Ave, gloriosa
Yirginum regina,
Vite generosa,
Vitæ medicina,
Clementiæ résina.
Ave, copiosa Gratis piscina,
Carnis maculosa Munda nos sentina,
Munditiæ cortina.
Claritate radiosa,
Stella matutina,
Brevitate legis glosa (glossa) Per te lex divina Irradiât doctrina.
Venustate vernans rosa Sine culpae spina,
Caritate viscerosa,
Aurem hue inclina,
Nos serves a ruina.
Ave, sancti Spiritus sacrarium.
O quam mirabilis Et quam laudabilis Hæc est virginitas.
In qua per spiritum Facta Paraclitum Fulsit fecunditas,
O quam sancta, quam serena, Quam benigna, quam amœua, Esse virgo creditur.
Per quam servitus finitur, Porta cœli aperitur Et libertasredditur.
O castitatis lilium,
Tuum precare Filium Qui salus est humilium.
Ne nos pro nostro vitio, Inflebili judicio,
Subiciat supplicio.
Sed nos tua salva prece, Mundans a peccati tece,
CH. XVI
CULTE
Cèdre de pudicité, cyprès de pureté, myrrhe de pénitence, olivier de piété , myrte de douceur,
Vigne d’abondance, sarment de l’honneur, palmier de patience, nard de la charité, fontaine du jardin de la volupté,
Goutte de rosée, parfum de la fleur que le printemps vient d’ouvrir,
Fontaine de douceur, vase de beauté, temple de la Trinité, assemblage d’unité,
Beauté de l’étoile, onde paisible, port salutaire,
Je te prie, je te suis, douce conductrice, mère expérimentée, Marie, étoile de la mer.
O Marie, mère pieuse, refuge des pénitents, secours des faibles, colonne de la force, nourricière de sainteté,
O Marie, digne de louange, allégresse des joyeux, consolation des affligés, remède salutaire, sauvegarde de liberté,
Tu es l’oracle de l’alliance, l’empreinte du sceau, le chariot de la route, la voie de l’équité, la lumière de la charité.
Tu es l’abri qui ombrage le pauvre, la retraite des misérables, l’expiation des criminels, la lumière de la clarté, la lune qui éclaire les dépravés.
Tu es le trône de Salomon, supérieur aux trônes du ciel, tu es la toison de Gédéon, le buisson de la vision, le lit de la pureté, l’odeur balsamique, l’encens éclatant de blancheur, le four embrasé.
Tu es l’union dans les discordes, le mariage d’amour, le refuge des humbles, le remède des languissants, le conseil des égarés, l’aide des travailleurs, tu abrèges la lice à ceux qui courent, tu récompenses le vainqueur.
Tu es le miroir de la pureté, le spectacle de la gloire, par un miracle de la grâce tu es la mère du Créateur.
Salut, ô belle, resplendissante aurore, nuée pluvieuse, laisse tomber la rosée du ciel, humecte doucement le cœur aride.
Salut, ô gracieuse, précieuse par ta prière, implore ton fils, sois présente à l’heure de la mort. Ainsi soit-il. »
Cedrus pudicitiæ, Cypressus puritatis, Myrrha penitentiæ, Oliva pietatis,
Tu myrtus lenitatis.
Vitis abundantiæ,
Tu palmes honestatis, Palma patientiæ,
Tu uardus caritatis Fons hortus voluptatis.
Stilla roris,
Odor fions Vernæ novitatis.
Fons dulcoris Vas decoris.
Templum Trinitatis, Compages unitatis.
Stellæ décor,
Placans æquor, Portus salutaris.
Dulcem precor Ducem sequor, Parens expers paris, Maria Stella maris.
O Maria,
Mater pia,
Sinus pœnitentium, Debiliurn præsidium, Columna firmitatis, Alumna sanctitatis.
O Maria,
Laude digna,
Jubilus lætantium, Flebilium solarium, Medela sanitatis,
Tutela libertatis.
Tu fœderis oraculum Characteris signaculum, Stineris vehiculum,
Tu limes æquitatis Tu lumen caritatis.
Tu pauperis umbraculum, Tu miseris latibulum, Tusceleris piaculum,
Tu lumen claritatis,
Tu lutia pravitatis.
Tu thronus Salomonis, Prælata Cœli thronis,
Tu vellus Gedeonis,
Tu rubus visionis,
Tu thalamus pudoris,
Tu balsamus odoris,
Tu libanus candoris,
Tu clibanus ardoris,
Tu medium discordium^ Conuubium amoris, Humilium refugium, Remedium languoris, Consilium errantium, Auxilium laboris.
Compendium currentium, Stipendium victoris.
Munditiæ tu spéculum, Tu gloriæ spectaculum.
Per gratiæ miraculum,
Es mater Conditoris.
Ave speciosa,
Rutilans aurora,
Nubes pluviosa,
Cœlitùs irrora,
Cor aridum dulcora.
Ave, gratiosa,
Gratiam implora,
POÉSIES. — (XIIe SIÈCLE.)
Jacopone. — Jacopone de Todi, poëte italien du xme siècle, passe pour être l'auteur du Stabat; mais il ne peut avoir seul l'honneur de cette composition admirable. Il a du emprunter certains passages à saint Bernard, à saint Bonaventure. Dans un manuscrit du xne siècle, on trouve un fragment qui a pour titre : Planctus Mariæ et qui offre la moitié d’une strophe du Stabat avec un léger changement :
Quis est homo qui non fleret Christi matrem si videret In tanta tristitià.
Jacopone avait l’habitude de paraphraser et d’imiter les compositions des autres poëtes chrétiens; il a modifié et arrangé le poëme de Contemptu miindi de saint Bernard et plusieurs auteurs ont été ainsi portés à le lui attribuer. On voit donc que le beau chant du Stabat ne sort réellement pas des limites chronologiques imposées à ces études. Nous en donnons la traduction suivante qui se rapproche le plus possible du texte1 :
« Debout, la mère de douleur pleurait au pied de la croix où son fils était suspendu.
« Son âme gémissante, remplie de tristesse et désolée, était percée d’un glaive.
« Oh ! qu’elle fut triste et affligée cette mère bénie du fils unique.
« Elle se lamentait, elle gémissait, cette pieuse mère, en voyant les peines de son illustre fils.
« Quel homme ne pleurerait pas s’il voyait la mère de Dieu dans si grand supplice.
« Qui pourrait, sans une profonde tristesse, contempler cette mère souffrant avec son fils?
a Pour les péchés de sa nation, elle voit Jésus dans les tourments et brisé sous la flagellation.
a Elle voit son fils bien-aimé mourant et délaissé exhaler son dernier soupir.
« O mère, source d’amour, faites que je sente votre douleur, afin que je pleure avec vous.
« Faites que mon cœur s’enflamme de l’amour du Christ-Dieu, afin que je lui plaise.
« Sainte mère, faites cela : imprimez les plaies du crucifié profondément dans mon cœur.
« Partagez avec moi les peines de votre fils blessé qui a daigné tant souffrir pour moi.
« Me tenir avec vous près de la croix et m’associer à vos douleurs, c’est le but de mes désirs.
i O Vierge illustre entre les vierges, ne rejetez pas ma prière, faites que je pleure avec vous.
a Faites que je porte la mort du Christ, que
Prece pretiosa,
Filium implora,
Adesto mortis hora.
Amen.
(F. Clément, Musique religieuse j p. 271.)