De laudihus virginis
O cunctarum Feminarum Decus atque gloria, Quam electam Et provectam, Scimus super omnia;
Clemens audi Tuæ laudi
Quos instantes conspicis; Munda reos,
Et fac eos Bonis digno cælicis.
POÉSIES. — (XII* SIÈCLE
Tige de Jessé, espoir de refuge de Pâme oppressée, ornement du monde, lumière de l’abîme, sanctuaire du Seigneur,
Beauté de la vie, règle des mœurs, plénitude de la grâce, temple de Dieu et modèle de toute justice,
Salut, Vierge, vous qui ouvrez les portes du ciel aux malheureux, vous ne vous êtes laissé ni fléchir ni surprendre par la ruse de l’antique serpent.
Belle et glorieuse fille du roi d e David , vous qu’a choisie le roi qui a créé et qui régit toutes choses !
Pierre brillante, rose nouvelle, lis de pudeur, qui faites jouir des célestes joies les chœurs des vierges,
Donnez-moi la faculté de comprendre et de m’exprimer, afin que je puisse vous louer et vous célébrer de toutes mes forces.
Je désire ardemment être un des premiers à penser à vous, afin de pouvoir vous chanter souvent et d'une manière digne de vous.
Quoique je sache que mes lèvres sont muettes et souillées, je dois parler de votre gloire et ne pas m’en taire.
Réjouissez-vous, Vierge digne de toute louange et de tout éloge, qui êtes devenue pour le genre humain condamné l’occasion delà délivrance;
Vierge et mère toujours pure et féconde, mère bienfaisante comme un palmier riche en fleurs et en fruits,
Nous désirons être régénérés par votre fleur ou même par le parfum qui s’exhale de vous, car nous croyons que le fruit de vos entrailles nous affranchira de l’affliction.
Vous êtes belle; aucune tache n’est en vous; faites que, purifiés et joyeux, nous puissions vous louer instamment.
Bienheureuse Vierge, qui avez enfanté au monde une source nouvelle de joies et avez ouvert le royaume des cieux aux véritables fidèles,
C’est par vous que le monde est rempli d’allégresse, brille de la vraie lumière et est dé-
Virga Jesse,
Spes oppressas Mentis et refugium, Decus mundi,
Lux profundi, Domine sacrarium;
Vitas forma Morum norma, Plenitudo gratiæ,
Dei templum,
Et exemplum Totius Justiciæ;
Virgo, salve,
Per quam valvæ Cœli patent miseris, Quam non flexit, Nec illexit
Fruas serpentis veteris.
Gloriosa Et formosa David regis filia,
Quam elegit Rex qui régit Et creavit omnia.
Gemma decens, Rosa recens, Castitatis lilium,
Castum chorum Ad polorum Quæ producis gaudium.
Rationis Et sermonis Facultatem tribue,
Ut tuorum Meritorum
Laudes promam strenuè.
Opto nimis Ut in primis Tui des memoriam,
Ut fréquenter Et decenter Tuam cantem gloriam.
Quamvis muta Et polluta Mea sciam labia, Præsumendum Nec silendum Est de tuâ gloriâ,
Virgo gaude,
Omni laude Digna et præconio,
Quæ damnatis Libertatis Facta es occasio.
Semper munda Et fecunda Virgo et puerpera Mater aima,
Velut palma Florens et fructifera,
Cujus flore Vel odore Recreari cupimus, Cujus fructu Nos a luctu Liberari credimus.
Pulchra tota Sine nota
Cujuscumque maculas, Fac nos mundos Ac jucundos Te laudare sedulè.
O beata Per quam nata Nova mundo gaudia, Et aperta Fide certa
Régna sunt cælestia ;
Per quam mundus Lætabundus Vero fulget lumine,
CH. XVI
CULTE
pouillé de l’obscurité de ses primitives ténèbres.
Maintenant les puissants deviennent pauvres, comme vous l’avez annoncé jadis ; et les pauvres deviennent riches, comme vous l’avez prophétisé.
Par vous l’on déserte maintenant le chemin des mœurs dépravées; le prestige des doctrines perverses est détruit.
Vous avez enseigné à mépriser le luxe et les entraînements du monde, à chercher Dieu, à mépriser la chair, à résister aux vices.
Vous avez enseigné à diriger l’esprit vers les choses d’en haut, en lui faisant aimer la piété ; à souffrir et à maîtriser les passions en vue d’une récompense céleste.
Vous avez porté dans la profondeur de vos chastes entrailles le Seigneur rédempteur, nous rendant ainsi notre gloire primitive.
