La Société vient d’en publier une seconde édition
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il était scandaleux de voir violer le dimanche dans son palais; et, comme l’empereur s’excusait sur l’impossibilité, il s’écria avec une sainte fermeté : Sire, vous le pouvez, si vous le voule \l
Des œuvres moins militantes prenaient encore une place importante dans la vie de M. Rohault ; tels étaient l’adoration du très-saint sacrement, l’administration de la fabrique de Sainte-Madeleine sa paroisse, les réunions de Saint-Vincent-de-Paul1 et de Saint-François-de-Sales, les congrès de Malines et de Paris, où on le vit prendre la parole, et surtout le pensionnat de Saint-Nicolas, pour lequel il avait une prédilection spéciale. A l’exemple du Sauveur, il aimait beaucoup les enfants. Dans un petit couvent de la campagne, près duquel il passait quelques semaines chaque année, il leur parlait avec une douceur infinie et leur répétait comme saint Jean :
« Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres! » C’était la parole qu’il chérissait et il avait choisi cette belle devise, qui en est la sanction : Si vis amari , ama!
La santé d’un de ses fils, en le forçant à passer plusieurs hivers dans le Midi, sans lui faire abandonner les œuvres , l’engagea dans des travaux plus théoriques, quoique toujours destinés à la gloire de Dieu. Pendant ces exils, il rédigea une partie importante de son Mémoire sur les reliques de la Passion. Rempli de science archéologique autant que de piété, ce livre inaugura une nouvelle phase dans la critique hagiologique. M. Rohault de Fleury, si sûr de sa foi et des vérités qu’elle enseigne, ne craignait point d’introduire l’analyse dans ce domaine sacré et de soumettre les parcelles de l’adorable bois à la lumière du microscope. Pie IX, auquel il eut le bonheur de l’offrir à Rome en 1870, apprécia ces consciencieux travaux et daigna bénir leur auteur. Il eut la bonté de dire à un de ses camériers qui nous l’a rapporté : « J’ai lu deux fois l’ouvrage avec un vif intérêt..., c’est plus qu’un livre savant, c’est un livre de piété et de méditations. »
Une autre fois, avec une autre personne, il dit encore : « C’est un travail dévot, il démontre tout cela à la façon d’Arago. » Le bref qui lui fut adressé à l’occasion de cette publication, devint l’interprète de la même pensée : « Nous avons reçu avec joie votre religieux et savant livre, non-seulement parce qu’il témoigne de recherches solides et érudites sur les instruments de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui sont vénérés par les catholiques jusqu’aux extrémités de la terre, mais encore parce qu’il prouve de nouveau que toutes les fois que la science et les arts sont mis, avec mesure et sagesse, au service de notre très-sainte religion, ils répandent une nouvelle lumière sur tout ce qui la concerne ! »
1. Voyant qu’on lui reprochait d’avoir laissé séduire injustement sa confiance par un malheureux qui n en paraissait pas digne, il faisait cette admirable réponse : « C’est possible, mais le bon Samaritain a-t-il demande ses papiers au pauvre blessé qu’il secourait? »
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M. Rohault de Fleury reçut ces faveurs avec la plus liliale et la plus fervente reconnaissance; il la manifestait en toute circonstance, soit dans une adresse au saint-père, qu’il fit signer à Rome par les catholiques français, soit en se rappelant le talent de sculpteur qu’il avait montré autrefois, pour retracer les traits bien-aimés du souverain pontife 1 .
A peine M. Rohault avait -il fini un travail, qu’il reprenait avec passion le cours de nouvelles études; il voulait, disait-il, « toujours travailler pour toujours prier ». Après avoir terminé son Mémoire sur les instruments de la Passion, il se mit à rechercher les monuments de l’Evangile, il rétablit la concordance des quatre textes sacrés et montra comment l’art chrétien, des premiers temps au xne siècle, a su interpréter les scènes de la vie de Notre-Seigneur. Il suivit ainsi cette chaîne de la foi qui nous relie si intimement aux âges apostoliques et dont les images successives forment les anneaux les plus sensibles aux yeux.
