LES DRUIDES
Les druides, qui vivaient près de deux mille ans avant Jésus-Christ et dont nous ne savons l’histoire que parles Romains, leurs adversaires, n’étaient pas en philosophie inférieurs à leurs vainqueurs. Ils adoraient un Dieu inconnu, cultivaient les sciences naturelles et croyaient à l’immortalité de l’âme. Les forêts étaient leurs temples et les dolmens leurs autels, sur lesquels ils n immolaient sans doute point, comme on l’a dit, des victimes humaines. Lorsque Suétone rapporte que les chrétiens et les druides furent également bannis de Rome à cause de leurs atro¬
cités, la calomnie relative aux chrétiens répand au moins beaucoup de nuages dans le fait imputé aux druides.
Quoi qu’il en soit, nous les rencontrons parmi les plus vieux témoins de la sainte Vierge, et c’est à ce titre que nous les faisons intervenir dans ce sujet. Si le mystère d’une vierge qui devait enfanter était connu des païens, à plus forte raison estil croyable qu’il l’ait été des druides, les seuls lettrés de la Gaule, originaires de Perse et disciples des mages, qui leur avaient communiqué les prophéties juives.
Ne peut-on croire aussi que les Juifs, après les conquêtes d’Alexandre, s’étant dispersés sur différents points du globe, ont pu y porter leurs livres prophétiques?
L’histoire et le bon sens ne s’opposent donc aucunement à la vérité des légendes en ce qui les concerne. Guibert, abbé de Nogent1, l’un des hommes les plus graves de son siècle, nous apprend que l’église de son monastère avait été bâtie sur l’emplacement d'un bois sacré où les druides sacrifiaient à la mère future du Dieu qui devait naître2 ; Matri futur œ Dei nascituri. Selon Chasseneux, dans son Histoire des coutumes de Bourgogne , cette même inscription se lisait dans trois autres églises, l’une près d’Autun, l’autre près de Dijon, et la troisième à Fontaine dans le voisinage du château où naquit saint Bernard.
Tous les ans, nous dit César, à une époque marquée, les druides se réunissaient en assemblée générale, assemblée qui avait lieu à Chartres comme capitale de la religion et résidence du chef suprême du druidisme gaulois. — Là, ajoute la tradition, en présence de toutes les notabilités de la nation convoquées, la centième année avant la naissance de Jésus-Christ, les druides élevèrent un autel à la Vierge qui devait lui donner le jour et gravèrent l'inscription devenue depuis si célèbre : Virgini pariturce, sur l’autel au-dessus duquel les chrétiens ont élevé