Devenue mère, tout en restant vierge, vous, avez engendré un fils qui est le véritable roi, le créateur de toutes choses.
Soyez bénie, vous qui avez triomphé de la
ruse de l’ennemi ! le pardon est accordé à ceux qui avaient perdu tout espoir de salut.
Béni soit-il ce roi invincible dont nous savons que vous êtes la mère , lui qui en naissant de votre sein a effacé les fautes de notre race.
Vous qui fortifiez et consolez l’âme dans le désespoir, rachetez-moi du châtiment réservé aux méchants.
Demandez pour moi que je jouisse du repos éternel, pour que je ne sois pas misérablement plongé dans les terribles fournaises de l’enfer.
Ce que je réclame, ce que je désire, c’est que vous guérissiez mes blessures et que vous accordiez à mon âme les trésors de grâces qu’elle vous demande.
Faites que je sois chaste, modeste, doux, aimable, sobre, pieux et juste; que je me tienne sur mes gardes et que je ne connaisse pas le mensonge.
Que je sois instruit et fortifié par la sainte parole, respectueux et purifié par de saints exercices.
Antiquarum Tenebrarum Exutus caligine!
Nunc potentes Sunt egentes Sicut olim dixeras,
Et egeni Fiunt pleni,
Quos tu prophetaveras.
Per te morum Nunc pravorum Reliquuntur dévia, Doctrinarum Perversarum Puisa sunt præstigia.
Mundi luxus Atque fluxus Docuisti spernere, Deum quæri, Carnem teri,
Vitiis resistere.
Mentis cursum Tendi sursum Pietatis studio,
Corpus angi,
Motus frangi Pro cœlesti præmio.
Tu portasti Inter casti
Claustra ventris Dominum Redemptorem,
Ad honorem
Nos reformans pristinum,
Mater facta,
Sed intacta,
Genuisti filium,
Regem verum,
Atque rerum Creatorem omnium.
Benedicta Per quant victa Est hortis versutia!
Destitutis Spe salutis Datur indulgentia!
• Benedictus Rex invictus,
Cujus mater crederis,
Qui reatus Ex te natus Solvit nostri generis !
Reparatrix Et solatrix Desperantis animas,
A pressura Quæ ventura Malis est, me redime.
Pro me pete Ut quiete Sempiterna fruar,
Ne tormentis Comburentis Stagni miser obruar.
Quod requiro,
Quod suspiro,
Mea sana vulnera,
Et da menti Te poscenti Gratiarum munera :
Ut sim castus Et modestus
Dulcis, blandus, sobrius.
Pius, rectus, Circumspectus Simultatis nescius.
Eruditus Et munitus Divinis eloquiis, Timoratus Et ornatus Sacris exercitiis
POÉSIES. — (XII* SIÈCLE
Faites que je sois constant, grave et doux, bon, aimable, pur et sérieux, patient et humble.
Que mon cœur soit rempli de sagesse, que j’aime à dire la vérité, que je haïsse le mal, que j’honore Dieu par mes œuvres pieuses.
Soyez la nourrice et la protectrice du peuple chrétien ; donnez-nous la paix, afin que les orages du monde ne nous troublent pas.
Aidez et consolez éternellement ceux qui s’empressent de célébrer votre fête et vos actions.
Dieu Père, Dieu Fils, Dieu Saint-Esprit, vous qui ne faites qu’un seul Dieu, gouvernez-nous dans l’éternité des siècles.
Nous ne pouvons, quoiqu’elle soit si connue, oublier ici pendant que nous rapportons les louanges de saint Bernard à la sainte Vierge, la belle prière par laquelle les chrétiens ont obtenu depuis sept siècles une telle multitude de faveurs :
« Memorare, ô piissima Virgo Maria, nunquam auditum à sæcula quemquam ad tua correntem præsidia, tua implorantem auxilia, tua petentem suffragia esse derelictum. Ego tali animatus tiducia, ad te, Virgo, Virginum mater, curro et confugio , coram te gemens pecca-
tor assisto : Noli, mater verbi, verbamea despicere, sed audi propitia et exaudi. »
Nous extrayons du Specilegium Solesmense une pièce de vers sur les noms de la sainte Vierge, que D. Pitra a retrouvée dans le manuscrit 3156 de la Bibliothèque nationale et qui date du xn® siècle1 :
« Comme la prairie s’émaille au printemps de fleurs printanières, ainsi la mère de Dieu est figurée par des noms mystiques.
Elle est notre joie, notre joueuse de tambour, le chemin de la vie, la vraie vigne et le cellier rempli de vin.
Elle est l’épouse de Salomon, la femme féconde par laquelle l’antique esclave de Pharaon est délivré.