« Tout ce que les monuments iconographiques , écrivait Mgr l’archevêque de Tours au sujet de ce livre, tels que les peintures des catacombes, les sarcophages, les ivoires, les manuscrits enluminés, les mosaïques anciennes, les peintures murales et les miniatures ont pu lui fournir, soit en Orient soit en Occident, a été scrupuleusement interrogé, minutieusement recueilli et reproduit avec autant d’exactitude que de finesse de dessin... » L’iconographie n’avait jusqu’ici rien reproduit d’aussi suivi ni d’aussi complet. C’est dans le domaine de l’art chrétien et de l’archéologie sacrée un véritable chef-d’œuvre, unique dans son genre, fruit évident d’une immense érudition et d’infatigables recherches ; on a essayé de nos jours d’illustrer de bien des manières l’histoire de Notre-Seigneur Jésus-Christ. De toutes ces illustrations, celle-ci est sans contredit la meilleure, la plus lumineuse, la plus sûre, la plus éminemment catholique, car elle s’appuie sur la tradition même de l’art et sur les monuments les plus anciens. »
En finissant son recueil de monuments évangéliques, M. Rohault songeait déjà à composer une histoire de la Messe envisagée au même point de vue et nous a laissé sur ce sujet des notes considérables qui sans doute un jour pourront être publiées.
Après l’année du concile dont il passa une partie à Rome, il revint en France, où l’attendaient de poignantes douleurs ; au milieu des désastres publics qui émurent si profondément son âme, un nouveau deuil se préparait à son foyer : une de ses petitesfilles, âgée de dix-huit ans, douée des dons les plus précoces de l’intelligence, avait pour ainsi dire ramené sous ses yeux les traits de la compagne à laquelle il avait consacré cinquante années d’une inépuisable tendresse. Mais, hélas! cette enfant
i. Ce médaillon valut à sou auteur un second bref du saint-père.
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passa sous ses yeux comme une apparition, et la virginale image s’évanouit pour toujours.
Ce coup, malgré son courage, faillit abattre M. Rohault de Fleury, et les premières atteintes du mal qui devait nous l’enlever se manifestèrent à la suite de ce nouveau déchirement; mais il devait encore travailler à la gloire de la sainte Vierge et peut-être, en entrant au ciel, sa petite fille a-t-elle obtenu pour lui la faveur de composer un livre en son honneur. En effet, les fatales douleurs s’apaisèrent, il se remit au travail, et pendant les quatre années qui lui furent encore données, il put rassembler et même mettre en ordre les immenses matériaux de ce monument.
La première pensée de cet ouvrage avait été de répondre à ce mot des sceptiques : « Vous n’adorez la sainte Vierge que depuis le xne siècle » ; pour trouver une réponse, il se mit à collectionner les innombrables Madones que le culte de Marie nous offre dans les premiers siècles. Toujours ardent, infatigable, comme les grandes âmes, il poursuivit ses études sans se laisser vaincre par les nouvelles et cruelles épreuves qui vinrent coup sur coup assombrir sa demeure en lui enlevant les êtres chéris qui en faisaient l’ornement; l’étoile du matin le voyait dès cinq heures penché déjà sur les images sacrées pour les copier et les honorer, et lorsqu’on le suppliait de prendre un peu de repos, il se plaisait à répondre : « Jamais sur la terre, nous sommes ici pour travailler; n’aurai-je pas le ciel et l’éternité pour me reposer? »
Un nouveau voyage à Rome devint nécessaire pour compléter son recueil; il résolut de l’entreprendre, malgré son âge et ses fatigues. S. Énçt. Pitra, à cette occasion, l’ayant engagé d’attendre un moment plus favorable, il lui répondit que pour lui le
temps pressait désormais et que la gloire de la sainte Vierge l’obligeait à se hâter. Il
eut le bonheur d’être reçu au Vatican comme un fils de la maison ; le cardinal bibliothécaire, avec une insigne bienveillance, lui donna la place la plus distinguée de la salle d’étude, où il put étudier à son aise les manuscrits et les monuments du musée chrétien. 11 offrit son livre des Evangiles à Pie IX, qui lui accorda deux audiences et lui donna une médaille en souvenir de sa satisfaction. Revenu à Paris, dans cette maison paternelle où son enfance et ses années de bonheur s’étaient écoulées, il se remit à l’ouvrage avec plus de ferveur que jamais.
La pose de la première pierre de l’église du Sacré-Cœur fut encore pour lui un éclair de bonheur; il avait été un des jurés chargés de décerner le prix et il voyait alors son fils aîné, initiateur de l’œuvre, atteindre avec succès le but de ses pieux efforts. 11 maria aussi son petit-fils à la même époque. Ce furent ses dernières joies.
Le ier août 1 87 5 , pendant un dîner où toute sa famille était groupée près' de lui comme autour d’un patriarche, il sentit de nouveau l’étreinte du mal qui s’était mani-
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festé pour la première fois à la mort de sa petite-fille. Soutenu par une invincible énergie, il se releva encore; les jours suivants, il se rendit comme d’usage à la Bibliothèque nationale ; une foule de notes sont datées de ces journées solennelles dont on conservera éternellement la mémoire dans le ciel. Mais enfin le io août, il fut obligé de garder le lit une partie du temps et le soir la crise suprême l’atteignit. Pendant cette dernière heure de lutte, il s’oubliait pour plaindre les témoins de cette scène déchirante. Lorsqu’on lui conseillait d’offrir ses souffrances à Dieu, il se hâta d’obéir ; il récita un Ave Maria comme pour saluer cette bonne mère à laquelle il avait consacré ses dernières années et qui lui tendait déjà les bras sur le seuil de l’éternité.
