‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 406 sur 458 · Axoûs xopiq · texte numérisé non relu

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IXe SIECLE.

Théodore. — Voici un chant du poëte grec Théodore sur la « consolation des infirmes ».

i° Dans nos angoisses, propice directrice des âmes, dans les périls tutelle assurée, seule mère de Dieu et immaculée, écoute ma prière pendant que, d’une voix mêlée de larmes, je crie vers toi : Dissipe /’ affliction de mon âme.

20 Qui m’instruira, qui me dira quand je devrai dans les sanglots de mon cœur implorer le pardon de mes péchés, car j’ai corrompu mon âme par les vices, j’ai souillé ma chair par le péché, avec une audace plus grande que tous les habitants de la terre, de sorte que je m’écrie en gémissant : J’ai confiance, ô chaste mère de Dieu, que tu ne me mépriseras pas, que tu te hâteras de me sauver en m’arrachant à mes nombreux péchés ; dissipe l'affliction de mon âme.

30 Montagne sublime de Dieu, sur laquelle la pureté resplendit, ainsi que le chante David ; toi, la mère de mon Seigneur, aie pitié, pardonnemoi, guéris-moi, délivre-moi de tout besoin ; tu es un secours plein de clémence, et moi malheureux je te prie pour trouver propitiation près de toi; écoute, ô chaste, mes prières et, me remplissant de cette joie qui émane de toi, dissipe l'affliction de mon âme.

40 Soustrais-moi à mon humiliation, toi qui as relevé la nature déchue par la séduction de l’arbre; je suis privé des délices du jardin; nu de vertus et de richesses, je suis devenu semblable à l’enfant prodigue par la folie de ma

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(C Pitr.i, Hymnograpliie de l'Eglise grecque, p. 20.)

CH. XV

CULTE

conduite. — Toi donc donne-moi grâce, lumière, pardon et joie ; considère le malheur de ton serviteur, et, me délivrant de tous périls, dissipe le deuil de mon âme.

50 Relève-moi de ma chute toi qui as rendu à la vie Eve frappée par la nourriture maudite...1

Hincmar. — La poésie sous Charlemagne reparut avec un nouvel éclat; et l’illustre Hincmar fut un de ses représentants les plus dévots à la sainte Vierge; nous traduisons ici un poëme dogmatique qu'il lui adressa :

Vierge Marie, puissante mère du Seigneur, moi, Hincmar, évêque, je vous dédie cet opuscule. Il rapporte vos actions dictées par un principe divin, et montrant clairement que vous avez enfanté Dieu ;

Car la vraie substance de la chair et de l’âme du Verbe, que vous avez conçue, est votre fils unique.

Il n’a point été engendré par un concours humain, mais par celui du Saint-Esprit, et sortant de vos bienheureuses entrailles comme de sa couche.

Votre sein virginal n’a souflèrt aucune douleur, il est resté fermé, et vierge, vous avez enfanté.

Mère vénérable, vous resplendissez par la chair du Verbe, et vous restez cependant la servante à cause de la divinité de l’homme,

Car Dieu est homme, Jésus-Christ est homme, et en même temps seul et vrai Dieu créateur.

Le Seigneur mis au monde par votre excellente virginité est la personne unique et la double substance du Christ.

De même l’Eglise, dans sa virginité, par le Saint-Esprit engendre ses enfants dans le bain baptismal.

Par son propre pouvoir il est Dieu ; par la nature il est votre fils afin que, par la grâce, nous soyons ses frères adoptifs.

Quiconque baptise les fils de cette fontaine sacrée, les baptise toujours avec le sang divin.

Nous ne doutons pas que le baptême n’existe

1 Cal Pitra, p. 532.

que sous l’invocation à la Trinité; le Christ nous l’a enseigné.

Il alimente les royaumes du ciel de son divin corps, celui que votre lait a alimenté ; il est la vie et le salut de la vie.

Prêtre suprême, roi, il devient l’hostie et l’autel, et, se montrant à son père, il nous sauve de l’expiation.

La fonction sacerdotale qu’il remplit luimême dans le ciel, il a permis à ses serviteurs de la remplir ici-bas.

Il consacre ses dons avec eux et par eux comme par sa parole, son souffle et sa croix.

Et l’Esprit-Saint dont il est né nous donne notre Jésus.

C’est la vraie foi qui le voit, et non l’œil de la chair, de même que Pierre avait vu Dieu dans l’homme.

Il ne meurt pas le ressuscité vainqueur de la mort; mais il souffre de nouveau pour nous,

Il est le salut et la vie,

Car chaque fois que sa passion mystique se renouvelle à l’autel, il nous lave de nos taches.

Il nous réveille ensevelis dans la mort du péché, si de mauvaises pensées n’accablent pas ceux qui sont comblés des vrais biens.

Ceux qui reçoivent dans un cœur pieux les mystères du Christ, portent votre fils, ô Vierge Marie.

Par un sacré breuvage nous devenons son corps, et il reste en nous comme notre propre chair.

