XI V
PREFACE
La pensée de leur répondre a été une des raisons de nos recherches, de l’antiquité à laquelle elles se sont spécialement appliquées et du terme que nous leur avons fixé au xne siècle comme à l’époque où, suivant eux, a commencé cette adoration idolâtre ; on verra par les monuments groupés dans ces études que ce culte n’a pas été moins glorieux dans l’antiquité qu’au xne siècle, où la clarté de l’histoire le rend aussi visible que le soleil qui éclaire l’univers. On y verra que nos pères étaient non moins hardis que nous dans la vénération de la mère de Dieu, témoin ce miniaturiste anglais du xe siècle qui n’hésitait pas à la confondre avec une des personnes de la sainte Trinité.
Nous aborderons donc ce grand travail avec l’espérance de faire un peu de bien malgré notre faiblesse et notre insuffisance; nous puiserons de la force dans la conscience même de cette faiblesse 1 2 qui nous défendra de ne rien avancer qui n’ait été dit, écrit ou peint avant nous, mais dont le rapprochement, dans certaines conditions, peut encore présenter un immense intérêt; petits nous-mêmes nous parlerons aux petits un langage plus à leur portée, nous leur montrerons des faits palpables, jes images qui rappellent les traces de Marie sur la terre et où seulement peuvent la suivre les artistes chargés de la représenter par des moyens matériels.
Notre ouvrage sera partagé en deux parties distinctes. Dans la première, nous étudierons la sainte Vierge dans sa vie et les événements qui l’ont signalée ; nous la verrons :
T Dans les prophéties, ce sera son histoire avant la naissance;
2° Dans sa vie naturelle avant l’Evangile et dont le texte inspiré ne s’occupe pas, sa nativité, son enfance, son séjour au temple, son mariage;
3° Dans sa vie pendant l’Evangile; là nous suivrons le même ordre que pour nos études sur l’Évangile ;
4° Nous la retrouverons après l’ascension du Sauveur jusqu’à son assomption ;
5° Nous verrons après sa mort les premiers développements de son culte qui nous la montre toujours vivante, assise dans l’éternité à côté de son divin fils; nous rappellerons ses reliques, son office, ses fêtes, les hymnes, prières, proses, chants et poésies de toute espèce composés en son honneur, le chapelet, le rosaire, les litanies, les processions, etc.
1. This monstrous superstition grew to its height in the twelfth century. For the advauce that learning then made was by no means sufficient to counteract the vast increase of monasteries, and the opportunities which the greater cultivation of modem languages afforded for the diffusion of legendary taies. It was now, too, that the vénération paid to the Virgin, in early times very great, rose to an almost exclusive idolatry. It is difïicult to conceive tne stupid absurdity and disgusting profaneness of these stories, which were invented by the monks to do h et honour. (Hallam, JFiew of the State of Europe during the Middle Ages.)
2. On reconnaît dans ces expressions la trop grande modestie de l’auteur, mais nous les respectons, si peu justes qu’elles nous paraissent.
PREFACE
XT
La seconde partie comprendra une topographie universelle, une sorte d ’orbis marianus , une description de tous les sanctuaires ou monuments de la sainte Vierge qui prouvera à la fois, l’antiquité et la catholicité de son culte. Pour cette longue nomenclature, nous aurions désiré suivre l’ordre chronologique des fondations des * divers sanctuaires, tel que nous l’apprend l’origine d’un pèlerinage ou l’invention d’une image, mais l’incertitude qui règne sur la plupart de ces origines nous a ramené à la méthode géographique, nous réservant de reprendre tous ces monuments et d’en établir par une table l’ordre chronologique. C’est aussi dans cette pensée que nous avons inséré dans nos planches une carte qui expose la suite des temps et la marche de ce culte béni à travers le monde.
Nous avons dit que nous chercherions constamment un appui dans les travaux qui nous ont précédés ; après les monuments que nous avons étudiés avec une prédilection particulière, nous n’avons pas manqué de puiser à toutes les sources qui se sont ouvertes devant nous. Nous devons ici quelques mots d’explication sur leur nature, leur notoriété et le choix qui en a été fait.
Les légendes et les apocryphes se sont présentés à nous dès le début de notre étude ; on ne peut faire un pas dans l’iconographie chrétienne sans les rencontrer et on ne peut l’expliquer sans leur secours. L’histoire véridique de la sainte Vierge se trouve dans l’Évangile et les écrits des saints Pères; à cette histoire, comme pour les personnages les plus célèbres, se rattache une foule de légendes plus ou moins certaines, mais qui prouve la piété des fidèles envers Marie; on les trouve surtout dans les apocryphes ; nous n’aurions donc pas une histoire complète de la mère de Dieu, si nous ne parlions de ces livres singuliers dont quelques-uns remontent aux temps apostoliques et qui présentent un mélange extraordinaire de grandes et belles vérités avec des faits romanesques et quelquefois puérils. Quelques-uns de ces écrits que nous devons aux chrétiens judaïsants de la Palestine vers le 11e siècle, ou qui sont l’œuvre du gnosticisme, prouvent une grande décadence dans la foi. ( — Lehir., Et. relig., p. 269.) D’autres ont un parfum de sincérité incontestable ; c’étaient les poëmes populaires des premiers néophytes chrétiens. La cause de la faveur démesurée dont ces légendes ont joui pendant quatorze siècles s’explique par le besoin de merveilleux dont l’homme a constamment subi l’influence. A côté des contes hérétiques on y rencontre, on y découvre l’origine féconde des inspirations des poètes et des artistes ; l’épopée, le drame, la peinture, la sculpture du moyen âge ont puisé là à pleines mains.
« Rien ne montre mieux d’ailleurs, dit M. Lehir, combien l’oracle de la vierge mère fut prompt à s’accomplir, que le concert de louanges qui retentit de bonne