PO ES I E S — (V' SIÈCLE
même, et demande, en échange du trésor des rois et de l’hommage des bergers, la grâce et le salut du monde
Voici un autre paracléticon peut-être plus ancien que saint Romanus :
i° Protection assurée des chrétiens, médiatrice toute-puissante auprès du Créateur, ne méprise pas les supplications des pécheurs, accours avec bonté et promptitude au secours des pécheurs qui crient vers toi, viens vite à leur aide, hâte-toi de nous sauver, toi qui protèges toujours, ô mère de Dieu, ceux qui t’honorent.
2° Viens vite à leur aide, hâte-toi de les sauver, toi mère de Dieu, immortelle protection de ceux qui t’honorent. — Étends vers nous avec une large bonté ces bras entre lesquels sans perdre sa nature a reposé le Seigneur du monde. — Ne nous prive pas de tes prières, de ta présence. Aie pitié de nous, épargne nos âmes, ô toi, fontaine de miséricorde; en toi nous possédons une protectrice tout immaculée, nous qui avons été rachetés de l’antique calamité ! Aie pour nous des entrailles de miséricorde, hâte-toi de nous sauver, toi qui protèges toujours , ô mère de Dieu, ceux qui t’honorent.
30 Avec des yeux de clémence, ô Immaculée, daigne regarder la fatigue de tes serviteurs qui se réfugient près de toi, impliqués qu’ils sont dans de pénibles vicissitudes, dans des angoisses, dans des besoins; ne nous dédaigne pas; mais aie pitié de nous ; emploie tes suffrages auprès de Dieu, ô reine; en effet tout ce que tu veux, tu le peux. Aie pitié de nous, aie pitié de nous, nous t’en supplions, toi qui répands l’abondance de tes bienfaits sur ceux qui invoquent ton secours, qui s’adressent à toi dans leurs angoisses, qui réclament ton assistance en s’écriant '.hâtetoi de nous sauver, etc.
4° Toi, soulagement des humiliés, redressement des tombés, consolation des affligés, résurrection des travailleurs, puisse l’emporter auprès
i. Cal Pitra, Hymnographie de l’Église grecque.
de ton fils la grandeur de ton crédit, toi dont les supplications ont là-haut une force souveraine. Ne nous prive pas de ta protection, immaculée et parfaite, quoique accablés par les péchés dans les liens desquels, comme il est écrit, nous ne produisons plus que des fruits corrompus. Nous qui implorons ta maternité , puissions-nous être délivrés de la présente infortune, nous prosternant à la façon des suppliants et nous écriant : Hâte-toi de nous sauver.
50 Pour ceux qui sont accablés et livrés aux périls, tu demeures une invincible espérance, ô épouse de Dieu, — toi, joie des pauvres, sauvegarde des pécheurs, liberté des captifs, force des inconstants, avocat des chrétiens auprès de Dieu, refuge des chrétiens, autel propitiatoire des indigents, ah ! regarde-nous maintenant, ô très-célèbre, ô puissante, nous t’en supplions, nous en proie aux angoisses, n’oublie pas notre affliction, car nous n’avons pas d’autre protectrice que toi et nous nous écrions : Accours à notre aide, hâte-toi de nous sauver, mère de Dieu, toi perpétuelle protection de ceux qui t’honorent.
On va lire la traduction d’une autre hymne analogue que nous empruntons de même au recueil du cardinal Pitra :
« i° Celui qui avant Lucifer est engendré par un père et sans mère, sans père aujourd’hui, a pris chair en toi. Une étoile en annonce l'heureuse nouvelle aux mages. Les anges s unissant aux pasteurs chantent ton enfantement immaculé, d pleine de grâce.
