Pomponii Melæ : Descriptio Sarmatiæ
2. Antiquités de l'empire russe : Sabor de Sainte-Sophie à Kiev; Société impériale d’archéologie, Saint-Pétersbourg, 1871.
3. N est la lettre slavonne pour le V grec. I\H est une composition pour N. H.
(Pl. CL.) — Au pilier de droite ou de l’épître, Marie apparaît debout, entièrement vêtue d’un costume bleu foncé ; on aperçoit seulement quelques lisérés et les souliers qui sont rouges. Elle file le voile de pourpre et tient le fuseau qu’elle tourne de la main droite, elle est montée sur un escabeau enrichi de pierreries. Dans le fond on lit cette inscription qui rappelle sa réponse à l’ange :
IAOV ’ H A8AH KA léNVTO MV KATA TOPIMA OV
« Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. » De l’autre côté, on lit encore les sigles ordinaires MP OV.
Au-dessus des pilastres qui portent ces mosaïques s’élève l’arc qui les surmonte, trois médaillons renferment l'image du Sauveur, et de côté celles de la sainte Vierge et de saint Jean; Marie, représentée à mi-corps , couverte de draperies rouges, lève les bras vers son divin Fils. (PL.CXLIX)
(Pl. IV.) — Cette belle église de Kiev, si intéressante pour l’histoire de l’art en Russie, nous révèle, par des exemples multipliés dans ses peintures, l'importance qu'avait dès lors chez les Russes le culte de Marie. — Aucune scène de sa vie, selon l’Evangile ou les légendes, ne semble avoir été oubliée par ces vieux peintres. — C’est d’abord sa naissance : sainte Anne, étendue sur un lit magnifiquement orné, reçoit, comme dans leménologe du Vatican, la triple offrande symbolique; devant le lit on lave le nouveau-né dans un bassin que deux femmes préparent.
(Pl. V.) — Sur le panneau à droite, je dirais volontiers la page, — car on croit déployer, en examinant ces peintures, les feuillets d’un vaste livre, — on aperçoit la présentation de la jeune Marie au temple. Les données grecques ordinaires se retrouvent ici ; Marie, suivie de ses parents, est reçue par le grand-prêtre à la porte du temple, porte enrichie de pierreries, enfin au
SANCTUAIRES ET IMAGES
fond la sainte Vierge introduite dans 1; asile sacré y reçoit, du haut des degrés où elle est assise, la nourriture que Fange lui portait.
Le temps s’est écoulé, l’heure du mariage a sonné pour la jeune fille ; le tableau au-dessous figure ses fiançailles; excepté la Vierge qui a grandi, rien n’est changé autour d’elle, c’est toujours le temple, le lieu qui a été témoin de sa consécration à Dieu, la même architecture, la même clôture, le même grand-prêtre. Elle est présentée à saint Joseph, qui tient encore à la main la verge miraculeuse, et que suit une troupe nombreuse. Marie, d’un geste affectueux, paraît remercier le grand prêtre de ses soins et lui dire adieu.
Plus loin, dans un autre tableau, une troisième scène continue cette pieuse histoire. Marie est devant un puits où elle tire de l’eau ; la nature qui l’entoure, aride, sauvage, est comme hérissée de montagnes rocheuses. Tout à coup sur cette région désolée une figure brille dans le ciel, et Fange au milieu d’un disque apparaît à la sainte Vierge, qui se retourne brusquement; c’est le même type qu’à Saint-Marc de Venise.
Ailleurs Marie est rentrée dans sa maison, effrayée de cette apparition , elle a repris ses fuseaux; Fange est arrivé sur le seuil et lui annonce la sublime nouvelle.
Le volumen de ces peintures déroule encore de nouveaux épisodes. Au-dessous de la scène du puits nous sommes transportés de Nazareth au sud de Jérusalem, Marie parvient chez Élisabeth ; les deux cousines s’embrassent dans un riche atrium, dont une des portes a sa tenture relevée par le geste curieux d’une servante. Cette visitation reproduit trait pour trait celles de Venise ou de Sicile.
Les événements douloureux commencent ensuite pour la très-sainte Vierge ; ici nous la voyons aux pieds de la croix. Le crucifiement rendu avec une foule nombreuse occupe tout le tympan d’un arc. Il règne dans toute la scène une tranquillité qui la dépouille de son horreur, les bourreaux eux-mêmes ne semblent agir qu’avec hésitation et respect. Marie, suivie du
groupe des saintes femmes, porte sa tète appuyée sur la main gauche. Le peintre a supprimé la partie inférieure du corps des larrons qui embarrassaient sa composition et s’est contenté de figurer leur tête et leurs bras appliqués aux croix. Il me semble distinguer aussi quelques traces de goût slave dans les costumes des bourreaux et du centurion, quelques ajustements, quelques poses qui nous avertissent que nous sommes loin du Bosphore.
(PI. CL.) — L’intérêt principal dans cette belle église de Kiev ne s’applique pas aux peintures que nous venons de décrire, mais à une des madones que les Russes tiennent en grande vénération et qui date de l’origine même de l'édifice (xie siècle). Cette madone, peinte en mosaïque, sur la deuxième abside du collatéral de gauche, a été surnommée « la Vierge du mur indestructible » parce que cette partie de l’église a miraculeusement échappé aux coups des Tartares, et que cette préservation, dans l’esprit des habitants, a été tout à fait providentielle. La mère de Dieu y est représentée debout sur un riche escabeau ; elle lève les bras en orante et retrousse par ce mouvement les amples draperies de son manteau, qui se croisent sur sa poitrine pour étager de chaque côté leurs franges et leurs plis abondants. Sous ce manteau apparaît une tunique serrée à la taille par une ceinture et ornée de croix d’or aux poignets; dans la ceinture est passée une sorte de linge blanc qu’on prendrait pour l’extrémité d’un pallium. Le ton des chairs est terreux, la tunique bleu foncé, le manteau teinte neutre et rehaussé d’or; la Vierge porte une croix blanche au front et deux sur la poitrine. La ceinture etles chaussures sontrouges; le fond, le nimbe et le dessus de l’escabeau en or ; cet escabeau interrompt la bordure inférieure de la voûte hémisphérique. A part quelques fautes de dessin assez choquantes, comme le manque de longueur suffisante aux bras, la dureté des draperies dont Fauteur n’a pas su étudier les plis, on ne peut refuser à cette composition une majesté et une grandeur véritables dans la pensée.