‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 53 sur 458 · Barbier de Montault, p · texte numérisé non relu

Barbier de Montault, p

LES SIBYLLES

rôme, Lactance, saint Augustin... Saint Clément en compte une multitude.

Sibylles chrétiennes. — Des pères de l’Eglise ont accepté sans contrôle quelques oracles sibyllins chrétiens qui avaient cours dans le monde et qu’ils opposaient aux oracles païens.

Il n’y a pas eu unanimité dans toutes les églises pour les recevoir. Le canon 39 du concile de Narbonne, tenu en 1609, prohibe comme indécent le chant des prophéties des sibylles. Cette défense figure au canon de prime pour la vigile de Noël, dans le diocèse de Paris l. D’un autre côté, Rome, si difficile pour l’admission des questions douteuses, a laissé faire et même encouragé la représentation des sibylles portant des légendes où l’on retrouve des détails bien précis.

Quelques-unes avaient une origine judaïque.

Si ces livres sont absolument nuis comme prophéties, ils ont leur importance comme peinture fidèle, sinon complète, des préjugés, des moeurs et des usages du temps où ils furent composés.

Le temps était aux hypothèses littéraires ; les oeuvres de Mercure Trismégiste, de Phocyléide , les faux évangélistes, etc., et tant d’autres apocryphes admis comme authentiques par certains pères de 1 Église et à plus forte raison par beaucoup de chrétiens, n’ont point une autre date.

Dans les premiers siècles chrétiens les sibylles avaient très-peu de crédit, on ne lisait pas leurs prophéties dans une église chrétienne. Si certains pères ont opposé des oracles sibyllins aux païens c’est que ceux-ci y croyaient et que c’était contre eux un argument puisé dans leurs propres croyances.

Saint Clément d’Alexandrie cite un passage de saint Paul qui aurait dit : Prenez les livres des Grecs, interrogez les sibylles..., or on ne trouve nulle part que saint Paul ait prononcé ces paroles, mais le grand apôtre s’en serait servi

comme d’un argument. Il parlait des sibylles et confondait leurs oracles avec ceux des devins qu’il appelle tous des voleurs, qui ne savent que ce qu’ils ont appris dans nos livres.

Au 111e siècle, quatre docteurs se sont occupés des sibylles, Tatien, Tertullien, Origène et Arnobe.

Au ive, Eusèbe de Césarée, Lactance, saint Ambroise, saint Grégoire de Nazianze, saint Jérôme, saint Augustin, en ont aussi parlé.

Lactance est plus poete que théologien lorsqu’il fait proclamer l’unité de Dieu par les sibylles, Hystaspe et Mercure même.

Saint Augustin les mentionne souvent, mais toujours en hésitant, quelquefois même peu respectueusement; plusieurs fois il a soin d’avertir que c’est d’après le témoignage d’autrui, et c’est Lactance qu’il cite.

Parmi les nombreuses prophéties sibyllines qui rappellent l’Évangile entier, la Delphique dit : « Le Prophète naîtra d’une vierge sans la coopération de l’homme. »

Une autre : « Il viendra, celui qui doit venir et régnera ; son domaine gît dans la pauvreté ; il naîtra d’une vierge. »

Trombelli1 rapporte aussi une pièce de vers attribuée aux sibylles et encore plus précisé, peut-être trop précise : « Voici une nouvelle lumière sortie du sein de la vierge Marie, venant du ciel. L’ange Gabriel prend une forme humaine et s’adresse ainsi à la jeune fille : t O Vierge pure, recevez Dieu dans vos chastes entrailles ; b il dit et un souffle divin vint l’effleurer. Alors cette amante de la virginité perpétuelle, saisie tout à coup d’étonnement et d’effroi, tremble dans son cœur, à ces paroles qu’elle ne peut comprendre. Puis, rassurée par ce langage plein de charme, ses joues gracieuses se couvrent d’une rougeur enfantine et, l’âme animée d’une douce pudeur, elle revient à elle et le Verbe entre dans son sein. Avec le temps, le corps croît et prend la figure de l’homme ; puis l’enfant vient au jour. C’est

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