Elle est la lampe du paradis, elle en est l’entrée et la porte, elle est la mère innocente de l’agneau égorgé.
Elle est l’échelle par laquelle la Divinité est descendue et à pris pied sur terre. Elle est le rivage vers lequel nous tendons et gravitons.
Elle est le remède du monde, le simple salutaire du monde ; elle la rose sans épines, le lis de la chasteté.
Constans, gravis, Et sua vis,
Benignus, amabilis, Simplex, purus Et maturus, Patiens et humilis;
Corde prudens, Ore studens Veritatem dicere, Malum nolens, Deum colens Pio semper opéré.
Esto nutrix,
Et adjutrix Christiani populi; Pacem præsta,
Ne molesta Nos conturbent sæculi.
Da levamen Et juvamen Tuum illis jugiter,
T ua festa Sive gesta
Qui colunt alacriter.
Pater Deus,
Fili Deus,
Deus aime Spiritus,
Per æterna Nos guberna Deus unus sæcula.
( Félix Clément, p. 43 J à 477.)
1. Sicut pratum picturatur Et ver vernis floribus Mater Fei figuratur Mysticis nominibus.
Hase est nostra sunamitis
Nostra tympanistria,
Viavitæ, vera vitis Et cella vinaria.
Hæc est sponsa Salomonis, Fermentatrix femina;
Qua vetusta Pharaonis Relevatur sarcina.
Hæc Lucerna paradisi,
Ostium et janua.
Hæc vervecis est occisi Genitrix ingerhia
Hæc est scala, qua descendit Calceata Divinitas.
Hoc est littus, ad quod tendit Nostra molis gravitas.
Hæc est mundi medicina, Mundi purgans lolium.
Hæc est rosa sine spina, Castitatis lilium.
CH. XVI. - CULTE
Elle est la tour que défend la force incorruptible ; elle est le château où seule a pénétré la vérité du Verbe.
Elle est la corbeille de jonc qui reçoit le petit enfant ; elle est mère et vierge ; elle enfante sans qu’il y eut de père.
Tu es appelée vierge, verge, temple, vase, sanctuaire, porte close, clarté du soleil, luminaire des cieux.
Buisson ardent, humide toison de Gédéon, fontaine scellée, terre fertile, graine sans aucune paille .
Pierre précieuse, étoile du matin, lait, talent, espérance et louange prophétique; cinnamone, rose, onguent qui ôte au poison son venin.
La rosée, le nard, le miel, le parfum, la racine aromatique, le palmier, la vigne, le pavement, la piscine probatique.
Le pampre, le raisin, le gâteau de miel, le jardin, le lis, le triclinium, l’aire, le navire, la bise, le port, la lune, la lampe, l’atrium.
Le cristal, l’urne, le cloître, la cellule, la maison, le palais, la cité; la fontaine, la fenêtre, la lumière, l’astre, le soleil, l’aurore de la clarté.
Tu es la colombe, tu es la colonne, la ceinture écarlate; tu es la nourrice et le nourrisson, tu es la vigne d’Engaddi.
Hæc est turris quam vallavit Incorrupta firmitas
Hoc castellum quod intravit Sola verbi veritas.
Hæc est scirpea fiscella,
Parvulum excipiens.
Hæc est parens et puella Sine pâtre pariens.
Virgo, virga nuncuparis,
Tetnplum, vas, sacrarium;
Porta clausa, lux Solaris,
Cœli luminarium ;
Rubus ardens, madens vellus,
Gedeonis area,
Fons signatus, ferax tellus,
Granum sine palea ;
Gemma, jubar, lac, talentum,
Spes et laus prophetica;
Cinnamonus, ros, unguentum Quo fugantur toxica;
De ton père, ô Marie tu es la mère et la fille, aussi pieuse mère, réconcilie-nous avec le Père. Ainsi soit-il. »
Abeilard. — Abeilard (1075) + 1142) parmi ses nombreuses œuvres, nous a laissé quelques poésies, entre autres les hymnes à la sainte Vierge que nous reproduisons ici,
« Réjouissez-vous, vierge la gloire des vierges ; mère, l’honneur des mères, soyez heureuse; c’est vous qui avez mérité de nous donner celui qui est l’objet de la joie commune de tous les saints.
Le Seigneur vous a promise pour fille aux patriarches et aux rois, c’est vous que désigne le langage énigmatique de la sainte loi ; c’est vous que chantent les oracles des prophètes.
C’est vous que les fidèles invoquent dans leurs vœux; c’est vous que tous les cœurs désirent; après Dieu vous êtes notre seule espérance, vous avez été désignée pour être notre avocate auprès de Dieu.
