

Drames liturgiques. — Pour compléter 1 indication des processions que formaient les fidèles en l’honneur de la sainte Vierge, nous devons mentionner les cortèges dramatiques dont les rues du moyen âge étaient témoins; on tigurait, à l’aide d’une crèche et de personnages représentant la sainte Famille, la scène de la naissance du Sauveur sous la porte d’une église, et les mages au milieu d’un pompeux appareil et d’une foule immense venaient y porter leurs adorations.

On devait choisir pour représenter la sainte Vierge la fille la plus belle et la plus vertueuse; ces poèmes étaient pleins de poésies et de fécondité; ils annonçaient la parole de Dieu, les révélations des prophètes, les psaumes de David. Les campagnes, les routes, les places publiques, les cathédrales étaient les vastes scènes où se déroulait le drame; un peuple pressé formait l'auditoire, prenait part à l’action et en activait la vie par l’ardeur de sa foi b

Ces fêtes se développaient principalement à Noël et à l’Épiphanie. Un Évangéliaire manuscrit du Xe siècle du monastère de Bilsen, dans

1. Voyez, pour les processions du Xe siècle, un curieux manuscrit de la bibliothèque de Bruxelles, publié dans les Arts somptuaires.

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