‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 57 sur 458 · Hamon, I · texte numérisé non relu

Hamon, I

la cathédrale de Chartres. — Priscus, roi de Chartres, suivant la même légende, touché du discours prononcé en cette occasion par leur grand pontife, et plein de confiance en sa promesse, consacra solennellement son royaume à cette reine future qui devait enfanter le Désiré des nations1.

Nous nous proposons de terminer chacun des articles qui auront trait à la vie de la bienheureuse Vierge, par des notes iconographiques relatives au sujet lui-même. Nous montrerons ainsi les différents siècles agenouillés devant les scènes de cette existence quasi-adorable, en rappelant les images qu'elles leur avaient inspirées. 11 peut paraître singulier de commencer ce travail à l’époque prophétique ; et cependant si nous possédions des représentations de Rebecca, de Ruth, d’Esther, nous serions assurément en droit de les retracer ici, maison sait que la loi mosaïque favorisait peu les images ; nous n’avons donc rien à chercher en Judée, et nous sommes obligé de demander aux nations païennes de nous fournir ces données. Nous ne prétendons, sans doute, rien offrir de certain, mais seulement des rapprochements intéressants et qui nous ont semblé confirmer les pressentiments que le monde entier nous a montrés.

Egypte. — Les statues d’Isis ne nous offrentelles pas, dans cette mère avec son fils sur les genoux, une image de Marie? On serait porté à le croire en se rappelant la fable de cette déesse, son mariage mystérieux, son fils qu’elle allaite, ce dieu Horus qui devait venger son père et conquérir l’Egypte, la lune qu’on lui donne pour attribut, les vêtements dont on l’habille (comme nos madones), ses cheveux qu’on garde dans un reliquaire à Memphis, enfin la pureté de son culte qui obligeait ses prêtres au célibat. Il semble que les chrétiens aient reconnu à ses

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traits l’objet de leur vénération, car ils s’emparèrent sous Marcien de beaucoup de ses temples pour en faire des églises1. — Le bon sens populaire, s’il était permis de l’invoquer en pareille matière, viendrait à l’appui de notre hypothèse, car on raconte qu’en 1514 il y avait une statue d'Isis au-dessus de la principale porte de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés et que la prenant pour une madone on lui brûlait des cierges, ce qui obligea à la retirer2.

Grèce et Rome. — Les déesses grecques nous offriraient des traits plus manifestes encore. La Minerve nous présente en première ligne de singulières analogies ; sa beauté virginale et presque sévère , l’extrême pureté qui respire dans la pose et jusque dans les moindres détails, montrent assez que les artistes grecs comprenaient que la chasteté est mère de l’intelligence et de la force. — Qu'est-ce donc que cette fille de Jupiter, soustraite par un privilège spécial aux lois ordinaires de la génération, en sortant tout armée du cerveau de son père? Cet attribut suprême de la sagesse et de la sagesse non progressive que Phidias avait si bien exprimé sur le fronton du Parthénon, n’était-il pas la formule mythologique d’un dogme depuis longtemps perdu pour le peuple , mais entrevu et respectueusement recueilli par la philosophie platonicienne? — Qui donc ne comprendrait que la Minerve athénienne, cette iiapQévoç ou cette vierge par excellence de l’antiquité, rappelait, par beaucoup de ses traits, la Vierge annoncée par les prophètes et promise à l'humanité déchue3. — On ne peut soutenir ici que ce mythe fut inspiré par l’Ecclésiaste, car Hésiode le mentionne, et l’Ecclésiaste ne précède que de deux cents ans l’ère chrétienne. (ArundelL the Montli. avril 77.)

Les premiers chrétiens comprirent si promptement cette similitude qu’ils aimaient à consacrer les temples de Minerve à la sainte Vierge, comme si la pureté du culte ancien y préparait un

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