C’est vers la mère du juge que se réfugient ceux qui fuient la colère du juge ; car cette mère doit prier pour les pécheurs, puisque c’est pour les pécheurs qu’elle est devenue mère 1. »
Gaude, virgo virginum gloria, Matrem decus et mater, jubila, Quæ commune sanctorum omnium Meruisti conferre gaudium.
Patriarchis sanctis ac regibus Te filiam promisit Dominus;
Te figurant legis ænigmata, Prophetarum canunt oracula.
Te requirunt vota fidelium,
Ad te corda suspirant omnium;
Tu spes nostra post Deum unica, Advocata nobis es posita.
Ad judicis matrem confugiunt, Qui judicis iram effugiunt;
Quæ præcari pro eis cogitur,
Quæ pro reis mater efficetur.
(F. Clément, Carmïna f p. 421.)
Gutta, nardus. mel, pigmentum , Radix aroinatica ;
Palma, palmes, pavimentum, Piscina probatica.
Botrus, uva, favus, hortus, Thalamus, triclinium ;
Area, navis, aura, portus,
Luna, lampas, atrium ;
Vitrum, urna, claustrum, cella, Domus, au!a, civitas;
Fons, fenestra, lumen, Stella,
Sol, aurora, claritas.
Tu columba, tu columna,
Tu vitta coccinea.
Tu es altrix, tu alumna,
Te Engaddi vinea.
Tui Patris, tu Maria,
Mater es et Filia
Ergo Patri, Mater pia,
Nos reconcilia. Amen.
( Univers du 7 janvier 1875.)
POESIES. — (XII* SIECLE
« Un 1 sein virginal est le trône d’ivoire du nouveau Salomon ; trône admirable, incomparable, différent de tous les trônes.
La Vierge est ce trône, éclatant de beauté, ce trône sublime, ce trône qu’a choisi le Dieu pacifique, fils unique du souverain roi.
Elle est le siège de grâce, la demeure de la pudeur, le siège du Très-Haut, le siège où réside le Seigneur qui gouverne l’univers.
Comme la toison se couvrit d’une rosée céleste, ainsi ses entrailles conçurent en conservant la pureté ; la toison ne fut pas corrompue par la pluie miraculeuse, ni la pureté blessée par une telle conception.
Elle est le sanctuaire parfumé du créateur; l’efficace et seul remède de la douleur, le nard odoriférant qui répand au loin ses parfums, l’olivier chargé de fruits, la vierge portant sa fleur.
Elle est le vase d’onguent, le royal palais, la maison de cèdre, la maîtresse des anges, la femme bénie, la reine des cieux.
O sainte virginité, nous sommes trop petits
i. Utérus virgineus
Thronus est eburneus Regis Salomonis;
Thronus admirabilis Dispar et dissimilis Universis thronis.
Virgo thronus extitit Cui decus prestitit,
Tum preceliens domum Ipse Deus pacificus Summi regis unicus Nunc elegit thronum.
Hæc est sedes gratiæ,
Domus pudicitiæ,
Sedes summi Dei;
In hac sede residet Dominus qui præsidet Universae rei.
Sicut vellus maduit De cœlesti rore,
Sic venter intumuit Servato pudore.
Nec vellus corrumpitur Imbre pluviali,
Nec pudor amittitur
pour te louer dignement, tu contiens dans ton sein celui auquel les régions célestes ne peuvent suffire.
Toi plus belle que les étoiles, toi bénie entre toutes les femmes, apaise ton fils et purifie tous les fidèles de leurs péchés.
Comme une pluie, comme un fleuve, Dieu sur toi répand sa grâce. En retour répands sur nous la clémence de ta grâce, mets-nous en présence de ton bienheureux fils, fournis l’indulgence à tous les pécheurs. »
Adam de Saint-Victor. — Nous avons, à propos des fêtes spéciales, déjà cité Adam de Saint- Victor, un des poë'tes les plus renommés du xne siècle : voici encore quelques vers de lui en l’honneur de la sainte Vierge 2 :
a A la victime pascale que les chrétiens adressent leurs louanges. La triste Eve nous ôta, mais Marie nous rendit l’enfant qui racheta les pécheurs. — La mort et la vie se réunirent d’une façon merveilleuse. — Le fils de Marie vit et règne.
Plaça tuum filium •
Et purga fidelium Omnium delicta.
In te pluit I11 te Huit Deus suam gratiam Ergo tuæ Nobis plue Gratiæ clementiam ;
Ad beati Tui nati,
Transfer presentiam Et cunctorum Debitorum Confer indulgentiam.
