Collombet, Livre de Marie. (Rosier de Marie. IV
POESIES. — (VIe SIÈCLE.)
venez à la première des vierges et réjouissez- ] vous avec elle ; laissez la malédiction de l’antique péché et prenez la bénédiction de la vertu reconquise; chassez les douleurs qu’Ève avait j reçues du serpent et recueillez les honneurs que Marie a reçus de l’ange. Épouses, éloignez maintenant la tristesse, cessez de gémir en devenant mères, et que le fils de la Vierge règne seul sur vos âmes et soit votre Seigneur. Vierges, venez à la Vierge ; épouses, venez à l’épouse ; vous qui enfantez, venez à celle qui enfante; mères, venez à la véritable mère ; vous qui allaitez, venez à celle qui nourrit son nouveau-né; jeunes tilles, venez à la Vierge mariée. La i Vierge, tille de sainte Anne, a dû pour avoir son tils passer par toutes ces différentes phases de la nature afin de pouvoir secourir toutes les femmes qui recourraient à elle et de devenir ainsi la régénération du sexe féminin, comme son fils Notre-Seigneur Jésus-Christ est la régénération du sexe masculin; elle, nouvelle Ève, en demeurant vierge; lui nouvel Adam, et Dieu régnant avec le Père et le Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles. » 1
Saint Éleuthère, contemporain de saint Fulgence, a laissé lui aussi de belles paroles à la gloire de Marie.
Ave Maris Stella. — On a cru quelque temps que /’c 4ve Maris Stella était une composition de saint Bernard, mais des manuscrits antérieurs de plusieurs siècles à ce grand docteur, dans lesquels on trouve cette hymne, ont détruit cette supposition et éclairent maintenant ce point d’histoire. On l’attribue au vie siècle sans que l’auteur ait encore été découvert. Cette poésie, d’une grâce et d’une fraîcheur incomparables, est en vers de six syllabes presque toutes liées par des rimes ou par des assonances.
Marie, selon saint Bernard, est très-bien comparée à un astre, Maris Stella , étoile de la mer ; l’étoile lance ses rayons sans corruption, Marie enfante son fils sans douleur. On remarquera que les deux mots Eva ou ave s’écrivent avec les mêmes lettres placées dans un ordre contraire; les poètes du moyen âge ont profité de ce fait purement accidentel pour l’appliquer spirituellement au changement opéré dans le sort de l’humanité par l’entremise de Marie.
Dans cette hymne sont célébrés presque tous les attributs et les prérogatives de Marie; elle est la puissante mère de Dieu, Dei mater aima, qu’elle a conçu et mis au monde en demeurant toujours vierge, atque semper virgo, et la plus glorieuse de toutes les vierges en même temps que la plus douce et la plus humble, virgo singularis inter omnes mitis.
Marie remplit pour nous auprès de son fils les fonctions d’avocate, elle lui olfre nos prières : Monstra te esse matrem ; sumat per te preces qui pro nobis natus tulit esse tuus.
Marie est la porte du ciel, elle brise la chaîne des captifs : solve vincla reis ; elle guide les aveugles dans la voie de la vertu ; profer lumen cœcis ; elle écarte de nous toute sorte de mal, mala nostra pelle; demande pour nous des secours, Bona cuncta posce, entoure nos reins de la ceinture de la chasteté : nos culpis solutos ; met en notre esprit la douceur du juste : mites fac et castos. Enfin, par une voie sûre, elle conduit à Jésus-Christ : ut videntes Jesum semper collcetemur.
« Salut, 2 étoile de la mer, vénérable mère de Dieu et Vierge toujours pure; heureuse porte du ciel.
« Recevant cet ave de la bouche de l’ange Gabriel, changeant le nom d 'Eva, établis-nous dans la paix.