C’est ainsi que vers minuit il rendit son âme à son Créateur.
On ne saurait répéter l’impression que cette mort ou, pour me servir de l’expression plus juste d’un saint religieux à son endroit, « ce départ » causa tout autour de lui. Ceux qui n’avaient fait que l’approcher ou l’apercevoir prodiguèrent à sa famille des marques de sympathie d’autant plus touchantes qu’elles étaient quelquefois plus lointaines et plus inattendues. Une foule nombreuse et pénétrée de regrets suivait son convoi, et dans cette foule on remarquait une centaine de ces enfants de Saint- Nicolas qu’il avait tant aimés.
Les derniers jours furent les plus laborieusement occupés de l’ouvrage que nos lecteurs vont lire. 11 se sentait poussé par le souffle de la mort qu’il eut le bonheur de devancer en achevant sa tâche. On raconte que le vénérable Bède, sur son ht de mort, achevait de dicter son livre à un clerc; qu’il lui disait : « Hâtez-vous; » qu’enfin, parvenu à sa dernière phrase, il dit : « C’est bien, j’ai fini! » et qu’en prononçant ces mots il expira. Ce récit pourrait s’appliquer à M. Rohault de Fleury, lequel, toute la journée de sa mort et jusqu’à ses heures suprêmes, dictait à son fils les dernières dispositions; il aurait pu, comme Bède, ajouter qu’il avait fini, car une grande partie des dessins, de la préface, l’ordre du travail et même la rédaction restaient pour ainsi dire complets. L’éditeur n’a fait que remplir des lacunes, achever la gravure des planches. Ce livre est donc l’œuvre de M. Rohault de Fleury; il a pu l’offrir déjà à la Madone, qui en aura transformé les pages en feuilles glorieuses dans la couronne qu’elle lui a tressée.
J’ai lu avec un grand intérêt cette notice sur Rohault de Fleury; j’ai été heureux d’y trouver représenté tel que je l’ai connu pendant si longtemps le grand chré-
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tien et le grand artiste qui avait consacré au service de la religion les nobles facultés dont l’avait doué la divine Providence. Il s’occupait d’un grand et important ouvrage, monument tout à la fois artistique, scientifique, et on peut ajouter véritablement dogmatique à la gloire du culte de la très-sainte Vierge. Je l’y voyais travailler avec bonheur et avec amour quand la mort est venue le frapper. Heureusement le travail était si avancé que son fils a pu, en comblant seulement quelques lacunes, faire paraître le dernier livre de son vénérable père. L’ouvrage ne peut manquer d’être reçu par le public religieux avec les sentiments sous l’inspiration desquels il a été composé.
P ÉTÉTOT,
Supérieur général de l’Oratoire.
PRÉFACE
'histoire de la sainte Vierge est la suite naturelle de celle de son divin ^ fils, son culte s’est répandu en même temps que l’Évangile et a puissamment concouru à son expansion, de sorte que les images, les notes iconokSlfvJ graphiques et archéologiques qui nous ont servi dans l’étude de l’Évangile, n’auront en partie besoin que d’ètre complétées et développées pour
faire connaître dans ses détails l’histoire que nous abordons.
Qui pourrait dire combien d’âmes élevées, d’éminents écrivains ont été tentés de rendre honneur à la sainte Vierge en étudiant son histoire et son culte ! on en compte 40,000, mais leur nombre doit s’élever bien au delà. Devant ces grands souvenirs et ces grands écrits, nous nous sommes demandé s’il ne serait pas téméraire d’entrer dans un champ dont il ne semble pas rester la plus petite place à cultiver, puis nous nous sommes dit que ce champ, toujours labouré, toujours exploité, ne l’est pas encore assez et ne le sera jamais complètement, et nous avons repris courage pour entreprendre notre tâche.
Ajoutons qu’au point de vue dogmatique on ne saurait trop rappeler les monuments de la sainte Vierge sous les yeux de nos contemporains, car les passions protestantes sont loin d’ètre éteintes sur cet objet; nous n’avons qu’à lire l’ouvrage de M. Hallam, un des historiens anglais ordinairement des plus impartiaux, ou le livre que M. de Gladstone1 2 a publié depuis peu d’années, on verra que les préjugés contre ce qu’ils appellent la Mariolâtrie ont toujours cours chez nos frères séparés.