( F. Clément, Histoire de la musique religieuse , p. 286.)
Victimæ paschali laudes Intonent christiani :
Eva tristis abstulit,
Sed Maria protulit Natum qui redemit peccatores.
Mors et vita modulo Convenere mirando ;
Mariæ filius régnât vivus
In conceptu tali.
Hæc est aromatica Cella Creatoris, Fertilis et unica Medela doloris; Nardus odorifera, Effundit odorem, Oliva fructifera, Virgo ferons florem.
Hæc vas pigmentarii, Regale palatium, Domus est cedrina, Angelorum domina, Benedicta femina, Cœlorum regina.
O sancta virginitas Nostra nescit parvitas Te dignè laudare, Continens in gremio Nec quem Cœli regio Potest sustentare.
Pulchrior sideribus Et præ mulieribus Cunctis benedicta,
CH. XVI
CULTE
Dis-nous, Marie, Vierge clémente et pieuse, comment as-tu pu être mère, lorsque ton fils ne vient que de toi, ainsi que me l’annonce l’ange, l’envoyé céleste? mon espérance est sortie de moi, mais la Judée reste incrédule.
Il vaut mieux croire le seul et saint Gabriel que la troupe dépravée des Juifs.
Nous savons que le Christ est sorti d’une vierge véritable. O toi, son fils, ô roi, aie pitié de nous ! »
Geoffroy. — Geoffroy1, le plus célèbre des abbés de la Trinité de Vendôme, composa en forme de prose cette prière touchante au xne siècle :
« O Marie, pleine de gloire, noble rejeton de Jessé par qui la mort fut vaincue et la vie rendue aux hommes, Vierge à jamais précieuse, qui surpassez en beauté toutes les vierges-, étoile de la mer, porte du ciel, vous qui avez donné la lumière au monde ! temple sacré du Sauveur, refuge du pécheur pénitent, salut de l’univers, mort du péché, mère d’un fils tout-puissant ! Vous dont le fils est roi et a donné une loi divine, ô mère, ô épouse de Dieu ! ayez pitié de
moi qui suis un pécheur. Du fond de cette vallée de larmes, accablé sous le poids de mes péchés, je crie vers vous, ô Vierge compatissante! soyez mon guide, montrez-moi la voie. Celui que vous dirigez, Vierge bénie, observe les préceptes sacrés, il aime Dieu, il croit en Dieu, il ne s’éloigne jamais de lui, dirigez-moi, je vous en prie, ô la plus sainte des femmes ! que toujours fidèle à la divine loi, je fasse la volonté du roi du ciel; que dans sa miséricorde il me donne d’être chaste ; que pur de toute souillure je l’aime de tout mon cœur ; lui, qui est éternel par essence, sait quels sont nos besoins; il connaît mes faiblesses, que sa piété veuille les guérir ! Ma vraie faiblesse, c’est le vice et l’iniquité, pour cicatriser mes blessures, il faut détruire en moi le péché ; je languis dans ce mal du péché et je n’ai pas de médecin. C’est l’art du divin médecin qui seul peut me soulager.
« J'ai péché par pensées, j 'ai péché par paroles, je me suis éloigné de mon créateur, secourezmoi, malgré mes fautes, ô vous sa mère, ô Vierge sainte ! rendez-moi favorable le fils que vous avez conçu : implorez-le pour moi, et venez sans retard à mon aide.
Sim ad velle magui Regis Qui per suam caritatem Præstet mihi castitatem;
Et mundus ab omni sorde,
Hune diligam toto corde.
Hic cujus est semper esse Scit quid mihi sit necesse :
Meam scit infirmitatem Quam sanet per pietatem.
Est hoc mea infirmitas, Peccatum et iniquitas,
Cicatrix mei vulneris,
Obturatio sceleris.
Morbo peccati langueo,
Qui me curet non habeo.
Sola misereri mei Potest medicina Dei ;
Peccans corde, peccans ore Recessi a Creatore,
Sed succure mihi reo Mater ejus, saneti Virgo.
Fac mihi propitium Quem genuisti Filium:
Pro me apud ipsum ora Et succure sine mora
Die nobis, Maria,
Virgo clemens et pia :
Quomodo facta es genitrix Quum sis psalma de tenascentis.
Angélus est testis,
Ad me missus coelestis :
Processit ex me spes mea ;
Sed incredula manet Judæa.
Credendum est magis soli Gabrieli irorti
Quam Judæorum pravæ cohorti.
Scimus Christum processisse De virgine verè.
Tu nobis, nate,
Rex, miserere.
( F. Clément, Musique religieuse. p. 285.]