AIX-LA-CHAPELLE
arie a joui d’une pieuse popularité à Aix-la-Chapelle. M. le docteur Kessel, chanoine de la cathédrale, avec un dévouement dont nous lui exprimons ici notre profonde reconnaissance, nous a envoyé un mémoire remarquable sur la Vierge qu on y vénère. — Nous regrettons que les limites de notre livre ne nous permettent pas de le reproduire intégralement; nous en ferons du moins une analyse aussi étendue que possible.
« L’origine de la Vierge d'Aix se perd dans la nuit des temps; toutefois cette obscurité peut être dissipée par l’étude de la tradition et des monuments; cette tradition nous reporte aux temps carlovingiens, sinon au grand Charles lui-même; elle nous montre la madone entourée, par ses successeurs, du culte que leur inspirait l’enthousiasme de leur foi. — Cette étude de la tradition n’a pas encore été tentée scientifiquement; nous la commencerons par les témoignages les plus voisins de nos jours, et par les documents qui nous en rapportent l’écho lointain.
i 0 Prière. — Le premier monument qui s’offre à nous est une prière faite à Aix, adressée à la Mère de Dieu et dans le but d’obtenir une bonne mort ; nous la trouvons, dans différents siècles, uniformément rapportée et telle qu’on la récite encore aujourd’hui à la seconde messe du jour; elle est écrite sur de petits billets : j’en possède un du xvne siècle; ces cédules étaient les mêmes au xvie siècle. Or cette prière constate que l’image de Notre-Dame a été l'occasion de nom¬
breux miracles depuis huit cents ans . et qu’il s’en produit encore chaque jour à ses pieds.
2° Donations. — Nous signalons, parmi les témoignages de la tradition, les actes de donation de nobles bienfaiteurs de la cathédrale, et principalement l’offrande que fit en 1629 l’infante Isabelle, fille de Philippe II ; ses présents se composaient de deux couronnes d’or,’ l’une pour la mère, l’autre pour l’enfant; de riches vêtements d’église, des tapisseries qu’on montrait tous les sept ans et qui ont été volées en 1843. L’acte proclama la statue miraculeuse1 .
Les archives de la cathédrale gardent le souvenir, dans des chartes, de beaucoup de petites donations et d’objets qui ont disparu.
Nous avons, sous la date de 1607, une liste de bienfaiteurs qui nous offre plusieurs noms connus dans l’histoire civile ou ecclésiastique.
30 Inscriptions. — Dans le dos de la sainte image on voit un volet qui ferme une armoire, et dans cette armoire on conserve un parchemin
1. Serenissimæ et potentissimæ Isabellæ Claræ Eugeniæ Hispaniarum infanti archiduci Austriæ, duci Burgundiæ, Belgii principi, etc., etc.
Cum pio devotionis affectu erga Regalem hanc basilicam eidemque inclusas sacras reliquias mota, varia illi et pretiosissima donaria Regali munificentia obtulisset, Miraculosæ virginis statuts Deoque infantulo binas coronas aureas vestesque multo argento intertextas et quamplurimis lucidissimis gemmis et unionibus illustres dedicasset, binas item aügustiores aras antipendiis, cortinis, peristromatibus, pulvinaribus, mappis fimbriisque artificiosis exornasset, sacrarum vestium numerum casulis, dalmaticis, pluvialibus, pulpiti tegumento, velis, burcis, albis, corporalibus, purificatioriis et manutergiis adauxisset, sacro-sanctas maiores reliquias novis et multo auro unionibusque elaboratis involucris liberaliter et munificentissime cohonestasset.
Revdi et nobiles Decanus et capitulum æternum grati ad perpetuam memoriam. — P. C. anno Christi 1629.
CH. XIII
ALLEMAGNE
PRUSSE
sur lequel on lit un mémorial en vers. Nous y avons remarqué le distique suivant, qui prouve qu’en 1676, millésime du mémorial, la statue, depuis quatre siècles, jouissait d’une célébrité universelle :
Hœc Maria effigies , quœ toto est orbe celebris ,
Ultra bis quatuor sæcula culta in Aquis.
Nous possédons aussi une multitude d’inscriptions relatives aux offrandes votives, dont la plupart portent ces mots : Sanctce Marice ou divce Mariœ aquensis, sans aucune indication de date.
Gravures. — Je puis citer trois gravures de notre sainte madone : la première, sur bois, du xvnr siècle, qui porte en suscription : N.-D. d’edix miraculeuse , qui existe depuis g2Â. La seconde, sur cuivre, fut faite au milieu du dernier siècle par Sondermayer (un exemplaire est entre les mains de M. William Sartorius, curé de Saint-Michel, à Bonsffied) ; elle est intitulée : Vraie copie de la Vierge miraculeuse d’oAix. Enfin une troisième, plus ancienne que les précédentes, est accompagnée de cette inscription latine : Vera effigies B. Mariœ Virg. aquensis a Beato Carolo cultœ et miraculis peregrinationibusque celeberrimœ.
40 Chansons et poésies. — Les chants populaires et les poëmes entrent dans ce concert de témoignages en l’honneur de l’antique Vierge d’Aix. — Nous lisons dans un vieux livre de la cathédrale un chant ainsi intitulé : Vieux chant de louanges à la Mère de Dieu d’ oAix , qui proclame lui-même notre madone déjà ancienne.
Un jésuite anonyme composa en 1617 un poëme latin, dans lequel il rend grâce à Notre- Dame d’avoir réprimé l’hérésie protestante1. En voici un passage :
1. Ce poëme fut imprimé dans l’ouvrage suivant : Aquis granata Regia S. J. et coronationis C césar um sedes ac metropolis , Mathice imperatoris auctoritate catholico'ac légitima magistr atui suo restitutum ( Coloniæ Aggripince , 1615, page 4).
Tuque innocentiam sospita civium,
Mundi imperatrix, optima, maxima,
Ætas parentum quant patronam Supplicibus venerata votis Ambivis olim sollicita prece :
Tu sempiternum dedecus ex tuâ Æde et urbe depulisti Hæresibus procul efïugatis.
Nous citerons encore deux poëmes latins composés par Van Asten, où nous puisons l’extrait suivant :
Tu quoque virgo Parens salve divina Maria!
Perge tua e statua quæ millenaria ferme Illustrât templum, consueti signa favoris Edere prodigiisque novis cumulare precantes, Auxiliare tuis, qui dilexere sacratæ Ornamenta domus, etc.
Lorsque, dans les autres sanctuaires, la Mère de Dieu est appelée reine des anges, reine des apôtres, etc., ici elle est nommée impératrice, sans doute à cause du couronnement impérial dont l’église d’Aix fut témoin pendant tant de siècles; non loin d’Aix, sur le chemin que suivaient les pèlerins pour se rendre à Trêves, il existe, dans une maison forestière, un (Mve Maria gravé sur pierre, où elle est saluée sous ce titre h
Ce titre d’impératrice attribué à Marie est fort rare en dehors d’Aix; je ne l'ai trouvé, en Allemagne, qu’à Vienne.
On voit, d’après ces données, que la tradition constante des quatre derniers siècles reporte l’origine de notre statue à l'époque carlovingienne. Le mémorial, conservé dans la statue elle-même, fixe la date de 925, et le poëme d’ Asten remonte jusqu’à Charlemagne lui-même. — Si on nous demande l’authenticité que peut offrir cette tradition entourée de si nombreux documents, nous répondrons qu’elle est historiquement digne de foi, mais que, selon nous, elle ne peut être