« Semblable à la vigne qui produit le raisin sans la main du cultivateur, Marie portait son fils et lui disait : « Toi, mon fruit, toi ma vie, toi par lequel je sais être ce que j’étais. Toi mon Dieu, quand je vois que le sceau de ma virginité n’a pas été brisé, je te proclame, sous la chair qui te recouvre, le Verbe immuable. Echappant aux lois ordinaires, je suis chaste. En entrant, dans mes entrailles tu les as gardées immaculées, aussi toutes les créatures se réjouissent
CULTE
368 CH. XV
avec moi en s’écriant : O pleine de grâce.
1 La grâce que tu m’as faite ne sera pas vaine — je ne cacherai pas la dignité que j’ai reçue en te donnant le jour — je suis la reine du monde. Depuis que j’ai porté ta puissance, je commande à l’univers. Tu as récréé mon indigence en t’abaissant jusqu’à elle et en t humiliant tu as relevé mes semblables. Réjouissez-vous avec moi terre et cieux, car j’ai porté votre auteur dans mes entrailles — mortels, dépouillez-vous de la tristesse, devant la joie de la conception virginale que j’ai eue, moi qui m’entends appeler pleine de grâce.
« Pendant que Marie saluait par cette hymne l'enfant qu’elle mit au monde, et qu’elle caressait ce fils unique, Ève, qui avait enfanté ses fils dans la douleur, l’entendit et cria joyeusement à Adam : « Cette voix qui vient de frapper mes oreilles, n’annonce-t-elle pas ce que j’attendais, la Vierge qui met un terme à la malédiction? Elle est la seule dont la voix me délivre de mes peines, dont l’enfant guérisse mes blessures; c’est elle que prophétisa Amos, c’est la tige de Jessé, de laquelle est sorti le petit rameau par lequel je refleurirai, 6 pleine de grâce! #
VIe SIECLE.
Les accents du vie siècle en l’honneur de la sainte Vierge ne sont pas moins éloquents que ceux du siècle précédent. Vigile deTapse, évêque de Cette, en Afrique, disait : « Si les plantes ont naturellement la vertu de se reproduire et de donner leur fruit, il n’est pas étonnant que la tige de la racine de Jessé, c’est-à-dire la bienheureuse Vierge, ait produit comme fruit Notre- Seigneur Jésus-Christ de la substance de sa chair. »
Ennodius Magnus. — Ennodius Magnus était issu d’une famille illustre d’Arles; il avait été consul en 5x0, il renonça aux dignités civiles pour embrasser l’état ecclésiastique et devint évêque de Pavie. Nous trouvons dans ses poésies
une hymne à Marie : « Pour parler de la vierge féconde , où trouver une louange digne de Marie?... Comment l’esprit peut- il ressaisir l’ordre entier de la nature troublé devant lui? C’est pour notre salut que nous sommes ici humiliés... Dans sa virginale solitude Marie conçut son fils sous le souffle delà voix divine1. »
Chrvsippe. — Chrysippe, dans un pieux sermon sur la sainte Vierge, lui adresse ces poétiques paroles : « Je vous salue, 6 fontaine de lumière qui illumine tous les hommes! c’est vous qui avez été l’aurore, annonce du soleil, qui s’est arrêté dans le midi de la gloire, sans plus craindre aucun couchant ; vous êtes le trésor de vie, le jardin délicieux du Père céleste, la prairie odoriférante du Saint-Esprit, la racine de tous biens, la vive source d’eau toujours vivante... arche vraiment royale, arche renfermant en elle le prix de toute sanctification, arche de laquelle l’architecte, le gouverneur et le pilote est le Créateur de toutes choses, et qui les porte toutes par sa vertu. »
Saint Fulgence. — Saint Fulgence, qui souffrit toute sorte de persécutions de la part des hérétiques (463 -|- 533), célébrait en ces termes la mère de Dieu : « Marie est devenue la fenêtre du ciel ; c’est par elle que Dieu a répandu la véritable lumière dans les siècles. Marie est devenue l’échelle du ciel , car c’est par elle que Dieu est descendu sur la terre afin que par elle les hommes méritent de monter aux cieux...2
Il dit encore : « Venez donc, ô jeune vierge,