Il est l’agneau véritable qui, par sa passion, s’est chargé des péchés du monde, et qui, servant de nourriture, vit au plus haut des cieux.

Restant entier il nous rassasie avec les objets de notre rédemption, sa croix, sa pierre, sa chair et son sang.

Le Christ frappé par un double trait est une pierre, car le bois de sa croix est double.

Ce pain vivant arrose son Eglise avec l’eau et le sang qui coulent de son côté.

fl l’a formée en mourant, comme Eve fut formée d’une partie du côté d’Adam pendant son sommeil.

POÉSIES. — (IXe SIÈCLE.)

Il est évident que cette hostie est formée d’un grand nombre de grains.

Offerte par beaucoup, elle est une seule offrande, et, unique, elle est donnée à tous les peuples.

Corporelle, non divisée, par une vertu céleste elle est un signe plus grand que la manne chez l’ancien peuple.

Elle est tout entière dans le ciel et dans notre corps et dans notre cœur, en nous donnant le salut par la croix.

Mais cette sainte offrande ne profite pas seulement aux vivants, par sa chair elle soulage même les morts.

Elle donne la gloire et le repos aux saints el à ceux que la mort n’a pas saisis pour le feu,

Et profite à ceux qui sont trouvés dignes du corps du Christ et que leurs bonnes œuvres secondent.

Les mystères vivants du Seigneur parviennent même à ceux que réclament les ténèbres de l'esprit du mal.

Ainsi, par son sang il attire ses élus qui, pour se sauver, ont cru en lui.

La loi dit : Que les chairs de l’agneau soient mangées dans une seule maison, suivant le rite;

Que chacun prenne sa part, et qu’il ne reste rien;

Que celui qui veut prendre le pain et le breuvage de la vie reste joint par l’amour à l’Eglise catholique,

S’il veut demeurer avec les saints dans les célestes parvis et jouir des honneurs royaux.

Vous êtes nourrie de sa présence, ô Vierge Marie, il partage dans l’éternité l’empire et l'honneur avec son père.

C’est lui qui, en ressuscitant, lit ressusciter beaucoup de morts, et les amena avec lui audessus des astres du ciel.

Vous êtes plus sainte qu’eux tous, vous qui avez été rendue digne de donner la vie au Verbe dans votre sein virginal.

La chair du Dieu saint ne fut pas corrompue dans le sépulcre, non plus que celle que Dieu lui-même a prise en vous.

Étoile de la mer, vous demeurez avec lui dans

la hauteur des deux, célébrée parles pieux cantiques des anges.

O bienveillante Vierge, ayez pitié de ma misère, car il a crié de la croix : Voici votre fils.

Et pour que le disciple eût l'honneur de vous garder, il dit à Jean : Voici ta mère.

A l’article de la mort, notre vie et notre résurrection, il vous charge d’y pourvoir.

Lorsque je mourrai, ô plus illustre que les plus illustres ministres du ciel, régnant avec le Christ, je vous en conjure, ayez pitié de moi, Pour que je mérite d’avoir part avec ceux que la grâce sauve, dans la lumière, la paix et le repos. Amen1.

i. Hincmari carmen iogmaticum ai B. V. Mariant.

Hune genitrix Domini parvum tibi, magna., libellum Hincmarus præsul, virgo Maria dedi.

Qui tua gesta tenet cœlesti dogmate dicta,

Quæ clare monstrant te genuisse Deum.

Nam verbi carnisque animæ et substantia vera Mox concepta simul fîlius unicus est.

Non hominis tactu genitus, sed fluminis actu Procedens thalamo ventre, beata tuo.

Alvo virgineo quæ nullum passa dolorem,

Atque utero clauso, es virgo parens pariter.

Per carnem Yerbi mater veneranda refulges Ancilla et hominis pro deitate mânes.

Est homo quippe Deus, est homo Christus Jésus,

Unus utrumque, Deus verus, et auctor, opus. Unaest persona sed duplex substantia Christi,

Quem tua virginitas aima dédit Dominum.

Ecclesia ut gignit natos ex ventre lavacri,

Flamine de sancto virginitate sua.

Ille Deus propius, natura est filius ex te,

Nos ut adoptivi munere congeniti.

Qui semper tingit baptizans sanguine sancto,

Quisquis baptizat fonte sacro genitos.

Nam constat non esse ratum sine nomine trino Baptismum, Christo voce docente sua.

Cœlita régna suo pascit qui corpore sancto Lacté tuo est partus vita cibique salus.

Autistes summus rex hostia factus et ara Ostendens Patri nostra piacla tegit.

Nempe sacerdotis munus quo frangitur ipse In cœlo, servis posse patrare dédit Cura quibus et per quos, idem sua munera sacrat Per sua verba, suo flamine, cumque cruce.

Spiritus et sanctus quo natus (a) carne parentis Extitit, is Jesum munera nostra facit.

Sed hoc vera fides cernit, non carnis ocellus,

Ut Petrus hominem viderat esse Deum.

(a) Pour quo opérante .

CH. XV. — CULTE

Alcuin. — Le célèbre Alcuin adressait des vers à la sainte Vierge et il s'écriait : « La vie du monde, la joie de tous les siècles, le roi du ciel, le Seigneur et Dieu, a reçu de toi un asile dans tes entrailles, ô Vierge immortelle, ah! daigne nous aider de tes prières V »

Abbon (+ 927). — Abbon composa un poème sur le Siège de Paris par les Normands , en 88g-886 2 ; il y célèbre les bienfaits de Marie.

« Notre ville est consacrée à la puissante Marie, et si nous jouissons encore de la vie nous le devons à son secours. Rendons-lui donc, autant qu’il est en notre pouvoir, des actions de grâces puissantes; chantons en son honneur

Qui jam non moritur devicta morte resurgens,

Pro nobis iterum vita salus patitur

Passio namque ejus quotiens replicatur ad aram Mystica, nos totieus sorde la vans reparat.

Suscitât et leto peccati morte sepultos,

Ni mala vota premant quos bona vera gravant.

Et qui corde pio sumunt mysteria Christi,

Ex te progenitum, virgo Maria gerunt.

Ipsius efficimur corpus libamine sacro,

Idemque in nobis ut caro nostra manet.

Hic Agnus verus, tollit qui crimina mundi,

Passus, qui mansus vivit in arce poli.

Integer ipse maliens satiat nos unde redemit,

De cruce, de petra, carne, cruore suo.

Petra enirn Christus percussus verbere teli ;

Est gemino, quoniam sunt duo signa crucis

Qui panis vivus lympha cum sanguinis unda;

Fonte sui lateris sic rigat ecclesiam,

Quant moriens formavit; Evam recubante sopore Adam ceu dextri parte sui lateris.

Est quoque præclarum, quoniam hæc hostia constat Ex multis granis pluribus atque acinis.

Oblata a multis una est oblatio sicut,

Redditur et cunctis una simul populis;

Corporeo nonpartu, magis virtute superna,

Manna Dei signât quod veteri in populo.

In cœlo tota est, necnon in corpore nostro,

Corde simul tota est de cruce sumpta salus.

Nec tantum vivis prodest oblatio sacra,

Carne et defunctos hostia data levât,

Gloria quæ sanctis iequies præstatur ex illis,

Quos non excoctos mors sua corripuit.

Est quibus ad meritum, dignos si corpore Christi Taies invenit quos bona facta juvant.

4d quos perveniunt Domini mysteria viva,

Cujus et inferni spiritus antra petit.

des hymnes de paix; que notre voix fasse partout retentir les louanges dont elle est si digne.

« Salut, Marie, ineffable par ta beauté, mère du Seigneur, dominatrice du monde, toi qui as daigné arracher le peuple de Lutèce aux mains cruelles des Danois et à leurs épées menaçantes; tu pouvais bien , en effet , sauver Lutèce , puisque tu as enfanté un Sauveur au monde en péril. Les chœurs célestes, les vertus, les dominations, les principautés, les puissances, les trônes, ô mère toujours louable du Roi suprême, t'aiment, t’honorent, te louent, te vénèrent et t’adorent. Heureuse mère qui as pu renfermer dans ton sein celui que ne peuvent contenir les cieux, la terre et le vaste océan! toi qui

Sicque suos lectos eduxit sanguine sancto,

Hoc se salvari qui tenuere fidem.

Lex inquit : Carnes agni mandentur in unam Rite Domum, quisquam tollet et inde nihil.

Et panera potumque volet qui sumere vitæ,

Catholicæ maneat junctus amore domo,

Si vult cum sanctis cœlesti in sede manere,

Inque décoré suo regis honore frui.

Cujus conspectu satiaris, virgo Maria,

Qui decus imperium cum pâtre semper habet.

Qui dura surrexit, multorum corpora fecit Surgere, quos secum vexit ad astra poli.

Sanctior his cunctis verbum quæ gignere vitæ Facta es digna tuo corpore virgineo.

Quæ caro sancta Dei non est corrupta sepulcro Nec tua qua corpus sumpserat ipse Deus.

Cum quo Stella maris résides in culmina cœli Concelebrata piis laudibus angelicis.

Qui pietate mei, memorare benigna, miselli De cruce clamavit : Filius ecce tuus.

Atque ut discipulus curam tibi ferret honoris,

Dixit Johanni : Mater et ecce tua.

Mortis in articulo vita et resurrectio nostra Exhibuit tibimet hoc pietatis opus.

Cum moriar, cœ!i claris præclara ministiis,

Christo conregnans, sis pia quæso mihi,

Ut partem merear cum his quos gratia salvat,

In lucis pacis sorte quietis. Amen.

1. Lingard.j II, 94. Voici le texte des vers d’Alcuin à la sainte Vierge :

Tu mundi vitam, totis tu gaudia sæclis,

Tu Regem cœli, tu Doininum atque Deum Ventris in hospitio genuisti, Virgo perennis,

Tu nobis precibus auxiliare tuis.

(Alcuin, Apud cari., t. TI, part. Il, p. 471.)

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